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> Geneviève Leibrich (Traducteur)

ISBN : 2757806254
Éditeur : Points (2007)


Note moyenne : 4.03/5 (sur 79 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Au lendemain des élections municipales organisées dans la capitale sans nom d'un pays sans nom, la stupeur s'empare du gouvernement: 83 % des électeurs ont voté blanc. Incapables de penser qu'il puisse s'agir d'un rejet démocratique et citoyen de leur politique, les dir... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par bilodoh, le 06 février 2015

    bilodoh
    Une étonnante fiction politique du lauréat du Nobel de littérature 1998.

    Il s'agit d'une capitale où les habitants ont décidé de voter « blanc », à plus de 80 %. Que va faire le gouvernement ? On cherche les coupables à l'aide d'espions et d'informateurs ? On tente une campagne de publicité ? Et si on envoyait l'armée ? Mais, voter selon son choix, n'est-ce pas un droit imprescriptible ?
    C'est rempli d'humour et de caricatures de politiciens, c'est aussi plein de réflexions sur la démocratie, sur les droits et les devoirs de citoyen, et même sur le sens de la vie.
    Le tout serait très agréable et accessible si ce n'était de l'écriture particulière. En effet, chez Saramago, on évite le blanc, on occupe tout l'espace avec caractères : il y a très peu de paragraphes. Même pour les nombreux dialogues, ils ne sont jamais accompagnés de tirets ou de guillemets, les paroles sont simplement séparées par des virgules. Cela donne au texte une impression d'opacité qui peut malheureusement rebuter le lecteur. Dommage !
    Lorsque c'est à notre tour d'aller aux urnes, face aux magouilles et aux promesses électorales douteuses, on choisit souvent, avec lucidité, le candidat le moins mauvais. Cela vaut-il vraiment mieux que de voter « blanc » ?
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    • Livres 5.00/5
    Par GabyH, le 27 juin 2014

    GabyH
    La lucidité, ou une fable politico-philosophique des temps modernes.
    Difficile de décrire ce texte : corrosif peut-être, subversif assurément, c’est en tous cas une réflexion très habile sur la crise de la représentation dans les démocraties occidentales.
    Le récit commence de façon assez cocasse, presque humoristique : à l’issue d’une scrutin, les résultats donnent la majorité au vote blanc, à hauteur de 83% ! C’est la panique dans les plus hauts cercles de pouvoir. On crie au complot, on rappelle aux citoyens leurs devoirs, mais jamais, au grand jamais, on ne pose la question de la légitimité des représentants ni de leur possible démission. C’est le traditionnel « moi ou le chaos », le dernier ressort du pouvoir lorsqu’il a tout perdu.
    La lecture de cet essai à haute teneur politique n’est pas facile au début, il faut s’habituer aux phrases longues et aux paragraphes denses, presque sans respiration, où le récit et les dialogues s’entremêlent. Mais on finit par se prendre au jeu, notamment dans la dernière partie du livre, construite comme un roman d’espionnage. C’est d’ailleurs, on s’en rend compte à la fin, un stratagème littéraire très puissant puisque tout est objectivé. Le pays n’est jamais nommé, la capitale n’a pas de nom, pas plus que les partis ou responsables politiques, ni même les personnages centraux de l’intrigue policière.
    Le roman est construit comme un entonnoir : le peuple qui a voté blanc est d’abord présenté comme une masse informe puis, à mesure que le récit avance, des individualités émergent, parfois malgré elles, dans la recherche d’un bouc émissaire. Pour autant, les personnages n’ont pas d’identité. Les responsables politiques ou administratifs sont présentés par leurs fonctions, les autres personnages par leurs professions ou un trait caractéristique de leur physique. La force de cet anonymat est incroyable car c’est elle qui donne sa dimension universelle au récit qui, d’une analyse sans concession de la crise de la représentation actuelle des démocraties occidentales, devient une critique intemporelle des mécanismes de perpétuation du pouvoir politique.
    Grâce à des situations et réflexions absurdes, José Saramago ne fait pas l’apologie du vote blanc mais celle de l’auto-organisation des sociétés. Il moque le pouvoir politique dans les règles de l’art, en offre une critique acerbe et efficace. Mais son récit est finalement profondément pessimiste quant à la possibilité de sortir du système représentatif qui est le nôtre. En un sens, La lucidité est le récit de la mise en place d’un pouvoir autoritaire par les responsables politiques (tout changer pour que rien ne change, en somme) alors que le peuple appelle, sans concertation préalable, à un changement pacifique.
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    • Livres 4.00/5
    Par folivier, le 05 avril 2012

    folivier
    Le roman à lire absolument en cette période électorale. le pays entier vote. Or surprise après le dépouillement, les résultats montrent que la capitale à voter blanc à une très forte majorité. le gouvernement, les partis politique et toute la classe politique dans son ensemble pensent qu'il y a eu une erreur et demande que le vote soit refait. le résultat qui s'ensuit confirme la très forte majorité de bulletins blancs décomptés dans les urnes en amplifiant le résultat du vote précédant. C'est la panique au niveau de l'état, l'incompréhension. Comment une population de plusieurs milliers de personnes peut voter blanc. Il y a forcément un complot, une cinquième colonne qui cherche à saborder les bases démocratiques de l'état. le gouvernement cherche alors par tout les moyens à comprendre, débusquer les meneurs, isoler les traitres sans beaucoup de succès. C'est alors le déclenchement d'une spirale infernale entraînant le blocus de la capitale par l'armée et la police, la tentative d'exfiltrer les "bons" citoyens, les dispositions pour infiltrer des espions... au nom de la démocratie soit disant bafouée s'instaure petit à petit un régime totalitaire. Les responsables craignent que ce qu'ils considèrent comme une rébellion ait un lien avec les évènements inexpliqués qui ont eu lieu quatre ans auparavant lorsque toute la population est devenue aveugle... Ici José Saramago fait une relation géniale avec son roman précédent "Laveuglement", la population de la capitale après avoir été aveuglée est maintenant frappée de "lucidité". En miroir inverse du roman "L'aveuglement" ce sont les valeurs de la solidarité, de l'entraide et du courage qui sont mises en avant.
    Saramago comme à son habitude nous livre sous la forme d'un conte moral et philosophique une réflexion politique très fine sur nos démocraties occidentales. Avec beaucoup d'humour, il nous décrit comment les réactions des politiques, dans une organisation kafkaïenne, déclenchent des situations absurdes et ubuesques. Dans la ligné d'un roman comme "1984" de Georges Orwell, Saramago nous donne une vision très pessimiste mais de son point de vue "lucide" de nos sociétés et de leur avenir.
    "Que le diable ne vous entende pas, monsieur le ministre, le diable à l'ouïe si fine qu'il n'a pas besoin qu'on lui dise les choses à haute voix, Alors que dieu nous vienne en aide, Inutile, lui est sourd de naissance" (pg 124 Ed Point Seuil)
    "Soyez tranquille, dormez en paix, Comme ce serait mieux de ne pas avoir besoin du sommeil pour être en paix..." (pg 130 Ed Point Seuil)
    "Nous naissons et à cet instant c'est comme si nous avions signé un pacte pour toute la vie, mais un jour peut arriver où nous nous demandons Qui a signé cela pour moi" (pg 326 Ed Point Seuil)
    José Saramago fait vraiment parti des très très grands écrivains et ce roman en est encore une nouvelle démonstration.
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    • Livres 5.00/5
    Par Herve-Lionel, le 03 mars 2014

    Herve-Lionel
    N°479– Décembre 2010.
    LA LUCIDITÉ – José Saramago *– le Seuil
    « La lucidité est la blessure la plus proche du soleil » disait René Char. Je ne gloserai pas sur cet aphorisme, d'autres le feront sans doute mieux que moi mais selon de dictionnaire, La lucidité évoque la raison saine et claire, la conscience, la clairvoyance...
    Selon son habitude, Saramago met en scène une capitale sans nom dans un pays également anonyme et concocte une fable apparemment surréaliste : lors d'une élection municipale, 83% des électeurs ont voté blanc. Il n'y a pas eu d'abstention, c'est à dire que ces mêmes citoyens ont fait leur devoir électoral, mais ce qu'ils ont signifié au pouvoir sort des réponses traditionnelles que les sondages sont censés prévoir. D'ordinaire l'électorat porte la droite au pouvoir face à une gauche inexistante, mais là, la réaction populaire est sans précédent. Il n'est pas imaginable que cela exprime un rejet de la politique en général, qu'elle soit proposée par le parti au pouvoir ou par l'opposition. C'est une forme d'expression qui n'est, de ce fait, pas admissible en démocratie.
    Les hommes politiques n'estiment jamais tant le peuple dont ils tiennent leur mandat qu'au moment des campagnes électorales. Elles révèlent leur imagination et excitent leurs facultés de surenchère, mais surtout, ils ne peuvent pas s'imaginer que leur fonction est menacée. La paranoïa ordinaire refait surface et avec elle la théorie bien connue du complot qui prend ici la forme d'une improbable conspiration subversive d'un petit groupe d'anarchistes contre la pensée unique. le pouvoir politique, loin de s'interroger sur les raisons profondes de cette attitude, ne songe qu'à culpabiliser les électeurs, estimant que ces bulletins n'auraient pour but que d'attenter à la stabilité du régime. le vote blanc rend le système ingérable, même s'il y a une tentative d'auto-gestion par le peuple. Tout cela aurait contaminé tout le pays et il est urgent d'y mettre un terme.
    Les « blanchards » assument pourtant leur option politique avec calme, le peuple s'organise au quotidien mais, à cause de leur posture jugée illégitime par les hommes politiques, ils sont des adversaires tout trouvés contre lesquels la violence va se déchaîner. Cela va donner une intrigue policière où il va falloir trouver des coupables... ou en inventer ! Dans les situations de crise, davantage peut-être que dans le quotidien ordinaire, la faculté humaine de délation trouve son terrain de prédilection. Ici, le sycophante ne peut pas ne pas se manifester et grâce à lui, le pouvoir trouve aisément le responsable de ce vote blanc. Il s'agit d'une femme qui aurait échappé quatre ans plus tôt à une épidémie temporaire de cécité et qui aurait commis un meurtre. Ce fait est regardé comme hautement suspect par les autorités même s'il n'y a évidemment aucun lieu entre les deux événements. Une enquête est quand même diligentée qui doit être menée à son terme. Elle mettra en évidence, non la vérité mais la nécessaire et judéo-chrétienne culpabilisation de l'individu et une conclusion déjà concoctée par les autorités . Dans une ville en état de siège un commissaire de police diligente cependant des investigations réglementaires où Courteline donne la main à Kafka, sans pour autant se faire beaucoup d'illusions sur le sens de sa mission. L'épilogue sera celui d'un véritable roman policier.
    Je n'oublie pas non plus que Saramago a été membre du parti communiste portugais, a milité dans les rangs des altermondialistes et n'a pas caché sa sympathie pour les Palestiniens contre Israël. Il a même été tenté par une carrière politique en se présentant aux élections européennes en 2009. Faut-il voir dans ce roman le prolongement de ses réflexions personnelles ou une critique ironique des démocraties occidentales. C'est un roman subversif comme les aime Saramago. L'auteur, sous couvert d'une fiction un peu surréaliste met en évidence les travers de l'espèce humaine qui est bien moins humaniste qu'on veut bien le dire. Il lui permet de pointer du doigt la fragilité de la démocratie qui est toujours mise en avant et regardée comme une avancée face aux dictatures. Selon Churchill, elle est « la pire forme de gouvernement , sauf tous les autres qui ont été essayées ». Il est donc parfaitement possible de l'instrumentaliser. Est-ce la reconnaissance implicite d'un rejet populaire des partis politiques traditionnels ou la mise en évidence de l'absurde d'une situation, le peu de cas qui est fait du citoyen face à la raison d'état ?
    Saramago quitte ici son rôle purement littéraire pour revêtir l'habit du militant, pour donner aux citoyens du monde l'occasion d'inviter le pouvoir à redessiner autrement le paysage politique, de prendre en compte ce qui et un véritable « suffrage exprimé », loin des partis politiques traditionnels, même s'il ne correspond pas à ce qu'on s'attend à voir sortir des urnes. Conclut-il à un échec programmé de toutes les subversions, même les plus constructives ? Pense-t-il que l'appareil politique reste le plus fort face à l'individu ou que le « pré carré » des politiques doit resté ce qu'il est ?
    Je continue d'être enthousiasmé, malgré des pratiques rédactionnelles originales et des digressions parfois un peu longues et difficiles à suivre, par l'œuvre de Saramago dont cette revue s'est largement fait l'écho (La Feuille Volante n° 475 – 476 - 478)
    *José Saramago (1922-2010] – Prix Nobel de littérature 1998.

    Lien : http://hervegautier.e-monsite.com
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  • Par MIOP, le 09 février 2012

    MIOP
    Le livre est une critique drôle et violente de nos démocraties ; auteur engagé, Saramago s'insurge contre les démocraties occidentales qui dit-il « ... ne sont que des façades politiques du pouvoir économique... ». Dans La lucidité, José Saramago pose la question de la légitimité du système électoral.
    C'est une satire politique construite autour d'une énigme et que l'on lit comme un thriller.
    L'auteur dissèque la machine gouvernementale, les échanges entre les membres du gouvernement sont fameux : perversion, ambition, rivalité, rien n'est laissé dans l'ombre.
    L'écriture de Saramago, de style baroque, procède souvent par phrases amples, ourlées, comprenant de nombreuses digressions, intégrant les dialogues dans le texte sans les signaler ; le récit, cependant, reste fluide. Cette écriture particulière demande parfois un effort, mais elle se savoure.
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Citations et extraits

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  • Par bilodoh, le 04 février 2015

    Il faut quand même persister, L’espoir est comme le sel, il ne nourrit pas, mais il donne de la saveur au pain.
    (Points, p. 53)

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  • Par bilodoh, le 06 février 2015

    Nous passons tous les jours de notre vie à prendre congé, à dire et à entendre à demain, et fatalement, un jour ou l’autre sera le dernier pour quelqu’un, soit celui à qui nous avons dit à demain ne sera plus là, soit nous qui avons dit à demain ne serons plus là.
    (Points, p. 131)

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  • Par valeriepascual, le 15 avril 2011

    Or, voici une ville qui a voté blanc contre son seigneur et pas une fois la foudre ne s'est abattue sur elle pour la réduire en cendres comme c'était arrivé à sodome et gomorrhe à causes de vices bien moins exemplaires, et aussi à adnia et seboyim, incendiées jusque dans leurs fondations encore qu'on ne parle pas autant de ces villes que des deux premières dont les noms, peut-être en raison de leur irrésistible musicalité, sont restées à tout jamais dans l'oreille des gens.
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  • Par bilodoh, le 09 février 2015

    il ne faut pas parler d’ex-femme ici, Pourquoi, Parce qu’employer le mot ex-femme signifierait que la femme n’en est plus une
    (Points, p. 305)

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  • Par issablaga, le 14 mars 2015

    Gare aux exagérations et aux extrapolations faciles, intervint le ministre de la justice, il me semble risqué pour ne pas dire abusif, d'assimiler à du terrorisme, qui plus est en le qualifiant de pur et dur, l'apparition de quelques bulletins blancs dans les urnes...

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