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EAN : 9782867467585
176 pages
Liana Lévi (08/01/2015)
3.29/5   85 notes
Résumé :
Pouilles, printemps 1946. D’un côté il y a les sœurs Porro, qui vivent recluses dans leur palais et ignorent le monde environnant. De l’autre les ouvriers agricoles, bousculés par la guerre et tenaillés par la faim. Les sœurs continuent à tenir leur rang, à se rendre à l’église, à se pencher sagement sur leurs broderies. Les travailleurs, eux, se mobilisent pour obtenir un emploi, nourrir leurs enfants, contenir la pression des réfugiés qui affluent dans la botte du... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
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Bookycooky
  27 janvier 2015
Milena Agus,romancière,et Luciana Castellina,essayiste et figure de la gauche italienne,raconte tour à tour un drame réellement survenu le 7 Mars 1946 à Adriana,dans la région des Pouilles en Italie,dans un roman publié tête-bêche.
Agus raconte l'histoire des soeurs Porro se glissant dans la voix de leur unique amie(?)qui les fréquente.Les soeurs Porro,riches propriétaires terriens vivent cachées dans leur "palazzo" au coeur de la ville d'Adriana.Alors que dehors,au lendemain de la guerre,le chômage et la misère atteignent des niveaux désespérants,les soeurs y restent indifférentes,n'entendent rien de la politique,ni de la famine.Le 7 mars 1946,sur la place centrale d'Adriana se tient un meeting communiste d'ouvriers.La foule rassemblée attend le chef syndical.Un coup de feu qui part du toit du Palazzo Porro va déclencher le drame,l'irréparable.
Luciana Castellina,elle,parcoure l'histoire de ces années-là,en insérant la mort dramatique des soeurs Porro dans le contexte de ce qu'il faudrait appeler "la guerre civile dans Les Pouilles,1943-1948".Une histoire quasiment inconnue dans le reste de l'Italie.
Le roman et l'histoire sont bouleversantes,d'autant plus que le drame des soeurs Porro n'était pas unique de son temps:"les massacres dans les Pouilles étaient aussi naturels que les grosses averses,mais juste un peu plus fréquent".Mais celle des soeurs Porro apparut comme la plus terrible,la plus incompréhensible.Ce mouvement de folie collective me rappelle le livre D'Elias Canetti,"Masse et Puissance",où il pose de multiples questions:Poussée d'irrationnel?Explosion d'un fond primitif mal avoué?Resurgence d'une panique collective jamais analysé?.C'est probablement tout ca à la fois.
J'ai d'abord lu le roman,l'histoire ensuite.Je ne sais pas si c'est la meilleure façon de le lire,mais en tout cas c'est un livre trés fort,trés réussi.
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Moan
  20 janvier 2015
Ce livre original comprend deux parties.
La moitié est un roman écrit par Milena Agus , à partir d'un fait divers dans la petite ville d'Andria. Quatre femmes, les soeurs Porro, vivent dans une somptueuse demeure, d'où elles ne sortent pratiquement jamais. Elles sont riches, très riches, mais "comme il faut", elles ont de bonnes manières, ne sont pas dépensières," il faut préserver le patrimoine", suivent les règles de leur classe sociale et font des dons pour les pauvres.
Et des pauvres, dans les Pouilles, à la fin de la seconde guerre mondiale, il n'y a pratiquement que ça! Des pauvres sans avenir, qui manifestent un soir sur la place devant la demeure des soeurs Porro. Un coup de feu éclate et l'inimaginable arrive. "C'était terrible, mais ça n'a pas duré plus d'une heure".
L'autre moitié du livre, écrite par Luciana Castellani décrit le fait divers du 7 mars 1946 à Andria en moins de sept pages. Elle développe par la suite, la situation des Pouilles à la fin de la guerre, " à l'époque du débarquement des alliés en Italie du Sud et de la dissolution du partie fasciste", quand des réfugiés affamés déferlent dans la région avec la faim qui se transforme en violence. "L'histoire de la région resta à part. Ici, la paix n'était pas arrivée, ici se poursuivait une guerre civile plus cruelle que la précédente".
Ce livre , très bien écrit, a le mérite de faire connaître la situation de cette région d'Italie à la fin de la seconde guerre.
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visages
  15 juillet 2021
Pour une fois dans l'oeuvre de Milena Agus ce roman ne se déroule pas en Sardaigne mais dans les Pouilles. Cette originalité pour L'auteure est doublée par le fait que ce livre offre aux lecteurs une double lecture. Il y a le roman, et si l'on retourne le livre,on découvre un documentaire très complet écrit par Luciana Castellina, journaliste et écrivaine " figure de la gauche italienne". J'ai choisi de commencer par le documentaire pour bien m'imprégner du climat social et politique de cette région d'Italie en 1946 et avoir ainsi des éléments objectifs sur l'évènement qui fait l'objet du roman. Mais,chacun son choix! Tout est possible. Ainsi que le souligne M.Agus,la complexité de cette période où se mêlent les cicatrices de la guerre,la déception de ce qui en suit, la pauvreté extrême du peuple, l'émergence d'une révolte paysanne face aux propriétaires terriens,aurait pu donner matière à mille sujets de fiction. Elle a choisi l'intime en se penchant sur le microcosme des soeurs Porro,presqu'imperméables au chaos social qui les entoure. La narratrice est l'amie ambiguë de ces soeurs. Elle fait la chronique d'un drame prévisible... Bien qu'elle interroge l'injustice et la violence tout autant que les normes ridicules et alienantes, Milena Agus, à travers cette femme,prend plaisir une fois encore , à mettre en valeur un personnage à la marge qui vit davantage de ses rêves que dans l'acceptation d'un monde qui ne lui correspond pas. Lorsque le drame arrivé,il agit comme un révélateur pour cette femme : il faut agir,il n'est pas tolérable d'être simple spectateur,on doit contribuer à changer le monde.
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nilebeh
  19 octobre 2016
C'est une idée originale et intéressante : le livre se compose en fait de deux opus disposés tête bêche, qui se complètent et s'illustrent mutuellement. L'un, article de 79 pages est écrit par une journaliste italienne, communiste entre 1947 et 1969, parlementaire en Italie et au Parlement européen. Elle relate avec méticulosité et mise en perspective des faits qui se sont passés dans les Pouilles après la chute de Mussolini. Les mouvements sociaux qui opposèrent grands propriétaires et ouvriers agricoles, syndicalistes, s'accompagnèrent de violences. Un fait divers tragique se produisit sur la place de la ville d'Andria le 7 mars 1946. L'historienne analyse les faits et les replace dans leur contexte post-mussolinien,, alors que les partis politiques (PCI, PSI) et les syndicats se reconstituent.
De son côté, la romancière, Milena Angus, raconte l'épisode sanglant vu par « Elle », personnage inventé, témoin de son époque. « Elle », la rebelle, voudrait que le pape considère comme hérétique toute personne qui ne refuserait pas de devenir soldat... Elle assiste aux événements tragiques qui se produisent lors du meeting de di Vittorio, antifasciste très écouté. Trois vieilles filles vivent repliées dans leur palais historique, entre serviteurs dévoués et activités paisibles et religieuses. Elles font des dons substantiels à l'Église pour les pauvres. Mais il ne leur viendrait pas à l'idée de « donner » au syndicat, aux ouvriers. Elles suivent la tradition de leurs pères, figées dans une société et des pratiques traditionnelles, totalement étrangères à l'évolution du monde. Généreuses, bienveillantes, enfermées, elles ne peuvent imaginer ce qui va se produire quand, alors qu'une émeute naît sur la place de la ville, un coup de feu part, soi-disant du haut de leurs toits, en direction des manifestants.
Le roman, tout en s'appuyant sur le contexte social de l'époque, donne chair aux événements de ce jour de violences inutiles, en brossant le portrait de femmes inoffensives qui font les frais d'une lutte des classes renaissante.
Une idée intéressante que celle de croiser les regards portés sur une même période et les mêmes faits, celui de l'historienne et celui de la romancière engagée.
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kathel
  26 mars 2015
Le titre original de ce livre à double figure parle de lui-même : « Prends garde à ma faim » (traduction toute personnelle !). En 1946, l'Italie et en particulier la région des Pouilles, a du mal à se sortir de la guerre. Les ouvriers agricoles n'ont plus de travail, leurs familles meurent de faim, les propriétaires terriens retranchés dans leurs villas ne leur prêtent pas attention.
Sans doute en est-il un peu de même pour les soeurs Porro, trois vieilles filles et une quatrième qui s'est finalement mariée à l'approche de la quarantaine. Elles donnent pour les bonnes oeuvres de l'église, ont donc la conscience assez tranquille, et elles n'imaginent pas vraiment, tout à leur souci d'économie domestique, que les pauvres habitants de leur village n'ont absolument plus rien pour subsister. Elles seront victimes de cet aveuglement inoffensif.
Le principe, très original, de ce livre, est de donner la parole sur un même sujet, à deux auteurs : une romancière, Milena Agus, imagine ce que l'histoire n'a pas rapporté de la vie des soeurs Porro. Elle choisit le point de vue d'une de leurs amies. C'est peut-être ce point qui me paraît le plus discutable, et à la fois le plus intéressant, d'avoir choisi de se focaliser sur une personne que l'histoire n'a pas retenue, qui est sensiblement différente dans sa psychologie, plus délurée que les victimes, et assez naïve pour ressentir un besoin d'explication aux événements. J'imagine que cet éclairage de l'histoire porte bien la marque de Milena Agus, mais ce sera à vérifier car c'est la première fois que je lis cette auteure. J'ai suivi avec intérêt ce versant de l'histoire, celui par lequel j'ai commencé.
La deuxième face du livre comporte le texte de Luciana Castellina, une historienne qui replace la dramatique journée de mars 1946 dans son contexte historique. Bien souvent, à la fin d'un roman, je cherche à en savoir plus sur les tenants et les aboutissants exacts de faits relatés par un auteur de fiction. Pourtant, ce prolongement attendu ne m'a pas enthousiasmée outre mesure, et j'avoue l'avoir terminé en diagonale. Mon co-lecteur pour ce livre a d'ailleurs fait la même chose, alors qu'il est, plus que moi, porté sur la lecture d'essais historiques.
Finalement, j'ai été surtout intriguée par l'écriture du roman, par la manière dont on prend un fait réel pour en faire de la fiction. Je pense lire à l'occasion un autre texte de Milena Agus, pour voir si son univers me convient. Je viens de lire plusieurs romans italiens contemporains, deux dont je vous parlerai bientôt, et je compte bien continuer ainsi la découverte !
Lien : https://lettresexpres.wordpr..
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critiques presse (4)
Actualitte   03 février 2015
Imprégné de ce contexte particulier et assez ardu, c'est avec beaucoup d'aisance ensuite, comme une récompense, que le lecteur s'empare du récit sensible de Milena Agus et découvre l'existence des sœurs Porro à travers leur amie narratrice, créée de toutes pièces, à l'intelligence fine, empreinte de fantaisie et de liberté, exaltée, attentive et rêveuse, à l'écoute du monde qui l'environne et gronde.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Lexpress   27 janvier 2015
Ce livre étrange par sa construction, mais aussi par sa présentation, puisque les deux textes sont disposés tête-bêche, avec la même couverture sur deux fonds de couleurs distincts, est un bijou d'intelligence, qui évoque les heures de gloire du néoréalisme italien.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Telerama   21 janvier 2015
L'exercice tenté par Agus et Castellina, qui consiste à croiser les regards entre romancier et historien sur un même événement, est pleinement réussi : il ouvre les focales sur un fait divers qui devient alors un objet d'histoire, enrichi par une fiction qui en dessine les silhouettes oubliées.
Lire la critique sur le site : Telerama
Liberation   19 janvier 2015
«A moi la tragédie singulière des sœurs Porro, à Luciana le chœur de la multitude qui passe sur la terre, sur sa terre sans laisser de trace», écrit Milena Angus en exergue de ce livre fascinant, où l’histoire et le roman publiés tête-bêche se répondent.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
BookycookyBookycooky   26 janvier 2015
Elle se querellait en pensée avec tout le monde,des disputes enragées avec cris et injures.Personne ne le savait ,puisque tout cela n'advenait qu'en son for intérieur,mais au fond elle était une grande acariâtre,chicaneuse et agressive,et souvent il lui arrivait de haïr des gens à peine croisé dans la rue,et de vouloir les rouer de coups,pour leur façon de s'habiller,ou pour un geste d'eux qu'elle trouvait intolérable.Par la suite,si elle faisait plus ample connaissance avec ces fâcheux,elle cessait de les détester et leur inventait toutes les excuses du monde.p.26
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littlecatlittlecat   29 octobre 2016
A Vincenza, Carolina et Luisa aussi, elle aurait aimé poser des questions. Avaient-elles déjà rêvé d'amour, par exemple, et de sexe ?
Ou bien elle était la seule à être obsédée par le sexe, elle à qui ses parents avaient fait épouser un vieux, espérant accroître leur pouvoir économique et consolider leur parentèle, et qui en matière d'amour et de sexe avait dû tout imaginer.
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visagesvisages   15 juillet 2021
Lorsqu'elle t'irait à boulets rouges sur tout le monde et affirmait que son pape idéal serait celui qui excommunier ait et considérerait comme hérétique quiconque ne refuserait pas de devenir soldat,les Porto auraient voulu barricader portes et fenêtres.
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ADAMSYADAMSY   28 août 2016
Et ses amies Porro ? Elles devaient bien aspirer à d'autres joies qu'à celles, si fastidieuses, de l'outre-tombe catholique. Elles avaient forcément, elles aussi, une vie secrète, grâce à laquelle elles n'étaient pas malheureuses.
Pourquoi ne s'étaient-elles pas rebellées ? En épousant un pauvre, par exemple, un journalier ! Pourquoi ne s'étaient-elles pas mélangées en faisant leur propre révolution ?
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lanardlanard   26 juillet 2016
Une fois elle les avait même vues rire vraiment, sans mettre la main devant leur bouche.
En ces temps de guerre, seuls les riches pouvaient se procurer du savon, les autres lavaient leur linge au moyen d'une mixture à base de cendres. Alors elle déclara que cela lui semblait injuste d'utiliser du savon qui pouvait servir aux hôpitaux, et que ses domestiques faisaient donc la lessive avec cette mixture.
Les sœurs Porro ne firent pas de commentaires, mais Stefania, puisqu'elle était la seule à pouvoir prononcer le mot "culotte", car les trois autres appelaient les culottes "les premières" et les soutiens-gorge "les seconds", osa une question: "Et les culottes aussi, avec cette mixture?"
- Tu veux savoir s'il reste des taches sur les culottes? répondit-elle pour les choquer.
- Exactement.
- Oh, les taches sur les culottes s'éclaircissent considérablement!"
Les sœurs ouvrirent de grands yeux, puis elles rirent de bon cœur qu'elles en oublièrent de se cacher la bouche.
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