> Patrick Besnier (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070377989
Éditeur : Gallimard (2003)


Note moyenne : 3.92/5 (sur 12 notes) Ajouter à mes livres
Nous sommes à la veille de 1900, au moment où décadentisme et anarchie se donnent la main pour conduire le siècle à sa fin. Georges Randal, un jeune homme de bonne famille, orphelin ruiné par un oncle indélicat, lorsque le temps est venu de prendre une situation, décide... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par Nibelheim, le 09 février 2009

    Nibelheim
    George Darien, ça vous dit quelque chose, vous ? Pour ma part, je ne connaissais pas du tout, avant de rencontrer ce nom, par hasard, sur un site de troc. Le voleur ... Une curieuse illustration (Le thérapeute, de Magritte), une quatrième de couverture plutôt alléchante, et hop ! Je décide de me le procurer. J'ai pensé le recevoir pendant longtemps, mais, manque de chance, le livre semble avoir été perdu dans les limbes de la Poste. Il m'a fallu attendre longtemps avant de le trouver enfin sur les étalages d'une librairie, alors que j'étais de passage à Paris. Après avoir terminé Moll Flanders, je me suis donc empressée de commencer ce roman qui m'intriguait tant et que je comptais lire depuis des mois ... Si j'ai choisi d'enchaîner directement sur George Darien après avoir terminé le roman de Defoe, c'est aussi parce qu'ils partent tous deux d'un thème assez semblable, à savoir la figure du Voleur. Il me semblait intéressant de comparer ces deux portraits, tous deux rédigés par un "je" sous la forme de faux mémoires, et ce à presque deux-cent ans d'écart.

    Le voleur : voilà un ouvrage difficile à résumer ... Pourquoi ? Parce qu'aux côtés d'une trame simple et légère se succèdent toute une galerie de personnages et un grand nombre de digressions : portraits à charge, caricatures et histoires secondaires glissés ça et là, ou encore textes d'idées dissimulés au fil de l'intrigue. Georges Randal nous raconte son histoire : celle d'un jeune bourgeois qui, ruiné par son oncle après le décès de ses parents, décide de se faire Voleur. Avec ce qu'il lui restait, il lui était sans doute possible de vivre, laborieusement. "Tu chercheras à joindre à tes maigres revenus ceux d'un de ces emplois honnêtes qui, pour être peu lucratifs, n'en sont pas moins pénibles. Ceux qui les exercent ne mangent pas tout à fait à leur faim, sont vêtus presque suffisamment, compensant l'absence des joies qu'ils rêvent par l'accomplissement de devoirs sociaux que l'habitude rend nécessaire ; et, à part ça, vivent libres comme l'air - l'air qu'on paye aux contributions directes." Mais ce n'est pas là le chemin que Randal choisit : lui, il préfère dire non à la société et à ses institutions, non à l'ordre et, surtout, non au silence. Le voleur, ce n'est pas que ça, mais c'est un non énergique et retentissant au monde tel qu'il fonctionnait à l'époque - et tel qu'il fonctionne aujourd'hui, pour une large part.
    Dans un écrit qui emprunte beaucoup - non sans humour - aux codes et aux clichés au roman-feuilleton en vogue à l'époque, Darien nous permet d'explorer le monde des Voleurs et des escrocs : s'y croisent criminels officiels, protégés par les lois et brigands véritables. le lecteur rencontre alors, au détour d'une page, politiciens véreux, Voleurs de métier, notaires malhonnêtes, mouchards du gouvernement, faiseuses d'anges, bourreaux, industriels stupides et faussement philanthropes. Et cela, à grands renforts d'extraordinaires facilités de scénario. Mais qu'importe : ce n'est pas la vraisemblance que l'auteur vise en premier lieu. Par la force de la mise en scène, par l'outrance et la noirceur de certains portraits, enfin par l'utilisation libre révolutionnaire d'une forme romanesque donnée, Le voleur semble rappeler parfois l'esprit des œuvres d'Octave Mirbeau. Comme lui, il se fait arracheur de masques, révélant les vices et les instincts destructeurs des puissants, tout en fustigeant la passivité et l'aveuglement des plus faibles. Et parfois, quand Randal écrit son dégoût du monde, qu'il s'interroge sur son expérience de la vie, on croirait presque entendre Célestine ! Pour exemple : "Ai-je vu des choses mon Dieu ! - même des choses que je ne dirai pas ! ... J'ai passé partout, ou à peu près ; je connais toutes les misères des gens, tous leurs dessous, toutes leurs saletés, leurs secrets infâmes et leurs combinaisons viles, les correspondances adultères de leurs femmes, leurs plans de banqueroutiers et leurs projets d'assassins. Je pourrais en faire des romans, si je voulais ! ..." Cependant, il y a quelque chose de plus touchant, de plus triste même, chez Darien que chez Mirbeau : personnage peut-être davantage autobiographique ; présence, malgré tout, d'un certain romantisme, mais teinté de nihilisme et d'anarchie ; constat amer du narrateur sur son passé et sur ses choix, ... Toujours est-il que je ressens une mélancolie bien plus présente dans Le voleur, alors que les lectures de Mirbeau me semblent davantage roboratives. De ce que j'en ai lu, tout au moins.

    Ainsi, comme je l'ai dit, Randal s'oppose à beaucoup de choses, alors qu'il découvre l'envers du décor social et les vrais visages sous les masques ... Seulement, que faire, après avoir constaté tout ça ? Randal se tourne tout d'abord vers ses collègues Voleurs et il pense un instant avoir trouvé sa réponse. Réfugié à Londre, il y rencontre Roger-La-Honte et Brousaille, figures positives et charmantes d'un frère et d'une sœur errant sur les toits de la grande ville. Cependant, ces deux-là font figure d'exceptions. Apparaissent d'autres figures, plus inquiétantes, plus grimaçantes ... Randal finit par se dire que "les vices des canailles ne valent pas mieux que ceux des honnêtes gens." Ce dernier est tenté de voir du côté du socialisme : déception nouvelle. "J'ai vu ceux de 48 avec leurs barbes, ceux de 71 avec leurs cheveux, et tous les autres, avec leur salive." L'anarchisme est révoqué également : autant de promesses faites à un peuple qui les attend pour demain plutôt que d'agir aujourd'hui. le mot est lancé : "Pépinières d'exploiteurs, séminaires de dupes, magasins d'accessoires de la maison Vidocq ..." Qu'est-ce qui compte alors, après tout ça ? Entre toutes ces errances, Darien nous le dit, Randal nous l'assène : c'est l'Individu, c'est le moi, étouffé sous la société, les convenances, les institutions, écrasé par l'éducation, le service militaire, le monde du travail. Et ce qui est important, c'est de vivre, d'exister par soi-même et pour soi-même, uniquement.
    Ce qui est tragique, pourtant, c'est que malgré ces intuitions, Randal échoue. Ne parvenant pas à vivre comme il l'entend, peut-être même ne sachant comment vivre, il passe lui aussi, comme tous les autres, à côté de sa vie. Dernière page du roman, dernière feuille de ces confessions, et il jette ce constat amer : "J'ai voulu vivre à ma guise, et je n'y ai pas réussi souvent. J'ai fait beaucoup de mal à mes semblables, comme les autres ;et même un peu de bien, comme les autres ; le tout sans grande raison et parfois malgré moi, comme les autres. L'existence est aussi bête, voyez-vous, aussi vide et aussi illogique pour ceux qui la volent que pour ceux qui la gagnent." Partie intégrante d'un mécanisme plus grand qui lui échappe, Le voleur est aussi déterminé que les autres et joue lui aussi un rôle dans la société, quoi qu'il dise.
    Le voleur se clôt alors que George Randal délaisse son manuscrit dans une chambre d'hôtel, laissant là sa valise, abandonnant son métier et ne sachant que devenir. La boucle se referme, et les multiples questions jetées ça et là au fil de l'histoire n'ont pas été résolues. Cependant, quand on referme le livre, elles résonnent encore en nous, douloureuses, inquiétantes. Avec un vrai sens de la formule, Darien nous entraîne dans cette vie menée tambour battant, alternant descriptions de cambriolages, personnages truculents, cavales entre la France, la Belgique et l'Angleterre. L'humour côtoie de près le désespoir, chez cet homme à la fois dandy et vandale.
    Une ode à la liberté et à l'individualité, une recherche désespérée de réponses, une émotion et une énergie communicatives.
    A découvrir d'urgence !


    Lien : http://carnets-plume.blogspot.com/2008/08/illustre-inconnu-et-plume-..
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    • Livres 2.00/5
    Par valdemosa38, le 04 décembre 2011

    valdemosa38
    Dommage, je n'ai pas reussi à le finir ....pourtant le propos reste d'actualité .... étonnamment...car ça ne date pas d'aujourd'hui mais de la fin du 19ième siècle. Mais on sent bien que tout dans le récit , dans le déroulement de l'histoire est là pour permettre à l'auteur de faire passer sa pensée politique et parfois c'"est un peu lourd . Même en étant assez daccord avec lui.
    J'aurais pu le lire en tant que tel mais je n'ai pas reussi en plus je lui ai trouvé une vision des femmes bien ....misogyne ce qui pas mal entamé ma volonté de le lire malgrè tout....donc rendez vous manqué et peut être reporté.
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    • Livres 5.00/5
    Par captainspaulding, le 14 juillet 2010

    captainspaulding
    Un auteur inconnu, découvert au cours d'un cours de français. Les quelques passages proposés par mon professeur ont suffi à me donner envie de le lire.
    Ce livre raconte les tribulations d'un anarchiste nommé Georges Randal dont on peut penser qu'il s'agit de Darien lui même. A chacun de se faire sa propre opinion sur ce livre que je recommande fortement.
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Citations et extraits

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  • Par Nibelheim, le 09 février 2009

    "Tu chercheras à joindre à tes maigres revenus ceux d'un de ces emplois honnêtes qui, pour être peu lucratifs, n'en sont pas moins pénibles. Ceux qui les exercent ne mangent pas tout à fait à leur faim, sont vêtus presque suffisamment, compensant l'absence des joies qu'ils rêvent par l'accomplissement de devoirs sociaux que l'habitude rend nécessaire ; et, à part ça, vivent libres comme l'air - l'air qu'on paye aux contributions directes."
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  • Par Nibelheim, le 09 février 2009

    "Ai-je vu des choses mon Dieu ! - même des choses que je ne dirai pas ! ... J'ai passé partout, ou à peu près ; je connais toutes les misères des gens, tous leurs dessous, toutes leurs saletés, leurs secrets infâmes et leurs combinaisons viles, les correspondances adultères de leurs femmes, leurs plans de banqueroutiers et leurs projets d'assassins. Je pourrais en faire des romans, si je voulais ! ..."
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  • Par Messager, le 26 mai 2011

    Des sanglots me roulent dans la gorge et éclatent en ricanements… Allons, il faut continuer, sans repos et sans but, faire face à la destinée imbécile jusqu’à la catastrophe inévitable - dont je retirerai une moralité quelconque, inutile et bête, pour tuer le temps, et si j’ai le temps […] Je me désespère dans l’attente de quelque chose qui ne vient pas, que je sais ne pas pouvoir venir, quelque chose qu’il me faut, dont je ne sais pas le nom, et que tout mon être réclame tel l’écrivain, sans doute, qui formule des paradoxes et qui se sent crispé par l’envie, chaque fois qu’il prend sa plume de sarcasme de composer un sermon ; un sermon où il ne pourrait pas railler, où il faudrait qu’il dise ce qu’il pense, ce qu’il a besoin de dire - et qu’il ne pourrait pas dire, peut-être.
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  • Par cathcor, le 07 mars 2012

    J'ai passé 10 ans au collège, 3 au régiment. J'ai donc le droit de commettre-honnêtement- des crimes jusqu'à concurrence de 13 ans de prison.
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