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ISBN : 9782020992077
Éditeur : Editions du Seuil (2011)


Note moyenne : 3.58/5 (sur 84 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Ce récit évoque un voyage le long du Mékong effectué pendant le procès des leaders Khmers rouges à Phnom Penh en 2009 et la révolte des Chemises rouges en Thaïlande en 2010.

Henri Mouhot poursuit un papillon, son filet à la main, se cogne la tête, lève le... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par emmyne, le 22 novembre 2011

    emmyne
    Le Kampuchea démocratique, c'est le nom du Cambodge, ce pays entre la Thaïlande, le Laos et le Vietnam, bordé par le Golf du Siam; ce pays fermé, ruiné par les Khmers Rouges.
    Un roman en chroniques amères, un carnet de voyage dans l'espace et le temps, les paysages en réminiscences. C'est l'histoire de la Révolution des Khmers rouges, ses grandes figures, ces inculpés, c'est aussi celle de l'Indochine, de l'Europe coloniale, ses grandes figures, ces coupables, celle des guerres de la Guerre Froide.
    " J'aimerais mettre en perspective le procès des Khmers rouges dans une durée moyenne, sur un siècle et demi, depuis que Mouhot, courant derrière un papillon, s'est cogné la tête, a levé les yeux, découvert les temples d'Angkor. "
    " Pendant plus d'un siècle, jusqu'à la fin de la Guerre froide, se donneront libre cours, dans cette Indochine ravagée, écrasée de bombes, les folies de l'Europe puis de l'Amérique, de la Russie et de la Chine. Les rêves écroulés, les actes d'héroïsme grandiose et les lâchetés immenses, les barbaries. Tout ce contre quoi voulaient lutter, à juste titre, quelques étudiants idéalistes du tiers-monde. " [ ces étudiants parisiens qui deviendront les Frères de la Révolution khmère... ]
    Pas moins d'une cinquantaine de chapitres pour 250 pages denses, rythmés par les slogans de l'Angkar ( l'organisation de la Révolution ), par les notes de notre découvreur national Mouhot, par des extraits de Romans de ces auteurs français ( ainsi que l'Anglais, Graham Greene ) dont l'oeuvre est si intimement liée à leur vie, leurs choix et engagements politiques, leurs itinéraires autant géographique que humain.
    " Lorsque Loti s'approche enfin des ruines d'Angkor, en 41 après HM [ Henri Mouhot ] , il sait l'immense fatigue de cette civilisation khmère, qui consent à s'offrir aux barbares de l'Occident pour se protéger du Siam à l'ouest et des Viêts à l'est. La France manipulée comme une tribu un peu stupide mais puissante et armée. Il sait qu'il est un lointain barbare perdu en Asie. Et peut-être a-t-il déjà en tête, ce soir, à My Tho, des phrases du " Pélerin d'Angkor " qu'il écrira dans dix ans. Ces phrases qui seront une terrible semence pour le jeune Malraux, lequel sans elles peut-être n'aurait pas écrit " La voie royale " , ni pillé le temple comme Loti avait pillé la mosquée. C'est toujours curieux, l'histoire des hommes et de leurs livres. "
    Une sérieuse connaissance de la terre et du sujet qui souligne la subtile distinction entre peuple et nationalité, un regard aigu et élargi, une conscience désabusée des paradoxes, des correspondances, des enjeux imbriqués de cette Histoire, une mémoire pour les oubliés, les aventuriers occidentaux, les populations sacrifiées. Et un style : une poétique de l'image, le vitriol des portraits, l'acuité des visions, quelques papillons noirs et suffisamment de précisions, qui ne sacrifie pas la verve narrative, pour ne pas égarer le lecteur, le perdre en chemin dans les méandres géopolitiques du Mékong.
    De nombreux extraits dans ce billet pour dire cette lecture exceptionnelle qui porte si magistralement l'expression de " roman sans fiction ".


    Lien : http://www.lire-et-merveilles.fr/lectures/litterature-francaise/comm..
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    • Livres 4.00/5
    Par michelekastner, le 25 septembre 2012

    michelekastner
    L'auteur débute son périple à Bangkok. Taksin Shinawaka, ex-premier ministre corrompu de la Thaïlande a fui le pays. A Phnom Penh doit débuter le premier procès de Douch, le tortionnaire du tristement célèbre camp S21 où ont été torturées et assassinées 12 000 personnes. Né en 1942, d'origine modeste, Douch réussit de brillantes études pour devenir professeur de mathématiques, son directeur est Son Sen, futur ministre de la défense du Kampuchéa démocratique. Ils rejoindront tous deux le maquis. Amateur de poésie, Douch récite les vers du poème d'Alfred de Vigny « La Mort du Loup » à la première audience du procès :
    « Gémir, pleurer, prier est également lâche
    Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
    Dans la voix où le sort a voulu t'appeler
    Puis, après, comme moi, souffre, et meurs sans parler. »
    Il a été un fidèle serviteur de l'Angkar, consciencieux, rigoureux, jusqu'à la folie, à l'absurdité aveugle.
    Chaque événement de l'histoire en rappelle un autre qui a sa part dans l'avènement au pouvoir d'une poignée d'idéalistes qui ont fait leurs études à Paris, ont lu Malraux (La voie royale), Rimbaud (Une saison en enfer), Farrère (Les Civilisés), ont rêvé de Révolution à Saint-Germain avant de se perdre dans la forêt cambodgienne. On redécouvre ces morceaux d'histoire entremêlés qui ont contribué à alimenter la guérilla, la haine de l'Occident, les désirs de pureté dans un pays corrompu par la monarchie sous Norodom Sihanouk qui rêve d'une Pnom Penh princière et réprime sévèrement les opposants Khmers rouges, par le régime militaire anti-communiste de Lon Nol, sans oublier les Américains qui ont sacrifié les populations sous les énormes bombardements envoyés sur la piste Hô Chi Minh, la longue colonisation de la France dont les intérêts étaient multiples (opium, riz, , sel, hévéa..), les territoires amputés par le royaume de Siam (Angkor), puis par les Vietnamiens (le delta du Mékong), les conflits de la guerre froide qui amèneront leur lot de soutiens ou de défections.
    Mais, sans doute faut-il revenir un siècle et demi en arrière à la rencontre d'un personnage injustement oublié : Henri Mouhot, lépidoptériste, entomologiste, botaniste qui, de Londres, embarque pour l'Asie, y parcourt à pied de vastes territoires à la poursuite de papillons rares et découvre avec stupéfaction et fascination les temples d'Angkor enfouis sous la végétation luxuriante, réalise des dessins minutieux et prend des notes précises qui seront publiées à Paris et nourriront des rêves de conquête française, car la France est alors en concurrence avec l'Allemagne et l'Angleterre dans l'expansion culturelle et géographique. On croise Graham Greene, Pierre Loti, Joseph Conrad, écrivains fascinés par l'Asie et qui ont enrichi nos rêves occidentaux d'un Orient magique.
    Pour Patrick Deville, c'est l'année zéro. Dès lors, les années se comptent en après HM, sur la trace des explorateurs Garnier et Lagrée à la découverte de 3000 km le long du fleuve Mékong, d'Auguste Pavie qui trace la ligne télégraphique entre Phnom Penh et Bangkok et crée une école cambodgienne à Paris dans laquelle les sinistres frères numérotés viendront faire leurs études. L'auteur rencontre le père François Ponchaud, prêtre à Phnom Penh de 1965 à 1975, date de l'arrivée au pouvoir des Khmers rouges, il dénonce alors les exactions, n'est pris au sérieux ni par Paris, ni par Washington, ni par Amnesty International, ni par la Ligue des Droits de l'Homme. On croit encore à l'idéal communiste qui va déboucher sur la Terreur, la destruction de tous les papiers, les diplômes, les livres, la suppression des médecins, des cafés, des professeurs, des automobiles, des téléphones, de la vie privée et l'anéantissement de 2 Millions de Cambodgiens, sous la direction de Pol Pot (frère n°1), Nuon Chea (frère n°2), Ieng Sary(frère n°3)…
    Œuvre dense et érudite qui nécessite une bonne connaissance de l'histoire de la Cochinchine du Vietnam, du Cambodge, du Laos, de la colonisation, des trois guerres d'indochine…
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    • Livres 4.00/5
    Par Charybde2, le 17 mars 2013

    Charybde2
    Fascinant voyage au Cambodge, et autour de lui, du XIXème siècle au temps présent.
    Publié en 2011, le neuvième ouvrage de Patrick Deville se sortait plutôt brillamment de l'un des grands défis auxquels est confronté le roman dit (souvent abusivement) "d'écrivain voyageur" : proposer un contenu qui ne soit pas uniquement fulgurance anecdotique, et disposer d'un fil conducteur qui permettre d'irriguer la géographie visée en en traversant les époques sans (trop) d'artifice.
    Pour nous inviter à parcourir à ses côtés Cambodge, Laos, et dans une moindre mesure, Vietnam, l'auteur a su habilement utiliser le procès international à grand spectacle alors en cours à Pnomh Penh, celui des Khmers Rouges, donnant ainsi immédiatement au propos à la fois épaisseur et tragique, et a choisi intelligemment de structurer le voyage autour du Mékong, seul véritable axe de circulation de la région, et formidable frontière naturelle qui, chamboulée par le heurt des colonialismes français et anglais à la fin du XIXème siècle, ne put finalement jamais jouer ce rôle...
    On apprécie donc dans le périple le style sec et toujours subtilement ironique, parfois à la limite du décharné et du moqueur, adopté par Patrick Deville, ses sauts référentiels qui savent ici rester discrets et pertinents (y compris ses fétiches personnels, Savorgnan de Brazza - sujet de son précédent opus, "Equatoria" - et Arthur Rimbaud), et sa froide sagesse dans l'appréciation d'événements historiques parfois singulièrement embrouillés.
    Aux côtés de Pierre Loti et d'André Malraux, bien sûr, mais aussi des explorateurs / militaires / aventuriers Doudart de Lagrée et Francis Garnier, et surtout des innombrables personnalités politiques, souverains et dictateurs ayant précédé l'innommable, le régime honni des idéalistes jusqu'au boutistes Khmers Rouges, et leurs 3 ans et demi de pouvoir ayant tenté de démontrer jusqu'où pouvait aller la folie politique, aux côtés de leurs rares dénonciateurs précoces comme de leurs soutiens bien peu éclairés (surtout rétrospectivement, toutefois - ce que ne manque pas de noter l'auteur avec sa sombre malice...), ou encore de ceux qui choisirent, las de 20 ans de guerres indochinoises et encore prisonniers de leur grille de lecture "Spéciale Guerre Froide" (e.g. "mieux vaut des illuminés pro-chinois que de redoutables expansionnistes vietnamiens pro-soviétiques"), de détourner quelque peu le regard durant ces trois années de malheur...
    Suffisamment étonnante, brillamment cultivée, toujours efficace, une belle réussite dans ce genre parfois risqué...
    "Ponchaud [NDC : le missionnaire catholique présent à l'époque au Cambodge qui fut le tout premier à dénoncer la folie des Khmers Rouges, ici interviewé en 2010] lève les bras au ciel. Les luttes sont sociales et environnementales. C'est le désastre naturel et l'impossibilité de toute contestation. "Que restera-t-il du Cambodge dans dix ans ? Les autorités cambodgiennes ont vendu toutes les forêts, ont bradé des concessions énormes aux étrangers. Les Cambodgiens sont dépossédés de leurs propres terres, avec le cortège de spoliations, d'expulsions. Les affres du présent comptent bien plus pour les Khmers que les tragédies d'il y a trente ans." Toute dénonciation des injustices est impossible à cause du passé khmer rouge. Devant la moindre revendication d'équité, on brandit la menace du retour au communisme. "On peut dénoncer les massacres et exactions en tous genres des Khmers rouges, mais à part Ieng Sary, aucun d'entre eux ne s'est enrichi, ni n'a placé un magot à l'étranger. C'étaient des nationalistes intransigeants et utopiques. On ne peut en dire autant des dirigeants actuels, qui dépècent le pays à leur propre profit." Ces dirigeants sont en majeure partie d'anciens cadres khmers rouges ayant appliqué les préceptes de l'Angkar. Ponchaud soutient l'idée de Sihanouk : il faut en finir, incinérer les ossements des deux musées, organiser une cérémonie bouddhiste. La gestion du charnier de Choeung Ek est aujourd'hui sous-traitée à une société japonaise qui vend des billets pour la visite. Ponchaud semble se dire qu'il faudrait ici une bonne révolution."
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    • Livres 3.00/5
    Par ygounin, le 11 mai 2012

    ygounin
    Écrire des carnets de voyage, c'est un peu comme faire la recension d'un livre. Il faut naviguer entre deux écueils. le premier est celui du résumé poussif du livre, de la narration plate des étapes de son voyage. Certains auteurs, tel Jean Rolin que j'adore, réussissent à merveille dans cet exercice difficile. Mais le risque est grand de verser dans une prose répétitive et nombriliste.
    Le second est de se lancer dans de vastes considérations générales. le voyage ou la lecture sont alors réduits à un prétexte pour une réflexion plus ample. le récit dérive alors vers l'essai au risque de perdre le charme qui doit entourer les carnets de voyage.
    Patrick Deville zigzague entre ses deux écueils en remontant le Mekong depuis le Vietnam jusqu'à la Chine . Son livre est composé d'une cinquantaine de chapitres, très courts, qui peuvent parfois donner le sentiment de la confusion à force de virevolter dans l'espace et dans le temps. Sans doute faut-il avoir déjà quelques notions de l'histoire du Kampuchea démocratique, le nom donné par les Khmers rouges au Cambodge, pour en goûter tout le sel. A cette condition, ce récit kaléidoscopique réjouira tous les amoureux du Cambodge et au-delà tous ceux qui aiment, le temps de quelques pages, s'évader vers les berges tropicales d'un long fleuve asiatique.
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    • Livres 1.00/5
    Par HenriMoufettal, le 29 mai 2012

    HenriMoufettal
    Patrick Deville Kampuchéa Edition Seuil Fiction & Cie

    Je ne sais pas si ce travail est une fiction, il apparait comme tel, et du moins par la catégorie dans laquelle ce « roman » est classé. J'étais sur Paris la semaine dernière, me suis arrêté vers Gibert Jeune partir a la découverte de romans, et pour acheter initialement des cadeaux pour mes neveux. Et bref, mon regard a fait un tour des environs, comme dab, et puis, j'ai acheté celui-là, et la, sincèrement, je regrette les livres électroniques et les possibles « Pay as you go », ca m'aurait fait économiser de l'argent.

    Pourquoi ?

    Au fil des pages, ca s'entremêle dans des intrigues pourtant connues, enfin un peu pour ma part, et donc je me suis emmêlé dans un récit confus qui la m'a fait sauter de périodes en périodes, bam 50 ans 100 ans, comme ca, au fil des faits, justement bien fait, ca passe, la chez mois ca ne passe pas. Ca serait bien, mais l'aspect final est brut de décoffrage, on vous parachute dans les faits, la, puis la, puis la. le seul liant que je vois, que je ressens du moins à la fin, moi personnellement : un jugement continuel de l'auteur. Je pense lire beaucoup, et m'accrocher au fil des livres, donc j'ai tente la aussi et je me suis perdu dans un récit très occidentalisé bref je n'y connais ou reconnais pas grand-chose, je n'en saurai pas beaucoup plus même si les faits essaient d'être cliniquement posées ca et la. Posées et rien de plus…

    Ces pays, ce pays, méritent mieux, que des back in the future parisiens et autres. La géopolitique de l'époque inclut l‘URSS et la chine, épargné Longtemps par un récit qui préfère se concentrer sur une perspective occidentale. Bref, a mon avis, l'Histoire mérite mieux que ce métier a tisser confus prodigué par l'auteur

    Et la je regrette un grand écrivain pour traiter convenablement de l'Histoire, un vrai grand reporter Mr. Ryskard Kapuscinski d'Ébène (Afrique Noire), et voir même Jean Hatzfeld de « La stratégie des antilopes » (Rwanda) ou Erik Orsenna avec son « voyage aux pays du coton » (entre autres, sur la mondialisation).

    Il y a des faits dans ce livre, bien sur, mais je trouve que le flot, et donc l'histoire, et L Histoire, est rendue en beaucoup plus discontinue, pourtant les rythmes ascendants descendants, selon les saisons, du mekong apportait une métaphore adéquate. C'est en lisant la quatrieme de couv' que je m'étais lancé. bref. tanpis

    Bref I don t hate it comme le 1 sur 5 peut le montrer, j'aurais mieux fait de passer mon chemin et d'espérer arriver sur un bel ouvrage un jour, bah pas ce n'était pas encore le jour.
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Critiques presse (8)


  • Lexpress , le 30 novembre 2011
    Dans la lignée des magnifiques Pura Vida et Equatoria, Kampuchéa rend aussi hommage à quelques écrivains aimés (Conrad, Loti...) et nous montre - sans jamais tomber dans le livre à thèse - les liens ténus entre le dogmatisme du Bien et le totalitarisme. Incorrect, passionnant et brillant.
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • LeSoir , le 07 novembre 2011
    Du Cambodge, qu'il appelle « Kampuchéa », l'écrivain rapporte quantité d'histoires qui se croisent et se recroisent.
    Lire la critique sur le site : LeSoir
  • Bibliobs , le 27 septembre 2011
    Alors que le second procès des Khmers rouges vient de s'ouvrir, Patrick Deville retrace plusieurs siècles d'histoire franco-cambodgienne dans un récit passionnant.
    Lire la critique sur le site : Bibliobs
  • LeMonde , le 23 septembre 2011
    Avec Kampuchéa, pour la première fois, Patrick Deville n'a entrepris d'écrire qu'après le voyage accompli. Comme si la méthode peaufinée depuis vingt ans désormais arrivait à sa pleine maturité.
    Lire la critique sur le site : LeMonde
  • LeMonde , le 23 septembre 2011
    Par là Deville, exemplaire, accomplit le ravissement de l'Histoire par le roman, affirme la légitimité souveraine de celui-ci à fabuler sans souci des douanes littéraires. Outre que, magnifique raconteur d'histoires, il rend hommage aux séductions du récit, allie poésie et ironie lapidaire, il soutient la note, rare, d'une tendresse humaine qu'aggrave la tristesse des beautés et des crimes.
    Lire la critique sur le site : LeMonde
  • Telerama , le 21 septembre 2011
    Car ce n'est pas pour le dépaysement, la recherche du pittoresque que Deville voyage. Mais bien parce que ce déplacement dans l'espace, vers l'ailleurs, est pour lui la condition d'une réflexion sur l'histoire des hommes, ses éclats de noblesse et ses tragédies.
    Lire la critique sur le site : Telerama
  • LesEchos , le 20 septembre 2011
    Travail d'historien passionnant, « Kampuchéa » se lit d'abord comme un roman d'aventures dont la matrice serait bien sûr « Au coeur des ténèbres ». Etrange roman où rien n'est inventé.
    Lire la critique sur le site : LesEchos
  • Lexpress , le 07 septembre 2011
    Derrière sa façade de récit sur le Mékong et son hommage à Conrad, à Malraux ou à l'acteur David Carradine, Kampuchéa explore un siècle et demi d'histoire et met en lumière les liens ténus entre la France et le pays des Khmers rouges, "dans lequel tous les titres de propriété, tous les diplômes ont disparu".
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par lanard, le 01 juillet 2012

    Aux temples d'Angkor, longtemps après Pierre Loti, je me souviens d'avoir contemplé une rafale d'arme automatique. Une courbe en pointillés de cônes étoilés dans la pierre éclatée. Une large rafale en arrondi lâchée sur une fresque narrative. Des noms et des mentions gravées dans le pierre aux temps angkoriens racontent une très vieille guerre inconnue. Un livre d'histoire mitraillé par les soldats d'une guerre moderne. Rafale lancée au hasard d'une dispute entre soudards. Des soldats de Lon Nol en uniformes de GI, alors que les populations des villages autour de Siem Reap ont réinvesti la capitale du XIIe siècle. Alors que renaît, par les infortunes de la guerre, un siècle après Mouhot, la vieille capitale oubliée.
    Des feux de camp dans la nuit, des marmites, des campements. Les lueurs jouent sur le métal des armes. Parce qu'elle est la seule enceinte que les B-52 ne peuvent bombarder sans détruire les temples et tuer leurs alliés. Ou bien une rafale tirée plus tard par un soldat vietnamien des troupes d'occupation, que les cambodgiens accusent encore aujourd'hui d'avoir endommagé les temples. Un maladroit qui graissait son arme. Ou bien entre les deux, par les Khmers rouges maîtres du Kampuchéa. Par l'un de ces gamins chauve-souris qui a vu les caractères d'écriture et croit ainsi obéir à l'Angkar, détruire tout ce qui est écrit. Et le travail des archéologues un jour sera balistique, déterminera si les impacts proviennent d'un chargeur M-16 américain ou d'un AK-47 chinois ou soviétique.
    Il y a une dizaine d'années, les derniers groupes khmers rouges rôdaient encore dans la forêt autour des temples et parfois attaquaient les villages. Leurs troupes étaient débandées et affamées. Il n'était plus question de révolution. On tuait pour du poisson et des poulets. On se flinguait entre brigands. Et cette rafale est peut-être aussi récente. Postérieure à l'arrivée des Casques bleus à Phnom Penh. Ou bien une exécution. Le grand mur gravé tout éclaboussé de rouge. Les pillards s'enfuyaient dans la forêt en direction de la frontière thaïlandaise aujourd'hui encore contestée à coups de canons.
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  • Par emmyne, le 22 novembre 2011

    Les civilisations à leur apogée aiment contempler l'apogée des civilisations disparues et frissonner devant l'avenir. C'est Bonaparte devant les pyramides d'Egypte. Pour le Second Empire ce sera Angkor. La voie est tracée avec précision par Mouhot : " vers le quatorzième degré de latitude et le cent deuxième de longitude à l'orient de Paris, se trouvent des ruines si imposantes, fruit d'un travail tellement prodigieux, qu'à leur aspect on est saisi de la plus profonde admiration, et qu'on se demande ce qu'est devenu le peuple puissant, civilisé et éclairé, auquel on pourrait attribuer ces oeuvres gigantesques. " A la lecture de ces phrases, au coeur de l'Europe prospère et éclairée, au centre du monde, peut-être éprouve-t-on déjà le vertige de la chute, pressent-on le déclin, l'autodestruction des guerres mondiales, le gouffre de l'oubli. Que resterait-il de cette civilisation-là ?
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  • Par phildec, le 08 janvier 2013

    Refouler loin de la pureté khmère les Viêts et les Thaï et les Russes et les Américains. Débusquer les traitres parmi nous, arracher leurs aveux, mémoriser la liste des méthodes graduelles enseignées par les cadres. On les récite devant le feu, à voix basse. " Coups avec les mains. Coups avec un bâton. Coups avec des branches. Coups avec des fils électriques. Les forcer à manger des excréments. Les forcer à boire de l'urine. Les forcer à manger pendus la tête en bas. Les forcer à tenir les mains en l'air toute une journée. Leur enfoncer une aiguille dans le corps. Les forcer à se prosterner devant une image de chien. Les forcer à se prosterner devant le mur. Les forcer à se prosterner devant la table. Les forcer à se prosterner devant la chaise. Leur arracher les ongles. Les griffer. Les asphyxier avec un sac plastique. Les torturer avec de l'eau. L'immersion de la tête dans une jarre. Les gouttes d'eau sur le front. " On essaie de ne rien oublier. (p 151)
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  • Par michelekastner, le 25 septembre 2012

    Les frères numérotés, Pol Pot comme les autres, sont tous passés par la pagode. L'Angkar est à la fois le rêve d'une société monastique et du communisme ancestral des tribus, la morale stricte des chasseurs-cueilleurs et les préceptes du bouddhisme. Les êtres animés naissent et meurent en tournant dans la vaste roue du Samsara, dit Ponchaud, et les Khmers rouges utilisent ces images de Roue de la révolution, de l'Angkar comme une divinité, l'Etre suprême. Si son point de vue sur le procès, depuis trente ans, est toujours à ce point critique, c'est que le droit international, qui juge des cambodgiens, est aussi étranger à leur culture bouddhiste que ne l'était le marxisme. "La société khmère est une société où la notion de personne est absente : l'être humain n'est qu'un agrégat d'énergies, contingent, temporaire, sans sujet, la vie n'est qu'une période de purification."
    Le tribunal est une monstrueuse industrie corrompue qui gère des sommes considérables. Un magistrat cambodgien y touche un salaire mensuel de cinq mille dollars. Un instituteur en ville de cinquante. Un instituteur n'est pas cent fois moins utile à la justice. "Il convient donc de se rappeler que la notion de Droits de l'Homme n'est pas universelle mais liée à la culture judéo-chrétienne. Pas plus que la démocratie, les Droits de l'Homme ne se décrètent, car ils sont le fruit d'une longue maturation, souvent chaotique. Vouloir juger les crimes khmers rouges à l'aune de nos critères occidentaux peut apparaître comme une nouvelle forme de colonialisme culturel inconscient." Les Khmers quant à eux en ont vu d'autres. " Après la chute d'Angkor, en 1431, les Cambodgiens ont passé quatre siècles dans les forêts, pris entre les armées du Siam et de l'Annam, qui ne faisaient pas de quartier. Imaginez les Russes et les Allemands s'affrontant quatre siècles en Pologne. Les Khmers, de quinze millions, étaient huit cent mille à l'arrivée des Français.
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  • Par ceanothus, le 23 février 2013

    LE GLORIEUX 17 AVRIL. (…)Des groupes silencieux et ordonnés de gamins tout en noir remontent les rues. Casquette Mao noire, sandales Hô Chi Minh en pneus, AK-47 et grenades sur la poitrine, visage fermé, des chauves-souris, pas un mot, pas un sourire, ils sont épuisés, affamés, une marée noire qui submerge la ville, étrangers à la liesse, la musique, tout le monde dans les rues après le couvre-feu et les bombardements, la peur, on danse, on allume des bâtonnets d’encens et dépose des fleurs sur les autels, et sans cesse des milliers de chauves-souris silencieuses, continuent d’entrer dans la ville, occupent les ronds-points, les carrefours, déplient des plans, arrêtent et fouillent chaque véhicule, pas un mot, ils vident les hôpitaux, les malades sur les brancards ou boitillant sur leurs béquilles, les pansements saignants, tous chargés dans les camions, les gamins en noir frappent aux portes, une à une…

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