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Isabelle Delord-Philippe (Traducteur)
ISBN : 2253112836
Éditeur : Le Livre de Poche (21/02/2008)

Note moyenne : 3.6/5 (sur 400 notes)
Résumé :
Il y a des siècles de cela, du temps où la magie existait encore en Angleterre, le plus grand magicien de tous était le roi Corbeau. Enfant d’homme élevé par des fées, le roi Corbeau mêla sagesse féerique et humaine raison pour fonder la magie anglaise. En 1806, année où commence le roman, il n’est plus guère qu’une légende. L’Angleterre est gouvernée par un roi fou, Lord Byron bouleverse les mœurs autant qu’il révolutionne la poésie, les guerres napoléoniennes rava... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (80) Voir plus Ajouter une critique
Magicetincelle
  04 février 2012
Well, well, well… L'année commence bien. Après avoir été bluffée par L'ombre du Vent en Décembre, je suis époustouflée par Jonathan Strange et Mr Norrell en cette fin de Janvier. J'ai bien envie de dire qu'il mérite une place dans mon top 10, mais comme je l'ai dit il y a moins d'un mois pour un autre livre, vous allez penser que je suis trop influençable et change bien trop souvent les livres de mon top 10. Non, non, que nenni (comme dirait Jonathan Strange, mais je vous en reparlerai plus tard). Je suis juste très chanceuse ! J'ai découvert de très grands livres ces deux derniers mois.
A tous ceux qui sont encore hésitants à se lancer dans la lecture de ce pavé de plus de 1000 pages, voici ma recommandation : lisez-le, les pages se tournent à une vitesse folle. le style recherché et so british est un vrai plaisir et on ne sent pas une seule fois de moments de creux. L'intrigue est menée de main de maitre. 10 ans à bosser dessus et ça se ressent !
A tous ceux qui hésitent car ça parle de magie et les histoires de fantasy avec des magiciens, depuis l'ère Harry Potter, on en a marre : lisez-le. La magie est bien sûr au centre de cette histoire mais est bien plus subtile que dans de nombreux autres livres fantastiques, et j'ose le dire, plus réelle et palpable. On y croirait presque.
A tous ceux qui aiment Jane Austen, Oscar Wilde et Lord Byron : lisez-le. le style est un concentré des deux premiers, mixés avec ingéniosité. On y retrouve même leur humour subtil. Quant au dernier, le cher poète anglais fait une apparition hilarante, tout comme Lord Wellington et George III d'Angleterre.
L'histoire se déroule en Angleterre à l'époque Georgienne, c'est-à-dire au temps de Jane Austen et Lord Byron (ce qui explique certaines particularités du livre énoncées plus tôt…). La magie a désertée l'Angleterre depuis plus de 200 ans. le livre conte les aventures des 2 derniers magiciens anglais : Mr Norrell et Jonathan Strange, vous vous en doutez. Ils oeuvrent pour redonner à la magie anglaise toute sa grandeur d'autrefois. Alors que le vieux et ennuyeux Mr. Norrell est plutôt un homme d'étude frileux, le jeune et affable Jonathan Strange, son élève, est beaucoup plus aventureux. Peut-être même un peu trop. Et malgré les mises en garde de Mr Norrell, il s'aventurera sur un chemin où le lien entre magie blanche et noire est bien mince. Ce qu'il ne sait pas c'est que ce chemin, son maitre, l'a déjà emprunté par le passé ce qui aura beaucoup plus d'impact qu'aucun des deux ne le soupçonnent…
Si ce petit résumé ne vous émeut pas plus que ça et n'éveille aucune curiosité, je n'ai pas donné mon dernier mot.
Loin d'être un roman de fantasy classique, relatant les aventures de magiciens talentueux et leur lutte contre un esprit malveillant, JS&MN dépeint un monde on ne peut plus british. Lords, gentleman, bals mondains, pot de vin et guerres napoléoniennes sont monnaie courante et peuplent l'univers de JSMN. Les apparitions de personnages réels et d'événements connus de tous (la bataille de Waterloo par exemple) font que le monde dépeint par Susanna Clarke crie de vérité. Les personnages, magiciens ou non, sont faillibles, loin des d'être des surhommes, dont les désirs, les peurs et les contraintes sont les mêmes que n'importe quelle personne de cette époque. Et le style d'écriture, se rapprochant des auteurs de l'époque ne fait que renforcer cette impression. Un vrai plaisir à lire.
Les dernières 200 pages sont justes grandioses ! Mes préférés, à n'en pas douter. Car arrive dans ces pages tout ce qu'on a espéré tout au long du roman.
Si vous n'aimez pas la fantasy, ce livre pourrait vous la faire aimer pour la simple et bonne raison qu'on n'a pas l'impression de lire de la fantasy. En un mot comme en cent : si vous aimez la bonne littérature (anglaise), plongez-vous dans cet univers.
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Folfaerie
  04 février 2010
Comme beaucoup de lecteurs, j'ai entendu parler de ce roman bien avant sa traduction française. Considéré comme un phénomène littéraire, traitant essentiellement de magiciens et à une époque passée, voilà qui ne pouvait que me plaire.
J'ai donc lu le roman en anglais. Enfin une moitié seulement car ma progression était des plus laborieuses et considérablement ralentie par les notes de bas de page. Je l'ai donc mis de côté en attendant patiemment la sortie française. Cette fois, lecture intégrale...
Certes, les notes de bas de page (qui occupent parfois la page en entier !) ralentissent le rythme de lecture, elles sont néanmoins intéressantes et presque indispensables au récit.
L'histoire est originale, les qualités littéraires du roman indéniables et je me suis rapidement laissée entraînée par les deux personnages clés du livre. Mr Norrell est un magicien qui souhaite rétablir la magie anglaise, Jonathan Strange, son disciple, plus ambitieux, va quelque peu chambouler les plans trop sages du vieux maître.
Je suis d'accord avec la plupart des critiques qui clament que le livre a le parfum des oeuvres de Jane Austen, que c'est également un livre d'aventures et un roman fantastique. La seule chose qui m'agace, c'est la critique du Times Magazine qui n'hésite pas à comparer l'oeuvre de Clarke avec celle de Tolkien. C'est aller un peu vite en besogne...
Certes on y parle de magiciens, du côté obscur de la Force, et même d'anneaux du pouvoir (très brièvement) mais la comparaison s'arrête là.
Le roman évoque aussi bien l'univers de Jane Austen, par la foule de détails sur la vie de la petite noblesse anglaise, que celui de Stevenson. Il y a du Dr Jekyll et Mr Hyde chez Strange et Norrell qui représentent les deux faces d'une même pièce. En revanche, je peux comprendre la déception de ceux qui pensaient lire un livre de Fantasy.
La légende du roi Corbeau qui domine jusqu'à présent est issue à la fois du folklore anglais et de la mythologie nordique, où le corbeau est le messager des morts. Pas de lutin ou de fée éthérée, pas d'elfe non plus ou de gnomes mais des serviteurs du roi corbeau semblables à des fantômes et des lieux empreints de magie noire qui donnent une atmosphère parfois lugubre au roman. Pas de duels de magiciens (enfin pour l'instant), pas de dragon à combattre...
Alors, que dire de cet événement de la littérature de fantasy. D'abord que cela reste une bonne surprise. Les personnages secondaires, je pense notamment à Childermass, Vinculus, sont pour certains très attachants alors que d'autres sont un peu sous-exploités, comme Stephen Black. J'ai bien aimé aussi la personnalité de Wellington.
Les scènes que j'ai préférées sont sans conteste lorsque Strange accompagne l'armée pour tenter de contrer l'ennemi français. La période que Strange passe à Venise est un peu longue à mon goût, ainsi que toutes les scènes relatives au château des Illusions-Perdues qui sont les moins intéressantes à mes yeux, et j'avoue avoir lu en diagonale la plupart des notes après la seconde moitié du roman. Cette seconde moitié justement est plus fertile en rebondissements et il y a nettement plus d'action. Mais c'est vrai que le lecteur doit se montrer patient car le rythme du récit est tout de même très lent.
Le fait d'avoir choisi le règne du roi Georges (celui qui est devenu fou), d'avoir pris comme principe que la magie a toujours fait partie de la vie anglaise, voilà qui ôte quand même une bonne part de merveilleux. car après tout, la vie de ces deux gentlemen est plutôt ordinaire, même si vers la fin, leurs pouvoirs sont cause de gros chamboulements.
Les deux magiciens se ressemblent finalement beaucoup. Norrell, frileux, maniaque, égoïste et conservateur est le plus antipathique. Mais Strange est tout aussi égoïste. Ambitieux en revanche, plus jeune et marié à une délicieuse épouse, ce qui probablement lui épargne de posséder les mêmes travers que Norrell. le roi Corbeau quant à lui fait une apparition éclair bienvenue mais trop courte, évidemment... J'aurai aimé plus de noirceur et de poésie, et des dragons aussi.
Je suis restée sur ma faim, avouons-le et beaucoup de choses restent en suspens à la fin du livre. Cela laisse donc supposer une suite ? Par ailleurs, sur le site de l'éditeur français, il est indiqué que les droits pour l'adaptation cinématographique ont déjà été achetés. On peut en faire un bon film sans aucun doute, à condition de ne pas avoir peur de raccourcir énormément.
En tout cas, les bonnes idées ne manquent pas dans ce roman qui a su se démarquer des habituelles histoires de magiciens. A lire pour ceux qui aiment la magie, les livres anciens, les bibliothèques cosy, l'univers de Jane Austen et Londres sous la pluie !
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Arakasi
  14 août 2013
Dans le domaine du l'uchronie fantastique – domaine dont je suis très friande comme peuvent en témoigner mes critiques précédentes – « Jonathan Strange et Mr Norrel » est indubitablement un roman qui fera date ! Brillant, subtil, joliment écrit, inventif, bourré d'humour british et d'idées ingénieuses, il a tout pour séduire autant les amateurs de fantastique que ceux d'Histoire Moderne. Si sa lecture n'a pas été un coup de coeur intégral, je n'en sors pas moins séduite et tout à fait disposée à vous faire partager mon contentement. Voyez plutôt :
Nous sommes en 1806 et la situation n'est guère brillante en Angleterre : la guerre va mal, l'effroyable empereur français Napoléon dévore tout ce qui bouge, les ministres sont débordés, la flotte en déroute, la population ulcérée… Horrible et scandaleuse situation ! Il fut pourtant un temps où de telles choses n'auraient jamais été permises : un temps où l'Angleterre et les Royaumes des Fées étaient voisins et alliés sous le règne bienveillant du Roi Corbeau (un avatar du Roi Arthur à mon avis), où la magie imprégnait chaque roche et chaque feuille de la Grande Bretagne et où de puissants sorciers arpentaient ses routes et ses chemins de campagne. Las, ces temps-là sont révolus depuis belle lurette et, en ce peu glorieux début du XIXe siècle, on ne trouve pas plus de magie en Angleterre qu'en France, en Italie ou dans d'autres pays arriérés du même type.
Mais, comme chacun le sait, c'est quand on n'attend plus le sauveur qu'il finit par apparaître. Au fin fond du Yorkshire, un obscur gentleman, Mr Norrel, fait soudain parler de lui. Il ne paye pas de mine, ce bon Mr Norrel… C'est un petit homme peu bavard, renfermé sur lui-même, effacé, bougon, ennuyeux à mourir ; mais ce petit homme a une particularité de taille : il pratique de la VRAIE magie ! Une magie comme on n'en a pas vu dans le pays depuis trois siècles au moins, de celle capable d'inverser le cours des rivières, de transporter des villes entières d'un bout à l'autre du monde et – au grand contentement de ces bons lords du gouvernement –de mettre en déroute les armées des ignobles français (z'avez remarqué ? J'adoooore accoler les termes « effroyables », « arriérés » et « ignobles » à « français »).
Et comme un miracle n'arrive jamais seul, voici qu'un autre magicien surgit brusquement du néant : un certain Jonathan Strange, plus jeune, plus sanguin, plus fougueux, mais tout aussi décidé que son vieillissant collègue à restaurer la puissance de la magie anglaise. A eux deux, que ne sauraient-ils entreprendre ? Mais encore faudrait-il qu'ils sachent s'allier, car nos deux magiciens sont très orgueilleux et de tempéraments fort contraires et s'ils en venaient à s'affronter, leur lutte pourrait sonner la perte de la nation britannique tout entière…
Subtil mélange de récit historique, de roman fantastique, de conte philosophique et d'hommage à la littérature romantique anglaise, « Jonathan Strange et Mr Norrel » n'est pas de ces romans qui se dévorent à toute vitesse, mais de ceux qui se savourent page après page. Ici, pas de tonitruants duels pyrotechniques, pas de dragons ou autres monstres rugissants, mais une lente immersion dans un univers enchanteur et foisonnant, une délicieuse relecture de la mythologie celtique si populaire en Grande Bretagne. Certes, le rythme du récit peut parfois sembler un peu lent (en grande partie du fait des nombreux contes, anecdotes et extraits de biographies fictives que l'auteur intercale dans le fil de son intrigue), mais ce défaut reste très mineur à mes yeux, tant le monde créé par Susanna Clarke séduit par son authenticité et son ingéniosité. L'ensemble donne un récit étrange, un peu déroutant, mais aussi extrêmement riche et prenant et que l'on ne quitte qu'à regret. Une très charmante découverte !
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Souri7
  24 septembre 2016
C'est écrit sur la couverture du livre "a novel"... dites plutôt "un pavé" de presque 1 000 pages en version numérique. Je vous laisse imaginer le livre papier ;)
Bon, ce livre, je vous en avais déjà parlé il y a pas mal de temps quand je l'ai commencé.. (presque 2 mois) et je l'ai terminé récemment.
Que dire ?
Début de l'histoire prometteur avec une Angleterre qui redécouvre la magie au travers de deux personnages aux antipodes l'un de l'autre : Mr Norrell qui est pour un usage strictement académique de la magie (voire s'il pouvait être le seul magicien, il serait content ) et, Jonathan Strange qui souhaite restaurer la magie et la partager le plus possible. Bref, début super prometteur comme je le signalais, mais.... très vite, on tourne en rond, on a droit à des pans entiers du roman sans grand intérêt où les personnages tournent également en rond. Les descriptions, les événements bénins.... vous avez droit à tout.... je ne vous parle même pas des notes en bas de page (plus de 250 donc certaines sont quasiment des sections entières du livre)
Le pire, vous vous dites... oki le début prometteur.. et la fin, elle est comment ?
Réponse : sans queue ni tête
Sérieusement, la fin est tellement alambiquée avec une fin idiote, soporifique, sans grand intérêt... Vous refermez le livre et vous n'avez qu'une envie.... vous demandez "POURQUOI J'AI PASSÉ DES HEURES SUR CE LIVRE ????"

Éviter ce livre... Si nous devions trouver un point positif à ce livre, il est fait pour les détracteurs des livres numériques
Si vous avez envie de le lire (je compatis par avance ), préférez la version papier. J'ai passé un temps fou à surfer sur ma liseuse entre le livre et les notes de bas de pages.... Sérieusement, la lecture la moins agréable depuis longtemps d'un point de vue confort.
Si nous devions trouver un point positif à ce livre, il est fait pour les détracteurs des livres numériques.
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GribouilleLechat
  18 janvier 2017
Voilà un livre que l'on ne peut pas parcourir en quelques jours. Il demande du temps, de la patience et un brin de motivation. Mais si l'on persévère, les efforts sont payants car c'est un grand livre. Mille cent quarante-six pages d'une écriture dense, fouillée, précise, recherchée. Un style un peu à la Jane Austen, avec une bonne dose d'ironie toute en finesse, touchant à la satire sociale, qui m'a fait sourire plus d'une fois.
Pour l'histoire, imaginez une Angleterre du début du XIXe siècle où la magie paraît normale aux gens, qui ont vécu avec elle au quotidien pendant des siècles, avant qu'elle décline et disparaisse peu à peu, jusqu'à n'être plus qu'un souvenir nostalgique.
Les seuls magiciens qui restent sont de vieux messieurs issus de l'aristocratie qui discourent inlassablement sur le sujet, mais de façon uniquement théorique, et qui n'imaginent même pas que l'on puisse encore la pratiquer concrètement.
Jusqu'au jour où ils apprennent l'existence d'un "vrai" magicien, qui vit en reclus dans une ancienne abbaye reconvertie en demeure cossue, dont l'élément le plus spectaculaire et intéressant est une immense bibliothèque constituée de tous les livres de magie existant en Angleterre.
Ce magicien-là, Mr Norrell, n'est pas franchement sympathique, et ne le deviendra à aucun moment du roman. Austère, sérieux, solitaire, il garde jalousement ses connaissances magiques pour lui, n'est pas tellement sociable ni diplomate et vit dans la peur permanente qu'un autre magicien fasse son apparition en Angleterre.
Or, c'est précisément ce qui va arriver, avec l'entrée en scène de Jonathan Strange, un jeune homme riche et extrêmement doué qui a découvert la magie presque par hasard et s'est formé seul, de façon empirique, n'ayant accès à aucun livre (étant donné que Mr Norrell les achète tous systématiquement aux quatre coins du pays, pour être bien sûr que personne d'autre que lui n'y aura accès).
Grâce à deux magiciens "théoriques", connaissances communes aux deux hommes, Strange et Norrell vont être présentés et, contre toute attente, Norrell va être ravi de pouvoir discuter avec un alter ego, un magicien qui, comme lui, pratique réellement son art.
Il va prendre Strange comme élève, et lui apprendre un grand nombre de choses (mais pas tout ce qu'il sait, car c'est plus fort que lui, il y a des secrets qu'il ne peut se résoudre à révéler à un autre).
Ensemble, ils vont éblouir les plus grands personnages du pays et aider le gouvernement anglais dans sa lutte contre Napoléon. Et surtout, ils vont avoir comme but ultime de restaurer la magie en Angleterre.
Mais alors que Norrell est ennuyeux et froid en société, Strange, lui, est charmant, brillant, sympathique et ouvert. Il ne rechigne pas à faire des démonstrations de magie en public, et devient vite la coqueluche de tous les salons et dîners londoniens.
Et le plus important, c'est qu'il va accepter de participer activement à l'effort de guerre en partant au Portugal rejoindre Lord Wellington, le chef des armées anglaises. Là-bas, il va accomplir des prouesses et contribuer grandement à la victoire de son pays contre Napoléon.
De retour à Londres, ayant pris l'habitude d'agir librement et de prendre des décisions par lui-même, il ne va plus supporter de rester sous la férule de Norrell, et leurs divergences de points de vue sur la façon de concevoir et pratiquer la magie va bientôt les séparer complètement.
D'autant plus que le côté féerique et sombre de la magie va bientôt intervenir dans la vie de Strange d'une façon dramatique, le poussant à se surpasser et à explorer son talent plus loin qu'il n'aurait jamais pensé aller, et réussir ce que personne n'aurait cru possible.
Car en effet, ici, l'univers féerique existe juste à côté du nôtre, en parallèle, et se superpose même parfois au nôtre, mais il est loin d'être merveilleux. Au contraire, il est sombre, inquiétant et dangereux. Les fées, hommes et femmes, sont des êtres retords et peu dignes de confiance, prenant un malin plaisir à se jouer des humains, à les envoûter et à leur imposer des vies de tortures mentales et d'esclavage.
Et cet aspect-là, malgré le malaise qu'il provoque chez le lecteur, représente le côté le plus fascinant du roman, avec des passages d'une rare poésie.
Ce roman se découpe en trois parties : la première, consacrée à Mr Norrell et à la mise en place de l'histoire, est la moins passionnante, car il ne se passe pas grand-chose, et le personnage de Norrell n'est ni très attachant, ni très captivant. La deuxième partie, celle où apparaît Strange, est excellente. Tout le passage sur les guerres napoléoniennes, notamment, est passionnant, et il se passe énormément de choses. de plus, comme je l'ai dit, Strange est un personnage sympathique et attachant, et le récit s'illumine dès qu'il est présent.
La troisième partie est une pure merveille ! Un mélange d'aventures, de fantasy et de fantastique, avec une poésie incroyable. C'est clairement ma partie préférée, celle que j'ai lu le plus vite et qui m'a le plus emportée.
Il y a énormément de personnages, dans ce roman, mais tous sont décrits en détails, de façon très précise, que ce soit physiquement ou au niveau de leur personnalité. Ils sont travaillés, complexes, parfaitement crédibles, et aucun n'est ni tout blanc ni tout noir.
Parmi les personnages secondaires, j'ai particulièrement apprécié Childermass, le secrétaire particulier de Norrell, très intelligent, maître de lui-même, et supérieur à son patron en bien des points. D'ailleurs, leurs discussions, souvent empreintes d'ironie du côté de Childermass, étaient un régal pour moi.
La femme de Strange, Arabella, a également été un de mes personnages préféré. Intelligente, vive, agréable, généreuse, charmante, elle s'accorde vraiment très bien avec son mari et ils forment un couple heureux, harmonieux et complémentaire.
Une des caractéristiques les plus originales du livre, et qui peut dérouter au départ, comme cela a été le cas pour moi, est la présence de très nombreuses notes de bas de pages - dont certaines sont impressionnantes par leur longueur -, qui agrémentent et complètent le récit. Il faut savoir que ce sont, pour la plupart, des notes fictives. C'est-à-dire qu'elles font partie du récit et ont pour but de lui donner un aspect "véridique" et "historique", en se donnant des airs de sortir de livres d'histoire ou d'encyclopédies, alors que tout est inventé par l'auteur. Les seules qui sont de vraies notes sont celles où il est précisé "N. du T." entre parenthèses, c'est-à-dire "Note du Traducteur". Mais bien que fausses, ces notes font partie intégrantes de l'histoire, et il ne faut surtout pas faire l'impasse dessus, car on se priverait d'anecdotes amusantes et pittoresques et de renseignements importants pour la compréhension pleine et entière de l'histoire ainsi que de récits sur le folklore féerique et magique. Ces notes contribuent elles aussi à l'immersion du lecteur dans le récit et apportent un plaisir supplémentaire.
Pour finir, je dirai que ce roman possède plusieurs niveaux de lecture, des aspects symboliques et allégoriques certains et de nombreux thèmes qu'il serait passionnant d'explorer plus profondément.
Conclusion : Un roman dense et exigeant, qui ne se lit pas facilement. Je dirais qu'il faut le mériter car il ne révèle toute sa saveur que peu à peu. Or, les débuts peuvent rebuter plus d'un lecteur, par la lenteur du récit à se mettre en place et l'aspect très détaillé de la narration. On se demande parfois où l'auteur veut en venir et pourquoi elle fait une telle digression, avant de se rendre compte qu'en fait, tout ce qu'elle a dit avait son importance. Les descriptions détaillées, l'ambiance admirablement rendue de l'Angleterre de cette époque et le contexte historique très présent en font un récit totalement immersif. On sent que l'auteur a énormément étudié son sujet, que ce soit au niveau historique ou au niveau folklorique et légendaire, et cela apporte vraiment un plus à l'histoire. A l'arrivée, je suis ressortie de ma lecture enchantée, éblouie et pleine d'admiration pour le travail de cette auteure.
En bref, je vous le conseille vraiment. D'accord, l'action est longue à démarrer, le nombre de pages et de notes de bas de pages peuvent sembler décourageants, l'écriture est dense, mais si vous arrivez à dépasser tout cela, je pense que, comme moi, vous ne serez pas déçu.
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Citations & extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
Acr0Acr0   22 août 2012
Cependant, la peinture qui tira l’œil de Strange était une immense fresque murale s’étendant sur toute la longueur du mur nord. Au milieu, on voyait deux rois assis chacun sur un trone. De part et d’autre, debout ou à genoux, se pressaient chevaliers, dames, courtisans, pages, dieux et déesses. La partie gauche de la fresque était baignée de soleil. De ce côté-ci, le roi était un homme beau et robuste, présentant toute la vigueur de la jeunesse. Il portait une toge claire et avait les cheveux dorés et bouclés, le front ceint de lauriers et un sceptre à la main. Les figures des dieux qui l’entouraient étaient tous équipés de casques, de cuirasses, de lances et d’épées, l’artiste suggérant ainsi que ce monarque n’attirait dans son amitié que les plus guerriers des hommes et des divinités. Dans la partie droite du tableau, en revanche, la lumière devenait terne et crépusculaire, comme si le peintre avait voulu figurer un soir d’été. Des étoiles brillaient au-dessus des personnages et tout autour. De ce côté-là, le roi avait la peau pâle et les cheveux bruns. Il portait une toge noire, et sa physionomie était indéchiffrable. Couronné de sombres feuillages de lierre, il tenait en sa main gauche une fine baguette d’ivoire. Son entourage se composait de créatures surnaturelles : un phénix, une licorne, une mantichore, des faunes et satyres. On distinguait également quelques personnages mystérieux : une silhouette masculine en robe de moine avec le capuchon tiré sur le visage, une silhouette féminine enroulée dans une cape foncée et semée d’étoiles, le bras jeté en travers les yeux. Entre les deux trônes se dressait une jeune femme vêtue d’une tunique blanche flottane et coiffée d’un casque d’or. D’un geste protecteur le roi martial lui avait posé la main gauche sur l’épaule ; le roi ténébreux, lui, tendait la main droite vers elle, qui avait allongé la sienne, de sorte que les bous de leurs doigts se touchaient légèrement.
C’est l’œuvre d’Antonio Verrio, une gentilhomme italien, expliqua le valet. – Voici Edward III de l’Angleterre du Sad. – Il montra ensuite le roi de droite. – Et voilà le roi magicien de l’Angleterre du Nord, John Uskglass.
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MarcBibliothecaMarcBibliotheca   31 janvier 2011
Plus tard le même jour, dans une maison de Great Titchfield-street, un dîner fut donné en l'honneur de Mr Norrell, auquel Mr Drawlight et Mr Lascelles étaient aussi présents. Mr Norrell fut prié d'exprimer son avis sur le magicien du Shropshire.
- Mr Stange me semble être un gentleman charmant et un magicien très doué, qui peut représenter un inestimable apport à notre profession, laquelle s'est trouvée un tantinet démunie depuis quelques temps.
- Mr Strange paraît entretenir de très étranges notions de magie, commenta Lascelles. Il n'a pas pris la peine de nourrir des idées modernes sur le sujet - par quoij'entends, bien entendu, les idées de Mr Norrell qui ont tant étonné le monde par leur clarté et leur concision.
Mr Drawlight renouvela son opinion selon laquelle la chevelure rousse de Mr Strange était 'importable' et que la toilette de Mrs Strange, bien que pas exactement à la dernière mode, était d'une très jolie mousseline.
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MissbouquinMissbouquin   07 octobre 2011
"Considérez, si vous voulez bien, un homme qui se tient dans sa bibliothèque jour après jour, un être de petite taille, dépourvu de tout charme particulier. Son livre est posé sur la table, devant lui. Une provision fraîche de porte-plumes, un canif pour aiguiser les plumes neuves, de l'encre, du papier, des carnets, tout est commodément à portée de sa main. Un feu flambe toujours dans la cheminée ; notre ami ne peut s'en passer, il est frileux. La pièce chance avec les saisons, pas lui. Trois grandes croisées ouvrent sur la campagne anglaise, paisible au printemps, riante en été, mélancolique en automne et morne en hiver - exactement comme doit l'être un paysage anglais."
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Pixie_dustPixie_dust   02 août 2016
De part et d'autre, des landes désertes couleur d'ecchymose s'étiraient jusqu'à un ciel sombre, où la neige menaçait. Des rochers gris et informes étaient éparpillés ici et là, rendant le paysage plus désolé et plus sauvage encore. De temps à autre, un rayon de soleil perçait de biais les nuages, illuminant fugitivement un torrent blanc d'écume, ou frappant une fondrière pleine d'eau, qui devenait soudain aussi éblouissante qu'un penny d'argent tombé d'une poche.

Ils atteignirent une croisée de chemin. Le cocher arrêta les chevaux et contempla tristement l'endroit où, à son opinion, un poteau indicateur eût dû se trouver.
-Il n'y a pas de bornes, rien pour indiquer où peuvent mener ces routes! maugréa Stephen.
-À supposer qu'elles aillent quelque part, ce dont je commence à douter, répondit le cocher, sortant une tabatière de sa poche et inhalant une bonne pincée de son contenu.
Le valet qui siégeait à côté du cocher (et qui était de loin le plus transi et le plus misérable des trois) maudit copieusement de Yorkshire, tous les habitants du Yorkshire et toutes les routes du Yorkshire.
-Nous devrions rouler vers le nord-nord-est, je pense, dit Stephen. Mais je suis un peu désorienté sur cette lande. Savez-vous où se trouve le nord?
Le cocher, à qui cette question s'adressait, répliqua que toutes les directions lui semblaient assez nordiques.
Le valet émit un petit rire sans gaieté.
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BlackWolfBlackWolf   19 juillet 2012
-Oh! Avez-vous senti quelque chose?
-Senti quoi, monsieur? s'enquit Stephen.
-Toutes les portes ont tremblé!
Stephen jeta un coup d’œil aux portes des écuries.
-Non, pas ces portes-là! s'impatienta le gentleman. Je parle des portes qui séparent l'Angleterre du reste! On essaie de les rouvrir. Quelqu'un a parlé au ciel et ce n'était pas moi! Quelqu'un commande aux pierres et aux rivières et ce n'est pas moi! Qui ose? Qui est-ce? Venez!
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