Jules Romains écrit cette pièce de théâtre au début des années 1920, c'est-à-dire à une époque où la société d'aujourd'hui commence à se dessiner, celle où la crainte de mourir de faim cède le pas à des peurs moins ancestrales. Il s'agit de créer d'autres peurs que l'apocalypse ou la famine et la médecine saura se tailler la part du lion dans ce faisceau de craintes (combien de laboratoires biomédicaux dans les plus grosses entreprises cotées en bourse?). Je mets en parallèle cette pièce prémonitoire avec des ouvrages ou des films plus récents comme Bowling For Columbine de
Michael Moore ou l'essai d'Ulrich Beck La société du risque. L'auteur sait avec beaucoup d'humour nous livrer une réflexion philosophique sur un sujet de société, le marché de la peur, la commercialisation du risque. Vous reconnaîtrez nombre de situations que vous avez déjà connu (achat d'une extension de garantie, test complémentaire, assurance spéciale etc.). À l'heure actuelle, ne cherche-t-on pas à toujours créer de
Nouvelles peurs pour les mieux commercialiser (bug de l'an 2000, grippe aviaire, réchauffement climatique, H1N1, le fameux "principe de précaution"...)?
Knock est un sinistre charlatant, froid et calculateur, l'exact sosie de l'abbé Troubert de
Balzac (voir
Le Curé de Tours), qui joue à fond sur les cordes sensibles de la cupidité et de la crainte sur la grande lyre humaine. Lui-même avait été escroqué par son confrère prédécesseur lors de l'estimation de la clientèle, qui n'a aucun scrupule à livrer la population aux mains d'un homme tel que
Knock. Et quand bien même vous ne trouveriez aucun intérêt au propos, lisez-la seulement pour rire et vous ne serez pas déçu car c'est drôlement bien écrit et écrit bien drôlement, en tout cas, c'est mon avis, c'est-à-dire, bien peu de chose.