Difficile de faire une critique objective sur ce livre.
Jean-Louis Fournier est un auteur que je ne connaissais que de nom. J'ignorais qu'il avait eut deux enfants handicapés. Comme une découverte d'un carnet intime, d'un père malheureux, d'un père rempli de culpabilité face à ses deux garçons qu'il n'a pas sû aimer comme il l'aurait voulu.
En tant que maman, je peux très bien comprendre ce sentiment de peur à la naissance. On vérifie le nombre de doigts et de doigts de pied, si le coeur bat régulièrement, si l'enfant mange et se développe normalement.
« Que ceux qui n'ont jamais eu peur d'avoir un enfant anormal lèvent la main. Personne n'a levé la main. Tout le monde y pense, comme on pense à un tremblement de terre, comme on pense à la fin du monde, quelque chose qui n'arrive qu'une fois. J'ai eu deux fin du monde. »
Deux corps en pleine évolution avec des cerveaux de petits garçons.
« ...ils avaient certainement de la paille dans la tête. Les médecins ne l'avaient même pas vu. »
Je suis persuadée que chaque personne ayant lu ce livre s'est demandé ce qu'il aurait fait. Parfois je l'ai trouvé très dur:
« J'ai pensé qu'un jour, ils allaient avoir de la barbe, on allait devoir les raser[…]
j'allais leur offrir à chacun un grand rasoir coupe-chou. On les enfermerait dans la salle de bains et on les laisserait se débrouiller avec leur rasoir. Quand on entendrait plus rien, on irait avec une serpillère nettoyer la salle de bains. »
Derrière cet humour très noir et même dérangeant se câche un immense désespoir, celui d'un homme qui ne comprend pas que le sort se soit acharné deux fois sur sa famille et qui garde toujours l'espoir d'un « mieux » malgré tout.
Aucun rêve, aucun projet, aucun moyen d'imaginer leur avenir étant donné qu'ils n'en ont pas.
Une confession bien difficile pour se père qui se sent complètement dépassé par la situation, qui essaie de faire de l'humour dans cette société où le handicap est tabou et fait peur. Les parents d'enfants handicapés sont comme des maladies transmissibles, on s'en protège pour éviter que cela nous arrive.
La maladresse des autres face à la différence est souvent plus difficile que le handicap lui-même.
Incompréhension, colère, résignation, capitulation,...tout y passe, mais un sentiment apparaît violemment au milieu de tout ça, c'est l'amour. Un amour douloureux et, parfois, très égoïste mais que ferions-nous à sa place ?
Une lecture remplie d'émotion qui ne peut vous laisser indifférent...