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EAN : 9782360841189
250 pages
Inculte éditions (18/08/2021)
3.89/5   27 notes
Résumé :
« S'en aller » conte le récit d'une émancipation féminine au cours de la première partie du 20ème siècle. De la Mer du Nord à l'île de Java, de son engagement dans la Résistance jusqu'à ses derniers jours de femme âgée, les épisodes de la vie de Carmen sont autant de jalons sur les chemins de la liberté.

Roman d'apprentissage, hymne à l'amitié, « S'en aller» montre subtilement comment les luttes des femmes d'aujourd'hui font écho à celles de leurs aî... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Mhfasquel
  06 décembre 2021
S'en aller est un roman intimiste, féministe, humaniste qu'il est difficile de ne pas lire d'une traite. La narratrice et protagoniste, Carmen, est une jeune femme puis une femme posée qui refuse les carcans de son époque, qui ne supporte pas les rôles uniques que l'on impose aux femmes : épouser un bon parti, avoir des enfants, les élever ou (comble de malheur…) rester vieille fille. Elle est déterminée et intelligente et malgré le handicap majeur de son sexe, va, pendant toute sa vie, au-delà des limites imposées par une société bien-pensante.
« Elle toise ce tissu d'épiderme, le vêtement qu'elle oppose au monde et qui l'arrange, avec ses cheveux longs, le renflement de ses seins et la finesse de ses mains, du côté féminin de la vague. Elle envisage ce sac d'attributs pour ce qu'il est : sa contribution au mythe et sa condamnation aux derniers wagons de l'existence. le compartiment pour dames. Plus étroit et moins bien chauffé que les autres. Celui à bord duquel on se marie, on éduque ses enfants. Celui à bord duquel on se soumet à l'époux à condition de dominer la bonne. »
Pour vivre comme elle l'entend, elle doit, comme d'autres avant elle à travers l'histoire, se travestir, renoncer aux apparences. Et elle s'engage sur un chalutier en tant que marin (déguisée en jeune homme) pour tenter d'oublier une double traîtrise, vit avec une femme, son amie de toujours, voyage et vit à Java, est résistante pendant la Seconde Guerre mondiale... Elle se bat toute sa vie pour la libération des femmes et la sienne.
Un texte subtil, poétique et puissant pour ce premier roman qui sera très certainement remarqué.
« Comme avant l'âge adulte. La volonté, peut-être, de ne pas se réduire à ce qu'on lui a infligé. On dément sa condition de victime à grand renfort de giclures d'encre. »
L'art (en particulier la musique, la danse, l'écriture) nous accompagne dans ce beau roman.
Une ode à l'amitié, au courage, à la différence, à la liberté de choisir sa destinée, de s'accomplir. Un souffle d'air frais et un coup de coeur !
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Charybde2
  22 août 2021
Échapper au triste destin tracé par les codes patriarcaux bourgeois de l'entre-deux-guerres, en fuyant sur la mer, dans la danse indonésienne ou dans la Résistance : le formidable récit d'une émancipation surprenante et exemplaire.
Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2021/08/22/note-de-lecture-sen-aller-sophie-daubreby/
Extraordinaire premier roman, le « S'en aller » de Sophie d'Aubreby, publié chez Inculte Dernière Marge en août 2021, commence comme si la pionnière Anita Conti, pour son incroyable observation participante de la pêche hauturière, métier masculin s'il en est, avait dû, dans l'entre-deux-guerres, déguiser sa véritable nature interdite. C'est ce que nous raconte Carmen, qui n'est pas en mission à bord de ce chalutier, mais bien en fuite, en échappée, d'un mariage bourgeois tout tracé qui est d'emblée sous le signe de la trahison fondamentale. En contraignant son corps pour disparaître au sein d'un équipage d'hommes, sans laisser ailleurs de traces, elle gagne précocement sa liberté. Il va s'agir ensuite de faire vivre cette liberté, contre toutes convenances et contre tous corsets familiaux et sociaux, pour vivre sa vie émancipée sans se soucier outre mesure du qu'en dira-t-on, à une époque beaucoup plus redoutable que la nôtre de ce point de vue, en apparence tout au moins.
De la rencontre de son amie, de sa compagne de toute une vie, de près ou de loin, jusqu'à l'apprentissage sur place, à Java, de la danse et de la musique indonésiennes, de l'entrée en Résistance durant la deuxième guerre mondiale à Paris à la torture féroce subie sous les interrogatoires collaborateurs et nazis et au camp de concentration qui s'ensuit (on songera certainement à l'immense texte de Charlotte Delbo, « Auschwitz et après »), Carmen, en quatre grands tableaux enlevés, analytiques, ramifiés et toujours puissamment charnels, nous offre une émancipation de stature presque mythologique, comme un phare dressé au large d'une côte inhospitalière pour nous indiquer le mélange secret de détermination et d'intelligence, de sens profond de l'amitié et de rejet désormais instinctif de ce qui nous emprisonne contre notre gré, en prétendant faire société alors qu'il ne s'agit que de faire vivre encore les codes usés de la domination patriarcale (et économique).
Écrit avec beaucoup d'habileté, de sensibilité et d'intelligence, « S'en aller » est d'emblée un roman qui marque, qui bouscule les corps, durement, pour inscrire son échappée belle dans le paradoxe et dans la lutte quotidienne qui n'exclut ni amour ni amitié, bien au contraire. Alors que nous avons aujourd'hui plus que jamais besoin de figures mythiques sachant rester subtiles, d'exemples réels et fictionnels dépourvus de caricature mais sources de signification, Sophie d'Aubreby nous en offre une magnifique, puissante et complice.
Lien : https://charybde2.wordpress...
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louiz_bc26
  11 août 2021
Un fabuleux roman dépaysant et militant pour la condition féminine, tout en subtilité. En effet, le mot qui caractérise ce livre est la minutie du choix des mots utilisés. Tout en métaphore, l'autrice nous dépeint le portrait de deux femmes : Hélène et Carmen. L'une s'est transformée en homme pour fuir sa vie de femme. Elle a dû réapprendre à vivre comme un homme, être brute, forte et prendre plus d'espace. Durant l'un de ses voyages en bateau comme ouvrière, elle rencontre cette autre femme, Hélène, et à deux, elles vont commencer une nouvelle aventure et aller jusqu'à l'île de Java.
A lire absolument !!
Je reviendrai juste sur un aspect qui m'a gêné. L'autrice écrit avec un style vraiment recherché mais parfois à trop vouloir en faire, elle n'en fait pas assez ! Il manquerait quelques précisions et clarifications pour comprendre. Mais pour le coup, la litote est maîtrisée !
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Milie_Baker
  23 août 2021
"S'en aller" est le récit initiatique de Carmen qui fait le choix de s'exiler sur un bateau de pêche, déguisée en homme afin d'échapper à la vie de femme mariée qui l'attend si elle reste sur son île. Construit en trois parties, ce fabuleux roman nous dépeint les luttes des femmes portées par cette femme inébranlable. La plume somptueuse de l'autrice nous transporte à travers les époques et nous conte avec justesse les combats qui ont été mené et ceux à venir. Roman à découvrir pour les idées qu'il partage et pour suivre le grand voyage qu'entreprend Carmen à travers le monde.
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BookshelvesBookmarks
  26 octobre 2021
🌊 Carmen est une jeune femme qui se cherche. On la découvre en 1924, en prise avec le vent, le sel et l'âpreté du travail à bord d'un bateau de pêche. Elle se mêle aux hommes en adoptant leurs gestes, leur voix et découvre les revendications salariales de ces pêcheurs.
💃 À son retour, Carmen va découvrir la danse et plus précisément la technique d'Isadora Duncan, qui va lui permettre d'accéder à son corps et donc à une nouvelle conscience de soi. Elle rencontre également Hélène, avec qui elle va nouer une intense relation amoureuse.
🧭 Elles vont se construire ensemble et partir pour Java, se confrontant aux danses traditionnelles et à d'autres réalités. "Elles comprennent que c'est cela aussi, cela surtout, les colonies: laisser faire d'autres mains que les leurs".
✒ de retour en Europe, Carmen va entrer en résistance et en payer le prix fort. Lors du dernier épisode de sa vie, elle rédige son testament matrilinéaire: "il n'y aura ni famille, ni homme parmi ses héritiers". Sur le temps qui passe et la soi-disant sagesse du grand âge, elle constate: "elle ne comprend pas mieux, le monde ne lui semble pas plus clair. le temps n'atteint que la surface. Il ride les peaux mais laisse les questions en suspens".
💫 J'ai aimé ce beau roman au personnage principal à la fois fort et fragile, balloté par la vie et L Histoire, qui se cherche et apprend à vivre sans l'approbation des autres. L'écriture est très belle, quasi sans dialogue, avec un magnifique aller-retour entre les sentiments et la place du corps.
💜 C'est un livre très dense, qui couvre un paysage géographique et temporel très large, nous offrant une perspective unique sur le XXème siècle. Une lecture féministe et sociale avec une magnifique écriture. A découvrir de toute urgence!
NB: Ce roman fait partie de la sélection pour le Prix Rossel 2021.
#bookshelvesbookmarks
Lien : https://www.instagram.com/p/..
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   22 août 2021
Elle prend une grande inspiration. La plus grande, la plus profonde possible. Une inspiration à s’en déchirer le diaphragme. Comme pour ériger un peu plus haut le rempart contre l’épuisement. Ravaler le sanglot qui monte.
Le sel lui rougit les yeux et la fatigue pèse sur ses mouvements. Elle s’essuie le nez d’un revers de manche. Trente nœuds. Le vent frappe fort partout où la peau s’offre. Elle se racle la gorge après avoir reniflé, en prenant soin de ne pas y mettre de voix. La salive et les glaires remontent le long de sa trachée. De sa bouche entrouverte s’élève un bruit liquide. Éboulis inversé. Un jaillissement visqueux. Crachés avec force, la salive et le mucus opaque s’étalent, s’aplatissent sur le sol glissant. Les autres s’affairent déjà autour des filets.
À mesure qu’elle approche de leurs dos épais, elle découvre à leurs pieds les harengs qui se débattent. Ils fouettent l’air, éperdus. Leurs queues minuscules reflètent la lumière grise et diffuse du ciel, que rien ne distingue de la mer. Les nuages, gorgés du soleil qu’ils cachent, obligent à plisser les paupières. Elle regarde les filets, les bouches qui s’ouvrent, rondes et agitées, les yeux qui se révulsent, les oiseaux qui s’y reflètent ; et se demande ce que ça fait, d’étouffer d’un trop-plein d’air.
Sur le pont, les filets sont pleins de ces lames argentées, secouées de spasmes. Elle bouscule l’un des dos en rejoignant le groupe, déjà occupé de toutes ses mains à alléger les poissons des colliers de tripes et des tissus mous qui pourraient précipiter leur décomposition. Deux facteurs altèrent la conservation des chairs mortes : les germes et la température. La température n’est pas un problème, on grelotte, les dents claquent, les muscles sous la peau s’actionnent sans cesse. Tout l’enjeu tient dans l’éviscération minutieuse et le nettoyage de la prise. Chaque doigt s’y applique. Le poisson doit rester consommable, c’est comme un mantra répété par tout l’équipage. Une fois au port la vente en dépend. Consommable, t’entends. Plus il se gâte, moins on est payé. On le lui dit, on le répète.
Tous, ils seront payés en fonction de la vente, peu importe l’effort, peu importe l’investissement de départ. Et bien entendu, peu importe le nombre d’heures à se faire fouetter le visage par le vent mouillé à plusieurs milles des côtes.
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Charybde2Charybde2   22 août 2021
Elle ne l’a pas heurté trop violemment, avant l’emballement. À l’angle de la clavicule et du haut de l’humérus, elle a pris soin de bander tous les muscles qu’elle pouvait solliciter. Gainer l’épaule avant l’impact. Ne pas trahir sa fragilité. Le bruit sourds des os entourés de chair qui s’entrechoquent. L’indifférence qui suit. Celui qu’elle bouscule a embarqué en même temps qu’elle. Encore mineur, comme elle. Et comme elle, il lutte depuis trois jours contre la fatigue, contre l’embarcation qui tangue, contre l’odeur putride. Elle se doute qu’ils ressentent le même éventail d’émotions, d’afflictions physiques. Mais son agilité à ne rien laisser paraître l’oblige, elle aussi, à colmater les fissures. Retenir les premiers signes d’épuisement de suinter vers l’extérieur.
Elle ne le heurte pas trop fort, pour ne pas avoir l’air de le provoquer. Mais juste assez pour être crédible. Il s’agit de ne pas éviter délicatement son contact en passant à côté de lui. Comme une anguille, comme elle l’aurait fait dans n’importe quelle autre situation. Comme on apprend aux petites filles à le faire depuis la nuit des temps. Ne pas s’écarter de l’itinéraire. Ne pas se mettre spontanément de côté. Contrefaire leur assurance effrontée. Occuper l’espace. Marcher droit. Cogner ce qui doit l’être. C’est-à-dire : ce qui commet l’erreur d’entraver sa route. Se souvenir, surtout, de ne pas s’excuser après. Ne pas oublier où elle évolue, ni qui elle est désormais. Lutter contre ses réflexes est un travail continu. Déconstruire le corset de manières cousu à même sa peau et se fabriquer, en mimant ceux qui l’entourent, une attitude autre, masculine, requiert une attention constante.
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beatriceferonbeatriceferon   10 mai 2022
Les femmes restent sur la digue, tendues vers l'eau. Debout sur le pont face à la mer, elle leur tourne le dos. Elles l'ignorent, mais elles l'attendront comme elles attendent leurs époux. A leurs pieds les plantes fanent dans le sable, englouties par le vent et les particules. Exactement comme l'attente érode l'âme.
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beatriceferonbeatriceferon   30 avril 2022
La maison était bourgeoise. Ancienne. Elle était passée à travers la guerre comme on marche entre les gouttes.Ses pierres millénaires toisaient la rue depuis plus de cent ans. Vestiges d'un autre temps, repère chaque jour inchangé pour les anonymes qui marchaient devant. Ce matin-là, elle se tenait face à elle comme à une bouche cerclée de dents.
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Charybde2Charybde2   22 août 2021
Après l’effondrement, les gens s’étaient mis à parler entre eux. Jamais en sa présence. Le contenu lui parvenait de loin en loin, par inadvertance et par bribes. Les dîners au cours desquels elle surprenait des regards prolongés, convaincus d’être discrets, se multipliaient. Ils lui brûlaient la peau. On la marquait au fer rouge du jugement. Elle rentrait le soir avec au ventre une solitude plus lourde que toutes celles d’avant. C’était ces dîners, ces egards, ces amorces de phrases qui contenaient en eux le germe de la fuite. S’extraire de la gangue où les ragots suintent et se racontent en s’accroupissant dans un coin s’était mué en nécessité. Accumuler les kilomètres, dérouler le sol et le dérouler encore. Jusqu’à quitter la terre.
Elle ne s’était pas posé la question de la vie des autres. S’enfuir avait été l’unique moteur, le seul projet.
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Vidéo de Sophie d' Aubreby
Sophie d'Aubreby est la lauréate 2022 du prix du premier roman de la Ville de Limoges. Cette autrice Belge est récompensée après 3 tours de scrutin pour les membre du comité de lecture et c'est la voix qui compte double du président, Franck Bouysse, qui a donné le ton.
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