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Françoise Laye (Traducteur)Robert Bréchon (Préfacier, etc.)Eduardo Lourenço (Préfacier, etc.)Richard Zenith (Préfacier, etc.)
ISBN : 2267015161
Éditeur : Christian Bourgois Editeur (2004)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.54/5 (sur 278 notes)
Résumé :
Après le succès considérable de la première édition française, parue en deux volumes (1988 et 1992), puis de la seconde édition, intégrale, en un volume (1999), nous présentons aujourd'hui cette troisième édition, entièrement revue et corrigée, d'après le dernier état de l'édition portugaise (8e édition, 2009) publiée par Richard Zenith. Celui-ci a en effet introduit de nouvelles et nombreuses modifications, rectifiant ainsi les multiples erreurs de lecture qui ent... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
araucaria
16 mai 2014
  • 4/ 5
Un ouvrage qui mérite bien son titre. Je referme à peine ce livre et me voici confrontée à l'intranquillité! Comment digérer une telle oeuvre? Avec ses questionnements et ses théories Fernando Pessoa nous bouscule. Nous ressentons son malaise, son angoisse. Nous vivons ses contradictions, sa solitude, son absence de bonheur, nous comprenons ses tortures morales.
Je regrette d'avoir emprunté ce livre, car il me faudrait en lire régulièrement des passages pour tenter de comprendre l'auteur, de digérer ses raisonnements. Ce livre de l'intranquillité n'est pas une oeuvre facile. Elle demande de la reflexion de la concentration. Et à moins d'être un grand intellectuel ou un esprit très supérieur, je pense que ce livre ne peut pas être compris dès sa première lecture. Il faut y revenir, s'attarder sur certains passages. Ce livre de l'intranquillité demande a être apprivoisé. Fernando Pessoa est un auteur dont on peut savourer la plume mais qui se mérite. Un texte surprenant qui déstabilise, un texte qui nous confronte à notre propre intranquillité. Je ne regrette pas d'avoir franchis le pas avec ce très grand écrivain portugais et je recommande ce livre à tous les lecteurs qui ne recherchent pas exclusivement les textes faciles. Pessoa nous oblige à penser à nous remettre en cause à revoir nos théories parfois... Un oeuvre qui nous conduit plus loin.
Lien : http://araucaria20six.fr/
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colimasson
11 juin 2014
  • 5/ 5
Bernardo Soares est un rêve. Il n'existe pas : s'il existait, comme tout ce qui a pu devenir, il serait un écrivain déchu et un être humain médiocre.

Fernando Pessoa n'est pas mort : il n'a même pas été vivant. Il n'est pas mort car il nous parle toujours ; il n'a pas été vivant car il a vécu ; il était déjà vivant avant de l'être puisque le temps se superpose, les mélancoliques le savent.

Sombre parce la vie et la mort ne peuvent jamais exister en même temps, mourant d'ennui parce que la réalité n'est qu'une parcelle amoindrie du rêve, Fernando Pessoa n'est pas pessimiste : « je suis triste » -si triste qu'il s'invente des jeux d'enfant, à commencer par l'invention de son double Bernardo Soares, et s'en va jusqu'à imaginer les conversations et les mondes exotiques qui évoluent à son insu, loin de sa compréhension, à travers les motifs qui recouvrent les tapis ou les tasses chinoises de ses services en porcelaine. Comment peut-on vivre parmi les autres lorsqu'on est si loin d'eux ? Qui pourrait accepter de passer du temps en compagnie de cette facette pessoienne appelée Bernardo Soares ? ne supportant pas la compagnie d'autrui plus de trente minutes, désirant l'effusion profonde mais seulement en rêve, préférant voyager sans bouger, lire sans livre et aimer sans personne ? Cruel aussi bien avec lui-même qu'avec les autres parce qu'il ne veut réduire personne ni lui-même à l'apathie d'un quotidien apaisé. La tristesse n'a jamais été aussi apaisante : elle est la force de ceux qui ne vivront jamais à moitié.
Lien : http://colimasson.blogspot.f..
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zaphod
17 mars 2014
  • 5/ 5
Jadis, quand je parvenais encore à me remémorer mes rêves, je me réveillais parfois avec le souvenir fugitif d'un livre parfait, me demandant par quelle étourderie j'avais pu omettre depuis si longtemps de le relire, alors que j'en avais presque tout oublié du contenu, n'en gardant qu'une vague impression de perfection.

J'étais prêt à me lever d'un bond et aller fouiller ma bibliothèque. Mais avec les derniers voiles de sommeil s'estompait également l'impression de réalité du livre, ainsi que son titre, son auteur, son format. Un peu comme les fées, qui ne sont visibles que si aucun mortel ne regarde vers elles. Me réveillant, j'étais donc rendu à ma condition de pauvre mortel, et le livre magique m'échappait.

Je ne sais si vous avez déjà fait ce genre de rêve ; moi je l'ai fait à plusieurs reprises.

Or un jour, j'ai retrouvé exactement cette impression, mais cette fois bien éveillé, avec un livre bien réel dans les mains. C'était le Livre de l'Intranquillité de Fernando Pessoa.

Non qu'il s'agisse d'un livre parfait ; il s'agirait plutôt d'un non-livre. Je m'explique.

Après la mort de Pessoa, on retrouva chez lui un coffre rempli de milliers de fragments de textes. Certains étaient des poèmes. D'autres ressemblaient à des entrées de journal, des pensées ou aphorismes, des réflexions philosophiques et littéraires, ou encore des confessions. Un grand nombre d'entre eux étaient marqués « L. I. ». Il apparut bientôt que ces initiales faisaient référence à un projet de livre intitulé « le Livre de l'Intranquillité ». Suite à un immense travail d'édition, un volume parut enfin sous ce titre de nombreuses années après la mort de l'écrivain.

Bien sûr, ce livre n'est pas celui que Pessoa projetait. Mais on peut aussi se demander si Pessoa n'a pas volontairement laissé ces fragments dans ce coffre comme une sorte de carte au trésor, s'amusant intérieurement de la subtile machination posthume à laquelle nous serions confrontés. Toujours est-il que le livre actuel, déjà génial en lui-même, n'est que l'ombre d'un livre fantasmé qui aurait été le « vrai » livre de l'intranquillité tel que rêvé par Pessoa. Peut-être le livre parfait. Mais comme la perfection n'est pas de ce monde, tout ce qu'il nous reste, c'est bien le rêve de perfection.

Je me souviens avoir lu le récit suivant, qui donne bien la mesure du génie de l'auteur.

Un jour dont j'ai oublié la date, Fernando Pessoa prit une feuille de papier, s'installa debout face à un grand coffre à tiroirs et se mit à écrire (c'était en effet sa position habituelle de travail) une trentaine de poèmes dans une sorte de transe.

Le premier groupe de poèmes étaient de la plume d'un certain Alberto Caeiro ; « mon maître était apparu à l'intérieur de moi » dira plus tard Pessoa. le six suivants furent composés par Pessoa, luttant contre « l'inexistence » de Caeiro. Mais Caeiro avait des disciples ; l'un d'entre eux, Ricardo Reis, contribua à quelques autres poèmes. Une quatrième individualité se manifesta. D'un seul trait, sans hésitation ni correction (ainsi le raconte Pessoa), apparut « l'Ode Triomphale », par Alvaro de Campos.

Il ne s'agit pas d'un simple emploi de pseudonymes. Les « hétéronymes » comme il les appelle, ont chacun leur voix propre, leur style et leur technique d'écriture bien distincte, ont une biographie complexe (et ont d'ailleurs conscience des autres personnalités), et des influences littéraires et politiques bien distinctes ; bref, ils ont une existence et une réalité propres.
Savez-vous que dans le livre « l'Année de la Mort de Ricardo Reis » de José Saramago, le personnage central est bien cet hétéronyme créé par Pessoa.

D'autres personnalités émergeront encore par la suite, notamment un certain Bernardo Soares, auteur de la majorité des pièces du livre de l'intranquillité.

Le livre de l'intranquillité n'est pas un livre à lire d'une traite. Il est à déguster à petites doses, et fait pour accompagner longtemps le lecteur. J'espère faire encore un long et beau voyage en sa compagnie.

« J'ai duré des heures ignorées, des moments successifs sans lien entre eux, au cours de la promenade que j'ai faite une nuit, au bord de la mer, sur un rivage solitaire. Toutes les pensées qui ont fait vivre des hommes, toutes les émotions que les hommes ont cessé de vivre, sont passées par mon esprit, tel un résumé obscur de l'histoire, au cours de cette méditation cheminant au bord de la mer. J'ai souffert en moi-même, avec moi-même, les aspirations de toutes les époques révolues, et ce sont les angoisses de tous les temps qui ont, avec moi, longé le bord sonore de l'océan. Ce que les hommes ont voulu sans le réaliser, ce qu'ils ont tué en le réalisant, ce que les âmes ont été et que nul n'a jamais dit - c'est de tout cela que s'est formée la conscience sensible avec laquelle j'ai marché, cette nuit-là, au bord de la mer. Et ce qui a surpris chacun des amants chez l'autre amant, ce que la femme a toujours caché à ce mari auquel elle appartient, ce que la mère pense de l'enfant qu'elle n'a jamais eu, ce qui n'a eu de forme que dans un sourire ou une occasion, à peine esquissée, un moment qui ne fut pas ce moment-ci, une émotion qui a manqué en cet instant-là - tout cela, durant ma promenade au bord de la mer, a marché à mes côtés et s'en est revenu avec moi, et les vagues torsadaient d'un mouvement grandiose l'accompagnement grâce auquel je dormais tout cela. »
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Livresse_des_Mots
11 février 2013
  • 5/ 5
Le Livre de l'Intranquillité de Fernando Pessoa, auteur Portugais atypique à la plume magnifique, est une oeuvre colossale, pour lecteurs avertis. Sous forme de journal intime, elle est d'une intensité, d'une profondeur, d'une beauté et d'une poésie rarement vues jusqu'à ce jour. Oeuvre posthume, elle met à nue la vie psychique de Bernardo Soarès (un hétéronyme de Pessoa, concept inventé par ce dernier : il a créé un grand nombre d'hétéronymes, des personnages qui sont lui sans tout à fait l'être). Par le biais de cette oeuvre d'une puissance émotionnelle, intellectuelle, spirituelle, philosophique et sensationnelle rare, Pessoa se livre intimement au lecteur : ses angoisses, ses souffrances, le vide perpétuel dont il est la victime impuissante, le refuge éphémère qu'il trouve dans le rêve, son incapacité à vivre sa vie, à être l'acteur de sa propre existence plutôt qu'en être le témoin passif. Pessoa, par cette démarche intellectuelle poussée à son paroxysme, aide le lecteur à réfléchir sur lui-même, sur sa propre condition d'être humain, d'être pensant et sentant. Par effet de miroir, on se retourne vers soi, vers son existence, et on s'interroge, on se cherche, de la même façon que le fait Pessoa. Nous assistons aux entretiens de Pessoa avec lui-même, et nous finissons par suivre son cheminement.
Pessoa est ma grande rencontre littéraire de l'année 2011, coup de foudre littéraire devrais-je dire. Un auteur extraordinaire qui m'a touchée au plus profond de mon âme, de mon coeur, de mes tripes, qui m'a emportée, bouleversée. J'éprouve une admiration indicible qui me laisse sans mots suffisamment justes et forts pour l'exprimer.
Lien : http://www.livressedesmots.c..
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Ingannmic
18 avril 2016
  • 4/ 5

"Le livre de l'intranquillité" est un ouvrage inclassable. L'ouvrage, tel qu'il nous présenté, est un assemblage de fragments, la compilation de textes retrouvés dans une malle après la mort de leur auteur, et qui y ont été regroupés en quelque sorte par thèmes, en fonction de similitudes dans leur contenu. Sous-titré "autobiographie sans événements", il est celle de Bernardo Soares, l'un des hétéronymes de Fernando Pessoa, qui y livre une suite de réflexions sur sa conception de la manière dont il convient d'appréhender l'existence. Une parenthèse s'impose ici, pour vous préciser que Fernando Pessoa, auteur portugais du début du XXème siècle, signa la plupart de ses oeuvres du nom de personnages issus de son imagination, sortes d'alter ego qu'il dota non seulement de personnalités -et de biographies- propres, mais aussi d'une oeuvre originale, leur conférant une dimension presque réelle. Chacun était-il le reflet d'un aspect de la personnalité de l'auteur, l'addition de tous ces écrivains fictifs composant une mosaïque représentative de la multiplicité, de la complexité de l'individu qu'était Fernando Pessoa ?
Bernardo Soares, à la différence des autres hétéronymes de l'auteur, n'a ni date de naissance, ni date de décès. Il reste, parmi les soixante écrivains nés de l'imagination de Pessoa – celui qui fut considéré comme le plus proche de son créateur. Ce « double » de papier, modeste employé de bureau à la vie insignifiante est l'auteur de quelques textes en prose, et il est surtout celui de ce "Livre de l'intranqillité", resté inachevé.
Résumer un tel ouvrage est par conséquent impossible... tout comme le lire de manière linéaire, ou d'une traite (ainsi que je l'ai fait) n'est pas recommandé, car la récurrence des réflexions qui parsèment ces fragments écrits sur une vingtaine d'années, peuvent provoquer un sentiment de saturation. le mieux est de l'ouvrir au hasard, de se laisser emporter par la beauté du texte, dont chaque paragraphe vous offre des pépites métaphoriques, des trésors de poésie... de savourer le jeu auquel Fernando Pessoa se livre avec la langue, utilisant s'il l'estime nécessaire des néologismes, pour exprimer son propos avec une minutieuse justesse.
"Je considère la vie comme une auberge où je dois séjourner, jusqu'à l'arrivée de la diligence de l'abîme".
Ce que j'en retiens en premier lieu, c'est à la fois le sentiment de désespérance, d'intense mal-être, qui en émane, et la précision douloureuse avec laquelle le narrateur s'y livre à l'introspection.
Il nous entraîne au fil d'une intériorité bouillonnante, prônant tout au long de l'ouvrage le choix du renoncement comme mode de vie, par l'adoption d'une posture contemplative permettant de jouir de l'esthétique d'une vie rêvée plutôt que vécue. Car en privilégiant l'action, l'homme se serait "endormi", aurait perdu toute conscience de lui-même. Il oppose ainsi à multiples reprises le prosaïsme de ce que l'on nomme réalité, la morne banalité du quotidien, à la grandeur de l'imagination, et revendique la légitimité des hypothèses, supérieure à celle d'un réel décevant et insignifiant. Ramenant l'homme à la vanité de sa condition, si l'on considère celle-ci sur l'échelle de ce qui est communément jugé "important" et source de réussite par la communauté (la gloire, la richesse), il revendique à l'inverse l'importance crucial pour l'individu de cultiver sa nature d'être unique et multiforme en se consacrant à sa vie intérieure, qui permet de mieux se connaître.
L'être est ainsi tout autant les vies qu'il rêve, le passé qu'il s'invente, les personnages qu'il imagine, et ses voyages immobiles, que ce qu'il expérimente dans le monde concret. le rêve, mieux que la pensée -car penser, c'est encore agir- est un moyen de sublimer sa vie et son environnement, de renoncer à toute action stérile et à toute implication dans le monde. L'Histoire, les faits, ont donc pour lui une importance relative. Les empires, les révolutions, les idéaux, sont futiles et périssables, contrairement au pouvoir de l'imaginaire. L'amour, même, est vain, car l'on n'aime jamais vraiment... ce qu'on aime, c'est l'idée que l'on se fait de l'autre.
Bernardo se présente comme une sorte d'agnostique, dénué de toute foi non seulement envers quelque Dieu mais envers l'humanité dans son ensemble. Libre de toute croyance, il explore son intériorité, ses sensations, comme "de vastes terres inconnues". Sa perception du monde fluctue ainsi au gré de ce qu'il rêve ou imagine. On comprend pourquoi son autobiographie est qualifiée de "sans événements", puisque, au lieu d'être la transcription de faits, elle est le reflet, à la fois très précis et très imagé, de ces sensations.
Cette attitude d'auto-contemplation le rend comme inapte à la vie en société, le dote d'une sorte d'incapacité à communiquer avec autrui. Car si l'intensité avec laquelle cet homme, se penchant sur lui-même, s'acharne à creuser ses sensations en quête d'une vérité insaisissable comme s'il voulait explorer son essence profonde, est remarquable, il subit aussi la solitude qui en résulte. Pris dans le tourment permanent que provoque cet effort pour se définir, il se ferme au monde puisqu'il le considère comme étant essentiellement à l'intérieur de nous : par la perception que avons de notre environnement, nous le transformons en une réalité qui est nôtre, unique et non partageable.
Et puis il faut dire que Bernardo/Fernando montre peu d'estime pour ses semblables en proie à de mesquines et pragmatiques ambitions. Il admet d'ailleurs ne pas supporter les interactions trop fortes avec les autres, pour ne rien dire des éventuelles liens de dépendance qui peuvent unir les êtres.
De plus, cette apologie du rêve, de l'examen introspectif de ses sensations, s'accompagne de tâtonnements, et d'un découragement qui confine parfois à la dépression.
"Mon incapacité à vivre, je l'ai qualifiée de génie, et ma lâcheté, de raffinement (...). Mais je n'ai pu ni me duper moi-même, ni (...) ma conscience de ma propre duperie".
L'état d'esprit du narrateur oscille entre cet idéal individuel et son incapacité à l'atteindre, auxquels s'ajoute la douleur, malgré tout, que provoque la solitude liée à son insociabilité. Il exprime ainsi de manière sporadique un ennui existentiel insondable, et un douloureux mélange de lucidité et de mélancolie.
"Ma vie a préavorté, car même rêvée, elle ne semble offrir aucun attrait".
D'ailleurs, le laps de temps qui sépare le début du terme de la rédaction de ces fragments, en nous faisant constater certaines contradictions (somme toute naturelles car reflet de la fluctuation de la pensée, de l'évolution de l'être) nous permet de mesurer la difficulté pour le héros à appliquer la philosophie d'existence qu'il professe. Se retirer -psychologiquement parlant- du monde s'avère bien difficile... le besoin de reconnaissance, d'une certaine renommée artistique, se fraient parfois un chemin jusqu'à sa conscience.
Vu de l'extérieur, Bernardo peut passer pour un misanthrope qui à force de vivre d'ombres inspirées de lui-même, a anesthésié sa capacité à considérer l'autre, et qui pense son existence sans la vivre, les raisons profondes de ce "retrait" restant difficiles à définir. Est-il vraiment sincère avec lui-même lorsqu'il prétend que la vraie vie est celle qu'on rêve, car elle est dénuée de limites, de contraintes temporelles, matérielles, morales ? Ne s'agit-il pas d'un subterfuge complexe, par lequel Bernardo, en réalité terrifié à l'idée de vivre, s'auto-persuade qu'il est sur la voie supérieure par laquelle l'homme accédant à une véritable connaissance de lui-même, se réalisera enfin pleinement ?
Je réalise avoir été bien bavarde... mais j'aurais beau en parler pendant des heures, il restera très difficile de vous faire appréhender la richesse, la force et la beauté d'un texte que, vous l'aurez compris, je vous recommande absolument !

Lien : http://bookin-inganmic.blogs..
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Citations & extraits (417) Voir plus Ajouter une citation
lesfleursdumal1212lesfleursdumal121214 janvier 2017
Je m'apaise enfin. Tout ce qui était vestiges et déchets disparaît de mon âme, comme si cela n'avait jamais existé. Me voici seul et paisible. L'heure que je traverse ressemble à celle où je me convertirais à une religion. Rien cependant ne m'attire vers le haut, même si rien ne m'attire plus vers le bas. Je me sens libre, comme si j'avais cessé d'exister et que j'en aie cependant conscience. Je m'apaise, oui, je m'apaise. Un calme profond, aussi doux qu’une chose inutile, descend jusqu'au tréfonds de mon être. Les pages déjà lues, les obligations remplies, les faits et hasards de l'existence — tout cela s'est transformé en une vague pénombre, un halo à peine visible, entourant quelque chose de paisible dont je ne sais ce que c'est. Les entreprises où j'ai placé, parfois, l'oubli de mon âme ; la pensée où j'ai placé, quelquefois, l'oubli de l'action, se transforment en une sorte de tendresse dépourvue d'émotion, une sorte de compassion fruste et vide.

Cela ne vient pas du jour doux et lent, tendre et nuageux. Ni de cette brise à peine ébauchée - presque rien, à peine plus que l'air qu’on sent déjà frémir. Ni de la teinte anonyme du ciel, tacheté de bleu ici ou là, faiblement. Non. Non, parce que je ne sens pas. Je vois sans intention de voir, et je vois sans remède. J'assiste attentivement à un spectacle inexistant. Je n'éprouve pas de l'âme, mais de la tranquillité. Les choses extérieures, nettes et immobiles même si elles bougent, m'apparaissent telles que le monde a dû apparaître au Christ, lorsque, du haut de tout, Satan est venu le tenter. Les choses ne sont rien, et je comprends que le Christ ne se soit pas laissé tenter. Elles ne sont rien, et ce que je ne comprends pas, c'est que Satan, vieux de tant de science, ait pu croire tenter avec si peu de chose.

Coule, légère, ô vie qu'on ne sent point, ruisseau au mouvant silence, glissant sous des arbres oublieux ! Coule, caressante, âme que nul ne connaît, murmure que nul ne peut voir derrière les longues branches inclinées ! Coule, inutile, coule sans raison, conscience qui ne l'est de rien, vague lueur brillant au loin, au creux des feuilles, conscience dont nul ne sait d'où elle vient ni où elle va ! Coule, et laisse moi oublier !

Souffle incertain de ce qui n'a pas osé vivre, gorgée fruste de ce qui la pu sentir, inutile murmure de ce qui n'a pas voulu penser – passe lentement , passe faiblement, subis les tourbillons auxquels tu es contraint et la pente que l'on t'impose, va vers l'ombre ou la lumière, frère du monde, vers la gloire ou vers l'abîme, frère du Chaos et de la Nuit - mais souviens-toi encore, en quelque fond obscur de toi-même, que les Dieux sont venus après toi, et que les Dieux mêmes passent à leur tour.
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lesfleursdumal1212lesfleursdumal121214 janvier 2017
Considérer notre plus profonde angoisse comme un incident sans importance, non seulement dans la vie de l’univers, mais encore dans celle de notre âme, c’est le début de la sagesse. Le penser pleinement, au beau milieu de cette angoisse, c’est là la sagesse totale. Au moment où nous souffrons, la douleur humaine nous paraît infinie. Mais la douleur humaine n’est pas infinie, car rien d’humain n’est infini, et notre douleur ne possède pas d’autre valeur que d’être la nôtre.

Que de fois il m’est arrivé - sous le poids d’un ennui qui paraît proche de la folie, ou d’une angoisse qui paraît plus vaste qu’elle encore - de m’arrêter net, hésitant, avant de me révolter, et d’hésiter, m’arrêtant net, avant de me diviniser.
Ah ! non, il n’est pas vrai que la vie soit douloureuse, ou qu’il soit douloureux de penser à l’existence. La vérité, c’est que notre douleur n’est grave et sérieuse que lorsque nous prétendons qu’elle l’est. Si nous restons naturelles, elle passera comme elle est venue, et se flétrira tout comme elle a poussé. Tout est néant, y compris notre douleur.

 J’écris tout cela sous l’oppression d’un ennui qui semble déborder de toutes parts, ou avoir besoin d’un lieu plus vaste que mon âme pour y tenir à l’aise ; sous une oppression de tous et de tout, qui me prend à la gorge et me rend fou ; d’un sentiment physique de l’incompréhension générale, qui m’angoisse et qui m’écrase. Mais je lève la tête vers le ciel bleu et indifférent, je tends mon visage au vent et à son inconsciente fraîcheur, je baisse les paupières après avoir vu, j’oublie mon visage après avoir senti. Je n’en sors pas meilleur, mais différent. Me voir me délivre de moi. Pour un peu, je sourirais : non que je me comprenne mieux mais, étant à présent différent, j’ai cessé de pouvoir me comprendre. Très haut dans le ciel, comme un néant rendu visible, un nuage minuscule signe de sa blancheur un oubli de l’univers tout entier.
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TerrainsVaguesTerrainsVagues12 janvier 2017
Je n'écris plus rien depuis si longtemps! J'ai vécu, au fil des jours, des siècles entiers de vague renoncement. J'ai stagné, tel un lac désert, au coeur de paysages qui n'existent pas.
Entre-temps, je goûtais la monotonie diverse des jours, la succession toujours dissemblable d'heures toutes semblables, la vie, enfin. Je goûtais tout cela, et cela n'aurait fait aucune différence si j'avais dormi tout ce temps. J'ai stagné, tel un lac qui n'existe pas, au coeur de paysages déserts.
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TerrainsVaguesTerrainsVagues09 janvier 2017
J'éprouve une grande lassitude au centre de mon coeur. Celui que je n'ai jamais été me désole, et je ne sais quelle sorte de nostalgie naît de mon souvenir de lui. Je suis tombé parmi les espoirs et les certitudes, comme tous les soleils couchants.
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EmHamezEmHamez04 janvier 2017
Chacun de nous a son propre alcool. Je trouve assez d’alcool dans le fait d’exister. Ivre de me sentir, j’erre et marche bien droit. Si c’est l’heure, je reviens à mon bureau, comme tout le monde. Si ce n’est pas l’heure encore, je vais jusqu’au fleuve pour regarder le fleuve, comme tout le monde. Je suis pareil. Et derrière tout cela, il y a mon ciel, où je me constelle en cachette et où je possède mon infini.
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Vidéo de Fernando Pessoa
Fernando Pessoa: An Englishly Portuguese, Endlessly Multiple Poet
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