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ISBN : 2277123242
Éditeur : Editions 84 (2007)

Note moyenne : 3.27/5 (sur 387 notes)
Résumé :
Un climat d'insécurité règne dans l'arrière-pays lyonnais. Trois jeunes garçons seraient à l'origine de nombreux larcins. Heureusement, les gendarmes sont sur le qui-vive pour apaiser la colère des fermiers qui voient d'un mauvais œil leur cheptel attaqué. Appâtés par le gain et animés par le goût du risque, les jeunes voleurs préparent un nouveau coup : s'emparer du magot de la mère Vintard, une vieille femme qui vit seule avec son chien à Malataverne, une ferme is... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Zebra
Zebra17 juillet 2015
  • Livres 3.00/5
Édité en 1960 chez Robert Laffont, réédité en 1992 dans la collection J'ai Lu, « Malataverne » est probablement le roman le plus connu de Bernard Clavel.
L'histoire ? Vous êtes dans un petit village du Jura dans la première moitié du 20ème siècle. Trois adolescents un peu voyous chapardent de nuit des fromages dans une ferme. Ce qu'ils ne savent pas, c'est qu'une génisse va profiter de la barrière du pré grande ouverte pour s'échapper, dévorer de la luzerne et en mourir d'indigestion : on la retrouvera le lendemain, et le paysan alertera la gendarmerie pour que cessent les maraudes et que les voleurs soient attrapés. Se sentant l'étoffe de super-héros, nos adolescents passent à la vitesse supérieure et conçoivent un plan pour voler dès la semaine suivante une vieille dame -Mme Vintard - qui cache ses économies au fond d'un bocal, dans sa cuisine : ils devront empoisonner le chien de cette dame et, pour lui faire peur, au cas où, l'un d'entre eux se munira d'une barre de fer. Et le sang sera versé ...
Nos jeunes gaillards sont copains mais ils ne se ressemblent pas, tant du point de vue physique que du point de vue du caractère : Serge est un blondinet maigrichon, un tantinet suiveur et très fils de famille ; Christophe est solidement charpenté, et pilote le trio ; quant à Robert, le plus jeune, il est apprenti-plombier et son père, alcoolique depuis le décès de son épouse survenu depuis quatre ans, le laisse se débrouiller tout seul, limitant toute communication avec son fils. Bref, nos adolescents essayent de s'intégrer tant bien que mal dans le monde des grands, quitte à commettre de très grosses boulettes. En décidant de cambrioler la maison de la mère Vintard, savent-ils qu'ils s'exposent à de la prison ? Belle entrée dans le monde des adultes ! Mais que ne ferait-on pas pour être considéré comme un caïd ? Boire du vin rouge, fumer et sortir avec une fille, ça ne suffit pas. Dans « Malataverne », Bernard Clavel ne fait que suggérer la violence : il la met en scène à fleuret moucheté plus qu'il ne l'exhibe. Et cette violence est partout : dans la nature, forte et indomptable, dans les sentiments de Robert pour son amie Gilberte -la fille d'un fermier voisin-, dans la colère qui saisit la servante du curé lorsqu'elle constate que Robert -qui ne vient jamais à l'église- insiste pour voir le curé en pleine nuit, dans l'évocation des crimes qui auraient été commis à l'encontre de voyageurs alors que cette ferme isolée n'était encore qu'une auberge, dans la lutte au corps à corps qui oppose Christophe à Robert, dans la révolte intérieure qui conduira Robert à se refuser à commettre l'irréparable. Robert, le héros du livre, agira ainsi en individu responsable, se posant la question de savoir si ça faisait sens de passer à l'acte, pour quel acte et dans quelles conditions. Responsable mais pas encore mature ...
Le livre est d'une taille réduite (157 pages) mais il nous propose une réflexion sur le rejet de toute violence, sur la défense de la nature et sur le passage des adolescents à l'âge adulte. Dans notre société d'aujourd'hui, ce dernier thème reste terriblement actuel. Avec « Malataverne », vous plongez dans un ouvrage plaisant, écrit dans un style simple mais efficace, avec des portraits et des états d'âmes bien brossés. le livre pourra paraître manichéen et un peu désuet ; certaines longueurs pourront ne pas plaire. Je mets quand même trois étoiles.
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Woland
Woland18 septembre 2015
  • Livres 4.00/5
ISBN : 9782277123248
Ma curiosité stimulée par d'une part, la relecture de ce fil et, d'autre part, par les prises de position "yugcibiennes" (sans oublier celle de notre ami Joachim) sur celui consacré à microbiographie de Bernard Clavel, j'ai mis à profit les nombreux loisirs que m'offre si aimablement ma santé de l'année 2015 pour aller jeter un coup d'oeil. J'ai choisi "Malataverne", l'un des premiers mais aussi des plus célèbres romans de l'auteur. de nos jours, nos ajusteurs d'étiquettes professionnels tenteraient certainement d'y voir un "roman pour jeune adulte" - au fait, vous ne vous êtes jamais demandé ce que ça fait d'être un "vieil adulte" ? Eh ! bien, rassurez-vous : moi non plus ) mais ce serait une grossière erreur de passer à côté de l'universalité du thème. Traité peut-être il est vrai de façon très (trop ?) carrée et, parfois, d'une manière que certains jugeront trop ou pas assez précise, en tous cas en ce qui concerne la question du Bien, du Mal, etc ...
Sorti en 1960, "Malataverne" appartient à cette époque où, pour un jeune, posséder une moto (et pas forcément une Hardley ) pour aller et venir à sa guise, le soir, voire carrément toute la nuit, au coeur d'un élément rural où les loisirs étaient plutôt rares et les occasions de mal faire proprement légion, c'était pratiquement posséder sa Rolls personnelle. On ne disait pas encore "adolescent" et, si notre trio de héros ne savent pas encore qu'ils appartiennent à une "génération de rebelles sans cause", on ignore aussi s'ils ont entendu parler d'Elvis, de "Graine de Violence" et de Jimmy Dean. La révolution sur laquelle va déboucher tout cela, à la fin de la décennie, avec un film à la gloire de la Harley justement (et de la drogue), "Easy Rider", et l'inénérrable et poétique provocation imaginée par Hal Ashby dans "Harold et Maud", est encore en gestation.
D'ailleurs, nous sommes en France, une France qui nous évoque à la fois Giono et le Suisse Charles-Ferdinand Ramuz. La Nature est partout, il y a un "Bois-Noir" et les montagnes encerclent le tout. Avec des fermes et exploitations diverses piquées çà et là, de grands champs, la luzerne où il vaut mieux ne pas se laisser s'empiffrer les génisses, les barrières de bois, les piquets à la fois si respectés par le bétail mais qu'il est si facile, pour trois garçons dans la force de l'âge, de coucher par terre tout simplement parce que, quand ils reviendront, chargés de leur butin de fromages secs, ce sera bien plus facile pour eux ...
Nous ne sommes ni à Montmartre, ni à New-York mais ça n'empêche pas les cambriolages. Une idée "commune" initiée par Christophe, le meneur, portée aux nues par cette fripouille authentique qu'est Serge, le fils de l'épicier et que supporte, "parce qu'il est un homme" lui aussi, un Robert d'origine plus humble, qui a perdu sa mère et ne connaît plus que la surveillance très épisodique d'un père qui bosse dur dans les carrières dès cinq heures du matin mais qui boit aussi comme une outre avant de venir se jeter sur le lit d'un foyer désormais laissé à l'abandon pour y chercher quelques heures d'un repos bien mérité et qui fasse tout oublier.
Sensiblement plus âgé, Christophe a, reconnaissons-le, un peu plus le sens des responsabilités que les autres . Il n'envisage pas systématiquement la violence mais s'il faut un jour en arriver là ... Néanmoins, au contraire de Serge, il ne voit pas encore le crime comme une fin : avec un bon sens étrangement bourgeois, il s'est fixé une limite qu'il ne franchira pas . Robert, le plus jeune, suit les deux autres avant tout pour être admis, intégré, pour se sentir exister. C'est un timide, un introverti - introverti, Christophe l'est aussi, mais il est dépourvu de tous les complexes qui affligent Robert - et puis, bien sûr, pour avoir un peu de sous de côté et qui, sait ? un jour, parvenir à quitter ce bled pourri ... Quant à Serge, fils-à-papa toujours impeccablement vêtu et chaussé, il a reçu une bonne éducation mais, pour des raisons sur lesquelles Clavel ne s'attarde pas, le ver est dans le fruit : lui, tuer et entraîner les autres à tuer, il le fera pour le plaisir.
Le vol des fromages se déroule relativement bien à ceci près que, l'une des barrières retenant les vaches ayant été mise à bas, une génisse court se rouler à mort dans la luzerne. le lendemain, drame et indignation et les paysans sont en colère. Cependant, personne ne songe à reprocher la chose à un type du pays : personne ici n'aurait donné à la génisse la possibilité de s'empiffrer jusqu'à s'en faire crever - ou alors, c'est un traître . Peu affligé par tout ce ramdam dont il est le principal responsable, Christophe a déjà une autre idée en tête. Un gros coup, celui-là. Autre chose que des fromages secs revendus en douce ou encore qu'une génisse morte : piquer le magot l'antique veuve Vintard, qui possède une ferme dans un endroit que, d'ailleurs depuis des générations et des générations, les gens n'apprécient pas : Malataverne. le soleil évite toujours ce coin-là où, paraît-il, au siècle précédent, il se serait déroulée une histoire dans le genre de celle de l'Auberge de Peyrebeilles. Malataverne : l'endroit s'appelait ainsi bien avant et ne sent-on pas d'ailleurs, vous guettant à l'angle de sa syllabe finale, comme une sorte de malédiction ?
Bien sûr, devant ses potes, Robert accepte sans hésiter. Pas question qu'on le traite - Serge, surtout, qui le méprise ouvertement - de dégonflé. Mais, en son for intérieur, il réfléchit - trop. Il n'a que quinze ans, Robert, et sa seule confidente valable, la seule sur laquelle il puisse compter, c'est Gilberte, une fille de fermier qui n'a qu'un an de plus que lui : c'est dire combien lourde est sa solitude . Il aime à la rejoindre la nuit mais il ne s'est jamais passé entre eux autre chose que des caresses et certains attouchements. Ils parlent aussi, ils se confient, ils rêvent ensemble ... Gilberte, on le sent bien, est plus solide que Robert mais elle n'en est pas pour autant devineresse. Peu à peu, il lui avoue : les fromages - et la génisse, qu'un certain M. Bush appellerait déjà un "dommage collatéral." Gilberte est révoltée mais elle aime aussi Robert et veut à tous prix lui éviter d'atteindre le point de non-retour ...
Un instant - un trop bref instant - le lecteur se dit qu'elle va réussir. Mais le Destin, implacable comme à son habitude, traque Robert depuis si longtemps ... Et c'est là que l'on songe à Ramuz et à Giono, chantres d'une Nature qui abrite de multiples génies, d'une Terrre qui est toujours susceptible de se venger des avanies des hommes. Chez l'un comme chez l'autre, la Peur fait entrevoir çà et là sa silhouette éthérée et pourtant tangible, avec son masque livide, recouvert d'un voile d'apiculteur (chez le Suisse) ou vomissant les glaires, mortelles et aussi blanches que des grains de riz, du choléra (chez le Français). Et, avec son "Roi Sans Divertissement", c'est tout simplement l'Ombre du Crime, du Couteau pour le seule plaisir de l'enfoncer dans une chair qui se débat, que décrit simplement le Français, le tout au milieu de la blancheur sépulcrale d'un hiver au front bas qui n'en finit pas de s'ennuyer.
A sa manière, peut-être moins subtile, Clavel envoie des messages à son lecteur, lui fait entendre et voir ces feuilles qui, derrière Robert, s'agitent et s'écartent ... sur rien, esquisse, sans jamais la poser vraiment, une silhouette dont on ne sait exactement si elle est le Bien ou le Mal mais qui inquiète à plaisir ... Oui, Robert est bel et bien surveillé : mais par qui ? Si l'on ne jure que par Freud, on parlera d'Inconscient qui se manifeste. Si l'on a un faible pour l'animisme et l'Esprit de la Terre, on percevra sans peine le souffle des esprits de la Nature - bienveillants, malveillants, cela a-t-il vraiment une réelle importance ? ...
Et pourtant, et c'est là que réside l'injustice de l'histoire, c'est que rien ne prédestinait Robert à devenir un meurtrier . Bien au contraire. Faible peut-être mais avec de fortes convictions morales. Capable de colère - surtout face à Serge - mais capable également de se maîtriser. Et pourtant ...
S'impose alors une conclusion : est-ce le lieu qui a joué ? Malataverne abrite-t-il quelque chose ou quelqu'un qui, inéluctablement, amène la Tragédie, cette Tragédie contre laquelle les Dieux grecs en personnes ne pouvaient pas grand chose puisqu'ils restaient eux-mêmes tributaires du Destin ? ...
Le style est simple, sans prétention mais les idées, elles, sont profondes . C'est un roman taillé dans le granit par un sculpteur doué qui se cherche sans doute encore un peu mais qui se trouvera. de là à ne faire de Clavel qu'un "écrivain de terroir", la chose est un peu trop facile. Dans un roman de "terroir", on ne se retourne pas aussi souvent pour regarder si, par hasard, quelque entité mal intentionnée ne vous suit pas. Dans un roman de "terroir", tout est simple, rectiligne, presque tracé au cordeau. Pas dans "Malataverne" où, comme dans ces dessins parmi lesquels se dissimule un visage ou une forme difficilement saisissable, le lecteur perçoit quelquechose qui bouge, qui glisse, tantôt dans l'ombre, tantôt en pleine lumière ...
Quelque chose ...
... mais quoi ? ;o)
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lecassin
lecassin14 janvier 2012
  • Livres 4.00/5
Bernard Clavel se plaisait à raconter que le thème de ce roman lui fut suggéré par le souvenir d'une histoire vraie, un fait divers qui avait marqué les gens d'un village du Jura et qu'il avait suivi attentivement dans son enfance : l'histoire de trois adolescents qui avaient assassiné une vieille dame dans une ferme isolée.
« Malataverne », c'est l'histoire de trois adolescents, trois copains aussi différents de caractère qu'on peut l'être à cet âge : Serge, un malingre blondinet, Christophe le fils de l'épicier et Robert, le héros du roman, apprenti-plombier en rupture avec sa famille et en butte à la violence de son père.
Trois adolescents en mal d'intégration dans le monde des adultes, qui décident, forts de quelques petits larcins réussis, de passer à la vitesse supérieure avec le cambriolage nocturne de la maison de la mère Vintard…
Bernard Clavel obtint le Prix Goncourt avec ce « Malataverne » qui reste un de ses romans les plus connus et les plus appréciés du public. le thème, la violence même non préméditée et ses conséquences est développé avec tout l'art de conteur de que l'on reconnaîtra par la suite à l'auteur ; en même temps qu'il invite à la réflexion sur des notions comme la responsabilité et le libre arbitre, la question du passage à l'acte et de ses conditions...
Un petit livre, une grande leçon d'humanisme. A étudier et à méditer par nos chères « têtes blondes ».
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titiseb77
titiseb7705 septembre 2015
  • Livres 4.00/5
Pour la petite anecdote, j'ai lu ce livre sans faire exprès, en effet, ma mère est venue à la maison pour quelques jours et elle avait lu un livre que sa soeur lui avait prêté Les nuits fauves et m'a proposé de le lire. Je finis donc mon livre en cours et je vais me coucher avec mon livre sous le bras en ayant bien évidemment pensé à aller sur Babelio pour enregistrer ma lecture en cours. Il s'agit d'un livre avec une couverture papier qui recouvre la totalité du livre (je ne connais pas le nom donné à cette chose) couverture et qui se sauve tout le temps (tous les lecteurs connaissent ce problème) et ma mère pour ne pas abîmer les livres qu'on lui prête la retire tout le temps et la remet après lecture (sa soeur lui en avait prêté plusieurs avec cette fameuse couverture).
Donc me voilà chaudement installé dans mon lit, j'ouvre mon lit et là je m'aperçois que j'ai Malaverne dans les mains et pas Les nuits fauves, je décide donc de le lire quand même et je suis loin de le regretter.
J'avais un peu peur en ouvrant ce livre des années 60, que des descriptions interminables du paysage est lieu et bien pas du tout, il y a juste ce qu'il faut de descriptions pour nous mettre dans l'ambiance. J'ai vraiment bien aimé ce roman qui exprime avec des mots simples beaucoup de sentiments, en effet, l'auteur arrive à nous faire ressentir de la pitié et de la compassion pour le personnage principal (désolé de ne pas être plus explicite mais je ne veux dévoiler de l'histoire), les dialogues sont simples, les personnages sont tous bien présentés et très crédibles on ressent bien le côté rural de cette histoire.
Bernard Clavel qui fait partie des grands auteurs français du vingtième siècle est vraiment une agréable découverte pour moi et je pense lire d'autres livres de cette auteur si l'occasion se présente de nouveau.
Merci maman pour cette petite erreur qui m'a permit de découvrir un auteur qui mérite vraiment le détour.
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Gwordia
Gwordia03 mai 2012
  • Livres 4.00/5
Ca peut paraître un peu désuet et c'est pourtant terriblement d'actualité. Ce moment où il faut faire un choix entre son sens moral, son intégrité et son besoin de reconnaissance, sa loyauté à l'égard de personnes qui ne sont pas toujours les bonnes, tout le monde l'a vécu. Même si les enjeux de chacun ne sont pas toujours égaux : l'on joue parfois avec la parentale punition, l'on risque parfois l'aller simple en prison. Mais quel que soit le risque, l'on est toujours confronté, parfois plus tôt que prévu, à cette décision qui est jonction entre l'adolescence et l'âge adulte. Et hier comme de plus en plus aujourd'hui, parfois, ça finit mal. Très mal.
Lien : http://gwordia.hautetfort.com/archive/2009/07/15..
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Citations & extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
ZebraZebra18 juillet 2015
page 51 [...] Robert s'étira et se frotta les yeux. Il était cinq heures et, avant de partir pour la carrière, son père l'avait réveillé. Il l'entendit gonfler son vélo puis le sortir du couloir. Depuis la porte, avant de fermer, le père Paillot cria :
- Te rendors pas, Robert !
Sans bouger, Robert lança :
- Ouais !
Les souliers ferrés du père grincèrent sur le seuil, la porte claqua et Robert n'entendit plus qu'un bruit étouffé de pas dans la rue et des voix qui semblaient venir de très loin.
Un jour gris rampait sur la vitre. Hésitant à entrer, il salissait à peine les deux murs les plus proches de la lucarne. Le reste demeurait dans l'ombre. Une ombre plus terne, plus moite que celle de la nuit.
Robert avait la bouche pâteuse et la gorge sêche. Il se tourna sur le côté, le dos au mur, les yeux ouverts. Imperceptiblement, les objets sortaient de l'ombre. Sur le plancher, chaque lame se dessinait. Sous une chaise, il y avait quelque chose que Robert ne parvenait pas à identifier. Il regarda un moment la lucarne. La vitre sale ne permettait pas de voir le ciel, mais il jugea pourtant qu'il devait être couvert. Il souleva la tête pour mieux écouter. Un coup de vent venait de siffler en longeant le chéneau. Juste au-dessus de lui, entre les voliges et les tuiles, des rats se mirent à courir. Le vent passa encore puis il y eut, au fond de l'impasse, le bruit d'un portail battant contre un mur et un moteur de voiture se mit en marche. Longtemps, il couvrit tous les autres bruits du matin.
Robert imagina le fils Corneloup, le charcutier, sortant la camionnette pour le marché. Le moteur s'éloigna et Robert se retrouva seul. Les rats ne couraient plus. Le vent était trop faible, trop intermittent pour meubler le silence.
Alors, d'un coup, Robert se leva et s'habilla. [...]
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WolandWoland18 septembre 2015
[...] ... - "Vous êtes des fumiers !" grogne Serge. "Tirez-vous et bouclez-la, sinon ça pourrait faire mal aussi !"

Sa main droite vient de sortir de de derrière son dos. Il descend les deux marches. Quelque chose brille. Le couteau. Il lève le bras. Robert recule. Le goût amer est dans sa bouche. Serge passe devant lui et lui montre la lame, puis il marche vers Gilberte qui recule à son tour.

- "Tu entends," dit-il. "Toi aussi, la pécore. Occupe-toi de tes vaches et de ton fumier, et boucle-la, sinon gare à tes tripes."

Sa voix est lointaine à cause du bâillon. Elle fait mal pourtant.

Robert est demeuré interdit quelques secondes. Le goût, le goût amer dans sa bouche ... sa gorge qui se noue.

Et puis, soudain, il ne se commande plus. Son corps lui échappe. Il se met à agir sans lui ... C'est effrayant : il est un autre ... il se regarde agir.

Il s'est baissé, sa main a trouvé tout de suite l'objet que le pied de Gilberte a heurté tout à l'heure. Il se redresse, son bras se lève et il marche sur Serge. Serge fait un pas de côté et lui aussi lève le bras. La lune éclaire tout le coteau derrière lui. La lame brille. Elle tremble un peu.

- "Laissez tomber ! Laissez tomber !" crie Robert. "Vous êtes des salauds !

- Tais-toi, je te plante !"

Serge s'avance lentement.

Le bras de Robert tourne. Il y a comme un sifflement pareil à celui du vent qui se déchire sur le pignon de la ferme.

- "Vous êtes fous !" hurle Christophe qui se précipite et s'arrête net, à un pas de Serge.

Le bras de Robert a achevé son cercle. Au bout du sifflement, il y a eu un choc, pas très fort, comme un coup de pioche dans une terre dure.

Serge est saoul, il est debout, ses genoux fléchissent. Il va tomber en arrière ... non, il penche en avant ... son corps se casse et il tombe lourdement, puis il roule sur le côté et ne bouge plus

Personne ne bouge.

La barre de fer est très lourde au bout du bras de Robert. Sa main s'ouvre. La barre tombe, la pointe en avant. ... [...]
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WolandWoland18 septembre 2015
[...] ... - "Robert ?

- Oui, c'est moi."

Gilberte approcha.

- "J'allais m'en aller,"dit-elle. "Ca fait un moment que je devrais être rentrée.

- Je sais, je suis en retard.

- Je pensais que tu n'avais pas pu venir. Je remontais. J'étais déjà au portail quand j'ai entendu le chien des Bouvier. Ensuite, le vieux est sorti et il a crié aussi. Et puis tous les chiens se sont mis à faire la vie : alors je suis restée dehors pour écouter. Je ne sais pas ce qui s'est passé. Tu n'as pas entendu ?"

Robert hésita, avala sa salive puis expliqua :

- "Si, j'ai entendu les chiens. Seulement, j'étais encore très loin, près du chemin du cimetière ... J'ai pas fait attention. Des fois, la nuit, les chiens se mettent à gueuler pour un rien.

- Là, c'était pas pour rien ..."

Elle se tut quelques instants, puis demanda :

- "Tu n'as pas entendu une moto sur la vieille route ?"

Encore une fois, il hésita avant de dire :

- "J'en ai entendu une qui montait le raidillon ... même qu'elle ne devait pas avoir de lumières, je n'ai rien vu.

- Justement. C'est ce que j'ai remarqué aussi. Et c'est bien ce qui prouve que ça devait être des maraudeurs. Mon père dit qu'il y a toute une équipe de voyous, à Sainte-Luce ... A présent, il a toujours son fusil chargé.

- Sûrement ... il a raison ... vaut mieux se méfier ..." ... [...]
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lecassinlecassin14 janvier 2012
Quelque chose était en lui, qu'il ne parvenait pas plus à définir qu'à rejeter. Une chose trouble, comme un brouillard tenace, mais malgré tout transparent. Et cette chose le suivait, alourdissant chacun de ses gestes, se glissant entre ses yeux et tout ce qu'il regardait.
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bgnbgn07 novembre 2012
Depuis qu'il avait fermé la porte de cette pièce, il ressentait quelque chose d'indéfinissable, quelque chose qui le suivait et qui lui faisait peur.
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