ISBN : 2070123111
Éditeur : Gallimard (2009)


Note moyenne : 3.84/5 (sur 75 notes) Ajouter à mes livres
Varsovie, 1942. La Pologne est dévastée par les nazis et les Soviétiques. Jan Karski est un messager de la Résistance polonaise auprès du gouvernement en exil à Londres. Il rencontre deux hommes qui le font entrer clandestinement dans le ghetto, afin qu'il dise aux Alli... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par sentinelle, le 13 octobre 2009

    sentinelle
    Si la figure centrale du livre est bien évidemment Jan Karski, ce récit s'articule également autour de plusieurs axes principaux tels que la notion de témoignage et la responsabilité du témoin, la question polonaise, l'extermination des juifs et la complicité passive des Alliés qui ‘savaient'.
    Un récit découpé en trois parties qui se complètent et se juxtaposent afin de mieux approcher le parcours insensé d'un homme porteur d'un message ultime qu'il ne cessera de clamer à la surface du monde, un homme devenu malgré lui un personnage digne de la mythologie grecque, ne devant rien envier à cette pauvre Cassandre douée du don de prophétie mais condamnée à ne jamais être entendue.
    La première partie reprend le témoignage de Jan Karski face à la caméra de Claude Lanzmann lors du tournage de La Shoah , la deuxième partie est un résumé de l'autobiographie de Jan Karski et la troisième partie est celle romancée par Yannick Haenel, chaque partie n'étant jamais redondante par rapport à l'autre mais offrant un éclairage différent et complémentaire.
    Une évidence s'impose : la vie de Jan Karski est absolument incroyable, et le résumé de son autobiographie dans la deuxième partie n'est pas de trop pour nous aider à mieux comprendre et saisir le chemin parcouru par Jan Karski durant la guerre : prisonnier par les Soviétiques, remis aux mains des Allemands, il s'évade et rejoint la Résistance avant d'être repris par la Gestapo pour mieux s'évader une nouvelle fois et rejoindre définitivement la Résistance.
    Jan Karski aborde souvent la question polonaise et son sentiment d'injustice lorsque les Alliés abandonne la Pologne, que ce soit lors du démantèlement du pays que lors de l'insurrection de Varsovie, laissant les Polonais se faire massacrer. Une Pologne continuellement abandonnée par l'Europe, par l'histoire, par la mémoire du temps. Pourtant, la Pologne n'a aucune leçon a recevoir de personne : son gouvernement n'a jamais pactisé avec l'occupant nazi et la résistance s'est mise en place dès l'invasion des communistes et des nazis.
    Mais pendant que la Pologne vit une guerre d'occupation, le peuple juif polonais est confronté à la fin du monde et à l'extermination. Et c'est bien sa rencontre avec deux hommes juifs, un sioniste et un leader du Bund, qui changera à jamais sa destinée. Ces hommes ont besoin d'un témoin afin qu'il prévienne les Alliés que les Juifs d'Europe sont en train d'être exterminés.
    Jan Karski veut les aider : il fera un rapport à Londres et parlera du sort des juifs aux membres des gouvernements anglais et américains, qui - sans défense - ont besoin que les puissances alliés leur viennent en aide. Il ne se contentera pas d'être un simple porte-parole mais deviendra un témoin oculaire, de manière a être le plus convainquant possible aux yeux du monde pour demander leur intervention. Pour ce faire, ces deux hommes lui proposent de se rendre avec eux dans le ghetto de Varsovie, en y pénétrant par un passage secret qu'utilise la Résistance : une maison dont la porte d'entrée donne à l'extérieur du ghetto et dont la cave mène à l'intérieur.
    Pour délivrer son message, Jan Karski n'hésitera pas à traverser l'Europe en guerre, à alerter les Anglais et à rencontrer le président Roosevelt en Amérique.
    Un témoignage qui sera écouté mais jamais entendu par les élites, un témoignage qui ne changera rien, qui n'ébranlera pas la conscience du monde, qui n'empêchera pas l'extermination de la population juive d'Europe, alors que les Alliés ‘savaient' mais préféraient faire semblant de ne pas savoir : jouer l'ignorance était bien plus facile pour justifier une non-intervention. Pour Jan Karski, ne rien vouloir savoir, c'était nier l'indifférence des Alliés au sort de milliers de juifs, ne rien vouloir savoir, c'était les laisser se faire exterminer afin d'éviter la rapatriement de milliers de juifs d'Europe, ne rien vouloir savoir, c'était enfin devenir complice passivement de cette barbarie.
    La lecture de « Jan Karski » de Yannick Haenel m'a demandée du temps, non pas que le récit soit long mais parce que j'avais besoin d'interrompre ma lecture pour reprendre mon souffle.
    Je pourrais d'ailleurs vous en parler encore et encore, citer de nombreux autres passages sensibles, prenants, émouvants. Lisez-le plutôt !


    Lien : http://livresque-sentinelle.over-blog.com/article-jan-karski-de-yann..
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    • Livres 3.00/5
    Par Maphil, le 07 septembre 2011

    Maphil
    Je viens de lire et apprécié le roman « Jan Karski » de Yannick Haenel. Jai relu ensuite les réserves émises quant à ce roman par Annette Wieviorka dans « Lire» de mai-juin 2010 Elle dit, notamment qu' «en outre sa thèse de la complicité des Alliés dans l'accomplissement de la solution finale est historiquement inepte.» le magasine précise que les travaux de Madame Wieviorka sur l'extermination des Juifs d'Europe font autorité. Elle a, en effet, publié en 2005 «Auschwitz, 60 ans après» (Robert Laffont) pour lequel elle a reconstitué minutieusement les étapes de l'entreprise d'Auschwitz et les mécanismes de son fonctionnement, rendant ainsi à l'Histoire la réalité de ce camp afin qu'il ne soit pas simplement un concept désincarné, synonyme de Shoah.
    En 1983, dans «Lire » n°97, Elie Wiesel, interrogé par Antoine de Gaudemar, disait ceci : « Quand le président Carter m'a nommé président de la Commission présidentielle de l'Holocauste, il m'a fait venir à la Maison-Blanche et il m' a dit : ‘J'ai fait préparer quelque chose pour vous.' Il s'a&gissait d'une série de photos aériennes, prises depuis un bombardier américain pendant une attaque contre une usine installée près d'Auschwitz. Eh bien, sur ces photos, on voit tout : le camp, les installations, les cheminées fumantes des crématoires, les fosses communes. Par ailleurs, on sait que des photos de Birkenau étaient parvenues à Londres, à Washington, et au Vatican dès 1942. A l'ouest, on savait, il suffit de lire les journaux…. le massacre de la communauté juive de Kiev à Babi-Yar en 1941 y est rapporté, trois mois après peut-être, mais il est rapporté, l'insurrection du ghetto de Varsovie y est mentionnée dès le lendemain, et l'existence du camp d'Auschwitz également. »
    Et la même année 2005 de la parution de l'ouvrage d'Annette Wieyiorka, paraissait chez Calmann-Lévy/Mémoire de la Shoah  le livre «Secrets officiels : ce que les nazis planifiaient, ce que les Britanniques et les Américains savaient » de Richard Breitman. L'auteur a étudié et analysé d'innombrables archives et nombreux de ces documents attestent que non seuelement les Alliés détenaient bien des informations précises sur les camps mais aussi qu'ils possédaient des options d'interventions réalistes qu'ils n'ont pas appliquées. Raison pour laquelle, sans doute, ces archives ont été maintenues secrètes pendant des décennies.
    On peut donc en déduire que les alliés étaient complices puisqu'ils savaient, pouvaient agir et ne l'ont pas fait. Et si cette complicité est attestée par des archives officielles, il n'est plus question d'historiquement inepte
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    • Livres 3.00/5
    Par Missbouquin, le 09 août 2011

    Missbouquin

    L'auteur :
    Yannick Haenel est co-créateur de la Revue Ligne de risque. Professeur de français jusqu'en 2005, il a publié plusieurs romans dont cercle qui a reçu le Prix Décembre et le Prix Roger Nimier. Il est chroniqueur pour le magazine de littérature et de cinéma TRANSFUGE depuis 2010.
    Il a reçu le Prix Interralié et le Prix Roman Fnac pour Jan Karski en 2009.
    Le livre :
    Il est composé de trois parties. La première décrit un épisode du tournage du film Shoah de Claude Lanzmann dans lequel Jan Karski a été un témoin important. La seconde est une reprise du livre (Story of a secret state) que Jan Karski a écrit en 1942 et publié en 1944 qui raconte sa vie de résistant polonais. La troisième est un récit fictionnel sur les pensées de Jan Karski à la fin de la guerre, et les circonstances qui l'ont poussé à témoigner dans Shoah.
    (Je viens d'ailleurs de lire que Lanzmann a attaqué l'auteur en l'accusant de falsification historique, en particulier dans la troisième partie. Yannick Haenel lui a répondu en invoquant sa liberté de romancier).
    Ce que j'en ai pensé :
    C'est un roman un peu difficile à commenter. La première partie m'a un peu énervée, je ne parvenais pas à rentrer dedans. La seconde est somme toute un récit classique de la vie d'un résistant pendant la Seconde guerre mondiale. La troisième est intéressante par les réflexions originales qu'elle propose, en ce qu'elles sortent des discours habituels sur la victoire des Alliés. Finalement c'est la réunion des trois parties qui en fait un très bon ouvrage.
    Même si j'étais a priori un peu lassée par tous les romans sur la Seconde guerre mondiale dont on est impitoyablement bombardé à chaque rentrée littéraire, j'ai finalement été séduite. Je ne vais pas m'attarder sur ce qui ressemble à tous les romans sur cette guerre ("Jan Karski touche ici à quelque chose de vertigineux : il comprend que le mal est sans raison" ), mais plutôt pointer ce qui m'a semblé original :
    - le récit de la vie des Polonais pendant la Seconde guerre mondiale, et pas seulement des Juifs. On a au final très peu de témoignages sur ce que d'autres pays ont pu vivre durant cette période. Ici, "Jan Karski est témoin de l'infamie allemand, dont la machine répressive s'applique à rendre le quotidien des Polonais invivable. Fermeture des écoles et interdiction par les Allemands de tout enseignement. Programme de famine qui maintient chaque habitant sous le niveau minimal d'alimentation. Déportation systématique des nouveaux-nés polonais." Certes, il insiste beaucoup sur le courage des Polonais, faisant peut-être l'erreur de trop vouloir généraliser l'attitude de ces derniers, sans nuance : "Etre polonais voulait dire être contre toutes les tyrannies". On a trop souvent l'image du Polonais antisémite dénonçant les Juifs à tour de bras. On ne prend pas assez conscience, je pense, que la Pologne a été littéralement écrasée par deux pays, l'Allemagne et la Russie. Ou le drame d'une nation que l'on veut effacer de la carte, non pas seulement géographiquement mais aussi culturellement.
    - La réflexion sur le rôle de la parole, du témoin qui doit dépasser l'horreur de sa vie : "C'est grâce à Claude Lanzmann que j'ai réussi, comme des dizaines d'autres témoins, à revenir du silence - à me faire entendre."
    - L'impuissance d'un homme qui a voulu se faire entendre en prévenant les Alliés de ce qui se passait. "Et pourtant le livre n'a rien changé. Si un livre ne modifie pas le cours de l'Histoire, est-ce vraiment un livre ?" D'où l'intérêt de la réflexion sur l'attitude des Alliés et la blague qu'est le procès de Nuremberg, un mois avant Hiroshima et Nagasaki. "Au fond j'avais fait l'expérience de la fin de ce qu'on appelle l'"humanité". le mot "humanité" s'est tellement compromis au cours du XXe siècle qu'à chaque fois qu'on l'emploie, il semble qu'on se mette à mentir."
    Bon ce billet est déjà un peu long mais il y a tellement de choses à dire sur ce livre ... le mieux est que vous le lisiez !

    Lien : http://wp.me/p1Gkvs-6G
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    • Livres 2.00/5
    Par Tampopo, le 08 mars 2011

    Tampopo
    À sa sortie, ce roman a fait l'objet d'une vive polémique opposant Yannick Haenel à l'historienne Annette Wieviorka et au cinéaste Claude Lanzmann. Lanzmann attaquant Haenel dans Marianne (l'article n'est plus disponible à la lecture sur le site du journal) et parlant en particulier du troisième chapitre comme d'une « falsification de l'histoire ».
    Dans sa réponse, Yannick Haenel rappelle, à juste titre, le rôle important de la fiction dans la transmission de l'Histoire. Même si j'adhère totalement à cette conception de la littérature, ce roman me laisse un profond sentiment de malaise, en particulier dans l'utilisation usurpée qui est faite du nom de Jan Karski.
    En lieu et place du récit hagiographique souhaité, Yannick Haenel a fait exactement ce qu'il reproche à Lanzmann dans Shoah, il a fait de Jan Karski sa « créature ». Sans doute trop imprégné par ses sources documentaires et par son empathie pour Karski, Yannick Haenel n'est pas parvenu à trouver la juste distance avec son personnage. C'est bien dommage au regard de la figure complexe de Jan Karski : naturalisé américain, il ne retournera plus en Pologne après la guerre, il conservera son pseudonyme de résistant, épousera Paula, une jeune femme polonaise d'origine juive et enseignera l'Histoire à l'Université et sera fait Juste.
    La vision parcellaire de l'Histoire que nous présente Yannick Haenel dans ce roman nous conduit tout droit au roman à thèse, celui d'une Amérique alliée sourde à la tragédie en train de se jouer de l'autre côté de l'Atlantique.
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    • Livres 5.00/5
    Par wakinasimba, le 23 avril 2010

    wakinasimba
    Varsovie, 1942. La Pologne est dévastée par les nazis et les Soviétiques. Jan Karski est un messager de la Résistance polonaise auprès du gouvernement en exil à Londres. Il rencontre deux hommes qui le font entrer clandestinement dans le ghetto, afin qu'il dise aux Alliés ce qu'il a vu, et qu'il les prévienne que les Juifs d'Europe sont en train d'être exterminés.
    Jan Karski traverse l'Europe en guerre, alerte les Anglais, et rencontre le président Roosevelt en Amérique. Trente-cinq ans plus tard, il raconte sa mission de l'époque dans Shoah, le grand film de Claude Lanzmann.
    Mais pourquoi les Alliés ont-ils laissé faire l'extermination des Juifs d'Europe ?
    Mon avis :
    Un livre en trois parties : d'abord le récit de la séquence du film "Shoah" de Claude Lanzman dans laquelle Jan Karski apporte son témoignage. Puis le résumé du livre de Jan Karski sur son travail de messager pendant la Seconde guerre mondiale. Enfin, la partie romancée du livre dans laquelle l'auteur raconte la vie du messager polonais depuis le début de la guerre jusqu'à son apparition dans le film.
    Certe, ce livre insiste sur l'indicible de la Shoah et la non-compréhension de ceux à qui le messager porte son message ; sur l'aveuglement volontaire des Alliés qui ne voulaient pas intervenir civilement mais préféraient des cibles militaires, permettant aux nazis de continuer leur oeuvre d'extermination.
    Certe, l'auteur insiste sur le fait que le messager devient petit à petit le message que personne n'a voulu entendre, condamnant des milliers des personnes à la mort.
    Certe, l'auteur revient sur le massacre des généraux polonais de Katyn injustement attribué à Hitler alors que ce sont les soviétiques qui ont orchestrés la fin de l'armée polonaise.
    Mais en lisant ce livre, une phrase me revient en tête, celle d'"Ubu roi" : "l'histoire se passe en Pologne, c'est à dire nulle part". Mon impression est que dans ce livre, l'auteur a tenté de montrer que la Pologne n'est pas ce "pays nulle part" mais un bel et bien un vrai pays de résistants, contrairement à ce que l'histoire officielle veut nous le schématiser.
    Je ne rentrerai pas dans la polémique suscitée par ce livre, car ce que je retiens, c'est la phrase de Claude Lanzman à Jan Karski : sur le mémorial de Yad Vachem, il y a surtout des noms de justes polonais.
    L'image que je retiendrai :
    Celle d'un homme hantant les coulisses du pouvoir mais ne pouvant expliquer ni faire comprendre l'indissible.


    Lien : http://motamots.canalblog.com/archives/2010/04/15/17177205.html#comm..
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Citations et extraits

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  • Par sentinelle, le 13 octobre 2009

    Lorsque une fois dans sa vie on a été porteur d’un message, on l’est pour toujours. Au moment où vous fermez l’œil, à ce moment précis où le monde visible se retire, où vous êtes enfin disponible, les phrases surgissent. Alors la nuit et le jour se mélangent, à chaque instant le crépuscule se confond avec l’aube, et les phrases en profitent. La voix tremble un peu, comme une petite flamme. On y croit à peine, on a du mal à la concevoir, mais elle est bien vivante, et quand elle se met en mouvement, ça fait une brève incandescence, quelque chose de timide et rapide à la fois, d’incontestable, qui passe par le chas d’une aiguille. Vous reconnaissez tout de suite la voix des deux hommes du ghetto de Varsovie : comme tous les messagers, vous êtes devenu le message. Jamais un seul jour de ma vie je n’ai réussi à penser à autre chose qu’au message du ghetto de Varsovie, toute ma vie je n’ai fait que penser à ça : penser au message de Varsovie, et lorsque je croyais penser à autre chose, c’est au message de Varsovie que je pensais.
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  • Par Nanne, le 14 novembre 2009

    On a laissé faire l'extermination des Juifs. Personne n'a essayé de l'arrêter, personne n'a voulu essayer. Lorsque j'ai transmis le message du ghetto de Varsovie à Londres, puis à Washington, on ne m'a pas cru. Personne ne m'a cru parce que personne ne voulait me croire. Je revois le visage de tous ceux à qui j'ai parlé ; je me souviens parfaitement de leur gêne. C'était à partir de 1942. Étaient-ils aussi gênés, trois ans plus tard, lorsque les camps d'extermination ont été découverts ? Ça ne les gênait pas de se proclamer les vainqueurs, ni de faire de cette victoire celle du "monde libre". Comment un monde qui a laissé faire l'extermination des Juifs peut-il se prétendre libre ? Comment peut-il prétendre avoir gagné quoi que ce soit ? Il n'y a pas eu de vainqueurs en 1945, il n'y a eu que des complices et des menteurs.
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  • Par luocine, le 30 janvier 2010

    Au milieu de la rue, deux adolescents en uniforme des jeunesses hitlériennes. Leurs cheveux blonds brillent au soleil, note Karski. Visages ronds, joues roses, ils bavardent joyeusement. D’un coup, le plus jeune sort son révolver de sa poche. D’un coup, le plus jeune sort un revolver de sa poche. Ses yeux cherchent une cible. Il a, dit Jan Karski, la « concentration amusée d’un gamin à la foire ». Les yeux du garçon s’arrêtent sur un point qui échappe à an Karski. Il lève le bras, vise, on entend la détonation, suivie d’un verre brisé, et du cri d’un homme. Joie du garçon, l’autre le congratule. Puis ils continuent leur chemin.
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  • Par lotusmauve, le 10 mai 2011

    Je suis parti en tournée, au début du mois de décembre 1944, afin de présenter mon livre. [...] C'est sur les routes de l'Oregon, de la Caroline du Nord ou de la Louisiane que j'ai compris que je n'étais plus un messager, j'étais devenu quelqu'un d'autre : un témoin. On m'écoutait. Plus personne ne mettait en doute ce que je racontais, car un témoin n'est pas quelqu'un qu'on croit ou qu'on ne croit pas, c'est une preuve vivante. J'étais la preuve vivante de ce qui s'était passé en Pologne. Je n'avais plus besoin de convaincre désespérément qui que ce soit. [...] En un sens, je faisais partie de l'Histoire, c'est-à-dire que je portais le deuil. Il est toujours plus facile d'être célébré quand il est trop tard.
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  • Par sentinelle, le 13 octobre 2009

    […] j’ai compris qu’il ne serait plus jamais possible d’alerter la « conscience du monde », comme me l’avaient demandé les deux hommes du ghetto de Varsovie ; j’ai compris que l’idée même de « conscience du monde » n’existerait plus. C’était fini, le monde entrait dans une époque où la destruction ne trouverait bientôt plus d’obstacle, parce que plus personne ne trouverait rentable de s’opposer à ce qui détruit.
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