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3.72/5 (sur 149 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Paris , 1957
Biographie :

Gilles Barraqué zigzague dans la vie avec bonheur. Diplômé des Arts décoratifs section cinéma-animation, il devient, à la sortie de l’école, musicien de jazz professionnel. Il se pose ensuite dans une ferme, y travaille six mois par an comme salarié agricole et consacre les six autres mois de l’année à l’écriture. Quinze ans plus tard, il choisit de se consacrer entièrement à la littérature et publie plusieurs romans chez Gallimard Jeunesse. Sa production est aussi diversifiée que son parcours personnel.

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Gilles Barraqué à propos de son roman Fantoccio



Votre roman Fantoccio reprend le célèbre conte Pinocchio. Qu`est-ce qui vous intéressait dans ce conte de Carlo Collodi ?

Pour moi, au-delà des aventures picaresques, le Pinocchio de Collodi offre une métaphore du passage de l`adolescence à l`âge adulte – thème d`un roman « jeunesse » s`il en est ! le personnage de Pinocchio est emblématique de l`adolescent qui, entre l`enfant et l`adulte, peut se percevoir comme un être hybride, presque comme un « monstre ». J`ai donc voulu transposer cette métaphore, ses images, thématiques et personnages, dans une version un peu lyrique et poétique, en tentant de respecter l`esprit de l`oeuvre de référence. J`ai aussi joué avec les connotations souterraines des « Aventures de Pinocchio », texte étrange et subversif, traversé par des images sexuelles (le nez qui s`allonge, l`âne, la relation trouble entre Pinocchio et la fée), et des images de mort (comme Pinocchio pendu à un arbre)


Pourquoi avoir choisi de raconter cette histoire à travers la voix et les yeux de la marionnette ? le choix du récit à la première personne s`est-il imposé d`emblée ? Comment se met-on dans la peau d`un être - certes doué de raison, mais qui doit tout apprendre ?

Oui, le choix de restituer la focale du pantin au « je » et au temps présent du récit s`est imposé d`emblée ; il est comme inhérent au parti. Ce pour être au plus près du ressenti du personnage (agent d`identification du lecteur), et relever le défi du « mentir-vrai » du texte, dans cette version dramatique (note : le défi est aussi technique, car l`association « je » + temps présent peut lanciner à la lecture). Comment se met-on dans la peau d`un être qui doit tout apprendre ? Disons que 1), investir les personnages, c`est le boulot de l`écrivain, 2), ayant été enfant puis adolescent (si, si !), on se souvient des questionnements et des élans d`alors !


La découverte du monde et de la vie passe, pour Fantoccio, par de douloureuses étapes, plus ou moins subies. C`est ainsi dans les bas-fonds de la ville, en compagnie de deux voleurs, qu`il découvre véritablement la liberté et la vie. Devenir un homme est-il synonyme d`affranchissement des limites ? Comment Fantoccio crée-t-il sa propre morale ?

Ces petites crapules sont des transpositions du chat et du renard de Pinocchio (« micio » = « minet » en italien, et le Roux…). Comme dans le Collodi, ils tentent de dévoyer Fantoccio et d`en tirer profit. Mais pour Fantoccio, leur fréquentation lui permet de découvrir les dessous de la ville, et plus largement de la vie, dans la relation à l`autre, au monde dans sa complexité. Et oui, une transgression des tabous, règles, limites (ou au moins une confrontation à ceux-ci) entre dans la construction de soi, dans l`initiation, l`émancipation. Fantoccio se crée sa propre morale, ou son libre-arbitre, comme nous tous : avec les valeurs qui lui ont été transmises, et celles acquises dans l`expérience personnelle, le rapport à l`autre, le vécu…


Le théâtre et la lecture de pièces a une grande importance dans le roman. La lecture est-elle essentielle aux adolescents pour qu`ils puissent comprendre le monde ?

Qu`est-ce qui nous construit, et notamment à l`âge charnière de l`adolescence ? La transmission des valeurs parentales ou du milieu d`origine, l`instruction, l`éducation, la transgression ou la confrontation relativement aux règles et à l`autorité… et l`art, dans son usage et sa pratique. Il offre une vision singulière du monde et enrichit comme par procuration. Dans ce sens, la lecture est éminemment profitable aux adolescents, personnalités en construction. Quant au théâtre : c`est l`art qui s`approche le plus du vivant (opinion personnelle), et Fantoccio traite avant tout du rapport à la vie. le roman propose aussi là une métaphore parallèle : dans cette période précise en Italie, grâce à Goldoni, le théâtre évolue de la commedia dell`arte, ses schémas et figures archétypiques, à un abord de thèmes sociétaux et relationnels en prise avec l`époque. « La belle aubergiste » est une pièce marquant cette évolution (la première jouée sans masques ?), avec une incidence féministe novatrice.


Pourquoi avoir décidé de transposer l`histoire dans la Toscane du XVIIIe siècle ? Est-ce une période particulière à vos yeux ?

Réponse en plusieurs temps. 1), c`est le choix de l`Italie, en hommage à Collodi et à cette oeuvre phare de la littérature. 2), Collodi était toscan (de Florence), donc Pinocchio aussi ! 3), l`implantation à Sienne obéit à ces premières contingences, et aussi à la typicité de la ville : c`est un lieu clos (par des murailles) où s`inscrit une riche scénographie de traditions et de quartiers ; l`endroit idoine pour l`angle du théâtre – autre typicité : les bottini, circuit d`alimentation d`eau souterrain, et image de la vie profonde qui émerge. Quant au choix de la période : à la lecture de Pinocchio, il est impossible de fixer une temporalité précise, entre le Moyen-Âge et le XIXe siècle ; j`ai donc choisi le XVIIIe, plus précisément l`année de la création de « La belle aubergiste » (1753), pour l`articulation des métaphores. J`aime aussi la dualité historique et politique de cette Toscane alors assujettie aux Habsbourg ; dualité de cultures qui fait écho (un peu lointainement) à la dualité de nature du pantin, mi-chose, mi-garçon.


Fantoccio est également une histoire d`amour entre la marionnette et Livia, la jeune femme passionnée de théâtre. C`est pour elle qu`il va apprendre une pièce par coeur.  Est-ce le besoin de reconnaissance, le besoin d`amour qui pousse Fantoccio à devenir un homme ?

Fantoccio répond là à une double pulsion : celle de sa soif d`apprendre, de découvrir le monde, de s`y inscrire par le truchement du théâtre, et celle de l`attirance amoureuse et sexuelle pour Livia. Livia est la transposition de la fée de Pinocchio. À vrai dire, j`ai scindé la figure de la fée en deux personnages : la sorcière Strega qui donne la vie « organique », Livia qui révèle à Fantoccio sa masculinité, qui fait de lui un homme au sens du genre – elle « l`élève » également, en égérie, par sa propre passion pour le théâtre, l`initiation à cet art, et par son autodétermination : elle pèse sur sa vie, s`accomplit par ses choix.


Gilles Barraqué et ses lectures


Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?

Pas un précisément. C`est plutôt un état béat (et béant) de lecteur depuis l`enfance, une soif d`histoires insatiable et pourtant assouvie – allez comprendre… Au final, ça donne envie de s`y mettre.


Quel est l`auteur qui vous a donné envie d`arrêter d`écrire (par ses qualités exceptionnelles) ?

Aucun. Il ne faut pas lire dans cette réponse de la prétention, mais au contraire de l`humilité. Chacun des grands auteurs et grands textes m`ont nourri, stimulé, et j`en éprouve plutôt de la gratitude. Après, dans l`exercice de l`écriture, on fait avec les moyens qu`on a… J`assume le fait d`écrire et de ne pas être Victor Hugo.


Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Bien difficile à spécifier, dans le nombre (quel plat vous a ouvert à la gastronomie ?). Assurément, dans les premières passions de lecteur, il y a le club des cinq et Tintin.


Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Le bonheur fou, ou Un roi sans divertissement, de Jean Giono.


Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

e ne sais pas si le terme de « honte » convient en la circonstance. La lecture doit rester un plaisir premier ; où serait alors la culpabilité de ne pas aimer ? Disons que le fait d`avoir abandonné la lecture de la Recherche de Proust m`interpelle. J`ai pourtant essayé trois, quatre fois. Mais j`essaierai encore !


Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Garantie méconnue (pardon aux initiés) : Ruses et aventures d`Alfanhui, de Rafael Sanchez Ferlosio (Verdier, 1988, pour l`édition française). Un roman peut-être « jeunesse », mais on se fout de la classification, tant c`est étrange et beau.


Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Sans aucune hésitation : le petit Prince d`Antoine de Saint-Exupéry.


Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Non.


Et en ce moment que lisez-vous ?

Au gré de l`humeur du soir : Victoire, de Joseph Conrad, Poèmes à Lou, d`Apollinaire, des romans «jeunesse » d`aujourd`hui, parmi la pile sur ma table de nuit.



Découvrez Fantoccio de Gilles Barraqué aux éditions L`Ecole des loisirs :


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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
A la sauce aux gâteaux - Recette Gourmande

Le métier de maman,
c'est Diplomate,
et donc elle est toujours partie Cake part.

Ce soir, à peine descendue du Paris-Brest,
tout en enfilant ses Chaussons,
elle m'a raconté une histoire très croustillante :
passant par les allées Sablées d'un square,
elle voit un chat qui semble avoir la Pâte Brisée.
Mais c'est du Flan :
le chat joue une Pièce Montée par lui ;
il veut en fait rouler dans la Farine
un de ces Petits Choux de moineaux
qui volettent partout en Mendiant
des bouts de Biscuits (dont ils sont très friands).

Et voilà le chat fondant sur un Petit Chou ;
il croit sans doute l'avoir, mais en un Éclair,
l'oiseau s'envole et va se Fourrer
dans les Mille-feuilles d'un arbre.
Pour le chat, c'est la Tuile :
derrière, il y a un bassin rempli aux Quatre-quarts,
où il s'étale dans un grand Clafoutis !

D'abord il en reste Baba, puis il pleurniche
comme une Madeleine, en poussant de pauvres
"miaous" qui signifient "au secours !"
en Langue-de-chat.
Moi et ma sœur Charlotte,
on a ri comme des Petits Fours.
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Maman m'a dit en rentrant du bureau
Ecoute un peu cette histoire
Sur l'esplanade du Trocadéro
j'avise un horrible chat noir...

( Eh, mettez vous donc à la place du chat: un oiseau gratuit!)

...
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Entends, Fanchon, la fâcheuse aventure qui advint ce jour à compère Grippeminaud, le vil chat du meunier.
... Pour sûr, il était en quête de quelque maraudage, à la façon de ces fripons.
(extrait de "à la sauce merveilleuse")
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Autre moralité : La mère conta l'histoire au père de retour des champs. Ils se marrèrent et firent beaucoup d'enfants.
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Je rentre du boulot au galop, mon angelot. Mais je vais te raconter ce méli-mélo rigolo avant qu'il me sorte du ciboulot.
(extrait de "à la sauce à l'eau")
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Que l'e !
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J'ai tiré sur la corde et vite, vite, je suis remontée, en fixant là-haut la silhouette dansante de la pirogue. Le soleil dansait aussi dans une flaque de reflets. Bleu de ce ciel en morceaux, bleu de ma vie, de mon monde d'être humain. J'y ai émergé en lâchant mon souffle. Le coeur tambourinant, je me suis accrochée au balancier. J'aspirais à pleine poitrine l'air neuf. J'avais encore dans les yeux les merveilles des fonds. 
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Org, org, org, j'ai le branchion qui me secoue en dedans de la carapace! Y'a de la glumée qui me sort de partout!
(extrait de "à la sauce martienne")
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A la sauce militaire

Mission : raconter ce qu'a consigné maman, de retour de l'exercice. La zone : un terrain de jeux civil. Les forces en présence : un chat camouflé, un oiseau au ravitaillement. Circonstances de l'accrochage : erreur de visée du chat qui manque son objectif, repli de l'oiseau. Pertes subies : le chat coulé.
Moral de la troupe : excellent.
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C'est vrai que je ne suis qu'un pantin. Mais comprenez, comprenez, je ne l'ai pas choisi :he, le corps irradiant de Livia. A en ordre mon âme de bois. ils m'ont fait aussi petit homme ! Ils m'ont donné le désir ! Moi, pantin ou pas, je rêve de toucher la peau blanc
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