On a pu dire qu'en demandant à un homme - ou à une femme - s'il préfère Tolstoï ou Dostoïevski, on peut " connaître le secret de son cur ". Avec son érudition et sa verve coutumière, George Steiner explore ic... > voir plus
George Steiner est un grand érudit Il a été critique littéraire et professeur de littérature à Genève; Il se définit comme "un maître à lire". Dans cet ouvrage il explore les univers de Tolstoï et de Dostoïevski, deux univers radicalement contrastés, deux interprétations du destin de l'homme, à tel point qu'on a pu dire qu'en demandant à un homme ou à une femme s'il préfère Tolstoï ou Dostoïevski, on peut connaître le secret de son coeur...
Peu après avoir appris la nouvelle de la mort de Dostoïevski, Tolstoï écrit à Strakhov:
"Je ne l'ai jamais vu, je n'ai jamais eu aucune sorte de rapport direct avec lui; mais quand il est mort, je me suis soudain rendu compte qu'il avait été pour moi le plus précieux, le plus cher et le plus nécessaire des êtres. Il ne m'est jamais même entré dans la tête de me comparer à lui. Tout ce qu'il écrivit était tel que plus il écrivait ainsi et plus je me réjouissais. La réussite artistique, l'intellect peuvent éveiller mon envie, mais une oeuvre venue du coeur, seulement de la joie. Je l'ai toujours considéré comme mon ami et je comptais très fort le voir quelque jour. Et brusquement j'apprends qu'il est mort. D'abord j'ai été complètement bouleversé et quand plus tard j'ai compris quelle valeur il avait eue à mes yeux, je me suis mis à pleurer."
Si nous faisons exception pour les Ames mortes de Gogol (1842) Oblomov de Gontcharov (1859) et la Veille de Tourgueniev (1859), la grande époque du roman russe s'étend de l'émancipation des serfs, en 1861 à la révolution de 1905. Pour la puissance de création et la persistance du génie, ces quarante-quatre années peuvent légitimement se comparer aux âges d'or de l'Athènes de Périclès et de l'Angleterre d'Elisabeth et de Jacques 1er.