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Geneviève Leibrich (Traducteur)
ISBN : 2757806254
Éditeur : Points (31/10/2007)

Note moyenne : 4.05/5 (sur 114 notes)
Résumé :
Au lendemain des élections municipales organisées dans la capitale sans nom d'un pays sans nom, la stupeur s'empare du gouvernement : 83 % des électeurs ont voté blanc. Incapables de penser qu'il puisse s'agir d'un rejet démocratique et citoyen de leur politique, les dirigeants soupçonnent une conspiration organisée par un petit groupe de subversifs, voire un complot anarchiste international.
Craignant que cette "peste blanche" ne contamine l'ensemble du pays... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
Archie
25 décembre 2016
José Saramago est un intellectuel et écrivain portugais, gratifié d'un prix Nobel de littérature en 1998. Son roman La lucidité, qui date de 2004, est surprenant à double titre. C'est à la fois une histoire extravagante et un exercice de style cocasse. le sujet est de surcroît particulièrement d'actualité chez nous, en ces temps de scrutins à répétition.
Le premier chapitre est un chef-d'oeuvre burlesque à lui tout seul.
Journée d'élections municipales dans la capitale d'un pays occidental démocratique. Un bureau de vote comme nous en connaissons. Des tables, des isoloirs, une urne. Registres, bulletins, enveloppes. Les officiants habituels : un président, des assesseurs, un secrétaire, des représentants des partis, des suppléants ; chacun est très pénétré de sa mission.
Ah, peut-être des électeurs, aussi ? Et bien non, justement, personne ! A seize heures, à peine une vingtaine de bulletins dans l'urne, en comptant ceux des officiants, totalement décontenancés. La description de leur comportement, de leurs réflexions, de leurs propos, fait l'objet d'une prose amphigourique irrésistible... J'y reviendrai.
Soudain, déferlement d'électeurs qui se présentent tous en même temps à leurs bureaux de vote. Files à perte de vue, attentes interminables. Les caméras de télévision s'activent, les micros aussi ; questions et commentaires fusent. A l'annonce de ce raz-de-marée citoyen, les politiques se rengorgent.... Une allégresse quelque peu prématurée. Après la fermeture du scrutin, on décompte plus de soixante-dix pour cent de bulletins blancs !
Le pouvoir se veut serein. Il apparente le phénomène à ce qu'on pourrait appeler un bug, un incident mineur qu'on ne cherche pas à comprendre : on réinitialise. le scrutin est invalidé, les électeurs sont invités à revoter la semaine suivante. Rebelote ; quatre-vingt-trois pour cent de bulletins blancs ; et dix de der, ça devient sérieux...
Chez nous, hommes et femmes politiques feraient mine de méditer sérieusement sur la situation, de battre leur coulpe, la main sur le coeur, le regard au fond du fond le plus profond de nos yeux, le sourire plus franc et plus candide que jamais. On nous aurait « compris » !...
Et bien non, il n'est pas du tout certain que cela se passerait ainsi. En tout cas, ce n'est pas comme ça que cela se passe dans La lucidité.
Le gouvernement considère que la situation pourrait menacer la démocratie. Il n'a pas tort, mais il faut bien trouver une explication à l'inexplIcable. Peu à peu, une certitude s'installe dans l'esprit du chef de l'Etat, du chef du gouvernement et des ministres régaliens. Il y a tout lieu de penser qu'il s'agit d'une provocation, d'un complot contre l'Etat. Peut-être une subversion fomentée par des éléments anarchistes. Ou une déstabilisation manigancée depuis un pays étranger.
Qu'en pense la population ? Pas grand chose ; rien qui ébranle la bonne humeur générale ; quelques uns se gaussent... Rira bien qui rira le dernier ! Au pouvoir, la paranoïa gagne. Proclamation de l'état d'exception, puis de l'état de siège. Délocalisation en province du gouvernement et des principales administrations, l'armée étant déployée aux portes de la ville, désormais ex-capitale, afin que nul habitant n'en sorte... Jusqu'où cela ira-t-il ?
Pour conter cette histoire absurde à l'humour de plus en plus noir, un pastiche jubilatoire de prose administrative et juridique ; une phraséologie volontairement ampoulée, encombrée de circonlocutions surréalistes, constellée de clichés éculés et de langue de bois. Des phrases très longues, insérant dialogues, monologues intérieurs et digressions diverses dans une ponctuation inhabituelle. La lecture est limpide et très expressive. Savoureux.
Savoureux, mais lassant à la longue. Les exercices de style les plus courts sont les meilleurs. Sinon, ils finissent par prendre le pas sur le sens profond de l'ouvrage.
Mais peut-être n'y a-t-il pas dans La lucidité, cette fiction imaginée par Saramago, d'autre sens profond qu'une absurdité kafkaïenne pessimiste et prémonitoire.
Ce serait plus grave qu'il n'y paraît. Car s'il advient un jour que la réalité rejoint la fiction, il nous faudra ne pas nous laisser aveugler par des exercices de style.
Et prendre la mesure concrète de cette inspiration du poète René Char : « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil ».

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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bilodoh
06 février 2015
Une étonnante fiction politique du lauréat du Nobel de littérature 1998.

Il s'agit d'une capitale où les habitants ont décidé de voter « blanc », à plus de 80 %. Que va faire le gouvernement ? On cherche les coupables à l'aide d'espions et d'informateurs ? On tente une campagne de publicité ? Et si on envoyait l'armée ? Mais, voter selon son choix, n'est-ce pas un droit imprescriptible ?
C'est rempli d'humour et de caricatures de politiciens, c'est aussi plein de réflexions sur la démocratie, sur les droits et les devoirs de citoyen, et même sur le sens de la vie.
Le tout serait très agréable et accessible si ce n'était de l'écriture particulière. En effet, chez Saramago, on évite le blanc, on occupe tout l'espace avec caractères : il y a très peu de paragraphes. Même pour les nombreux dialogues, ils ne sont jamais accompagnés de tirets ou de guillemets, les paroles sont simplement séparées par des virgules. Cela donne au texte une impression d'opacité qui peut malheureusement rebuter le lecteur. Dommage !
Lorsque c'est à notre tour d'aller aux urnes, face aux magouilles et aux promesses électorales douteuses, on choisit souvent, avec lucidité, le candidat le moins mauvais. Cela vaut-il vraiment mieux que de voter « blanc » ?
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GabyH
27 juin 2014
La lucidité, ou une fable politico-philosophique des temps modernes.
Difficile de décrire ce texte : corrosif peut-être, subversif assurément, c'est en tous cas une réflexion très habile sur la crise de la représentation dans les démocraties occidentales.
Le récit commence de façon assez cocasse, presque humoristique : à l'issue d'une scrutin, les résultats donnent la majorité au vote blanc, à hauteur de 83% ! C'est la panique dans les plus hauts cercles de pouvoir. On crie au complot, on rappelle aux citoyens leurs devoirs, mais jamais, au grand jamais, on ne pose la question de la légitimité des représentants ni de leur possible démission. C'est le traditionnel « moi ou le chaos », le dernier ressort du pouvoir lorsqu'il a tout perdu.
La lecture de cet essai à haute teneur politique n'est pas facile au début, il faut s'habituer aux phrases longues et aux paragraphes denses, presque sans respiration, où le récit et les dialogues s'entremêlent. Mais on finit par se prendre au jeu, notamment dans la dernière partie du livre, construite comme un roman d'espionnage. C'est d'ailleurs, on s'en rend compte à la fin, un stratagème littéraire très puissant puisque tout est objectivé. le pays n'est jamais nommé, la capitale n'a pas de nom, pas plus que les partis ou responsables politiques, ni même les personnages centraux de l'intrigue policière.
Le roman est construit comme un entonnoir : le peuple qui a voté blanc est d'abord présenté comme une masse informe puis, à mesure que le récit avance, des individualités émergent, parfois malgré elles, dans la recherche d'un bouc émissaire. Pour autant, les personnages n'ont pas d'identité. Les responsables politiques ou administratifs sont présentés par leurs fonctions, les autres personnages par leurs professions ou un trait caractéristique de leur physique. La force de cet anonymat est incroyable car c'est elle qui donne sa dimension universelle au récit qui, d'une analyse sans concession de la crise de la représentation actuelle des démocraties occidentales, devient une critique intemporelle des mécanismes de perpétuation du pouvoir politique.
Grâce à des situations et réflexions absurdes, José Saramago ne fait pas l'apologie du vote blanc mais celle de l'auto-organisation des sociétés. Il moque le pouvoir politique dans les règles de l'art, en offre une critique acerbe et efficace. Mais son récit est finalement profondément pessimiste quant à la possibilité de sortir du système représentatif qui est le nôtre. En un sens, La lucidité est le récit de la mise en place d'un pouvoir autoritaire par les responsables politiques (tout changer pour que rien ne change, en somme) alors que le peuple appelle, sans concertation préalable, à un changement pacifique.
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Pirouette0001
25 février 2017
Ce livre nous conte une fable politique où l'on sent bien que la fiction pourrait malheureusement être réalité : imaginez qu'un jour de révolte, plus de 70% des électeurs de la capitale votent blanc. Que fait le gouvernement en place ? Dire que l'électeur s'est trompé, qu'il faut recommencer. Oui mais 83% des votes reviennent blanc à ce second tour. Alors c'est un complot, il faut trouver des coupables, fussent-ils innocents qu'importe, et on ne tient évidemment aucunement compte de ce scrutin. La capitale devient l'équivalente de Sodome ou de Gomorrhe dans le nouveau langage politique et le gouvernement installe la capitale ailleurs dans le pays.
Une histoire hautement dérangeante qui repose la question de savoir si nous sommes toujours bien en démocratie. Le tout servi par une superbe écriture, enfin pour ceux qui aiment, comme moi, un long phrasé, des mots qui s'enchaînent quasiment sans ponctuation comme un long halètement, et c'est vrai qu'on a du mal à reprendre son souffle après une telle lecture.
Un grand prix Nobel.
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FredMartineau
11 décembre 2016
La lucidité de José Saramago n'entrera pas dans la catégorie des livres qui comblent mes appétits de lecteur. J'ai été perturbé tout le long du roman par la ponctuation et ces phrases interminables à la Proust dont la répétition participa de mon manque d'enthousiasme pour cette oeuvre. Pourtant, l'auteur a été récompensé par un Nobel de littérature, mais son foisonnement rend peut-être mieux dans sa langue d'origine. Décidément, les traductions de son travail ne m'emballent guère. Cela avait bien commencé. L'idée de faire de ce vote blanc massif, le fil conducteur, me plaisait et provoqua d'abord une jubilation profonde, qui trouve sa source dans la crise politique que vivent presque toutes les démocraties occidentales. Mon cerveau construisit des ponts entre l'imaginaire et le réel, entre la parodie cynique et la situation française, entre le désir manifesté de rendre le vote obligatoire pour combattre l'abstention et le message assourdissant envoyé par près de la moitié de la population. Et comme dans le roman, des réactions aux antipodes du bon sens, de l'humilité et de la raison. Culpabiliser plutôt que de remettre en cause le système, forcer plutôt que d'analyser les ressorts d'un acte militant, dont les conséquences portent les extrêmes sur la crête d'une déferlante aux abord du pouvoir en ne représentant qu'un sixième de la société. Punir plutôt que de lutter contre la racine des maux...Malheureusement, bien vite, j'ai trouvé que le fil s'étirait en longueur, manquait de l'élasticité nécessaire pour emmener l'intrigue plus loin, ailleurs, vers des rebondissements qui auraient conservé la saveur liminaire du roman. Je suis resté sur ma faim et c'est au prochain sur la pile de l'assouvir maintenant...
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Citations & extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
HardivillerHardiviller05 juin 2016
Il y a toujours une intention politique dans mes romans , mais c'est vrai que celui-ci est le plus directement politique parce qu'il parle du vote blanc et , de ce point de vue , il est le plus subversif . Au Portugal , beaucoup d'articles ont été d'une grande violence , voire intolérants . On m'a accusé de vouloir détruire la démocratie . J'en ai déduit que le vote blanc faisait peur . Lors d'une présentation du livre L'ex-président , Mario Soares , s'est exclamé : " vous ne comprenez pas que 15% de votes blancs seraient déjà la débâcle de la démocratie " . La vraie débâcle serait 50% d'abstention , car , dans le vote blanc , il y a une démarche , un acte volontaire de l'électeur . Pour autant , je ne fais pas la propagande du vote blanc , simplement à travers les citoyens , je dis : "Ce que vous nous proposez n'est pas suffisant , il faut inventer autre chose . Et de grâce , sauvons la démocratie ! " . La cécité peut être guérie par une prise de conscience . Il faudrait donc s’arrêter un peu , s'asseoir , faire silence , réfléchir , et pas seulement sur les conséquences de l'aveuglement qui a cours aujourd'hui , mais sur ses causes .
Propos recueillis dans Le Monde en juin 2010 .
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HardivillerHardiviller04 janvier 2016
-Vous vous êtes attiré une foule de critiques virulentes dès la sortie de ce livre .
- Nous vivons à une époque où l'on peut tout discuter mais ,étrangement , il y a un sujet qui ne se discute pas , c'est la démocratie . C'est quand même extraordinaire que l'on ne s'arrête pas pour s'interroger sur ce qu'est la démocratie ,à quoi elle sert et qui elle sert ?
or il faudrait organiser un débat à l'échelle internationale sur ce sujet et là , certainement ,nous en arriverions à la conclusion que nous ne vivons pas dans une démocratie , qu'elle n'est qu'une façade .
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bilodohbilodoh04 février 2015
Il faut quand même persister, L’espoir est comme le sel, il ne nourrit pas, mais il donne de la saveur au pain.
(Points, p. 53)
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FredMartineauFredMartineau11 décembre 2016
Au moment même où le premier ministre apparaissait à la télévision pour annoncer l'instauration de l'état de siège en invoquant des raisons de sécurité nationale découlant de l'instabilité politique et sociale actuelle, conséquence à son tour de l'action de groupes subversifs qui avaient fait obstacle à plusieurs reprises à l'expression électorale populaire, des unités de l'infanterie et de la police militaire, appuyées par des tanks et des chars d'assaut, prenaient place à toutes les sorties de la ville et occupaient les gares de chemin de fer.
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bilodohbilodoh06 février 2015
Nous passons tous les jours de notre vie à prendre congé, à dire et à entendre à demain, et fatalement, un jour ou l’autre sera le dernier pour quelqu’un, soit celui à qui nous avons dit à demain ne sera plus là, soit nous qui avons dit à demain ne serons plus là.
(Points, p. 131)
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