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EAN : 9782841162451
64 pages
Cheyne (22/11/2017)
4.22/5   9 notes
Résumé :
Ce qu'on regarde au fond de ce grand bâtiment aux dentelles barbelées, immense édifice de silence humain où sont attachés des vigiles serrés sur la gâchette, ce qu'on regarde se démêler dans la marche sauvage des machines, ces corps qui se confondent au mouvement invariable des pédales, ce n'est pas un clin d'œil à la transe mais l'usine qui se régale.
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Nul chemin dans la peau que saignante étreinte.
Quel titre !!! Quel recueil !!!
Troisième rencontre avec Jean d'Amérique, poète Haïtien, depuis le début de l'année et troisième claque.
Pour claquer, ça claque fort et dur la poésie de Jeannot. Il n'y a pas à dire, la poésie est définitivement le genre de lecture qui me parle le plus.
Ah cette saignante étreinte, comme un sillon sous cutané prenant le chemin des écoliers sur la route du coeur.
De Port au Prince à Alep, le goût du sans est le même. D'éraflure en griffure, de fêlure en fracture, c'est la vie qu'on mutile. Alors la révolte, alors l'insoumission, le courage. Alors la résistance. Et c'est, au moins, la dignité qui renaît de ses cendres.
Pour combattre un système qui entretient la misère ou des gangs qui sèment la terreur, Jean d'Amérique a choisi son arme. Les mots.
Des mots comme un coup de poing dans la gueule, des mots comme un poing levé fermé, comme un appel qui m'inspire, qui m'aspire.

Un poing levé fermé
Pour un rêve infirmé
Une planète rouge
Où jamais rien ne bouge
Deux poings larvés formés
Combat à continuer

J'ai rêvé des dix doigts

Un poing dans une main
Dans une main tendue
Tendue vers un demain
Vers un demain tant dû
Tant dû par ces deux mains
Ces deux mains étendues

Un poing levé fermé
Pour un rêve affirmé
Une planète bleue
Au respect contagieux
Deux poings lovés formés
Une trêve amitié.

Bon, les textes du recueil sont beaucoup plus violent que les quelques mots qui me viennent mais l'idée est là.
Avant d'arriver à un jour meilleur, la lutte continuera, dans la rue, dans les livres, dans les âmes, dans le sang.
La poésie, si elle est multiple, est un état d'esprit avant tout et peu importe la façon dont elle s'habille. La poésie c'est une question de moment, d'instant. C'est aussi la solitude face au monde tel qu'il est, la solitude face à l'autre.
Croyez le, la poésie ce n'est pas que des niaiseries rimées, ces niaiseries dont certains se gavent à longueur de bouquins non estampillés « Poésie ».
La poésie, ce n'est pas que des mots placés là pour faire joli ni un truc complètement hermétique destiné à quelques initiés.
La poésie, c'est vous, c'est moi, c'est nous, c'est juste la vie.

Je mets en commentaire le lien d'un superbe billet ailleurs qui j'espère, pour ceux qui auront la curiosité d'aller lire, saura vous convaincre que ça vaut vraiment le coup d'aller s'écorcher sur quelques bris de vers de Jean d'Amérique.


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Poésie construite sur les ruines
d'un monde, d'une ville.

Le beau titre du recueil porte en
creux une saignante souffrance.

Soulignée par un style remarquable,
cette écriture doucement humaine
éclaire de façon lumineuse les abîmes,
les grands vides de l'existence.

Des formules verbales remarquables
fourmillent et ensoleillent ce recueil :

" J'ai le coeur infecté du sang
pourri des frontières.
" mes jambes de figue
" un ciel mouillé sous les paupières
" je ne suis qu'un verre
à réfugier des coups de pierres
" je marche
ouvrant la porte aux vertiges
" je marche
je suis l'allégorie du vide


Ci-dessous quelques pages
permettent d'apprécier
cette poésie.

" Contre les murs ivres d'éclats, chute le soleil.
Nom brisé de la fleur.
Coeur qui tremble est plus lourd que l'attente
 du marin.
Arrogante prière du vide que de battre des ailes.
Mais que vaut-il d'être debout quand traîne
 la lumière au sol ?
Par devoir d'insomnie
ou nécessaire chanson de chair,
la nuit cassée à corps battant de noctambules.
Surgit l'aube des chaînes.
Bleu comptant la course des vagues.
Tel secret de pluie, quelle longue route l'espoir.
p.9


" Mon chapeau est un torrent d'été des Caraïbes que la
vie a déposé sur ma tête. Mes lunettes sont des masses
d'ombres taillées du chaos. J'ai le coeur infecté du sang
pourri des frontières. Une veste noire saupoudrée
du sable des préjugés couve mon calibre suicidaire.
Ma terre, mon passé, mes ancêtres sous ma peau, j'ai
mes jambes de figue et je porte un pantalon skinny à
l'envers saturé d'épines.
p.11


" j'ai violé tant d'horizons de tendresse
un sel de tristesse
m'arrache la langue
un ciel mouillé sous les paupières
le sang sec
comme un signal de panne de coeur
ma voix rouillée…
des sanglots sur le clavier
je m'en vais
me droguer de musique

je ne suis qu'un verre
à réfugier des coups de pierres
p.12


" je marche
pour maudire les trottoirs
mon visage
fait saigner ceux des passants
je voulais vivre
mais ne suis que moteur
d'un amas de chagrins
je marche
ouvrant la porte aux vertiges

l'âme si pâle
défiant le soleil
ne reste de mon nom
qu'un hommage au silence
je marche
je suis l'allégorie du vide
p.13


" …
je marche
dans mon calvaire d'errance
pour tresser des colliers de sang
p.15


" …
Fuir front nu pour revendiquer le soleil.
Là sera mon chant de traversée*.
p.19


" …
ma ville d'heures difficiles
quel temps ne croule à ta vue
p.21


" à rougir
les cathédrales
je m'érige en phrases impures

syntaxe entaillée
je me corrige
dans ma grammaire de sang
p.35


" au passage
les terres foulées
le chant des astres
les gorges nouées
puis libérées à force de nourrir le cri

l'échos du verbe
dévale les sanglots
la sueur des mots
devance le sang des jours
p.40


" au passage
un dialogue de visages
de sourires
de sel
et de pirogue libre

l'histoire traverse
nous attrapons
l'héritage
de lumière
p.41


" Ce n'était pas toi.
Ta langue ne connaît pas le sel des talons.
Le ciel des insoumis n'a point de pacte avec la boue.
Le ciel indigné ne rampe pas avec les dos courbés.
p.44


" ce que
chante l'horizon neuf
c'est l'oiseau fou qui l'attrape

au bord du rêve
marche la rage
p.56
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Tresser des colliers de ciel et de sang
(par Aminata Aidara, Africultures)

« Nul chemin dans la peau que saignante étreinte » est l'intense titre du deuxième recueil de poèmes signé Jean D'Amérique : prix de poésie de la vocation en 2017, cette oeuvre possède la touche remarquable d'un poète d'exception.

C'est un recueil où les cathédrales rougissent. La syntaxe de Jean D'Amérique, entaillée sur tout ce qui l'entoure, oblige le poète à se corriger dans une grammaire de sang. Ne vous surprenez pas, car dans cette critique, nous ne ferons pas abstraction de l'univers du jeune poète haïtien pour goûter à son écriture.

Si Jean D'Amérique marche, page après page, avec la main ouverte à tout imprévu, c'est parce qu'il aspire à un langage qui puisse maudire les trottoirs, emprunter des chemins de rage. Il avance, dans celui qu'il appelle un calvaire d'errance, avec le but de tresser des colliers de sang. le sang est d'ailleurs un risque réel et quotidien : lui-même porte un pantalon skinny saturé d'épines. Un pas devant l'autre, dans une ville hémorragique, il défie à son tour le sang pourri des frontières, celui qui infecte les coeurs. Et si ce n'est pas lui qui montre ses blessures, ce sont les autres qui en portent les stigmates : « mon visage / fait saigner ceux des passants ». Ce rouge qui brise les barreaux de la peau est la métaphore d'un intérieur constamment en contact avec un extérieur, d'un présent qui incarne, sans relâche, le passé. Sous la peau, le poète conserve ses ancêtres et « tant de voix vagabondes ». Son corps, ce château de chair qui ne fait qu'éroder, l'amène à se brûler les mains, à s'en prendre plein la gueule, mais il n'y peut rien : la chanson des chairs est nécessaire. Nécessaire à quoi, au juste ?

« Librement je jette mes phrases

à la gloire des ruines »

Jean d'Amérique nous parle de la mort qui suit la guerre, de la traversée par la mer, de la recherche de sa propre âme. Parce que l'époque que nous vivons est une époque folle, folle comme des herbes que nos rétines n'arrivent même plus à voir, car on est proie du déclin de tout réalisme émotionnel « Nous buvons la mort sans crise de verre, ignorant pourtant toujours le goût d'un cadavre ». Face aux guerres et catastrophes naturelles, notre égo ne recule d'un seul centimètre. Nous persistons à considérer les vies des autres des simples cailloux. L'écrivain d'à peine vingt-trois ans, semble vouloir créer, au comble de la plaie, un lien entre les bateaux négrier et ceux qui transportent aujourd'hui les migrants : coeurs qui tremblent d'attente, âmes qui pulsent face à la course des vagues. Il se dit lui-même fils de l'histoire qui a amené des hommes au bout d'une terre de matrice folle – il s'autoproclame semence d'orage. Et maintenant, qui est-ce qu'arrivera à payer ces milliers de coups d'orage, ces terribles voyages, avec un quelconque carton identitaire ? Pourquoi tant de barrières, de papiers ? Jean D'Amérique prend sur lui toute la misère qu'il côtoie, fait siennes les blessures autrui, se laisse traverser par ce qui coupe la chair, les ratures aussi bien que les fleuves de pierres. Il se dit attiré par les falaises, il y perd pieds, car mille chemins l'appellent. Pendant qu'il tombe, le poète prend soin de cueillir un langage touffu de rêves et d'aurores. Il le fait pour lui – et pour nous. Sa tête est de plus en plus un carnet de vertiges, il en est l'allégorie, il leur ouvre la porte, démuni et généreux. Il chante alors la gloire des ruines, des cendres. Parce qu'il aspire à une renaissance limpide, nue, celle qui a bravé la mer et le désert « pour revendiquer soleil ».
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
J'aspire au langage des chemins de rage.
Je veux chanter la trêve de mes fissures. Au nom du poing à lever, prendre la rue avec la main ouverte pour dessiner des points libres. Brûler les portes pour dire beauté de cendre dans l'éclat du verre nouveau. Fuir front nu pour revendiquer soleil.
Là sera mon chant de traversée.
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Ce n’était pas toi. Ce n’était pas ton visage. Sourire mitraillé comme de la grêle émergeant sur la peau. Ce n’étaient pas tes yeux. Mais des regards poussés dans les ruines. Des barres de larmes qui dessinent le chemin des étoiles. Toi, tu sais voir derrière les ombres. Tu sais marcher, tu sais marcher hors de tous ces pas que tracent ce monde mouillé d’indifférence. Ton nom est une prose en tumulte au gré des pages.
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hublot d'infinis
et d'ailes déboussolées, je vogue au fil des mondes,
l'imaginaire prompt à l'embrasure des vents
 d'ailleurs,
ces fenêtres de chute
chanson de fumée qui parle aux boulevards
enfermés dans les traces,
je salue chaque peau
comme un rêve d'incandescence à l'horizon
 des mains
chaque visage me conte un brasier singulier,
pour m'en brûler je révoque le sort des mégots

p.37
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Le ciel des insoumis n’a point de pacte avec la boue.
Le ciel indigné ne rampe pas avec les dos courbés
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tous les pays blessés
ont une place sous ma peau
j'ouvre les yeux
l'espoir est un café rouge
dans mes matins fêlés
je marche
mes pas dessinent mon néant

p.14
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Videos de Jean d' Amérique (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean d' Amérique
Avec douze écrivains de l'Anthologie Avec Anne le Pape (violon) & Johanne Mathaly (violoncelle) Avec Anna Ayanoglou, Jean d'Amérique, Camille Bloomfield & Maïss Alrim Karfou, Cyril Dion, Pierre Guénard, Lisette Lombé, Antoine Mouton, Arthur Navellou, Suzanne Rault-Balet, Jacques Rebotier, Stéphanie Vovor, Laurence Vielle.
Cette anthologie du Printemps des Poètes 2023 proposent 111 poètes contemporains et des textes pour la plupart inédits. La plus jeune a 20 ans à peine, le plus âgé était centenaire. Tous partagent notre quotidien autour de la thématique corrosive des frontières. Leurs écrits sont d'une diversité et d'une richesse stimulantes. Ils offrent un large panorama de la poésie de notre époque. Avec notamment des textes de Dominique Ané, Olivier Barbarant, Rim Battal, Tahar Ben Jelloun, Zéno Bianu, William Cliff, Cécile Coulon, Charlélie Couture, Jean D'amérique, Michel Deguy, Pauline Delabroy-Allard, Guy Goffette, Michelle Grangaud, Simon Johannin, Charles Juliet, Abdellatif Laâbi, Hervé le Tellier, Jean Portante, Jacques Roubaud, Eugène Savitzkaya, Laura Vazquez, Jean-Pierre Verheggen, Antoine Wauters…
Mesure du temps La fenêtre qui donne sur les quais n'arrête pas le cours de l'eau pas plus que la lumière n'arrête la main qui ferme les rideaux Tout juste si parfois du mur un peu de plâtre se détache un pétale touche le guéridon Il arrive aussi qu'un homme laisse tomber son corps sans réveiller personne Guy Goffette – Ces mots traversent les frontières, 111 poètes d'aujourd'hui
Lumière par Iris Feix, son par Lenny Szpira
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