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Régis Boyer (Traducteur)
ISBN : 2213614962
Éditeur : Fayard (2004)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 8 notes)
Résumé :

Dans le nord de l'Islande du début du XXe siècle, Bjartur est un petit paysan qui s'efforce de préserver son indépendance, d'autant plus précieuse qu'il l'a acquise au prix de longues années de labeur et de sacrifices. S'affranchir de toute tutelle, tel est l'objectif de cet éleveur de moutons, héritier d'une tradition paysanne séculaire et imprégné de poésie épique médiévale trans... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (2) Ajouter une critique
Marple
26 octobre 2013
  • 4/ 5
Que je me sens démunie devant cette critique à rédiger ! J'ai beaucoup aimé Gens indépendants, ça c'est sûr, mais ce que j'ai aimé, et pourquoi, ça l'est beaucoup moins...
Le livre retrace la vie de Bjartur de Sumarhus, un petit paysan farouchement indépendant dans l'Islande du tout début du XXe siècle : ses moutons, sa famille (qui passe bien après ses moutons), ses idées politiques ou philosophiques (sur les marchands, les mérites comparés d'une épouse et d'une gouvernante ou la vanité des grands idéaux), son goût pour la poésie islandaise des rimur, les difficultés de son quotidien dans la ferme de Sumarhus, encore les moutons...
C'est très âpre, il ne se passe pas grand chose, et quasiment rien de positif, pourtant le livre possède un vrai souffle épique, à la 'Cent ans de solitude' ou 'Kristin Lavransdatter'. Surtout, il s'en dégage un optimisme profond, qui résiste à tous les malheurs et toutes les douleurs. Pas beaucoup de sentiments en revanche, le soin des moutons et la fierté d'être indépendant(s) prennent toute la place. En apparence, du moins...
Sauf si ces gens indépendants, Bjartur, Sola, Gvendur, la vieille, Nonni, le Roi de la montagne, sont plus complexes, plus riches et plus humains qu'ils n'en ont l'air au départ... et justifient à eux seuls le Prix Nobel obtenu par Halldor Laxness. Je crois que c'est le cas !
Lu dans le cadre du Challenge Nobel
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dourvach
21 septembre 2014
  • 5/ 5
Qui se souvient de Halldor LAXNESS ? (et plutôt pas de David F., le chouchou de ces dames...). Quasi-personne ou, du moins, plus grand monde, en Babelio ou ailleurs... Oui, ici en France - se rêvant toujours Nombril du Monde "littéraire"... [Ach, gross Riggolaâddd !!!]
Beauté de la langue de Halldor LAXNESS. Humour et poésie. Art du conteur tragique et amusé. Attention perpétuelle au réel. Amour de ses personnages. Animisme en chaque coin de chaumière, chaque nuage de brume passant sur un marécage...
Né en 1902 près Rejkjavik (Islande, bien sûr...) ; premier roman publié à 17 ans (et je vous assure qu'il n'avait pas besoin de faire son malin en l'intitulant "Le potentiel érotique de ma femme" pour espérer attirer l'attention des blaireaux-des-glaces peuplant son île-aux-Sagas !!!) ; écrivain modeste et épique, tout de même... un petit Homère de l'île aux volcans et aux geysers, si l'on veut... Il a reçu le Prix Nobel de littérature en 1955. Son oeuvre la plus célèbre est le roman (en trois parties) "La Cloche d'Islande".
Il est mort en 1998, ignoré et si loin des "masses" françaises, solidement angoto-nothombo-houellebecquisées.
"Gens indépendants", donc. 1934-1935.
Poésie de la pluie.
Poésie de ces vies des gens frustres, éleveurs livrés à la solitude... solidaires, tout de même... Pauvres et solitaires à crever.
Poésie de ces brebis qu'on entend bêler dans les prairies marécageuses. Poésie des sorcières enterrées sous les pierres, sous les mamelons oubliés... Poésie des femmes qui entendent mugir le vent quand la nuit tombe sur les couvertures de chaumes.
C'est magnifique. C'est "long" mais jamais lassant...
Jamais un cliché, jamais une de ces expressions toutes faites peuplant aujourd'hui tant de bouquins si mal écrits, toujours "sous la pression amicale " de l'éditeur... peuplés de clichetons par pure feignasserie...
C'est que ce type-là était d'une exigence qu'on n'imagine plus... (Oui, je sais, c'est ma vieille rengaine : "C'était mieux avant"... J'assume !)
La langue s' y invente, s'y déploie - et touche juste - à chaque phrase...
"Savoir" psychologique intuitif sur l'humain et empathie naturelle, comme venue "des profondeurs" (On pense d'ailleurs à ce qu'en ont dit Sigmund Freud puis Gustav Jung : les "motivations secrètes" des personnages se révèlent, s'épanouissent au fil du récit telles des algues dans l'océan... ).
Quatre parties : "Colonisateur de l'Islande"/ "Libre de dettes" / Temps difficiles" / "Années de prospérité".
Proche de l'art romanesque (sobrement lyrique et enchanteur) de Knut HAMSUN, le Norvégien...
Comme "Palais de glace" de Tarjei VESAAS, "Gens indépendants" d'Halldor LAXNESS est magnifiquement traduit par Régis Boyer... On ne remerciera jamais cet homme-là, universitaire enseignant les langues nordiques, au goût toujours si sûr, ce passeur entre nos mondes repus et "ces mondes-là" enfouis... si heureusement "inactuels"... donc tellement loin de l'insignifiance du "NON-littéraire le plus agressif", phénomène devenu curieusement hégémonique durant ces deux-trois dernières décennies en notre ch'tiot pays hexagonal !!! [Tristesse et nostalgies vives...]
Lien : http://www.regardsfeeriques...
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Citations & extraits (3) Ajouter une citation
dourvachdourvach21 septembre 2014
Peu après, il se mit à pleuvoir, d'abord très innocemment, mais le ciel était chargé de nuages et peu à peu les gouttes se firent plus lourdes, jusqu'à ce que la pluie d'automne emplisse le ciel de son pesant murmure, qui dans sa tristesse évoque une cascade sans fin au-delà du monde. Elle couvre de sa grisaille le ciel tout entier, s'étend comme une maladie sur toute la région avec sa cruauté glacée, indifférente, immuable et monotone, égale. Elle tombe uniformément sur tout le district, sur l'herbe couchée des marécages, sur le lac piqueté de gouttes, sur les étendues de gravier d'un gris de fer, sur la montagne d'un noir de poix au-dessus de la ferme, obstruant toute perspective. Et ce lourd murmure désespéré se coule dans chaque recoin de la maison, se pose comme du coton dans les oreilles, encercle le proche et le lointain comme une saga sans romantisme tirée de la vie même, sans rythme, sans crescendo, irrésistible dans son ampleur et son étendue, accablante. Et voilà cette petite maison qui végète, avec cette femme malade des nerfs, au fond de l'océan de pluie bruissante.

[Halldor LAXNESS, "Gens indépendants" ("Sjalfstaett folk"), 1934-1935, traduit par Régis Boyer pour la Librairie Arthème Fayard, 497 pages, 2004 -- Première partie, "Colonisateur de l'Islande", chapitre XI : "NUIT DE SEPTEMBRE", pages 76]
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MarpleMarple26 octobre 2013
Mon avis a toujours été, dit-il, qu'on ne doit jamais abandonner tant qu'on est en vie, même si on vous a tout pris. On possède quand même toujours le souffle que l'on respire, ou du moins que l'on vous prête.
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dourvachdourvach12 juillet 2015
Le lendemain matin, les pleurs d'un enfant le réveillèrent.
Quand il fut arrivé en haut, la gouvernante était assise sur le lit conjugal, un petit ballot blanc dans les bras, et davantage encore, elle s'était découvert la poitrine pour communiquer à l'enfant un peu de sa chaleur, tandis que la femme de Bjartur, la mère de l'enfant, gisait sans vie sur le lit d'en face.

[Halldor LAXNESS, "Gens indépendants" ("Sjalfstaett folk"), 1934-1935, traduit par Régis Boyer pour la Librairie Arthème Fayard, 497 pages, 2004 -- Première partie, "Colonisateur de l'Islande", chapitre XIX : "LA VIE", pages 120-121]
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