> Rosellen Brown (Préfacier, etc.)
> Marie-Hélène Dumas (Traducteur)

ISBN : 2070789306
Éditeur : Joëlle Losfeld (2004)


Note moyenne : 3.15/5 (sur 13 notes) Ajouter à mes livres
En 1941, Helen Bynum quitte pour la première fois le domicile familial et gagne le Quartier français de La Nouvelle-Orléans, où elle rejoint sa tante, une actrice aux charmes abîmés par l'alcool et une vie dissolue. Elle y découvre la vie dans ce qu'elle a de passionné ... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 3.00/5
    Par Woland, le 07 février 2012

    Woland
    The God Of Nightmares
    Traduction : Marie-Hélène Dumas - Préface : Rosellen Brown

    Roman initiatique dont le cheminement quelque peu douloureux n'apporte en fait qu'illusions à son héroïne, Helen Bynum, "Le Dieu des cauchemars" vaut surtout - mais ce n'est que mon avis - par la petite galerie de personnages sortant de l'ordinaire qui y occupent la case - centrale - de La Nouvelle-Orleans.
    C'est en effet dans cette ville qu'atterrit un jour Helen, envoyée par sa mère afin de tenter d'y récupérer sa tante Lulu, ancienne danseuse de la troupe Ziegfield et ancienne beauté de music-hall. le prétexte donné par la mère d'Helen : maintenant que sa fille est prête à vivre sa propre vie, elle souhaite ne pas rester toute seule dans la vieille ferme qu'elle exploite depuis le départ de son mari. En réalité, Mrs Bynum se doute bien que sa soeur, perdue dans ses souvenirs et son désespoir d'alcoolique, ne reviendra jamais et que, même si elle sacrifiait à l'amour fraternel, elle n'aurait pas la patience de s'enterrer avec elle dans une toute petite ville perdue de l'Etat de New-York. Mais lorsqu'Hélène s'en apercevra à son tour, il sera trop tard : gagnée elle-même par l'atmosphère de La Nouvelle-Orleans et grisée par l'assurance de ses premiers pas - à vingt-trois ans - loin de la maison familiale, la jeune fille, elle, ne voudra plus entendre parler de rentrer au bercail.
    Ce n'est pas que Mrs Bynum n'aime pas sa fille. Bien au contraire. Mais la nouvelle de la mort de son mari, Lincoln, annoncée par une lettre adressée, par la femme avec laquelle il vivait depuis treize ans, non à elle, l'épouse bafouée, mais à Helen, l'enfant préférée, vient de réveiller le souvenir d'une autre lettre dans laquelle Lincoln accusait son épouse de vouloir garder Helen pour elle seule - et, partant, de s'apprêter en connaissance de cause à lui gâcher l'existence ...
    Il faudra bien du temps à Helen pour comprendre la raison véritable qui a poussé sa mère à l'engager à partir en quête de la tante Lulu. Et son univers se sera considérablement enrichi avant qu'elle ne prenne conscience du cadeau qui lui a été ainsi fait par une mère envers qui, pour être franc, elle ne ressentait guère qu'irritation maussade et semi indifférence.
    Au bout du compte, elle s'apercevra aussi que son passage à La Nouvelle-Orleans fut sans aucun doute l'époque la plus aimable, la plus captivante - et certainement la moins routinière - de son existence. Ce qui, somme toute, est bien peu.
    Désenchantement, demi-teintes, nuances, non-dits également, manière qui rappelle les auteurs anglais comme Barbara Pym et Elizabeth Taylor, "Le Dieu des cauchemars" est un de ces livres où il ne paraît pas se passer beaucoup de choses. Et pourtant, quand on y regarde bien, on y trouve le désir de découvrir d'autres livres de Paula Fox. Ce qui, finalement, n'est pas si mal.
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 07 février 2012

    [...] ... Pendant presque une semaine, j'ai parcouru les rues de La Nouvelle-Orléans, souvent sans retourner de la journée dans le petit hôtel en haut de Canal Street où j'avais pris une chambre. Un soir, je me suis laissée tomber sur le lit et dans le sommeil sans me déshabiller, et je me suis réveillée à l'aube, mes vêtements entortillés autour de moi comme des cordes souples. Je n'ai pas ressenti le besoin de m'en libérer, mais suis restée allongée immobile à écouter, me disais-je, la ville respirer comme un grand animal assoupi, replié sur lui-même au creux d'une courbe du Mississippi.

    Un après-midi, j'ai observé par la vitre d'un restaurant un homme assis seul à une table, ses longues jambes étendues de côté, les chevilles croisées, une main enfoncée dans la poche de son pantalon, l'autre passant à cet instant devant son visage pour rabattre une boucle de cheveux noirs qui tombait sur son front. Il m'a vu le regarder et m'a souri, un sourire si séduisant et si intime qu'il a ébranlé le détachement que j'éprouvais en tant qu'observatrice - ou autrement dit la vague présomption que j'avais d'être devenue invisible - qui m'avait évité, tout au moins jusque là, de me sentir trop seule dans ce lieu étranger. J'ai continué mon chemin d'un pas vif.

    L'air avait une odeur de pêches mûres et de fleurs inconnues, avec une petite note saumâtre, humide, et, au Marché français, celle d'un certain café auquel la chicorée apportait une pointe amère et vivifiante. J'en ai bu une tasse, le coude posé sur l'étroit comptoir de marbre d'un petit bar, en regardant par la fenêtre les étals au-dehors, des dizaines et des dizaines d'étals, sur lesquels s'entassaient des légumes, des poissons et des fruits que je n'avais jamais vus de ma vie. J'avais grandi dans un pays de navets et de pommes de terre, de nourriture qui poussait cachée dans le sol - telle était en tous cas l'impression que m'en avait laissé la cuisine peu enthousiaste de ma mère. ... [...]
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  • Par Woland, le 07 février 2012

    [...] ... Au début du printemps 1941, treize ans après nous avoir quittées, ma mère et moi, mon père, Lincoln Bynum, est mort loin de nous, dans un village côtier de la Californie. Devant la stupéfaction qui l'a frappée à cette nouvelle, j'ai compris pour la première fois que, pendant toutes ces années, ma mère avait cru qu'il finirait par revenir.

    En fait, il était mort depuis près d'un mois quand est arrivé chez nous le mot rédigé au crayon que m'avait adressé la femme avec qui il vivait.

    "Il n'a pas souffert," écrivait-elle. Il était heureux, bronzé et optimiste. Mais son pauvre coeur a flanché. Ca s'est passé tout d'un coup, alors que nous venions de finir notre petit-déjeuner. Excusez-moi de ne pas vous avoir écrit plus tôt. J'ai été malade. Il a fallu que je nettoie le bungalow et que je déménage. Il n'a laissé aucun souvenir de lui, sinon je vous les aurais envoyés. Il parlait souvent de vous."

    C'était signé "Bernice." Sans nom de famille.

    - "Nous aurions pu ne jamais le savoir !" s'est écriée ma mère tandis que la lettre lui échappait des mains, et qu'elle-même tombait à genoux devant la vitrine contenant les trophées - coupes, rubans aux couleurs passées, statuettes - qu'avaient gagnés pour lui les chevaux de mon père. "Et j'aurais continué à ..." a-t-elle murmuré.

    Continué à s'illusionner, c'était la seule chose qu'elle pouvait vouloir dire. Elle a plongé son visage dans ses mains. J'ai ramassé l'enveloppe. Elle ne portait aucune mention de l'envoyeur et le timbre avait été collé à l'envers. Notre adresse était si pâle qu'on arrivait tout juste à la lire. "New-York" était écrit en un seul mot, comme si Bernice n'avait pu réunir assez de forces pour relever son crayon une dernière fois. Ce bout de papier traduisait mieux le malheur que les sanglots de ma mère agenouillée par terre. Il suggérait un chagrin qui n'était pas hallucinatoire, mais naturel. ... [...]
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  • Par line70, le 20 mars 2011

    Ne fais pas trop attention à ce que les gens disent. Et un jour, tu découvriras ce que tu penses par toi-même. Essaye d'aller vers ce qui est nouveau avec autant d'innocence que tu le peux - laisse-toi d'abord surprendre.
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