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> Élisabeth Guertik (Autre)
> Georges Philippenko (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253018252
Éditeur : Le Livre de Poche (1977)


Note moyenne : 4.41/5 (sur 266 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
"Est-il possible de croire? Sérieusement et effectivement? Tout est là." Stavroguine envoûte tous ceux qui l'approchent, hommes ou femmes. Il ne trouve de limite à son immense orgueil que dans l'existence de Dieu. Il la nie et tombe dans l'absurdité de la liberté pour u... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 12 juin 2014

    Nastasia-B
    Avec Les possédés (ou Les Démons, titre plus conforme mais moins célèbre, voir le nota bene au bas de cet avis), Dostoïevski s'attelle à un immense canevas politico-sociétal qu'il est difficile de définir en deux mots et dont les limites semblent, elles-mêmes, assez floues.
    Une fois n'est pas coutume, afin de situer quelque peu l'œuvre, je vais commencer par un extrait, issu de la bouche de Stepan agonisant, qui me semble révélateur avant de commenter :
    « Ces démons qui quittent (N.B. : l'auteur vient de citer le passage correspondant dans les évangiles, pour ceux que cela intéresse, il s'agit de l'épisode du démoniaque gérasénien dans les évangiles de Marc, Matthieu ou Luc) le malade pour entrer dans les pourceaux, ce sont tous ces ulcères, ces miasmes, toute cette pourriture, tous ces démons grands et petits, qui s'étaient accumulés dans notre chère et grande malade, notre Russie, depuis des siècles, des siècles. Oui, cette Russie, que j'aimais toujours. Mais une grande pensée, une volonté supérieure descendront d'en haut sur elle comme sur ce possédé, et tous ces démons, cette pourriture, cette plaie qui suppure... la quitteront... et demanderont qu'on leur permette d'entrer dans les pourceaux. Il se peut même qu'ils y soient déjà entrés ! C'est nous, nous et ces autres: Petroucha... et les autres avec lui et moi, peut-être, à leur tête... et nous nous jetterons tous, possédés et insensés, dans la mer et nous seront noyés, et ce sera bien fait, car nous ne sommes bons qu'à cela. Mais la malade guérira et s'assiéra aux pieds de Jésus... »
    On comprend bien je pense le message que cherche à faire passer Fiodor Dostoïevski. En ces années 1870, la Russie connaît des troubles, l'ancien ordre établi vacille (notamment depuis l'abolition du servage en 1861), la religion vit une crise et les ferments de la révolte " à la française " commencent à voir le jour.
    Des opportunistes de tous poils cherchent à souffler sur les étincelles à coups d'idéologies (socialiste, nihiliste, autres) pour mettre le feu à la Russie et se saisir du pouvoir quitte à s'adonner au bain de sang. L'aristocratie déchue et proche de la ruine (suite au partage des terres lors de l'abandon du servage) n'y est pas étrangère.
    C'est donc ce faisceau de craintes et de menaces que l'auteur essaie de dépeindre dans cet étrange ouvrage, mi politique, mi social, mi romantique, mi mystique (les amateurs de Pagnol et qui savent mieux compter que moi noteront que comme César, moi aussi j'ai quatre tiers dans mon cocktail, voire même un peu plus mais je n'ai jamais réussi à dénombrer aussi loin).
    L'auteur bâtit un scénario à échafaudage animé d'une myriade de personnages (les noms russes avec double prénom, à la longue, finissent par tous se ressembler, je vous conseille de mettre un repère à la page de présentation des personnages, ça vous sera utile jusqu'au bout) dont les principaux semblent être Nikolaï Vsévolodovitch Stavroguine et Petr Stépanovitch Verkhovenski.
    Le premier symbolisant l'aristocratie décadente, le second, les classes supérieures arrivistes semant le trouble ; l'ensemble constituant " Les Démons " dont la Russie " possédée " devra se débarrasser pour recouvrer sa sérénité séculaire.
    En somme, une lecture un peu alambiquée, mais pas désagréable, on ne sait pas trop où l'auteur nous emmène, mais il nous emmène. Un séjour en apnée dans la demie folie ambiante de presque tous ses personnages (comme presque toujours chez Dostoïevski), parmi Les Démons de la Russie tsariste. Tout ceci, bien sûr, n'est que mon diable d'avis, dont je vous invite à vous déposséder s'il ne vous convient pas car, à lui seul, il ne signifie pas grand-chose.
    N. B. : Selon les éditions et les traductions, le titre est transcrit soit sous la forme " Les possédés ", soit sous la forme " Les Démons ", mais il s'agit bien du même livre. Traditionnellement et parce que les premières traductions françaises l'ont transcrit ainsi le titre Les possédés s'est popularisé tandis que les traductions plus récentes et plus soucieuses de la lettre ont tendance à privilégier Les Démons. Cette différence d'ailleurs se résout à une histoire de contenant et de contenu, c'est selon. Certains mauvais esprits ont tendance à croire qu'il y aurait peut-être aussi une toute petite motivation économique à faire croire à du nouveau sous le soleil avec ces changements de titre, allez savoir ?...
    P. S. : J'adore le portrait de couverture de l'édition du Livre de Poche. Il s'agit d'une étude (parmi les nombreuses) de Pavel Korine pour son immense tableau " Adieu à la Russie ".
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    • Livres 4.00/5
    Par mellah, le 21 juin 2013

    mellah
    « Si Dieu n'existe pas, tout est permis. »
    de Fiodor Dostoïevski ( Les frères karamazov)
    Dans ce roman-pamphlétaire Dostoïevski met en garde la Russie conservatrice contre le progressisme libéral et contre toute doctrine abjurant dieu .
    Si l'homme renie dieu , il devient homme-dieu . Pour Dostoïevski l'homme a besoin de se sentir dominer par une force divine qui reteint ses folies en l'empêchant de se suicider ( Kirilov et Stavroguine ) et de tuer ses semblables( Piotr Stépanovitch).
    Pour les socialistes nihilistes de ladite époque la religion est un outil pour bercer le peuple . donc il faut s'en détacher .
    Afin de bien peindre le volet philosophique et religieux du socialisme athée et du communisme , sachant que le communisme est la version révolutionnaire du socialisme (rouge) , l'auteur avait choisis des personnages malhonnêtes , intrigants , polémiqueurs et égoïstes . qui emploient tout les moyens (les tracts , la propagande mensongère , les assassinats ,les incendies , l'incitation a la révolte ...) pour s'emparer du pouvoir .
    Une fois au pouvoir, Dostoïevski nous développe leur approche politique qui se base sur le CHIGALEVISME «Doctrine qui prône l'asservissement du peuple comme seul moyen de faire son bien »
    Il est a noter que le volet économique du socialisme n'a pas été développé par l'auteur a part le mot (propriété) , peut être que l'auteur l'avait prémédité pour prouver que ces gens ne portaient pas un vrai projet de société .« D'où vient , c'est une chose que j'ai remarquée , me souffle un jour Stepan Trofimovitch à cette époque , d'où vient que tout ces socialistes et communistes enragés soient en même temps si incroyablement lardes , amasseurs de biens , qu'ils aient un tel sens de la propriété ,et cela au point que plus leur idées sont avancées , plus est fort leur sens de la propriété ..........d'où cela vient t-il ? Est -il possible que cela vienne aussi de leur sentimentalité ? »
    Après avoir été partisan de cet état d'éspit ce qui lui avait coûté le goulag et en se basant sur un fait réel , l'assassinat de l'étudiant Ivanov (chatov) par le fanatique rouge Netchaïev ( Piotr Stépanovitch) , Dostoïevski tourne en ridicule cette idéologie et ces piliers , comme Tourgueniev qui l'a personnifié par Karmazinov , le fameux écrivain déconnecté , Hertzen , Bakounine . Fourier, Proudhon ...
    Ce qui est envoûtant chez Dostoïevski c'est la psychologie , toujours au rendez-vous avec des personnages tourmentés , suspicieux , incertains et malades , tels que Stavroguine et Piotr Stépanovitch . Raskolnikov dans Crime et châtiment . Ivan, Dimitri et Alexeï Karamazov dans Les frères karamazov et Goldiadkine dans Le double. le mot DÉLIRE y revient toujours .
    Dostoïevski avait bien pressenti févier 1917 !
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    • Livres 5.00/5
    Par Alcapone, le 09 février 2013

    Alcapone
    Dans cette Russie de 1870, une province de libéraux devient le théâtre d'événements tragiques : Varvara Petrovna, la Générale, héberge depuis 20 ans Stepan Trofimovitch Verkhovenski, l'ancien précepteur de son fils. Mais la tranquillité de cette petite société bienséante est soudain troublée par l'arrivée de Nicolas Vselodovitch Stavroguine (fils de le Générale) et de Pitor Stepanovitch Verkhovenski (fils de l'ancien précepteur). Ce dernier, distillant des idées révolutionnaires afin de renverser le pouvoir établi, souhaite mettre à la tête de son mouvement Nicolas Vselodovitch dont l'étrange charisme, pense t-il, servira ses desseins. La ville est alors secouée de scandales : complots, manipulations, trahisons, Piotr Verkhovenski est prêt à tout pour parvenir à ses fins (mensonges, meurtres). Malheureusement pour lui tout ne se passe pas comme prévu car tous les protagonistes de l'histoire sont possédés...
    La naissance de l'oeuvre
    Publié pour la première fois en 1871, Les possédés ou Les Démons (selon les traductions) sont le résultat d'un processus d'écriture complexe : " L'oeuvre naquit dans les affres d'une création douloureuse ; l'auteur était littéralement possédé par son idée qui lui commandait et le menait dans les directions les plus imprévues, lui faisant découvrir des horizons inconnus, des paysages terrifiants" (p.564). Les carnets de travail laissés par l'auteur témoignent de ses travaux de recherche et révèlent ses hésitations, ses doutes et ses contradictions. D'après les commentaires de l'éditeur, Dostoeïsvki, mu par son instinct nationaliste, souhaitait exprimer ses craintes sur le destin de la Russie en dénonçant les mouvements révolutionnaires influencés par le libéralisme de l'Europe occidentale et l'athéisme. S'inspirant de l'affaire de Netchaïev comme point de départ de son roman, Dostoïevski concerné par tous les courants d'opposition, défend l'idée d'une Russie portée par " un homme russe nouveau " entâchée par celle d'une Russie peu à peu gangrenée par le socialisme et le nihilisme. Ainsi, " Enclin à une vision apocalyptique et manichéenne de l'histoire, Dostoiesvki voyait donc proche le moment où allait s'ouvrir au grand jour le combat entre les forces positives de l'homme russe nouveau et les puissances ténébreuses de la révolution et de l'athéisme." p.563. Conscient que son oeuvre ne pouvait pas représenter les forces en opposition sur la seule base de son idée initiale, l'auteur décide au risque de soulever la colère, de développer son roman en " sacrifiant " son pamphlet à la polémique...
    Dostoïesvski, un romancier de l'idée
    L'affaire Netchaïev (cf. le catéchisme du révolutionnaire du même Netchaïev) qui a servi d'intrigue au roman, n'a qu'un rôle secondaire dans le développement des Possédés. Si Dostoiesvski s'en est servi comme intrigue de départ, c'est parce qu'ayant lui-même été condamné à mort et envoyé au bagne en Sibérie (1849-1854) pour avoir fait partie du cercle de Petrachevski, il reconnaissait le danger de l'idéologie socialiste. Ainsi, ses personnages en proie à des conflits idéologiques, sont-ils possédés par des démons particulièrement capricieux. le thème de la possession chez Dostoïevski est remarquable en ce sens que ses personnages souffrent tous d'une dualité parfois incompréhensible. A tel point, qu'ils peuvent parfois paraître caricaturaux ou qu'ils peuvent passer pour de vrais schizophrènes : Stepan Strofimovitch, Varvara Petrovna, Nicolas Vseledovitch, Piotr Stepanovitch, Ivan Chatov, Kirilov, Lipoutine, Chigalev, Virguinski, Liamchine, Fedka, Lebiadkine, le couple des Lembke... sont tous "victimes" de leur possession/idée. Démon du socialisme athée, nihisme révolutionnaire ou encore superstition religieuse, Les possédés sont déchirés par des forces destructrices dont ils ne soupçonnent pas toujours la portée. Les personnages représentés incarnent d'ailleurs un bon échantillon des pensées en vogue dans la Russie des années 1870. Et Dostoievski profitant que " La vie littéraire de la Russie du XIXe siècle était le théâtre de polémiques particulièrement violentes ; la critique littéraire était en effet l'un des moyens les plus fréquemment utilisés pour exprimer des opinions politiques en déjouant la surveillance de la censure. " p.568, embraye pour prévenir du destin tragique vers lequel court la Russie. Évidemment, la folie qui frappe tous Les possédés de ce roman reflète non seulement un esprit conservateur et nationaliste mais elle s'avère également être une critique particulièrement cinglante de tous les endoctrinements (" Est-il possible que jusqu'à présent vous n'ayez pas compris Kirilov, avec votre intelligence que tous les hommes sont pareils, qu'il n'y a ni meilleur ni pire mais seulement plus intelligent et plus bête, et que si tous sont des crapules (ce qui est d'ailleurs faux), c'est donc qu'il ne doit même pas y avoir de non-crapule ? " p. 510). Les réflexions que soulèvent ce romans sont d'ailleurs si nombreuses qu'il est difficile pour moi de toutes les évoquer (il existe déjà en ligne d'innombrables chroniques sur le livre).
    Pour conclure, je dirais donc simplement que Les possédés est une lecture ardue qui exige une connaissance de la biographie de Dostoïevski, une compréhension du contexte social (réforme paysanne et abolition du servage des moujiks), politique (règne de l'empereur de Russie Alexandre II) et religieux (croyance en l'église orthodoxe) de la Russie de la fin du XIXe siècle. Cette lecture nécessite également une appropriation des techniques narratives de l'auteur : la multitude des personnages (dont les noms sont pour nous difficiles à retenir) ainsi que les nombreux scénarios catastrophe qui ponctuent la fin de chaque chapitre, demandent par exemple beaucoup d'attention mais une fois toutes ces contraintes surmontées, le plaisir de la lecture est sans conteste au rendez-vous...
    Pour aller plus loin, vous pouvez toujours lire cet intéressant article de la revue Chameaux sur une lecture nietzschéenne du suicide de Kirilov (un personnage que j'ai trouvé assez déconcertant). Sinon, la version PDF du livre en ligne sur Lirenligne.net.
    En complément de ce compte-rendu, voici ci-dessous mon avis sur La confession de Stavroguine (http://livresacentalheure-alcapone.blogspot.fr/2013/02/la-confession-de-stavroguine-les.html).
    Sur les instances de Dacha, Stavroguine se rend au Couvent de la Vierge pour rencontrer l'évêque Tikhone. La confession prend une tournure étrange lorsque Stavroguine après avoir avoué son athéisme, livre à Thikhone son intention de publier le récit des crimes commis sur la petite Matriocha pour se faire pénitence. Se laissant volontairement hanter par l'image de la petite levant contre lui un poing lourd de reproches, Stavroguine décide de mener une " vie ironique " qui finit par le lasser. Pensant que la publication de ses feuillets lui permettra de se repentir, Stavroguine se heurte à la " foi imparfaite " de Thikhone pour qui la démarche de Stravoguine n'est pas le fruit d'un esprit fou mais bien celle d'un homme à l'orgueil insensé...
    Publiée à part du roman des Possédés, cette Confession de Stavroguine, censurée par l'éditeur de Dostoïesvki (Katkhov) à la sortie du roman en 1871, ne sera portée à la connaissance du public français qu'à partir de 1922 dans la Nouvelle revue française. Si les éditeurs successifs ont scrupuleusement respecté cette ligne éditoriale initialement imposée par Katkhov, ce n'est pourtant qu'à la lumière de cette confession que le personnage de Stavroguine prend toute sa profondeur. Beaucoup se sont accordés à dire que Stavroguine est la figure emblématique de la démonologie dostoïesvkienne. Mais c'est quelque chose que j'ai à peine deviné à la lecture des Possédés. Seule la connaissance de ce texte m'a révélé toute l'essence de la personnalité charismatique et mystérieuse de Stavroguine qui jusque là me parassait incohérente, voire insipide. Malgré les quelques coups d'éclat relatés par le chroniqueur des Possédés, l'arrogance de Stavroguine, ses contradictions, son indifférence et son mépris n'étaient jusqu'alors pour moi, que des effets de style employés par Dostoïevski uniquement dans le but d'étoffer le personnage. D'un coup, l'aura démoniaque du " nouvel homme russe " imaginé par Dostoïevski trouve ses explications. Pour comprendre le personnage de Stavroguine, la confession me semble donc un complément de lecture nécessaire. Sans cela, il n'est pas improbable que vous passiez à côté de l'oeuvre. C'est en tous cas mon point de vue...
    L'âge d'or et le rêve de Stavroguine
    Stavroguine évoque dans ses feuillets un rêve dans lequel Acis et Galathée, tableau de Claude Lorrain (cf. illustration ci-dessus) symbolise l'âge d'or : " C'est ce tableau que je vis en rêve, non comme un tableau pourtant, mais comme une réalité ". Ce rêve se transforme soudain en cauchemar avec l'apparition d'une araignée rouge. Stavroguine explique qu'au réveil de ce rêve : "Je vis devant moi (Oh ! pas réellement ! si seulement cela avait été une vraie hallucination !), je vis Matriocha, amaigrie, les yeux fiévreux, exactement telle qu'elle était lorsqu'elle se tenait sur le seuil de ma chambre et, hochant la tête, me menaçait de son petit poing. Et rien jamais ne me parut si douloureux. Pitoyable désespoir d'un petit être impuissant, à l'intelligence encore informe et qui me menaçait (de quoi ? que pouvait-il me faire ?) mais qui certainement n'accusait que lui-même. Jamais jusque-là rien de semblable ne m'était arrivé. Je restai assis toute la nuit, sans bouger, ayant perdu la notion du temps. Est-ce là ce qu'on appelle des remords de conscience, le repentir ? Je l'ignorais et ne le sais pas encore aujourd'hui. Il se peut que, même encore maintenant, le souvenir de mon action ne me paraisse pas répugnant. Il se peut même que ce souvenir contienne encore en soi quelque chose qui satisfait mes passions. Non, ce qui m'est insupportable, c'est uniquement cette vision, et justement sur le seuil, avec son petit poing levé et menaçant ; rien que l'aspect qu'elle avait à cette minute, rien que cet. instant, rien que ce hochement de tête. Voilà ce que je ne puis supporter ; car depuis lors elle m'apparaît presque chaque jour. Elle n'apparaît pas d'elle-même, mais je l'évoque et je ne peux pas ne pas l'évoquer et je ne peux pas vivre avec cela. Oh ! si je pouvais la voir une fois réellement, au moins en hallucination ! Ce rêve/cauchemar s'insinue profondément dans l'univers obsessionnel de Stavroguine et marque le début de sa " folie ".
    Si comme moi, vous avez lu une édition à laquelle ne figure pas cette Confession de Stavroguine, notez qu'elle est accessible sur Wikisource.

    Lien : http://livresacentalheure-alcapone.blogspot.fr/2013/02/les-possedes-..
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    • Livres 3.00/5
    Par medsine, le 22 septembre 2012

    medsine
    Les possédés, ou Les Démons selon la traduction, hantent ce livre mastodonte à chaque page. Ils sont nombreux et ils ont tous des noms alambiqués pour un lecteur qui n'est pas russe. Cette lecture difficile nécessite une grande attention tant le nombre de personnages est important. Aucun héro à qui s'accrocher. Les personnages, aussi bien féminins que masculins, sont remplis d'aspérités, plein de faiblesses et de noirceurs. Ils sont consumés à petit feu par la fièvre de Dostoïevski.
    Nicolas Vsevolovitch le personnage central est celui vers qui tout converge même s'il est loin d'être omniprésent dans le récit. Il est comme un trou noir, attirant ses proches vers leur fin, personnage infiniment sombre et décadent. A l'opposé Stepan Trofimovitch représente l'ancienne Russie, un homme cultivé mais trop sensible, malade, refoulant ses sentiments quitte à tout perdre. Il a engendré Piotr Stepanovich et il est épouvanté du résultat. Son fils est brutal, exalté, il participe très activement à un mouvement naissant (nihiliste ? socialiste ?) qui s'est donné pour but de retourner la Russie à l'envers. Faire la révolution.
    On comprend l'horreur qu'inspire à Dostoïevski ce basculement qu'il voit dans sa Russie de fin de siècle et dont il pressent les terribles actions à venir. Il s'inspire d'ailleurs pour son livre d'un fait divers, un crime crapuleux au sein d'une bande de « complotistes » qui veut se débarrasser d'un de ses membres par peur que ce dernier les dénonce. Autour de ce récit Dostoïevski construit une histoire complexe et très riche où chaque personnage nouveau prend une ampleur démesurée. Chacun porte cependant une forme de maladie dégénérative qui s'exprime par des crises de nerfs spectaculaires, d'épilepsie ou bascule dans la violence (suicide, meurtre).
    Une lecture plutôt éreintante.
    18 septembre 2012
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    • Livres 5.00/5
    Par Aaliz, le 28 juillet 2013

    Aaliz
    J'avais renoncé à rédiger un avis sur Crime et châtiment. Je ne me sentais pas du tout de taille à parler d'un monument pareil et d'autres l'ont fait beaucoup mieux que je n'aurais pu le faire.
    Mais voilà que la question s'est reposée après ma lecture des Démons. Et j'ai décidé de quand même en parler parce qu'il est beaucoup moins lu que son illustre petit frère alors que pourtant je l'ai trouvé bien supérieur.
    Néanmoins, c'était pas gagné. La première moitié du roman m'a semblée longue et je n'avais aucune idée de où Dostoïevski voulait m'emmener. Il faut dire que je n'avais pas lu de résumé avant et que je n'avais donc aucune idée de quoi ça parlerait. Donc pendant cette première moitié, impossible de déceler une véritable intrigue. Oh si, il y a bien ce personnage au comportement très étrange, Stavroguine mais Dostoïevski ne nous révèle rien. Certains dialogues entre les personnages sont très obscurs car ils s'entretiennent d'un sujet dont on ignore tout. Dostoïevski nous laisse sur la touche, on ronge son frein, on se pose plein de questions et on continue d'avancer parce que, non vraiment, on veut savoir ce qu'ils manigancent tous.
    Peu à peu, on comprend bien que ça complote, qu'il s'agit de politique, de révolution. L'occasion pour Dostoïevski de faire part de ses inquiétudes quant à ces idées nouvelles qui circulent en Russie : athéisme, socialisme, fouriérisme, nihilisme. Chaque personnage représentant plus ou moins une de ces tendances, Les Démons est donc une véritable analyse politico-sociale de la Russie du XIXème siècle, une Russie qui commence peu à peu les réformes, subissant l'influence de l'extérieur, une Russie qui se cherche et représente donc un terrain propice à l'émergence d'un nouveau système.
    Dostoïevski est alors très surprenant puisqu'il va jusqu'à prévoir ce qu'il adviendra réellement après les révolutions de 1917 nous montrant par là à quel point ses inquiétudes étaient justifiées.
    Plus on avance dans la lecture, plus l'atmosphère s'alourdit. Les personnages s'embourbent tous dans des situations difficiles puis les évènements se déclenchent et s'enchaînent. Coups d'éclat, actes de malveillance, assassinats, on est pris dans le tourbillon et on assiste impuissant à la descente en enfer de tous les personnages. Pas un seul n'en sortira indemne. On est très loin de l'issue optimiste de Crime et châtiment.
    Les personnages des Démons sont tous très fouillés avec mention particulière pour Stavroguine dont la fameuse confession ( qui avait été censurée à l'époque) est à glacer le sang mais aussi Piotr Stepanovitch le personnage le plus exécrable qu'il m'ait été donné de rencontrer au cours d'une lecture. D'ailleurs, on retient souvent Stavroguine comme personnage emblématique des Démons mais pour ma part c'est Piotr qui m'a le plus marquée. Manipulateur sans aucun scrupule, sans aucune morale, il est le type même du fanatique prêt à tout pour ses idées.
    Après donc une première moitié où Dostoïevski prend bien le temps de mettre en place ses personnages et ses intrigues, tout finit par s'enchaîner à une vitesse folle dans la seconde moitié et c'est un vrai régal.
    J'ai vraiment beaucoup aimé Les Démons, bien plus encore que Crime et châtiment. Je l'ai trouvé plus approfondi, plus riche en réflexions, avec des personnages encore plus forts et plus extrêmes, bref Dostoïevski va beaucoup plus loin dans ce roman qui pour moi est un véritable chef d'œuvre.



    Lien : http://booksandfruits.over-blog.com/article-les-demons-dostoievski-1..
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Citations et extraits

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  • Par Nastasia-B, le 07 mai 2014

    - Il est des secondes, il en vient à la fois cinq ou six, et vous sentez soudain la présence de l'éternelle harmonie, absolument atteinte. Ce n'est pas une chose terrestre ; je ne veux pas dire qu'elle soit céleste, mais que l'homme sous sa forme terrestre ne peut le supporter. Il faut se transformer physiquement ou mourir. C'est un sentiment net et incontestable. Comme si brusquement vous sentiez la nature entière et que soudain vous disiez : oui, cela est vrai. [...] C'est... ce n'est pas de l'attendrissement mais seulement comme ça, de la joie. Vous ne pardonnez rien parce qu'il n'y a plus rien à pardonner. Non que vous aimiez, oh — c'est plus haut que l'amour ! Le plus terrible est que c'est si extraordinairement net et une telle joie. Si cela dure plus de cinq secondes, l'âme n'y résistera pas et devra disparaître. En ces cinq secondes, je vis toute une vie et pour elle je donnerais toute ma vie parce que cela en vaut la peine. Pour supporter dix secondes, il faut se transformer physiquement.

    Troisième Partie, Chapitre V, 5.
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  • Par Nastasia-B, le 09 novembre 2012

    L’homme est malheureux parce qu’il ne connaît pas son bonheur, uniquement pour cela. C’est tout, tout ! Celui qui saura qu’il est heureux le deviendra tout de suite, à l’instant même. [...] Tout est bien. J’ai découvert cela brusquement.
    - Et si l’on meurt de faim, et si l’on viole une petite fille, — c’est bien aussi ?
    - Oui. Tout est bien pour quiconque sait que tout est tel. Si les hommes savaient qu’ils sont heureux, ils le seraient, mais, tant qu’ils ne le sauront pas, ils seront malheureux. Voilà toute l’idée, il n’y en a pas d’autre !

    Deuxième partie, chapitre premier - La nuit.
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  • Par mellah, le 06 juin 2013

    Il ne s'est jamais encore vu que tous les peuples ou plusieurs entre eux aient un dieu commun , mais toujours chacun a eu le sien propre . C'est le signe de la destruction pour les nations lorsque leurs dieux deviennent communs . Lorsque leurs dieux deviennent communs, les dieux et la foi en eux meurent en même temps que les peuples eux-même . plus un peuple est fort plus son dieu est particulier .Jamais encore il n'y eut de peuple sans religion , « c'est-à-dire sans la notion du BIEN et du MAL » et ses propres bien et mal . Lorsque de nombreux peuples commencent d'avoir des notions communes du bien et de mal ,alors ils s'éteignent .........
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  • Par mellah, le 31 mai 2013

    « D’où vient , c'est une chose que j'ai remarquée , me souffle un jour Stepan Trofimovitch à cette époque , d’où vient que tout ces socialistes et communistes enragés soient en même temps si incroyablement lardes , amasseurs de biens , qu'ils aient un tel sens de la propriété ,et cela au point que plus leur idées sont avancées , plus est fort leur sens de la propriété ..........d’où cela vient t-il ? Est -il possible que cela vienne aussi de leur sentimentalité ? »
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  • Par akhesa, le 26 août 2012

    la vraie verite est toujours invraisemblable,le saviez-vous?pour rendre la verite vraisemblable,il faut absolument y ajouter un peu de mensonge.c'est ce que les hommes ont toujours fait

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