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Françoise Laye (Traducteur)Robert Bréchon (Préfacier, etc.)Eduardo Lourenço (Préfacier, etc.)Richard Zenith (Préfacier, etc.)
ISBN : 2267015161
Éditeur : Christian Bourgois Editeur (2004)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.54/5 (sur 241 notes)
Résumé :

« En ces heures où le paysage est une auréole de vie, j'ai élevé, mon amour, dans le silence demon intranquillité, ce livre étrange... » qui alterne chronique du quotidien et méditationtranscendante. Le livre de l'intranquillité est le journal que Pessoa a tenu pendant presque toute sa vie, en l'attribuant à un modeste employé de bureau de Lisbonne , Bernardo Soares. Sans ambitionterrestre, mais ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
araucaria
araucaria16 mai 2014
  • Livres 4.00/5
Un ouvrage qui mérite bien son titre. Je referme à peine ce livre et me voici confrontée à l'intranquillité! Comment digérer une telle oeuvre? Avec ses questionnements et ses théories Fernando Pessoa nous bouscule. Nous ressentons son malaise, son angoisse. Nous vivons ses contradictions, sa solitude, son absence de bonheur, nous comprenons ses tortures morales.
Je regrette d'avoir emprunté ce livre, car il me faudrait en lire régulièrement des passages pour tenter de comprendre l'auteur, de digérer ses raisonnements. Ce livre de l'intranquillité n'est pas une oeuvre facile. Elle demande de la reflexion de la concentration. Et à moins d'être un grand intellectuel ou un esprit très supérieur, je pense que ce livre ne peut pas être compris dès sa première lecture. Il faut y revenir, s'attarder sur certains passages. Ce livre de l'intranquillité demande a être apprivoisé. Fernando Pessoa est un auteur dont on peut savourer la plume mais qui se mérite. Un texte surprenant qui déstabilise, un texte qui nous confronte à notre propre intranquillité. Je ne regrette pas d'avoir franchis le pas avec ce très grand écrivain portugais et je recommande ce livre à tous les lecteurs qui ne recherchent pas exclusivement les textes faciles. Pessoa nous oblige à penser à nous remettre en cause à revoir nos théories parfois... Un oeuvre qui nous conduit plus loin.
Lien : http://araucaria20six.fr/
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colimasson
colimasson11 juin 2014
  • Livres 5.00/5
Bernardo Soares est un rêve. Il n'existe pas : s'il existait, comme tout ce qui a pu devenir, il serait un écrivain déchu et un être humain médiocre.

Fernando Pessoa n'est pas mort : il n'a même pas été vivant. Il n'est pas mort car il nous parle toujours ; il n'a pas été vivant car il a vécu ; il était déjà vivant avant de l'être puisque le temps se superpose, les mélancoliques le savent.

Sombre parce la vie et la mort ne peuvent jamais exister en même temps, mourant d'ennui parce que la réalité n'est qu'une parcelle amoindrie du rêve, Fernando Pessoa n'est pas pessimiste : « je suis triste » -si triste qu'il s'invente des jeux d'enfant, à commencer par l'invention de son double Bernardo Soares, et s'en va jusqu'à imaginer les conversations et les mondes exotiques qui évoluent à son insu, loin de sa compréhension, à travers les motifs qui recouvrent les tapis ou les tasses chinoises de ses services en porcelaine. Comment peut-on vivre parmi les autres lorsqu'on est si loin d'eux ? Qui pourrait accepter de passer du temps en compagnie de cette facette pessoienne appelée Bernardo Soares ? ne supportant pas la compagnie d'autrui plus de trente minutes, désirant l'effusion profonde mais seulement en rêve, préférant voyager sans bouger, lire sans livre et aimer sans personne ? Cruel aussi bien avec lui-même qu'avec les autres parce qu'il ne veut réduire personne ni lui-même à l'apathie d'un quotidien apaisé. La tristesse n'a jamais été aussi apaisante : elle est la force de ceux qui ne vivront jamais à moitié.
Lien : http://colimasson.blogspot.fr/2014/06/le-livre-d..
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zaphod
zaphod17 mars 2014
  • Livres 5.00/5
Jadis, quand je parvenais encore à me remémorer mes rêves, je me réveillais parfois avec le souvenir fugitif d'un livre parfait, me demandant par quelle étourderie j'avais pu omettre depuis si longtemps de le relire, alors que j'en avais presque tout oublié du contenu, n'en gardant qu'une vague impression de perfection.

J'étais prêt à me lever d'un bond et aller fouiller ma bibliothèque. Mais avec les derniers voiles de sommeil s'estompait également l'impression de réalité du livre, ainsi que son titre, son auteur, son format. Un peu comme les fées, qui ne sont visibles que si aucun mortel ne regarde vers elles. Me réveillant, j'étais donc rendu à ma condition de pauvre mortel, et le livre magique m'échappait.

Je ne sais si vous avez déjà fait ce genre de rêve ; moi je l'ai fait à plusieurs reprises.

Or un jour, j'ai retrouvé exactement cette impression, mais cette fois bien éveillé, avec un livre bien réel dans les mains. C'était le Livre de l'Intranquillité de Fernando Pessoa.

Non qu'il s'agisse d'un livre parfait ; il s'agirait plutôt d'un non-livre. Je m'explique.

Après la mort de Pessoa, on retrouva chez lui un coffre rempli de milliers de fragments de textes. Certains étaient des poèmes. D'autres ressemblaient à des entrées de journal, des pensées ou aphorismes, des réflexions philosophiques et littéraires, ou encore des confessions. Un grand nombre d'entre eux étaient marqués « L. I. ». Il apparut bientôt que ces initiales faisaient référence à un projet de livre intitulé « le Livre de l'Intranquillité ». Suite à un immense travail d'édition, un volume parut enfin sous ce titre de nombreuses années après la mort de l'écrivain.

Bien sûr, ce livre n'est pas celui que Pessoa projetait. Mais on peut aussi se demander si Pessoa n'a pas volontairement laissé ces fragments dans ce coffre comme une sorte de carte au trésor, s'amusant intérieurement de la subtile machination posthume à laquelle nous serions confrontés. Toujours est-il que le livre actuel, déjà génial en lui-même, n'est que l'ombre d'un livre fantasmé qui aurait été le « vrai » livre de l'intranquillité tel que rêvé par Pessoa. Peut-être le livre parfait. Mais comme la perfection n'est pas de ce monde, tout ce qu'il nous reste, c'est bien le rêve de perfection.

Je me souviens avoir lu le récit suivant, qui donne bien la mesure du génie de l'auteur.

Un jour dont j'ai oublié la date, Fernando Pessoa prit une feuille de papier, s'installa debout face à un grand coffre à tiroirs et se mit à écrire (c'était en effet sa position habituelle de travail) une trentaine de poèmes dans une sorte de transe.

Le premier groupe de poèmes étaient de la plume d'un certain Alberto Caeiro ; « mon maître était apparu à l'intérieur de moi » dira plus tard Pessoa. le six suivants furent composés par Pessoa, luttant contre « l'inexistence » de Caeiro. Mais Caeiro avait des disciples ; l'un d'entre eux, Ricardo Reis, contribua à quelques autres poèmes. Une quatrième individualité se manifesta. D'un seul trait, sans hésitation ni correction (ainsi le raconte Pessoa), apparut « l'Ode Triomphale », par Alvaro de Campos.

Il ne s'agit pas d'un simple emploi de pseudonymes. Les « hétéronymes » comme il les appelle, ont chacun leur voix propre, leur style et leur technique d'écriture bien distincte, ont une biographie complexe (et ont d'ailleurs conscience des autres personnalités), et des influences littéraires et politiques bien distinctes ; bref, ils ont une existence et une réalité propres.
Savez-vous que dans le livre « l'Année de la Mort de Ricardo Reis » de José Saramago, le personnage central est bien cet hétéronyme créé par Pessoa.

D'autres personnalités émergeront encore par la suite, notamment un certain Bernardo Soares, auteur de la majorité des pièces du livre de l'intranquillité.

Le livre de l'intranquillité n'est pas un livre à lire d'une traite. Il est à déguster à petites doses, et fait pour accompagner longtemps le lecteur. J'espère faire encore un long et beau voyage en sa compagnie.

« J'ai duré des heures ignorées, des moments successifs sans lien entre eux, au cours de la promenade que j'ai faite une nuit, au bord de la mer, sur un rivage solitaire. Toutes les pensées qui ont fait vivre des hommes, toutes les émotions que les hommes ont cessé de vivre, sont passées par mon esprit, tel un résumé obscur de l'histoire, au cours de cette méditation cheminant au bord de la mer. J'ai souffert en moi-même, avec moi-même, les aspirations de toutes les époques révolues, et ce sont les angoisses de tous les temps qui ont, avec moi, longé le bord sonore de l'océan. Ce que les hommes ont voulu sans le réaliser, ce qu'ils ont tué en le réalisant, ce que les âmes ont été et que nul n'a jamais dit - c'est de tout cela que s'est formée la conscience sensible avec laquelle j'ai marché, cette nuit-là, au bord de la mer. Et ce qui a surpris chacun des amants chez l'autre amant, ce que la femme a toujours caché à ce mari auquel elle appartient, ce que la mère pense de l'enfant qu'elle n'a jamais eu, ce qui n'a eu de forme que dans un sourire ou une occasion, à peine esquissée, un moment qui ne fut pas ce moment-ci, une émotion qui a manqué en cet instant-là - tout cela, durant ma promenade au bord de la mer, a marché à mes côtés et s'en est revenu avec moi, et les vagues torsadaient d'un mouvement grandiose l'accompagnement grâce auquel je dormais tout cela. »
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Livresse_des_Mots
Livresse_des_Mots11 février 2013
  • Livres 5.00/5
Le Livre de l'Intranquillité de Fernando Pessoa, auteur Portugais atypique à la plume magnifique, est une oeuvre colossale, pour lecteurs avertis. Sous forme de journal intime, elle est d'une intensité, d'une profondeur, d'une beauté et d'une poésie rarement vues jusqu'à ce jour. Oeuvre posthume, elle met à nue la vie psychique de Bernardo Soarès (un hétéronyme de Pessoa, concept inventé par ce dernier : il a créé un grand nombre d'hétéronymes, des personnages qui sont lui sans tout à fait l'être). Par le biais de cette oeuvre d'une puissance émotionnelle, intellectuelle, spirituelle, philosophique et sensationnelle rare, Pessoa se livre intimement au lecteur : ses angoisses, ses souffrances, le vide perpétuel dont il est la victime impuissante, le refuge éphémère qu'il trouve dans le rêve, son incapacité à vivre sa vie, à être l'acteur de sa propre existence plutôt qu'en être le témoin passif. Pessoa, par cette démarche intellectuelle poussée à son paroxysme, aide le lecteur à réfléchir sur lui-même, sur sa propre condition d'être humain, d'être pensant et sentant. Par effet de miroir, on se retourne vers soi, vers son existence, et on s'interroge, on se cherche, de la même façon que le fait Pessoa. Nous assistons aux entretiens de Pessoa avec lui-même, et nous finissons par suivre son cheminement.
Pessoa est ma grande rencontre littéraire de l'année 2011, coup de foudre littéraire devrais-je dire. Un auteur extraordinaire qui m'a touchée au plus profond de mon âme, de mon coeur, de mes tripes, qui m'a emportée, bouleversée. J'éprouve une admiration indicible qui me laisse sans mots suffisamment justes et forts pour l'exprimer.
Lien : http://www.livressedesmots.com/?p=1621
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Ingannmic
Ingannmic18 avril 2016
  • Livres 4.00/5

"Le livre de l'intranquillité" est un ouvrage inclassable. L'ouvrage, tel qu'il nous présenté, est un assemblage de fragments, la compilation de textes retrouvés dans une malle après la mort de leur auteur, et qui y ont été regroupés en quelque sorte par thèmes, en fonction de similitudes dans leur contenu. Sous-titré "autobiographie sans événements", il est celle de Bernardo Soares, l'un des hétéronymes de Fernando Pessoa, qui y livre une suite de réflexions sur sa conception de la manière dont il convient d'appréhender l'existence. Une parenthèse s'impose ici, pour vous préciser que Fernando Pessoa, auteur portugais du début du XXème siècle, signa la plupart de ses oeuvres du nom de personnages issus de son imagination, sortes d'alter ego qu'il dota non seulement de personnalités -et de biographies- propres, mais aussi d'une oeuvre originale, leur conférant une dimension presque réelle. Chacun était-il le reflet d'un aspect de la personnalité de l'auteur, l'addition de tous ces écrivains fictifs composant une mosaïque représentative de la multiplicité, de la complexité de l'individu qu'était Fernando Pessoa ?
Bernardo Soares, à la différence des autres hétéronymes de l'auteur, n'a ni date de naissance, ni date de décès. Il reste, parmi les soixante écrivains nés de l'imagination de Pessoa – celui qui fut considéré comme le plus proche de son créateur. Ce « double » de papier, modeste employé de bureau à la vie insignifiante est l'auteur de quelques textes en prose, et il est surtout celui de ce "Livre de l'intranqillité", resté inachevé.
Résumer un tel ouvrage est par conséquent impossible... tout comme le lire de manière linéaire, ou d'une traite (ainsi que je l'ai fait) n'est pas recommandé, car la récurrence des réflexions qui parsèment ces fragments écrits sur une vingtaine d'années, peuvent provoquer un sentiment de saturation. le mieux est de l'ouvrir au hasard, de se laisser emporter par la beauté du texte, dont chaque paragraphe vous offre des pépites métaphoriques, des trésors de poésie... de savourer le jeu auquel Fernando Pessoa se livre avec la langue, utilisant s'il l'estime nécessaire des néologismes, pour exprimer son propos avec une minutieuse justesse.
"Je considère la vie comme une auberge où je dois séjourner, jusqu'à l'arrivée de la diligence de l'abîme".
Ce que j'en retiens en premier lieu, c'est à la fois le sentiment de désespérance, d'intense mal-être, qui en émane, et la précision douloureuse avec laquelle le narrateur s'y livre à l'introspection.
Il nous entraîne au fil d'une intériorité bouillonnante, prônant tout au long de l'ouvrage le choix du renoncement comme mode de vie, par l'adoption d'une posture contemplative permettant de jouir de l'esthétique d'une vie rêvée plutôt que vécue. Car en privilégiant l'action, l'homme se serait "endormi", aurait perdu toute conscience de lui-même. Il oppose ainsi à multiples reprises le prosaïsme de ce que l'on nomme réalité, la morne banalité du quotidien, à la grandeur de l'imagination, et revendique la légitimité des hypothèses, supérieure à celle d'un réel décevant et insignifiant. Ramenant l'homme à la vanité de sa condition, si l'on considère celle-ci sur l'échelle de ce qui est communément jugé "important" et source de réussite par la communauté (la gloire, la richesse), il revendique à l'inverse l'importance crucial pour l'individu de cultiver sa nature d'être unique et multiforme en se consacrant à sa vie intérieure, qui permet de mieux se connaître.
L'être est ainsi tout autant les vies qu'il rêve, le passé qu'il s'invente, les personnages qu'il imagine, et ses voyages immobiles, que ce qu'il expérimente dans le monde concret. le rêve, mieux que la pensée -car penser, c'est encore agir- est un moyen de sublimer sa vie et son environnement, de renoncer à toute action stérile et à toute implication dans le monde. L'Histoire, les faits, ont donc pour lui une importance relative. Les empires, les révolutions, les idéaux, sont futiles et périssables, contrairement au pouvoir de l'imaginaire. L'amour, même, est vain, car l'on n'aime jamais vraiment... ce qu'on aime, c'est l'idée que l'on se fait de l'autre.
Bernardo se présente comme une sorte d'agnostique, dénué de toute foi non seulement envers quelque Dieu mais envers l'humanité dans son ensemble. Libre de toute croyance, il explore son intériorité, ses sensations, comme "de vastes terres inconnues". Sa perception du monde fluctue ainsi au gré de ce qu'il rêve ou imagine. On comprend pourquoi son autobiographie est qualifiée de "sans événements", puisque, au lieu d'être la transcription de faits, elle est le reflet, à la fois très précis et très imagé, de ces sensations.
Cette attitude d'auto-contemplation le rend comme inapte à la vie en société, le dote d'une sorte d'incapacité à communiquer avec autrui. Car si l'intensité avec laquelle cet homme, se penchant sur lui-même, s'acharne à creuser ses sensations en quête d'une vérité insaisissable comme s'il voulait explorer son essence profonde, est remarquable, il subit aussi la solitude qui en résulte. Pris dans le tourment permanent que provoque cet effort pour se définir, il se ferme au monde puisqu'il le considère comme étant essentiellement à l'intérieur de nous : par la perception que avons de notre environnement, nous le transformons en une réalité qui est nôtre, unique et non partageable.
Et puis il faut dire que Bernardo/Fernando montre peu d'estime pour ses semblables en proie à de mesquines et pragmatiques ambitions. Il admet d'ailleurs ne pas supporter les interactions trop fortes avec les autres, pour ne rien dire des éventuelles liens de dépendance qui peuvent unir les êtres.
De plus, cette apologie du rêve, de l'examen introspectif de ses sensations, s'accompagne de tâtonnements, et d'un découragement qui confine parfois à la dépression.
"Mon incapacité à vivre, je l'ai qualifiée de génie, et ma lâcheté, de raffinement (...). Mais je n'ai pu ni me duper moi-même, ni (...) ma conscience de ma propre duperie".
L'état d'esprit du narrateur oscille entre cet idéal individuel et son incapacité à l'atteindre, auxquels s'ajoute la douleur, malgré tout, que provoque la solitude liée à son insociabilité. Il exprime ainsi de manière sporadique un ennui existentiel insondable, et un douloureux mélange de lucidité et de mélancolie.
"Ma vie a préavorté, car même rêvée, elle ne semble offrir aucun attrait".
D'ailleurs, le laps de temps qui sépare le début du terme de la rédaction de ces fragments, en nous faisant constater certaines contradictions (somme toute naturelles car reflet de la fluctuation de la pensée, de l'évolution de l'être) nous permet de mesurer la difficulté pour le héros à appliquer la philosophie d'existence qu'il professe. Se retirer -psychologiquement parlant- du monde s'avère bien difficile... le besoin de reconnaissance, d'une certaine renommée artistique, se fraient parfois un chemin jusqu'à sa conscience.
Vu de l'extérieur, Bernardo peut passer pour un misanthrope qui à force de vivre d'ombres inspirées de lui-même, a anesthésié sa capacité à considérer l'autre, et qui pense son existence sans la vivre, les raisons profondes de ce "retrait" restant difficiles à définir. Est-il vraiment sincère avec lui-même lorsqu'il prétend que la vraie vie est celle qu'on rêve, car elle est dénuée de limites, de contraintes temporelles, matérielles, morales ? Ne s'agit-il pas d'un subterfuge complexe, par lequel Bernardo, en réalité terrifié à l'idée de vivre, s'auto-persuade qu'il est sur la voie supérieure par laquelle l'homme accédant à une véritable connaissance de lui-même, se réalisera enfin pleinement ?
Je réalise avoir été bien bavarde... mais j'aurais beau en parler pendant des heures, il restera très difficile de vous faire appréhender la richesse, la force et la beauté d'un texte que, vous l'aurez compris, je vous recommande absolument !

Lien : http://bookin-inganmic.blogspot.com
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Citations & extraits (317) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B29 avril 2016
Oui, nous tous nous passerons, et nous passerons tout entiers. Il ne restera rien de ce qui possédait gants et sentiments, de ce qui parlait de la mort et de politique locale.

Texte n° 202.
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Nastasia-BNastasia-B30 avril 2016
Nul de connaît plus le nom inscrit autrefois sur un tronc d'arbre.

Texte n°203.
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Nastasia-BNastasia-B26 avril 2016
J'ai assisté, incognito, à la déroute progressive de ma vie, au lent naufrage de tout ce que j'aurais voulu être. Je peux dire, et c'est une de ces vérités mortes sans qu'il soit besoin de fleurs pour le dire, qu'il n'est pas une seule chose que j'aie voulue — ou en laquelle j'aie placé, même un instant, ne fût-ce que le rêve de cet instant — qui ne se soit réduite en miettes sous mes fenêtres comme de la poussière, telle une pierre, tombant d'un pot de fleurs du dernier étage. On dirait même que le Destin s'est toujours plu à me faire aimer ou vouloir tout d'abord ce qu'il disposait lui-même pour que je le voie bien, dès le lendemain, que je ne le possédais ni ne le posséderais jamais.

Texte n°193.
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MoglugMoglug21 avril 2016
La présence d’une autre personne – même une seule – entrave aussitôt ma pensée et, tandis que pour un homme normal le contact avec autrui est un stimulant pour son expression et son discours, ce contact chez moi, est un antistimulant – si toutefois ce mot forgé de toutes pièces est jugé recevable par la langue.
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MoglugMoglug15 avril 2016
[incipit]
Lettre à Mário de Sá-Carneiro

14 mars 1916

Je vous écris aujourd’hui, poussé par un besoin sentimental – un désir aigu et douloureux de vous parler. Comme on peut le déduire facilement, je n’ai rien à vous dire. Seulement ceci – que je me trouve aujourd’hui au fond d’une dépression sans fond. L’absurdité de l’expression parlera pour moi.
Je suis dans un de ces jours où je n’ai jamais eu d’avenir. Il n’y a qu’un présent immobile, encerclé d’un mur d’angoisse. La rive d’en face du fleuve n’est jamais, puisqu’elle se trouve en face, la rive de ce côté-ci ; c’est là toute la raison de mes souffrances. Il est des bateaux qui aborderont à bien des ports, mais aucun n’abordera à celui où la vie cesse de faire souffrir, et il n’ai pas de quai où l’on puisse oublier. Tout cela s’est passé voici bien longtemps, mais ma tristesse est plus ancienne encore.
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Videos de Fernando Pessoa (12) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Fernando Pessoa
Fernando Pessoa: An Englishly Portuguese, Endlessly Multiple Poet
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