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EAN : 9782354080730
335 pages
Éditeur : Mnémos (25/02/2010)
3.83/5   30 notes
Résumé :
En ce début de IIIe millénaire, Child Kachoudas s'ennuie dans des boulots aussi inintéressants que peu rémunérateurs. Jusqu'au jour où son oncle lui confie une mission un peu spéciale : visionner les archives de l'enterrement d'Édouard VII en 1910, observer la foule endeuillée et le contacter ensuite. Les images en noir et blanc défilent sous ses yeux indifférents, quand un homme se retourne et lance à la caméra un coup d'oeil entendu. Cet homme n'est autre que son... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Harioutz
  03 juillet 2019
Vous ne vous en doutiez pas ? Même pas en vous fiant au nombre de mes citations ? Et bien oui, et encore oui, j'ai adoré La parallèle Vertov !
« Accrochée » dès les premières pages - j'aime tellement cette sensation de manque qui plane, au cours de la lecture, sensation de manque que seuls les bons romans procurent - j'ai littéralement été captivée par ce roman de SF dite « dure ».
La précision des détails scientifiques et techniques m'a contrainte, à certains moments, à ralentir mon rythme de lecture, mais je ne l'ai pas assimilé à un désagrément, bien au contraire, puisque cela m'a permis de le savourer davantage !
J'ai tout particulièrement apprécié les très solides connaissances historiques de Frédéric Delmeulle (je vous laisse découvrir sa riche biographie) qui font que l'on ressent l'aisance de l'auteur à promener ses personnages aussi bien que ses lecteurs d'une époque à une autre.
Son style fluide et lié est un vrai régal, la lecture en devient à la fois légère et avide.
Mais ce qui, je l'avoue, m'a le plus séduite, hormis l'histoire très bien construite et les personnages savoureux (je vous laisse découvrir qui se cache sous l'intelligence artificielle du Vertov  …. on sent l'amoureux de cinéma !), c'est l'humour qui perce tout au long du récit.
Un grand merci à l'auteur pour ces instants heureux passés aux côtés de Child, en espérant qu'il sera magnanime avec le médiocre niveau littéraire de ma critique … je demande l'indulgence, car c'est avec le coeur qu'elle a été rédigée !
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MrAZ
  04 février 2021
Mené en bateau, de surprises en surprises ; un chef d'oeuvre
J'ai découvert ce roman lorsqu'il s'intitulait encore " Nec Deleatur ".
C'est-à-dire bien avant que l'auteur ne trouve un nouvel éditeur et que ce livre ne soit remanié et rebaptisé "la parallèle Vertov". Je ne connais pas cette nouvelle mouture mais j'ai énormément apprécié Nec Deleatur.
Frédéric delmeulle nous livre un récit trépidant, intelligent, détaillé, documenté, rythmé, au vocabulaire riche mais jamais assommant.
Je ne savais absolument rien de ce livre lorsque j'en ai entamé la lecture (cadeau d'un ami qui a voulu préserver le mystère). le titre en latin et l'illustration de la couverture ne m'ont rien appris. Je suis allé de surprises en surprises. J'ai d'abord cru qu'il s'agissait d'un roman policier ou d'un roman d'aventure comme on en faisait il y a de cela un siècle. C'est au fil des pages que j'ai réalisé qui était vraiment le personnage principal et qu'il s'agissait de littérature fantastique. J'ai adoré suivre les "bonds spatio-temporels" du sous-marin Vertov et les efforts incessants des 2 voyageurs (Child Kachoudas et l'oncle de Almedia) pour essayer de rattraper leurs bévues en cascade. Je n'ai pas une grande culture en science-fiction, mais ça m'a rappelé les inquiétudes et les questionnements que l'on trouve dans " le Voyageur imprudent " de Barjavel.
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temps-de-livres
  23 mai 2012
De nos jours, Child Kachoudas est un mercenaire. Habitué des bibliothèques, il arrive à vous trouver des archives oubliées de tous, des objets rares, contre une forte rétribution. Cette activité va prendre un nouveau tournant quand, il voit son oncle à un enterrement : Celui d'Edouard VII en 1910. C'est ce même oncle, qui lui a demandé de visionner ces funérailles.
Entre 1910 et 1945, deux journalistes enquêtent sur Thomas Raleigh, un sujet britannique. Après avoir disparu, il reapparaît très riche. Malgré les guerres, les crises économiques...
Entre ces deux histoires, une machine à remonter le temps : Un sous-marin nucléaire russe, le Vertov.
Un récit à tiroir
Frederic Delmeulle, dont c'est le premier récit, nous entraîne dans une aventure rocambolesque. Son récit s'articule autour de plusieurs genres, toujours sous le couvert scientifique de remonter le temps. Nous aurons l'explication scientifique du voyage temporel, mais aussi les risques des incidents. le récit d'aventure s'articulera sur les voyages, sur les rencontres faites avec les autochtones (nos ancêtres). Il y aussi l'enquête journalistique qui pose ses pièces petit à petit. Mais que serait un récit temporel sans l'inévitable accident qui va gripper l'histoire? Dans ce cas, quelle théorie utilisée? Et comment revenir au point zéro?
Une histoire homogène
Cet aspect "tiroir" fait penser aux feuilletons que nous devons suivre :" Les pulps"Tourner la page pour savoir de quoi il retourne. La plume de Frédéric Delmeulle tient en haleine., Tous les récits sont efficaces, logiques, mais écrits avec un style différent. On y trouve des références historiques, scientifiques et quelques clins d'oeil qui raviront les lecteurs. Voici un livre qui est une excellente distraction, sans difficulté particulière.
Ce livre ferait partie d'une oeuvre plus globale : Les naufragés de l'entropie. A suivre, donc.
Le récit a été publié une première fois sous le titre : "Nec Deleatur" chez Editeur Independant.com. L'actuelle édition a été revue et corrigée.

LA PARALLELE VERTOV
AUTEUR : FREDERIC DELMEULLE
EDITIONS : MNEMOS
Lien : http://temps-de-livres.over-..
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Dwalin
  19 août 2019
C'est bien écrit et passionnant. Quelques bémols : beaucoup de possibilités pas exploitées qui nous laissent un peu sur notre faim, de même pas mal de choses qui nous font dire : "Mais pourquoi ?", et également quelques "WTF ?" What the Fuck ? (à la tout fin par exemple).
Le côté enquête en particulier est génial, ce sont plus les aventures des passagers du Vertov qui me déçoivent un (tout petit) peu.
Je viens de commander Les Manuscrits de Kinnereth du coup (c'est plus ou moins la suite).
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Gromovar
  25 octobre 2010
Nec Deleatur est réédité sous le titre La Parallèle Vertov : Voici un livre que je n'aurais jamais du lire. Titre cryptique et couverture peu engageante ne sont que les moindres de ses handicaps. le pire est là : il est introuvable en librairie. Frédéric Delmeulle n'a trouvé qu'un éditeur Internet pour publier son premier roman : l'Editeur Indépendant. Chaque exemplaire y est imprimé à la commande et expédié chez vous sous 8 jours. 300 exemplaires vendus et c'est rentable, sinon tant pis. J'aimerais pouvoir dire que mon flair infaillible m'a guidé vers cet ouvrage mais l'honnêteté m'oblige à dire que c'est faux. le premier roman de Frédéric Delmeulle a bénéficié d'une review élogieuse par Gérard Klein himself, review qui a été à la source d'un buzz important sur le Net, et le murmure a fini par arriver jusqu'à moi (intéresssant de noter qu'une traduction approximative de buzz pourrait être al azif).
Lien : http://quoideneufsurmapile.b..
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
HarioutzHarioutz   24 juin 2019
Depuis leur mémorable voyage au cœur de l'Oubangui-Chari, Grierson s'était contenté de vieillir paisiblement.

En 1914, il était trop âgé déjà pour figurer parmi les volontaires de l'armée Kitchener. Il savait d'ailleurs que son âge n'avait été qu'un prétexte commode : dès cette époque, il s'horrifiait des discours qui annonçaient une guerre "fraîche et joyeuse", comme disait l'empereur Guillaume, et n'avait jamais eu la moindre envie de participer à la grande boucherie.

Reboul, lui, n'y avait pas échappé. Il n'avait d'ailleurs pas cherché à le faire : ses espoirs internationalistes avaient volé en éclats après la mort de Jaurès; il avait assisté, impuissant, à la prosternation lamentable de tous les socialistes d'Europe devant le monstre qui s'éveillait, et avait retrouvé de 2 août 1914 son uniforme de capitaine de réserve au 365e régiment d'infanterie.

Il n'avait survécu aux hécatombes des six premiers mois, puis aux tranchées du mont Sans Nom, que pour se trouver en première ligne à Verdun le 21 février 1916. Pour en avoir entendu le récit de sa propre bouche, un soir de 1919, Grierson savait que ce jour-là et les suivants avaient brisé le Français à jamais : l'orage d'acier avait englouti ses hommes les uns après les autres, abandonnant quelques restes ici ou là.
Lorsqu'un shrapnell lui eût arraché le bras, Reboul avait encore eu la lucidité d'enrayer l'hémorragie, en cautérisant son moignon déchiqueté sur un cadavre qui brûlait.
Les obus de 420 avaient ensuite labouré le paysage trois jours durant, faisant trembler la terre sans discontinuer et obligeant le rescapé à se terrer au fond d'un cratère de boue, avec la charogne d'un cheval écartelé pour toute compagnie.
Le quatrième jour, les canons s'étaient tus; englué jusqu'à la taille dans la glaise qui l'aspirait lentement, il avait réussi, par miracle, à sortir de sa stupeur pour héler quelques silhouettes fantomatiques.
On l'avait tiré de son bourbier et rapatrié sur un poste d'infirmerie dévasté par les bombes
Là, il s'était finalement aperçu qu'un deuxième éclat lui avait crevé l’œil gauche et lacéré la moitié du visage.

Le lendemain, alors qu'on allait l'évacuer sur son brancard, les Allemands avaient attaqué au gaz moutarde.
Reboul avait encore son masque mais sa main unique n'avait pu l'appliquer parfaitement sur ses plaies à vif.
Le sulfure d'éthyle dichloré le rendit momentanément aveugle et lui brûla les poumons, sans parvenir, lui non plus, à le tuer. Plus tard, il commença secrètement à ronger ses reins et son appareil digestif.

L'homme qui déjeunait ce matin-là au soleil faisait donc partie de ceux que l'on avait coutume d'appeler, depuis quinze ans, les "gueules cassées".
Grierson savait que Reboul approchait la soixantaine mais son visage déformé et couturé ne marquait plus d'âge défini.
Ce visage s'était sculpté une fois pour toutes en 1916, c'était celui de la guerre.
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HarioutzHarioutz   29 juin 2019
« Tu connais la place du Tertre, Child ?
- Évidemment ! Pourquoi ça ?
- Tu y arrives … Ça ressemble à quoi, en 1215 ? »

Le jeune homme eut une moue sceptique.
« À pas grand chose …
- Ça n'a rien d'anormal : Montmartre n'est occupée que depuis un siècle, et simplement par des congrégations religieuses. Tu dois d'ailleurs apercevoir l'église Saint-Pierre. Elle a une cinquantaine d'années à peine.
- Oui, il y a bien un édifice. Ça me paraît quand même nettement plus petit qu'une église.
- Oh, à vrai dire, elle est peut-être encore en chantier. 1147 n'est que l'année où on a commencé sa construction.
- Je vais voir », fit Child en prenant le colt à deux mains.

Le cœur battant, il s'avança lentement dans l'espace découvert, s'attendant à tout moment à percevoir le sifflement d'une flèche. Au moindre murmure de la forêt, il se retournait brusquement, arme prête au feu et scrupules au placard. Il accomplissait un tour entier sur lui-même et se remettait à avancer vers le bâtiment, l’œil volant de tous côtés. Lorsqu'il fut à une cinquantaine de mètres de la construction, l'évidence n'était plus niable.

« C'est pas une église.
- Hein ?
- Ce n'est pas une église. C'est un bâtiment de forme elliptique. Quatre mètres de large, une petite dizaine en profondeur. Murs de pierre sèche, sans mortier. Du calcaire, on dirait. Les murs montent à peine à deux mètres. La toiture est une espèce de chaume, avec un faîtage constitué de grosses pierres alignées. Si tu veux mon avis, ici on ne sait pas ce que c'est que le roman ou le gothique ... ».

Le professeur resta longtemps sans répondre, tandis que son neveu retournait son indécision en tous sens devant l'entrée de la construction. Le passage était barré par une porte de bois assez rudimentaire. Avec un certain soulagement, il constata qu'elle ne s'ouvrait pas.

« Tu vois quelque chose d'autre ? »
Child venait de passer derrière le bâtiment.
« Oui …
- Mais encore ?
- Il y a … un monument …
- Quel genre de monument ? s'énerva le professeur.
- C'est une statue en pierre blanche. Toujours du calcaire, apparemment. En fait, c'est un monolithe, genre 2001, surmonté d'une tête sculptée. L’exécution est franchement grossière : ça ressemble à de la bondieuserie paysanne, assez vieille et très moche.
- Et la tête ?
- Elle est sculptée à plat, en deux dimensions. C'est celle d'un homme, avec un nez assez long et une barbe.
- Plutôt Jésus ou plutôt Apollonius ?
- Aucune idée. Il n'y a aucune inscription, et pas de croix.
- Les traits du visage ne te permettent pas de l'identifier ? »

Child ricana. « Le visage n'a pas de traits … Juste ce que je viens de t'indiquer. Les mille ans qui se sont écoulés depuis Lugdunum semblent avoir vu une certaine décadence de l'art occidental ! ».
L'oncle bougonna :
« Je t'avais bien dit que je déconseillais un saut de mille ans !
- Je sais. Et tu as préféré bouder dans ton coin plutôt que m'accompagner ... ».
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HarioutzHarioutz   28 juin 2019
- Bon … Mais quand il se matérialise, qu'est-ce qu'il se passe s'il se trouve déjà quelque chose là où il apparaît ? Ta machine recompose tout pêle-mêle ? En clair, le Vertov peut-il improviser un hybride à partir du professeur de Almédia débarquant au crétacé et d'un tarbosaure ayant mal choisi l'endroit de sa sieste ?
- Là encore, aucun danger, grâce au principe d'exclusion.
- Qui consiste … ?
- C'est un dispositif assez complexe qui expulse tous les atomes du secteur d'arrivée, qu'il s'agisse des atomes de ton tarbosaure ou, plus banalement, de ceux qui composent un océan ou l'atmosphère. Cette expulsion étant … euh … vigoureuse, il est préférable pour un être vivant ou n'importe quoi d'autre, de ne pas se trouver à l'endroit de matérialisation : on trouverait de la bouillie de tarbosaure à quelques dizaines de mètres à la ronde.
- Et si c'est au centre d'une montagne ?
- Le Vertov y ferait un trou correspondant à son gabarit, et causerait sans doute une belle petite secousse tellurique en expulsant autour de lui tous les atomes qui occupaient sa place.
- Sans être détruit ?
- Sans courir le moindre risque, répliqua son oncle : l'expulsion a lieu quelques fractions de seconde avant la matérialisation du sous-marin.
C'est un peu comme si on faisait exploser une bulle d'anti-matière : tout est volatilisé dans l'instant, avec une dispersion aléatoire qui limite fortement l'effet de souffle, lequel aurait été dévastateur dans un endroit clos tel que le tunnel. La place est alors libre pour notre entrée en scène …
Bien sûr, si nous nous retrouvions coincés dans un amas rocheux, nous serions indemnes mais immobilisés. Et il faudrait procéder à un nouveau saut pour nous dégager. C'est pour cette raison que nous choisirons le plus souvent possible d'apparaître en mer : nous n'y ferons que brasser de l'eau, ce qui n'aura aucune conséquence pour nous et limitera fortement les risques de causer une hécatombe, humaine ou animale …
- D'autant, surenchérit Child, que ce principe d'exclusion pourrait provoquer des paradoxes temporels, non ? Pulvériser ou pas un tarbosaure aurait peu d'incidence sur le futur mais apparaître dans le lit de Louis XIV poserait davantage de problèmes …
- C'est le moins que l'on puisse dire : l'Histoire n'apprécierait pas que l'on retrouve de la bouillie de Roi-Soleil tout autour du château de Versailles ! Raison supplémentaire pour laquelle il nous faudra toujours apparaître en des endroits reculés, et autant que possible en mer.
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HarioutzHarioutz   03 juillet 2019
Child reçut une écuelle grassement culottée par des années sans vaisselle. La cuiller de bois qu'on lui proposa empestait le lait tourné à un mètre à la ronde mais il avait par bonheur la sienne dans son sac.
Jamais il ne fut plus heureux de serrer entre ses doigts la petite merveille d'acier, aussi propre qu'inoxydable.
Le repas se déroula dans un silence religieux, ses hôtes n'osant parler et lui s'appliquant à fermer la bouche pour ne pas vomir dans son assiette.
La soupe était sure et le pain rassis. Celui-ci avait en outre immortalisé dans sa mie quelques grosses mouches, bon nombre de crottes de souris, plus tout ce que la lueur de l'unique chandelle ne permettait pas de distinguer.
Dans le chaudron surnageait un morceau de lard ranci qui échut tout entier à l'invité malgré ses vaines protestations.
La collation terminée, il y eut un nouveau conciliabule entre les deux époux, où la question du couchage était clairement abordée.
Tout snobisme mis de côté, il ne se voyait pas partager le lit de la famille ; à son immense soulagement, l'hypothèse ne sembla même pas envisagée : loin de la paillasse infestée par les poux, puces, punaises et morpions, on lui prépara -avec des excuses encore ! - un matelas de foin bien sec près du foyer.
Puis la femme de Roch, solennelle ouvrit le coffre, y fourragea quelques instants et en ressortit enfin, avec des gestes précieux, un tissu de chanvre très râpeux qui ne comportait que quelques trous et était incontestablement un drap.
On étendit ce dernier sur le foin. Puis, après quelques dernière phrases que ne comprit pas Child, la famille se retira dans le noir à l'autre bout de la pièce.
Lui-même s'allongea tout habillé sur le drap auquel il trouva une odeur bizarre, très différente des autres.
Il lui revient à l'esprit qu'au Moyen-Age – dans son Moyen-Age bien entendu - , les ménages de paysans ne possédaient en général qu'un ou deux draps, jamais utilisés pour la literie : ils servaient exclusivement de linceuls et on les récupérait d'un enterrement sur l'autre.
Ce soir-là, en écoutant les rats trottiner autour de lui, il sut d'emblée qu'il mettrait longtemps à trouver le sommeil.
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HarioutzHarioutz   02 juillet 2019
Ce panorama, le tableau de cette nature idyllique sur laquelle il jetait un regard presque épouvanté, aurait fait se pâmer bruyamment tous les touristes du monde, friands de pittoresque et de grandiose, acharnés à célébrer les vestiges d'un éden fantasmagorique.
Mais qu'y avait-il, au fond, derrière le paysage paisible de cette montagne ?
Partout ces courses-poursuites terrorisées au creux des fourrés, des crocs qui se refermaient sur l'échine du lièvre, la belette qui se glissait dans le nid des campagnols, la chenille anéantie d'un coup de bec, l'apocalypse qui allait fondre sur la fourmilière, la lycose tapie au fond de son terrier, la femme et son enfant tués là-bas, la lutte à mort et le carnage sans trêve avaient lieu sous chaque brin d'herbe, à chaque instant du jour ou de la nuit.
Voilà ce qu'était cette montagne, et le monde aussi : un terrain de chasse, un décor de guerre.
Un endroit où n'avait jamais existé ni loi ni harmonie. Aucune règle, chacun pour soi, et la survie qui s'achète souvent au prix du meurtre quotidien.
Dans ce monde, presque tout ce qui respirait vivait dans l'angoisse d'être mangé un jour.
L'homme, il est vrai, avait perdu cette angoisse-là : être chassé pour sa viande; courir pour échapper à des mâchoires claquantes; remplir l'estomac d'une bête; se dissoudre morceau après morceau dans les acides digestifs; être déjecté enfin le long d'un petit chemin comme celui-là et finir en grosse merde nauséabonde sous les fougères.

.../...

Que pesait-il, lui, dans ce cycle sans fin ? Pas lourd, c'était une évidence, mais une évidence qui ne suffisait pas à circonscrire son rôle exact.
Il était d'abord l'un de ces prédateurs. Un agent dissociant peut-être un peu plus redoutable que d'autres.
Il était aussi un historien, qui s'était embarqué sur le Vertov pour revivre l'histoire des hommes comme on n'avait jamais pu le faire mais l'Histoire, après tout, n'était jamais qu'un immense cimetière.
Une nécropole au long de laquelle on déambulait avec plus ou moins de candeur, ainsi qu'il l'avait fait à Lugdunum.
la nécropole de l'humanité toute entière; des tombeaux magnifiques et aussi d'innombrables charniers, et fosses communes devant lesquels on passait sans un regard.
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