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ISBN : 2267015161
Éditeur : Christian Bourgois Editeur (2004)

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.59/5 (sur 175 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :

« En ces heures où le paysage est une auréole de vie, j'ai élevé, mon amour, dans le silence demon intranquillité, ce livre étrange... » qui alterne chronique du quotidien et méditationtranscendante. Le livre de l'... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par araucaria, le 16 mai 2014

    araucaria
    Un ouvrage qui mérite bien son titre. Je referme à peine ce livre et me voici confrontée à l'intranquillité! Comment digérer une telle oeuvre? Avec ses questionnements et ses théories Fernando Pessoa nous bouscule. Nous ressentons son malaise, son angoisse. Nous vivons ses contradictions, sa solitude, son absence de bonheur, nous comprenons ses tortures morales.
    Je regrette d'avoir emprunté ce livre, car il me faudrait en lire régulièrement des passages pour tenter de comprendre l'auteur, de digérer ses raisonnements. Ce livre de l'intranquillité n'est pas une oeuvre facile. Elle demande de la reflexion de la concentration. Et à moins d'être un grand intellectuel ou un esprit très supérieur, je pense que ce livre ne peut pas être compris dès sa première lecture. Il faut y revenir, s'attarder sur certains passages. Ce livre de l'intranquillité demande a être apprivoisé. Fernando Pessoa est un auteur dont on peut savourer la plume mais qui se mérite. Un texte surprenant qui déstabilise, un texte qui nous confronte à notre propre intranquillité. Je ne regrette pas d'avoir franchis le pas avec ce très grand écrivain portugais et je recommande ce livre à tous les lecteurs qui ne recherchent pas exclusivement les textes faciles. Pessoa nous oblige à penser à nous remettre en cause à revoir nos théories parfois... Un oeuvre qui nous conduit plus loin.

    Lien : http://araucaria20six.fr/
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    • Livres 5.00/5
    Par colimasson, le 11 juin 2014

    colimasson
    Bernardo Soares est un rêve. Il n'existe pas : s'il existait, comme tout ce qui a pu devenir, il serait un écrivain déchu et un être humain médiocre.

    Fernando Pessoa n'est pas mort : il n'a même pas été vivant. Il n'est pas mort car il nous parle toujours ; il n'a pas été vivant car il a vécu ; il était déjà vivant avant de l'être puisque le temps se superpose, les mélancoliques le savent.

    Sombre parce la vie et la mort ne peuvent jamais exister en même temps, mourant d'ennui parce que la réalité n'est qu'une parcelle amoindrie du rêve, Fernando Pessoa n'est pas pessimiste : « je suis triste » -si triste qu'il s'invente des jeux d'enfant, à commencer par l'invention de son double Bernardo Soares, et s'en va jusqu'à imaginer les conversations et les mondes exotiques qui évoluent à son insu, loin de sa compréhension, à travers les motifs qui recouvrent les tapis ou les tasses chinoises de ses services en porcelaine. Comment peut-on vivre parmi les autres lorsqu'on est si loin d'eux ? Qui pourrait accepter de passer du temps en compagnie de cette facette pessoienne appelée Bernardo Soares ? ne supportant pas la compagnie d'autrui plus de trente minutes, désirant l'effusion profonde mais seulement en rêve, préférant voyager sans bouger, lire sans livre et aimer sans personne ? Cruel aussi bien avec lui-même qu'avec les autres parce qu'il ne veut réduire personne ni lui-même à l'apathie d'un quotidien apaisé. La tristesse n'a jamais été aussi apaisante : elle est la force de ceux qui ne vivront jamais à moitié.

    Lien : http://colimasson.blogspot.fr/2014/06/le-livre-de-lintranquillite-de..
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    • Livres 5.00/5
    Par zaphod, le 17 mars 2014

    zaphod
    Jadis, quand je parvenais encore à me remémorer mes rêves, je me réveillais parfois avec le souvenir fugitif d'un livre parfait, me demandant par quelle étourderie j'avais pu omettre depuis si longtemps de le relire, alors que j'en avais presque tout oublié du contenu, n'en gardant qu'une vague impression de perfection.

    J'étais prêt à me lever d'un bond et aller fouiller ma bibliothèque. Mais avec les derniers voiles de sommeil s'estompait également l'impression de réalité du livre, ainsi que son titre, son auteur, son format. Un peu comme les fées, qui ne sont visibles que si aucun mortel ne regarde vers elles. Me réveillant, j'étais donc rendu à ma condition de pauvre mortel, et le livre magique m'échappait.

    Je ne sais si vous avez déjà fait ce genre de rêve ; moi je l'ai fait à plusieurs reprises.

    Or un jour, j'ai retrouvé exactement cette impression, mais cette fois bien éveillé, avec un livre bien réel dans les mains. C'était Le livre de l'intranquillité de Fernando Pessoa.

    Non qu'il s'agisse d'un livre parfait ; il s'agirait plutôt d'un non-livre. Je m'explique.

    Après la mort de Pessoa, on retrouva chez lui un coffre rempli de milliers de fragments de textes. Certains étaient des poèmes. D'autres ressemblaient à des entrées de journal, des pensées ou aphorismes, des réflexions philosophiques et littéraires, ou encore des confessions. Un grand nombre d'entre eux étaient marqués « L. I. ». Il apparut bientôt que ces initiales faisaient référence à un projet de livre intitulé « Le livre de l'intranquillité ». Suite à un immense travail d'édition, un volume parut enfin sous ce titre de nombreuses années après la mort de l'écrivain.

    Bien sûr, ce livre n'est pas celui que Pessoa projetait. Mais on peut aussi se demander si Pessoa n'a pas volontairement laissé ces fragments dans ce coffre comme une sorte de carte au trésor, s'amusant intérieurement de la subtile machination posthume à laquelle nous serions confrontés. Toujours est-il que le livre actuel, déjà génial en lui-même, n'est que l'ombre d'un livre fantasmé qui aurait été le « vrai » livre de l'intranquillité tel que rêvé par Pessoa. Peut-être le livre parfait. Mais comme la perfection n'est pas de ce monde, tout ce qu'il nous reste, c'est bien le rêve de perfection.

    Je me souviens avoir lu le récit suivant, qui donne bien la mesure du génie de l'auteur.

    Un jour dont j'ai oublié la date, Fernando Pessoa prit une feuille de papier, s'installa debout face à un grand coffre à tiroirs et se mit à écrire (c'était en effet sa position habituelle de travail) une trentaine de poèmes dans une sorte de transe.

    Le premier groupe de poèmes étaient de la plume d'un certain Alberto Caeiro ; « mon maître était apparu à l'intérieur de moi » dira plus tard Pessoa. le six suivants furent composés par Pessoa, luttant contre « l'inexistence » de Caeiro. Mais Caeiro avait des disciples ; l'un d'entre eux, Ricardo Reis, contribua à quelques autres poèmes. Une quatrième individualité se manifesta. D'un seul trait, sans hésitation ni correction (ainsi le raconte Pessoa), apparut « l'Ode Triomphale », par Alvaro de Campos.

    Il ne s'agit pas d'un simple emploi de pseudonymes. Les « hétéronymes » comme il les appelle, ont chacun leur voix propre, leur style et leur technique d'écriture bien distincte, ont une biographie complexe (et ont d'ailleurs conscience des autres personnalités), et des influences littéraires et politiques bien distinctes ; bref, ils ont une existence et une réalité propres.
    Savez-vous que dans le livre « L'Année de la mort de Ricardo Reis » de José Saramago, le personnage central est bien cet hétéronyme créé par Pessoa.

    D'autres personnalités émergeront encore par la suite, notamment un certain Bernardo Soares, auteur de la majorité des pièces du livre de l'intranquillité.

    Le livre de l'intranquillité n'est pas un livre à lire d'une traite. Il est à déguster à petites doses, et fait pour accompagner longtemps le lecteur. J'espère faire encore un long et beau voyage en sa compagnie.

    « J'ai duré des heures ignorées, des moments successifs sans lien entre eux, au cours de la promenade que j'ai faite une nuit, au bord de la mer, sur un rivage solitaire. Toutes les pensées qui ont fait vivre des hommes, toutes les émotions que les hommes ont cessé de vivre, sont passées par mon esprit, tel un résumé obscur de l'histoire, au cours de cette méditation cheminant au bord de la mer. J'ai souffert en moi-même, avec moi-même, les aspirations de toutes les époques révolues, et ce sont les angoisses de tous les temps qui ont, avec moi, longé le bord sonore de l'océan. Ce que les hommes ont voulu sans le réaliser, ce qu'ils ont tué en le réalisant, ce que les âmes ont été et que nul n'a jamais dit - c'est de tout cela que s'est formée la conscience sensible avec laquelle j'ai marché, cette nuit-là, au bord de la mer. Et ce qui a surpris chacun des amants chez l'autre amant, ce que la femme a toujours caché à ce mari auquel elle appartient, ce que la mère pense de l'enfant qu'elle n'a jamais eu, ce qui n'a eu de forme que dans un sourire ou une occasion, à peine esquissée, un moment qui ne fut pas ce moment-ci, une émotion qui a manqué en cet instant-là - tout cela, durant ma promenade au bord de la mer, a marché à mes côtés et s'en est revenu avec moi, et les vagues torsadaient d'un mouvement grandiose l'accompagnement grâce auquel je dormais tout cela. »
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    • Livres 5.00/5
    Par Shana08, le 11 février 2013

    Shana08
    Le livre de l'intranquillité de Fernando Pessoa, auteur Portugais atypique à la plume magnifique, est une œuvre colossale, pour lecteurs avertis. Sous forme de journal intime, elle est d'une intensité, d'une profondeur, d'une beauté et d'une poésie rarement vues jusqu'à ce jour. Œuvre posthume, elle met à nue la vie psychique de Bernardo Soarès (un hétéronyme de Pessoa, concept inventé par ce dernier : il a créé un grand nombre d'hétéronymes, des personnages qui sont lui sans tout à fait l'être). Par le biais de cette œuvre d'une puissance émotionnelle, intellectuelle, spirituelle, philosophique et sensationnelle rare, Pessoa se livre intimement au lecteur : ses angoisses, ses souffrances, le vide perpétuel dont il est la victime impuissante, le refuge éphémère qu'il trouve dans le rêve, son incapacité à vivre sa vie, à être l'acteur de sa propre existence plutôt qu'en être le témoin passif. Pessoa, par cette démarche intellectuelle poussée à son paroxysme, aide le lecteur à réfléchir sur lui-même, sur sa propre condition d'être humain, d'être pensant et sentant. Par effet de miroir, on se retourne vers soi, vers son existence, et on s'interroge, on se cherche, de la même façon que le fait Pessoa. Nous assistons aux entretiens de Pessoa avec lui-même, et nous finissons par suivre son cheminement.
    Pessoa est ma grande rencontre littéraire de l'année 2011, coup de foudre littéraire devrais-je dire. Un auteur extraordinaire qui m'a touchée au plus profond de mon âme, de mon cœur, de mes tripes, qui m'a emportée, bouleversée. J'éprouve une admiration indicible qui me laisse sans mots suffisamment justes et forts pour l'exprimer.

    Lien : http://www.livressedesmots.com/?p=1621
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    • Livres 5.00/5
    Par Moosbrugger, le 23 septembre 2014

    Moosbrugger
    (Lecture débutée il y a 1 an et demi)
    Troisième édition, traduction de Françoise Laye.
    « Aph. 123 J'écris avec une grande force d'expression ; ce que j'éprouve, je ne sais même pas ce que c'est. Pour moitié, je suis somnambule, et pour moitié, rien. »
    Certains livres doivent être lus avec une loupe scrupuleuse et un attirail de précision pour évaluer la délicatesse de chacun de ses fragments ciselés avec une circonspection d'horloger et doté par ailleurs de capacités d'articulation très réduites.
    Le livre de l'intranquilité n'est pas vraiment de ceux là !
    Il faut ici pratiquer la lecture comme le pionnier d'un nouveau sport de glisse Californien entend se servir de sa planche. Réaliser des acrobaties sur une prose poétique ample, tenter de suivre la trajectoire d'un grand poète sur des espaces métaphysiques ne connaissant nulle cloison. Les jambes de géants qui serait nécessaire à une pareil lecture semble nous faire défaut, constamment transbahuté que nous somme entre les rues de Lisbonne et les rêves d'un malheureux comptable déréalisé.
    « Aph. 432 Esclave de mon tempérament autant que des circonstances, outragé par l'indifférence des hommes à mon égard autant que par leur affection pour celui qu'ils me croient être - Autant d'insultes humaines du Destin.»
    Bernado Soares (c'est donc lui) entonne un ode de la passivité en définissant le rêve comme supérieur à la vie vécu. Pour ce drôle de coco, vivre pleinement équivaut donc à agir, haïr, aimer et faire l'amour, de manière fictive. Il en ressort un livre impossible et désespéré. C'est une philosophie de haute volée (et qui a su pour autant rester philosophie de comptoir), tout à la fois analyse psychologique sortant des chantiers battus et poésie emprunte d'une pureté toute métaphysique, à l'adresse des révolutionnaires de canapé et des amoureux demeurés collés aux double vitrages.
    Inutile d'affronter la lecture de ce livre de front, car on ne peut que se ruiner le foie sur ces 600 pages de poésie bien éprouvante ! Il faudra vivre en sa compagnie pendant un certains temps, boire de temps en temps quelques passages, ressentir en le sirotant légèrement sa douceur et ses 18°. Après une première lecture, se confronter à nouveau à certains passages aléatoirement choisis et savourer, si l'on en est capable, son amertume jusqu'à la lie. Je n'ai moi-même que réellement puisé dans l'entame du tonneau.
    « Aph. 332 L'effarement que me cause mon aptitude à éprouver de l'angoisse. Alors que, par nature, je ne suis nullement porté à la métaphysique. J'ai connu des jours d'angoisse intense, et même physique, à tourner et retourner des problèmes métaphysiques et religieux….Je me suis vite aperçu que ce que je croyais être la solution du problème religieux revenait à résoudre un problème émotif en termes rationnels. »
    On est frappé par un certain Nietzschéisme, ou bien peut être par des odeurs Schopenhaueriennes, sans pour autant que nulle trace d'inspiration directe ne puisse être décelée.
    Une leçon : Comme il est dit dans la préface, le langage de Pessoa n'utilise que des termes de langages courants.
    Il ne faut pas oublier cependant qu'il s'agit du roman d'un seul des hétéronymes de Pessoa. Il sera donc inutile de s'indigner de l'indifférence, de la suffisance incroyable et de l'égocentrisme de cet auteur fictif, caractéristiques qui font pleinement partie du jeu. Il faut aussi garder conscience qu'il s'agit d'une sélection et non d'un ouvrage composé par l'auteur, et que l'ordre des fragments n'a pas été arrêté par celui ci. Inutile donc d'essayer de considérer le livre comme une unité. Cela vous autorise par exemple à ne pas le lire en entier ou à faire des origamis avec les passages qui vous rebutent en toute liberté de conscience.
    Evidement ce qui est embarrassant dans cette affaire, c'est que depuis 1982, tout le monde, moi et Bernard Pivot y compris, se soit mis à lire ce même livre, par ailleurs écrit il y a maintenant 80 ans. Cela appelle finalement une question bien intranquilisante : l'édition d'un Pessoa est-elle encore possible aujourd'hui ?... Ou bien plutôt, demandons-nous, non sans le désir de faire naître une froide polémique, combien de Pessoa demeure inconnus aujourd'hui.
    La traductrice : Françoise Laye a reçu le prix Eça de Queiros de la meilleure traduction du portugais en 1991 pour Le livre de l'intranquillité. Dans la préface, elle souligne le fait que le texte original est volontairement truffé de violations de syntaxe et d'autres impiétés littéraires. Depuis, le terme « intranquilité » est entré dans le vocabulaire courant.
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Citations et extraits

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  • Par Nastasia-B, le 25 août 2013

    Nous attribuons généralement à nos idées sur l'inconnu la couleur de nos conceptions sur le connu : si nous appelons la mort un sommeil, c'est qu'elle ressemble, du dehors, à un sommeil ; si nous appelons la mort une vie nouvelle, c'est qu'elle paraît être une chose différente de la vie. C'est grâce à ces petits malentendus avec le réel que nous construisons nos croyances, nos espoirs — et nous vivons de croûtes de pain baptisées gâteaux, comme font les enfants pauvres qui jouent à être heureux.
    Mais il en va ainsi de la vie entière ; tout au moins de ce système de vie particulier qu'on appelle, en général, civilisation. La civilisation consiste à donner à quelque chose un nom qui ne lui convient pas, et à rêver ensuite sur le résultat. Et le nom, qui est faux, et le rêve, qui est vrai, créent réellement une réalité nouvelle. L'objet devient réellement différent, parce que nous l'avons, nous, rendu différent. Nous manufacturons des réalités. La matière première demeure toujours la même, mais la forme, donnée par l'art, l'empêche en fait de demeurer la même. Une table de pin est bien du pin, mais c'est également une table. C'est à la table que nous nous asseyons, et non pas au tronc du pin. Un amour est un instinct sexuel ; malgré tout, nous n'aimons pas avec notre instinct sexuel, mais en supposant un autre sentiment. Et cette supposition elle-même est déjà, en effet, un autre sentiment.
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  • Par Malaura, le 23 mai 2012

    Nous sommes qui nous ne sommes pas, la vie est brève et triste. Le bruit des vagues, la nuit, est celui de la nuit même; et combien l'ont entendu retentir au fond de leur âme, tel l'espoir qui se brise perpétuellement dans l'obscurité, avec un bruit sourd d'écume résonnant dans les profondeurs!
    Combien de larmes pleurées par ceux qui obtenaient, combien de larmes perdues par ceux qui réussissaient ! Et tout cela, durant ma promenade au bord de la mer, est devenu pour moi le secret de la nuit et la confidence de l'abîme.
    Que nous sommes nombreux à vivre, nombreux à nous leurrer! Quelles mers résonnent au fond de nous, dans cette nuit d'exister, sur ces plages que nous nous sentons être, et où déferle l'émotion en marées hautes !
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  • Par Nastasia-B, le 13 mars 2014

    J'érige ces deux principes en règles fondamentales de tout art d'écrire : dire ce que l'on éprouve exactement comme on l'éprouve — clairement si c'est clair ; obscurément si c'est obscur ; confusément si c'est confus ; et bien comprendre que la grammaire n'est jamais qu'un outil, et non pas une loi. [...]
    La grammaire, qui définit l'usage, établit des divisions légitimes mais erronées. Elle distingue, par exemple, les verbes transitifs et intransitifs ; cependant, l'homme sachant dire devra, bien souvent, transformer un verbe transitif en verbe intransitif pour photographier ce qu'il ressent, et non, comme le commun des animaux-hommes, pour se contenter de le voir dans le noir. Si je veux dire que j'existe, je dirai : " Je suis. " Si je veux dire que j'existe en tant qu'âme individualisée, je dirai : " Je suis moi. " Mais si je veux dire que j'existe comme entité, qui se dirige et se forme elle-même, et qui exerce cette fonction divine de se créer soi-même, comment donc emploierai-je le verbe être, sinon en le transformant tout d'un coup en verbe transitif ? Alors, promu triomphalement, antigrammaticalement être suprême, je dirai : " Je me suis. " J'aurai exprimé une philosophie entière en trois petits mots. N'est-ce pas infiniment préférable à quarante phrases pour ne rien dire ? Que peut-on demander de plus à la philosophie et à l'expression verbale ?
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  • Par araucaria, le 14 mai 2014

    Mon horreur des femmes réelles, pourvues d'un sexe, est la route par laquelle je suis allé jusqu'à toi. Les femmes de la terre, qui doivent supporter le poids remuant d'un homme - comment peut-on les aimer sans que l'amour se flétrisse aussitôt, avec la vision anticipée du plaisir au service du sexe? Comment respecter l'Epouse sans être obligé de la voir comme une femme dans une autre position de coït? Comment ne pas être dégoûté d'avoir une mère, à l'idée d'avoir été aussi vulgaire à l'origine, et mis bas de façon aussi dégoûtante? De quel dégoût ne sommes-nous pas pris à l'idée de l'origine charnelle de notre âme - de ce (tourbillon) corporel d'où naît notre chair; et, si belle qu'elle soit, notre âme est enlaidie par son origine, et nous dégoûte par sa naissance.
    (...)
    Toi seule es pure, Dame des Rêves, que je puis concevoir comme amante sans concevoir de tache, parce que tu es irréelle. Toi, je peux te concevoir comme mère et t'adorer, parce que tu ne t'es jamais laissé souiller ni par l'horreur de la fécondation, ni par l'horreur de l'enfantement.
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  • Par Nastasia-B, le 20 juin 2014

    La plupart des gens souffrent de cette infirmité de ne pas savoir dire ce qu'ils voient ou ce qu'ils pensent. [...] La littérature tout entière est un effort pour rendre la vie bien réelle. Comme nous le savons tous, même quand nous agissons sans le savoir, la vie est absolument irréelle dans sa réalité directe : les champs, les villes, les idées, sont des choses totalement fictives, nées de notre sensation complexe de nous-mêmes. Toutes nos impressions sont incommunicables, sauf si nous en faisons de la littérature.
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