[ Incipit ]
C’est une bouche, à demi ouverte, qui respire, mais les yeux, le nez, le menton, ne sont plus là. C’est une bouche plus grande que toutes les bouches imaginables, et qui fend l’espace en deux, l’élargissant, si bien qu'il faut faire un arc de cercle avec le corps pour tenter de tout voir. Le bruit est énorme, le souffle, mais c’est surtout qu’on ne s’y attend pas, on monte la dune, on lutte pour arracher ses pieds à la pente, un temps on est seulement occupé par ce vide sous le sable, et d’un coup l’espace explose, on a levé la tête et le haut de la dune s’est fendu dans la profondeur, quelque chose comme deux bras immenses qui s’ouvrent ; mais ce n’est pas exactement ça, ce n’est pas accueillant, c’est plutôt qu’on n’a pas le choix, comme du haut d'un immeuble ou d'un monument on tomberait en l'absence de garde-fou. Il est difficile d'envisager le bord de cette chose, de décider où elle se trouve exactement, et à quelle distance.
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