Bien sûr, nous la connaissons tous plus ou moins cette pièce, nous l'avons subie ou adorée à l'école. Cependant, dans nos années "matures", il nous en reste un souvenir tellement vague ou une réminiscence si ténue qu'il nous est parfois bien malaisé de s'en faire encore une idée fiable. J'ai été incitée à me replonger dans
Molière par les remarques d'un commentateur ce qui m'a permis de redécouvrir le fameux Monsieur Jourdain. Bien évidemment, il y a des petits côtés désuets chez
Molière, la mécanique est parfois lourde et très insistante, notamment dans les quiproquos, mais il y a aussi et surtout de ces finesses qui demeurent intactes et que les siècles n'érodent pas. Ainsi, les premières scènes avec les maîtres de danse et de musique font dans l'épaisse caricature, en revanche, la scène 4 de l'acte II avec le maître de philosophie, était, reste et demeurera vraiment hilarante pour des siècles et des siècles.
En deux mots, M. Jourdain est nanti d'une richesse matérielle incalculable fruit de son activité de commerçant, et, désireux de s'élever socialement, ne jure que par les artifices de la noblesse. Son esprit étroit lui laisse trop peu d'espace pour se rendre compte que tous se payent sa tête et ne jurent, quant à eux, qu'en l'argent qu'ils arrivent à lui soutirer pour de prétendues leçons d'éducation aristocratique. Mais le comble du comble, c'est Dorante, un gentilhomme de naissance sans le sou, qui puise abondamment dans la bourse de Jourdain, prétextant le servir et ne servant, bien évidemment que ses propres intérêts, au détriment de Jourdain même. Cherchez bien dans votre entourage, il doit bien y en avoir un ou deux des comme ça, n'est-ce pas?
Parallèlement, Lucile, la fille de Jourdain, souhaite épouser Cléonte, garçon de bonne famille mais pas assez "gentilhomme" au goût de Jourdain qui lui refuse donc sa main. Une nouvelle fois, cette situation sera prétexte à duperie pour le pauvre brave bougre, qui se retrouve tout content de se faire rouler une nouvelle fois dans la farine par l'ensemble de ses proches.
Elles sont nombreuses les morales de cette
Fable théâtrale, bien que la plus évidente, ressemble à s'y méprendre à celle du Corbeau et du Renard de
La Fontaine. Cependant, on y lit en filigrane d'autres moralités, notamment que l'honnêteté ne paye pas car Cléonte, honnête, se fait éconduire par le beau père tandis que travesti, on lui déroule le tapis rouge. Dorante, infâme coquin haut perché, s'en tire toujours par une pirouette. Ne cherchez pas conseil auprès de ceux qui, tout professionnels qu'ils soient, ont des intérêts dans la réponse qu'ils apportent (souvenez-vous de ça quand vous irez chez le dentiste, quand vous ferez repeindre vos murs ou que vous demanderez conseil pour changer vos robinetteries, par exemple). L'hypocrisie et le délit d'initié (au sens large du terme, pas au sens boursier) sont les terrains de chasse favoris de
Molière. Donc, test de passage réussi pour ce Bourgeois Gentilhomme hors programme scolaire et comme l'écrivit si bien son contemporain : "Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute."