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EAN : 9791030705492
512 pages
Au Diable Vauvert (25/08/2022)
3.64/5   38 notes
Résumé :
C'est la cavale improbable de personnages qui n'auraient jamais dû se rencontrer : Jason, le célèbre photographe et Hannah, la pianiste talentueuse, Givert, le flic complotiste, Rémy le voleur de voiture, Ricardo le shaman et Bill l'informaticien. Tous embarqués pour réaliser la dernière promesse à une amie, l'énigmatique Gladys, de disperser ses cendres sur sa terre natale, l'île de Tristan de Cunha, la plus isolée au monde.
C'est une poursuite acharnée mené... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
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Road trip ou plutôt boat trip ! La fuite au fil de l'eau d'une bande de contrevenants hauts en couleurs se déroule au fil des canaux fluviaux. C'est un concours de circonstances et la rencontre de personnages avec des failles grosses comme des crevasses qui conduira la fine équipe en cavale.

En vedette, l'homme par qui tout se déclenche, Givert, le flic aux mille casseroles. Qu'est ce qui lui a pris de vider les cellules du commissariat occupées par les prévenus de la veille pour reprendre à son compte le projet fou de Jason et Hannah, conformément aux dernières volontés de leur amie Gladys, de rendre sur l'île de Tristan de Cunha pour y déverser ses cendres ?

Voyage déjanté, qui permettra de découvrir peu à peu l'histoire du trio amoureux, et de connaître les talents cachés de chacun. Les personnages secondaires, resteront un peu plus dans l'ombre mais participeront malgré tout aux péripéties de la bande. Attention, la noblesse de la cause invoquée, n'empêche pas les voies de fait tout à fait répréhensibles !

Ecrit dans une langue tonitruante, irrévérencieuse, et non bridée par la bienséance, avec des dialogues savoureux, j'ai pris un grand plaisir à découvrir cet auteur, et je suis très fortement tentée de lire son premier roman.

Merci aux éditions Au Diable Vauvert et à la fondation Orange.

501 pages Au Diable Vauvert 25 Août 2022
Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Beaucoup de mes ancêtres étaient soit flotteurs d'eau, soit bateliers, soit mariniers, soit éclusiers. Aussi, lorsque j'ai vu ce livre sur le présentoir de la bibliothèque, je l'ai tout de suite emprunté sans même lire la quatrième de couverture. de plus, la couverture est magnifique.
C'est pas la bande à Bonnot.
C'est pas la bande à Basile.
C'est la bande à Givert ( Librairie Sauramps ).
De qui se compose cette bande ?
Et bien, d'abord de Givert.
Et qui est ce Givert ?
Vincent Givert est un officier de gendarmerie qui « va fumer des cafés et boire des clopes »
Ah. Et les autres ?
Et bien il y a Jason ( comme le Jason de la Toison d'Or ) Cervantès ( comme le créateur de Don Quichotte ), le narrateur qui est aussi photographe des « sans dents ».
Et puis Rémy, « aux yeux de poupon », cleptomane, voleur de voitures, de préférence des Audis.
Et puis Ricardo qui vient de l'Equateur, qui sourit tout le temps, un « bonhomme aux plumes rouges ».
Et puis Hannah, une « fille givrée, une névropathe, une bouteille de gaz dans un incendie ».
Et puis Bill, « mari de la cousine du préfet », réparateur d'internet.
Et enfin Gladys, dont je ne vous dirai rien, vous laissant le plaisir de la découverte.
Ce roman est un bijou, drôle, poétique, dramatique, farfelu, déjanté, surréaliste, un poil olé olé.
Je suis tombée sous le charme de cette écriture pleine de fantaisie.
Maintenant, c'est à vous.
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« Cette histoire semble tirée par les cheveux ou écrite par un cocaïnomane californien schizophrène qui n'aurait eu que deux jours pour pondre un scénario catastrophe, mais c'est pourtant la stricte vérité. » Lecteur, tu es prévenu !

Voilà encore une belle découverte à côté de laquelle je serai certainement passé sans Vleel. Car c'est en amont d'une rencontre récente dédiée à la maison du Diable - posé et apaisé depuis longtemps à Vauvert - que j'ai découvert Fabrice Capizzano et le Ventre de la péniche.

C'est un road movie à la française, une cavale dont la destination finale est un petit archipel de l'Atlantique sud, Tristan da Cunha, pour y faire reposer les cendres de Gladys. Mais avant d'y arriver, la route sera longue pour Jason, le photographe désormais rangé et Hannah, son ancienne compagne toujours aussi déjantée.

Avec Gladys, ils formaient un trio amoureux fait de folie, de furie et de fusion. Aujourd'hui, ils ont un dernier chemin mémoriel à effectuer pour respecter la dernière volonté de Gladys. Et rien ne va se passer comme prévu…

Lire Capizzano, c'est se prendre un grand coup de fraicheur littéraire en pleine gueule, un peu comme quand tu as découvert les Frédéric Dard des débuts (pas ceux de l'ère industrielle) ou ceux du jeune et inspiré Philippe Djian. C'est retrouver l'esprit des pieds nickelés en mode chamane et accords toltèques, qui frôle régulièrement la frontière du portnawak sans jamais y sombrer.

Lire Capizzano, c'est découvrir un auteur qui joue avec les styles, s'amuse avec les mots, mijote ses dialogues aux p'tits oignons et s'autorise quand ça lui chante des digressions sociétales qui sentent le vécu et les convictions. Il est libre Fabrice, dans sa vie comme dans son oeuvre. Et il en use.

« Rappelle-lui bien s'il te plait que l'obéissance n'est pas une fatalité, c'est un choix, comme la lâcheté, personne n'est fait pour rentrer dans les cases, personne, on n'est pas nés pour être carrés, on est là pour casser les angles et faire des ronds dans l'eau. »

Mais chez Capizzano, c'est surtout l'amour qui exulte de chaque page. Pas le conventionnel en mode fleur bleue mais l'excessif, le trash, le lumineux, c'est-à-dire le douloureux, le destructeur, celui qui finit forcément mal.

Alors laisse-toi embarquer sur cette péniche : tu vas voir, l'air y est bien différent et il flotte un bon vent de liberté.

« Je ne sais plus si je sens ce que je vois, si je pète avec mes yeux ou si mon cul va me donner l'heure. J'ai besoin de voir l'horizon, de sentir le vent sur ma peau… »
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Ce livre aura, je pense pour moi, une place particulière. Parce qu'il m'a été prêté par le capitaine à qui je loue sa péniche. Parce qu'une partie de l'histoire se passe là où ce même capitaine a vécu dans un port décrit. Parce que l'auteur lui a dédicacé. Parce que j'ai lu son premier roman La fille du chasse-neige. Parce qu'il vit dans le Vercors. Parce qu'il parle de choses que j'aime comme lui. Entre autre d'un martin-pêcheur qui tous les jours vient au même poste pour y pêcher son repas. Qu'il est magnifique à regarder !
L'histoire m'a fait un peu pensé au gang de la clef à molette de Edward Abbey. Un flic un peu barge qui va entraîner huit autres personnes dans un road trip fluvial. le narrateur, photographe, revient sur son ménage à trois. La pianiste veut honorer la promesse faite à son amie d'apporter ses cendres dans l'île qui l'a vu naître. Donc, sur la péniche il y a une urne, mais aussi...
Fabrice Capizzano possède une écriture bien à lui. Un mélange de poésie, vulgarité, sexe, et surtout des personnages attachants.
J'ai savouré ce roman du ventre d'une péniche. Et ça c'est top ! J'avoue mon aventure est plus reposante !
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Lorsque le site Lecteurs.com a proposé un concours avec ce roman a gagner, je n'a pa longtemps hésité. Je suis tout d'abord tombée sous le charme de la couverture. L'image de cette péniche qui est sur une rivière qui serpente entre les montagnes pour arriver à la mer, donne envie de voyager et surtout m'a donné envie de savoir si cette péniche arriverait à la mer et pourquoi elle veut y aller. Ce n'est pas tellement un endroit pour une telle embarcation. le resumé a fini de me convaincre quand j'ai vu qu'il allait s'agir d'une sorte de road-trip avec des personnages hors du commun. Tout était vraiment réuni pour me tenter. 


Je n'ai pas été déçue par cette découverte. J'ai été transportée dans un autre monde pendant cinq cent pages. C'est un nombre de pages conséquent, et il faut une histoire bien maîtrisée pour arriver à retenir l'attention du lecteur tout le long. L'auteur y arrive très bien. 

Pour revenir en gros sur l'histoire, on va suivre un groupe de personnages qui vont partir ensemble en mission. Jason est photographe, son ancienne maîtresse, Hannah, une célèbre pianiste,, vient lui rendre visite suite au décès de leur amie commune, Gladys. Dix ans auparavant, ils ont vécu les trois ensemble et se sont séparés. Hannah revient après le décès de Gladys, celle-ci souhaite que ses cendres reposent sur une île éloignée en Atlantique. Jason accepte de.l'accompagner, malgré leur séparation houleuse. Suite à une bagarre, les deux ex amis se retrouvent au commissariat en garde à vue, interrogés par un policier borderline également, Givert. Et celui-ci va avoir alors l'idée de les aider et de les accompagner dans leur mission. Et ils ne partiront pas seuls, un chaman, un informaticien et un voleur de voiture vont faire partie de l'équipée, qui va les emmener dans des situations ubuesques, cocasses, un périple étonnant. 


Suivre tous ces personnages a été très mouvementé et j'ai vécu avec eux une incroyable aventure. Car va s'ajouter à cela, l'enquête menée par le policier le Tallec qui veut retrouver et rattraper la troupe de Givert. Cette poursuite va donner beaucoup de.rythme, on suit les indices que trouve le Tallec, le lecteur sait où est le groupe et c'est amusant et intéressant de suivre l'enquête. 

Ai suivi des personnages très différents les uns des autres et qui pourtant vont se correspondre. Hannah est une femme écorchée, bipolaire, avec un caractère très perturbant. On sent son attachement pour son amie décédée et la tension dans ses rapports avec Jason. On comprend pas trop pourquoi au début, toutes les explications viendront petit à petit. Ce sont vraiment des personnages hors du commun. 


Cette histoire est bien construite, avec des retours dans le passé de Jason qui permettent de mieux comprendre le prese t de Jason et de Hannah. Cela donne aussi une dose de suspense, je me suis souvent demandé s'ils allaient arriver à mener a bien leur expédition, si le Tallec allait les rattraper, si Jason et Hannah allaient réussir à faire la paix. Plein de questionnements dont les réponses sont données au goutte à goutte. 

La lecture est donc rythmée et les cinq cent pages se tournent facilement. L'attachement aux différents personnages se fait rapidement. Je me suis le plus attaché à Jason par rapport aux autres, et je pense que c'est surtout parce que c'est lui le narrateur. Cette narration à la première personne permet d'être très dans la peau du personnage, de rentrer dans sa tête et d'être au plus près de ses émotions. L'auteur décrit très bien ces émotions justement, elles sont multiples, certains peuvent à la fois énerver et nous toucher. J'ai beaucoup aimé ressentir ce panel d'émotions diverses et variées.


Bien sûr, cet avis ne serait pas complet sans parler du style de Fabrice Capizzano. le ton est très incisif, pointu. C'est un mélange de Audiard  et de Frédéric Dard, les dialogues sont parfois très vifs, très acérés. C'est aussi ce qui rend ce livre particulier, et le rend plaisant ou pas ,selon si on aime le genre. Moi, j'aime. J'aime surtout varier les styles, et j'aime lire des style différents. Donc j'ai été gâtée avec ce roman. Les décors sont aussi très importants et bien gérés par l'auteur. J'ai ressenti parfois quelques petites longueurs, des passages qui ne sont pas essentiels, des répétitions de mots, d'adjectifs synonymes qui n'apportent rien a l'histoire, mais par contre, créent une atmosphère spéciale. Je trouve que le talent de l'auteur réside dans son adresse de passer de l'humour à la gravité. le final est explosif et inattendu. J'essayais de  deviner vers quoi l'auteur allait m'emmener et j'ai été très étonnée de là où je suis arrivée, je n'aurais jamais pu le trouver toute seule. Cette fin m'a laissée un peu sur ma faim, c'est, pour moi, une fin ouverte, où je verrais très bien une suite...


Je suis très contente d'avoir découvert Fabrice Capizzano, c'est toujours très enrichissant de rajouter un auteur à sa liste d'écrivains a suivre. Et de ce fait, j'ai maintenant très envie de lire son premier roman, "La fille du chasse-neige", je suis allée lire le résumé et je suis très tentée. J'ai très envie de voir comment le sujet est traité et si je retrouve ce ton decalé, comme dans ce roman. En tout cas, je vais suivre avec plaisir cet auteur et lire ses prochaines parutions. 

Si vous aimez les romans au ton décalé et incisif, n'hésitez pas à lire ce roman, vous ne serez pas déçu !


Il ne me reste plus qu'à remercier Fabrice Capizzano pour tout ce que j'ai vécu pendant la lecture de son roman.  Et merci également aux éditions Au Diable Vauvert et à Lecteurs.com de m'avoir permis de découvrir cette histoire et cet auteur. 

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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
Je suis issu d’une famille modeste et j’en suis extrêmement fier. Je ne porte pas ce patrimoine comme une légion d’honneur, mais pas loin, un dérivé de médaille du mérite made in Calabre. Je suis estampillé populaire sur mon front en caractères gras, dans mes chairs et dans mon bide, et pas seulement à cause des nouilles pas chères que j’ai bouffées toute mon enfance. Mes couilles produisent des spermatozoïdes d’ouvriers, chez nous les bébés naissent avec des truelles dans leurs petites mains charnues, les sage-femmes hallucinent, les enfants Cervantès sortent des maternités avec des chaussures et des casques de chantier, pas avec des robes à fleurs qu’ils porteront pour leur rentrée des classes dans des écoles privées anglaises. Je ne suis pas un fils de et c’est ce qui m’a rendu fort. L’effort est mon quotidien, la difficulté m’a donné de la consistance et je la trouve facile. Notre patrimoine génétique est tapissé de ténacité et de patine artistique, nous sommes constitués d’acharnement, d’abnégation, de pugnacité maladive, d’obstination obsessionnelle, exagérée, quasi absurde ; ne pas naître avec une cuillère en argent dans la bouche m’a offert du mordant, un héritage customisé pitbull, une notion élémentaire fondamentale du travail bien fait. C’est notre étendard, notre blason, notre échafaudage, notre secret de fabrication, ils sont ancrés dans nos viscères et sous nos peaux.
Mon père me faisait jouer de la bétonnière des week-ends entiers pour que je me paie l’entrée du cinéma. J’avais onze ans. Lorsque j’arrivais à la caisse du cinéma avec ma pièce de cinq francs qui prenait la moitié de la main, j’avais la tête haute, les mains en feu par le manche de la pelle et le ciment pur, mon dos était en miettes, mais je marchais droit.
À douze ans je ratissais les feuilles mortes de mes voisins.
Je me suis payé mon premier argentique avec cet argent, un Ricoh modèle 500 ST, une merveille qui m’a apporté mes premiers frissons photo. Je me rappelle des hésitations, parce que la pellicule coûtait une fortune, l’attente du cliché idéal, la contemplation, les soirées à guetter la lumière du couchant qui n’arrivait jamais. Le délai d’attente du développement, interminable, où tu avais l’impression que ton horloge de salon remontait le temps et que tu rajeunissais. Les premières merveilles pondues lors de focales hasardeuses et de diaphragmes réglés à la wanagain, le tout couronné d’une bonne couche d’à-peu-près et d’advienne que pourra. Autodidacte fauché, je m’en référais à l’instinct de l’instant de mon instantané. Des souvenirs de résultats miraculeux viennent à moi, des photos qui me valurent parfois les compliments de photographes bluffés par ces visages figés mais en mouvement. Il n’est pas si loin le temps où des âmes bienveillantes me prodiguaient des conseils pratiques parce qu’ils avaient vu en moi comme une sorte de don de l’œil, de Don Juan du Canon.
J’attendais alors, impatient, les week-ends, que papa rentre de sa semaine de déplacement à l’autre bout de la France. Il était rincé, brisé, mais ses yeux s’émerveillaient lorsque je lui tendais mes divines photos.
– C’est toi qui as fait ça ? disait-il les yeux écarquillés.
– Ben ouais.
– C’est bien mon fils, continue, je suis fier de toi, ne t’arrête pas de prendre des photos mon cœur.
– Oui, papa, promis.
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Le soir, à la veillée, je construisais une espèce d'orgue à percussion, avec des bois plus ou moins denses, plus ou moins résistants à la compression, avec des résonances différentes suivant les essences, l'épaisseur du bois de l'année ( l'aubier ), ou la dureté de son duramen ( la partie morte interne du tronc ). Un vrai casse-tête auditif pour lequel je me passionnais.
[...]
J'avais répertorié tous ces bouts, puis je les avais classés par densité et par poids. D'abord les légers : sapin, épicéa, peuplier, tremble, tilleul, bouleau, orme, platane, noyer. Puis les mi-lourds comme le pin sylvestre, l'aubépine, le pin maritime, les bois de fruitiers, le hêtre, l'acacia. Et enfin les lourds, le buis, le chêne, l'if, le charme, l'olivier. Passionnant, c'était vraiment passionnant.
P345-346
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Les paupières semi-ouvertes, l’officier de gendarmerie Vincent Givert avale une nicorette.
Je vois qu’il apprécie secrètement lorsque la dose homéopathique de nicotine pénètre sa bouche pâteuse, et entre enfin en contact avec ses papilles gustatives, injectant le microshoot de soulagement, un sursis de quelques précieuses minutes dans son désert de sevrage de tabac. Il la broie nerveusement dans un raffut buccal qui me glace le sang, et qui me sort de mon entame de demi-sommeil, puis il trimballe gauche droite les miettes dans sa bouche sans quitter l’écran des yeux.
Pendant ce temps, je n’existe plus, je ne pèse pas grand-chose face à la gomme médicamenteuse. Je déguste en silence ces quelques minutes de répit, je pense à Hannah.
– Nom de famille ?
– Cervantès.
– Prénom ?
– Jason.
Il pose un œil sur moi, un vague oxymore javellisé, clair foncé franchement incertain, ce n’est pas du dégoût ni de la répugnance, on dirait plutôt un mélange sucré saoulé entre surprise et déplaisance, ça a au moins le mérite d’exister.
– Comme Jason et le poisson ?
– Non, ça c’est Jonas… Jason c’est l’histoire de la toison d’or…
Je ne sais pas si c’est vraiment moi qu’il scrute méticuleusement ou un autre, j’ai l’impression que derrière mes pupilles il a trouvé un territoire dans lequel son esprit vagabonde, un terrain vague pourlingue au paysage de matin embrumé. L’insistance de son regard de pierre me met mal à l’aise, ça dure une éternité et des poussières, puis mon OPJ revient dans la réalité, il plonge toute son attention sur son écran des années deux mille.
– Date de naissance ?
– 29 septembre 1969…
– Lieu de naissance ?
– …
– Eh oh, z’êtes né où ?
– À Édimbourg-des-Sept-Mers…
– C’est où, ce bled ?
– Sur l’île de Tristan da Cunha, un territoire britannique au milieu de l’Atlantique sud, entre l’Afrique du Sud et l’Urug…
– J’m’en fous.
– Moi aussi.
– Ça aussi j’m’en fous.
Il poursuit sa drôle d’observation statique de moi, insondable, ambiguë. Je contemple, fasciné, ses yeux bleu azur incrustés de têtes d’épingle vertes, ocre, terre battue, qui jouent à un-deux-trois-soleil, à croire que son cerveau erre dans un entre-deux approximatif, une zone déserte non répertoriée sur sa carte mémoire, sans eau ni électricité, avec pas un rade pour étancher sa soif.
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Rien de plus simple, il suffit que le portable se cale sur la même gamme d'ondes que la carte à puce de cette bagnole et le tour est joué, c'est une simple application que tu peux acheter sur le net pour quelques dizaines d'euros, une histoire d'Andoid en mode open source, un système d'exploitation mobile fondé sur le noyau Linux. C'est bien ça Rémy ?
En gros oui patron.
P 96
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Le lendemain de l’arrivée d’Hannah, j’avais dormi quatre heures lorsque je me réveillai. En plus d’être épuisé, j’étais excédé par mon ex. Je n’avais aucune envie de la voir ou d’échanger quoi que ce soit avec elle. Je voulais juste qu’elle prenne son sac et qu’elle foute le camp ! Ça faisait bien longtemps que j’avais réglé mes histoires avec elle, j’avais enterré le passé au fond du jardin un jour de grand vent, et depuis, la végétation avait repris ses droits sans forcer, millimètre après millimètre.
Quand je suis descendu, elle fumait une cigarette dehors, pieds nus dans l’herbe mouillée du matin.
Elle m’a entendu brasser autour de la cafetière, elle a jeté son mégot sur mon parterre de menthe, et elle m’a rejoint. Ça m’a fendu en deux. Je me suis dit qu’avec des énergumènes pareils on n’était pas près de sauver la planète.
– Faut qu’on parle Jason.
J’ai soupiré sans le moindre regard pour cette femme en charpie.
– Je n’ai pas envie Hannah, j’aimerais que tu ramasses tes affaires et que tu me laisses tranquille, s’il te plaît.
– Tu plaisantes ? Je n’ai pas fait mille bornes pour me tirer sans toi Jason, sache-le !
Elle était grande, Hannah, élancée, ses jambes comme des échasses interminables, son ventre toujours aussi plat. Hannah n’a jamais été maternelle, elle n’a pas été construite pour perpétuer, juste vivre maintenant les émotions qui la traversaient aussi rapidement que des paysages d’autoroute. Ce qui m’avait frappé sur le coup lorsque j’avais ouvert hier, c’était de voir qu’à l’aube de ses cinquante ans, malgré les clopes et le reste, elle semblait toujours aussi fraîche qu’une laitue à peine cueillie, alors que je suis sûr qu’un paquet de nanas de son âge qui avaient fait bien plus gaffe et qui commençaient à virer fripées, n’attendaient qu’une chose : la voir se réveiller du jour au lendemain avec tous les excès de sa vie cisaillée sur son visage d’amour.
– L’enterrement de Gladys a lieu après-demain à Thionville, c’était là qu’elle vivait. Elle va être incinérée.
– Thionville ! Thionville ? Thionville, ah ben merde.
Elle a avalé une grande bouffée d’air comme pour expédier une coulée de sanglots prête à tout emporter sur son passage. Elle a plissé les yeux.
– Elle t’aimait énormément, tu sais. Tu as toujours eu une place particulière dans la vie de Gladys.
Cette fois c’est moi qui ai regardé ailleurs, ces satanés seaux de larmes qui voulaient se faire la belle. On voulait tous se faire la belle.
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