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EAN : 9782266272001
352 pages
Pocket (24/05/2017)
3.92/5   58 notes
Résumé :
The Boston Girl, c'est Addie Baum, née en 1900 de parents immigrés polonais, peu préparés et plutôt suspicieux à l'égard de la culture américaine qui tentent d'élever leurs trois filles dans la tradition juive de l'Europe de l'Est. Mais la curiosité et l'intelligence d'Addie la propulse dans un tout autre monde, fait de jupes courtes, de films, de livres et de nouvelles opportunités pour les femmes. Un monde dans lequel une fille termine le lycée, va à l'université,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
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Parfois, les meilleures "pioches" se font complètement par hasard et si je n'avais pas été attirée par le titre , je serais probablement passée à côté de ce livre émouvant et instructif.
Ce roman commence lorsque Ava demande à sa grand- mère Addie Baum ( 85 printemps ), née en 1900, comment elle est devenue la femme qu'elle est aujourd'hui. S'en suit toute une vie déroulée sous nos yeux ébahis et on en oublie presque LA question tellement on vit cette histoire ; (notamment quand à la page 250, Addie brûle les étapes en annonçant l'identité de son futur mari, chose que sa petite fille peut déduire grâce au prénom du petit- ami... mais pas nous !) .
A travers la jeune Addie, c'est tout un pan de l'histoire du XX ° siècle qui défile, et surtout l'évolution de la condition féminine , mais pas que...
En 1915, Addie a 15 ans, et pour échapper à sa condition sociale et à l'oppressante atmosphère de chez elle , elle se réfugie dans les livres . Son univers changera lorsqu'elle aura l'opportunité de rejoindre un club de lecture pour filles. Elle s'y créera des amitiés solides, de celles de toute une vie. Cadette de trois filles, ses parents ont fui la Pologne , et très tôt (7/8 ans...) , les gamines travaillent pour apporter leur salaire à la maison. Son père est lointain, sa mère a un caractère exécrable, et lui préfère sa deuxième soeur. Mais grâce aux livres, à l'instruction, au travail, et aux belles rencontres, Addie s'en sortira .
Parcours de vie, mérite , coups du sort, tragédies : la vie ne fera pas de cadeaux à sa famille Baum . Mais au-delà de ces personnages , l'auteur nous parle de la condition de la femme , de la parentalité, du travail des enfants, du lynchage des Noirs, et de tous les changements survenus au XX° siècle. Le fait qu'Anita Diamant soit spécialiste des traditions juives, ajoute un plus, un cachet , une petite musique , qui fait de ce roman , un récit très original et savoureux.
Instructif, extrêmement agréable à lire, j'ai eu l'impression de quitter , en refermant ces pages, des gens que je connaissais, de vrais gens ... Troublant...

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Née avec le siècle, Addie Baum a 85 ans quand sa petite-fille lui demande comment elle est devenue la femme qu'elle est. Il faut dire que c'est de haute lutte que, jeune fille issue d'une famille d'immigrés juifs polonais, elle a conquis sa liberté et ses choix de vie, en désaccord avec une mère autoritaire et mal adaptée à la vie en Amérique. Pour sa petite-fille, Addie va dérouler le fil de son histoire, depuis l'année de ses 15 ans où elle a ouvert la porte du Club de lecture du samedi. Dans cette institution bostonienne, elle va trouver des amies d'abord, mais aussi une autre façon de penser la condition féminine. Alors que chez elle, une fille doit être une parfaite femme d'intérieur pour trouver très vite un mari, Addie entrevoit d'autres possibilités : étudier, travailler, partir en vacances et, pourquoi pas, aimer un homme avant de l'épouser. Forte de ces convictions toutes neuves, l'adolescente va trouver la force de s'opposer à sa mère pour trouver sa voie. Il y aura des crises, des larmes, des drames, des peines de coeur, mais surtout des joies, des amies sur lesquelles compter, de belles expériences, et au final, une vie bien remplie, heureuse et épanouissante.

La belle histoire d'une fille indépendante qui découvre la vie hors de son milieu familial trop rigide et étriqué pour ses ambitions. A travers elle, c'est toute l'évolution de la condition féminine qu'évoque Anita Diamant. La femme américaine sort de sa cuisine et aspire à plus de libertés. Elle se détache des traditions familiales, ici juives, pour s'ouvrir au monde du travail, à l'instruction, aux loisirs. Addie, entourée d'une petite bande de filles qu'elle admire, se fait sa place sans toutefois renoncer aux valeurs inculquées par ses parents. Malgré leurs craintes, elle ne devient pas une fille légère mais aime profiter de la vie, en contradiction totale avec les siens. Cette Amérique qui fait peur à son père et que sa mère déteste est le pays dans lequel elle est née et qui lui offre toutes les opportunités. Elle sera secrétaire, journaliste, enseignante, mais non sans patience et persévérance. Addie sait ce qu'elle veut et figure la femme nouvelle, la parfaite bostonienne, intelligente, cultivée, indépendante, une héroïne attachante, vive et joyeuse. Un roman tonique, qui se lit vite et bien, qui ne laissera certainement pas un souvenir impérissable mais reste un bon moment de lecture grâce à son ton résolument optimiste.
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Vivre parce qu'on le veut
OU
Vouloir croire au bonheur, toujours !

Oui, j'ai adoré ce livre, c'est vrai !
Non, ce n'est pas de la grande littérature. C'est du vécu.
Une grand'mère raconte sa vie à la plus jeune de ses petites filles.

Ses parents : des juifs immigrés à Boston, de Pologne, vers la fin du 19ième siècle. le père, un homme calme, digne, gagne sa vie comme il peut, en usine. La mère, paysanne, est enfermée dans les codes très stricts de sa culture d'origine, et, pour elle, l'Amérique est un cauchemar auquel elle n'arrive pas à s'habituer. La Pologne, c'était le paradis, même si on s'y faisait sabrer par les cosaques et qu'on y crevait de faim. Au moins on y était chez nous, et on comprenait le monde. Ici, l'air est irrespirable, la nourriture sans goût, les femmes sont des putes et les hommes des brutes. Et on vit à cinq dans un taudis d'une pièce et demie ( un couloir où on a mis le lit des trois filles). Alors les parents s'engeulent tous les soirs. Comme tout le monde dans l'immeuble. Donc ca ne dérange personne, sauf peut-être les rats qui hantent les palliers.

Annie a deux soeurs, nées là-bas, elle est la seule à être née ici, aux Etats-Unis. Elle pourrait devenir comme sa soeur Célia, fille fragile aux tendances auto-mutilatrices et à l'anorexie. Celia qu'on n'arrive pas à marrier...Ou sa soeur Betty, que sa mère traite de pute parce qu'elle en a eu assez des portes claquées et des pommes de terre au chou vert: elle est partie gagner sa vie comme vendeuse en magasin de mode en disant ciao. Non, Annie a eu une vision de la beauté : l'école, son silence (relatif), la propreté des locaux, la lumière des grandes fenêtres, l'étude, les bonnes notes à la place des coups de geule.

Ce n'est pas une introvertie inclinée à l'examen de soi. Elle cherche le mieux, elle a de l'espoir, elle veut s'en sortir. C'est une fille courageuse, puis une femme d'action. Elle étudie tant qu'elle peut : quelques années du secondaire. Elle travaille, cherche des meilleurs boulots, et les trouve. Intelligente, rapide, sociable. Elle fait son chemin.

Alors sur ce chemin, il y pas mal d'embûches. Les hommes, dont beaucoup sont des prédateurs, surtout dans un environnement professionnel . Elle manque de peu d'y passer... Les filles qui n'ont pas eu cette chance, et les avortements clandestins - une pratique éffroyable. L'alcool, chez les hommes, et pas la bière, mais le tord-boyaux de la prohibition. Des conditions de travail que l'on trouve maintenant au Pakistan ou au Cambodge.

Des embûches, mais l'amour aussi. Pour une fois, un homme qui n'est pas un muffle qui veut lui faire une passe. Un homme attentionné, un avocat qui plaide les causes sociales, un homme doux qui a le sens de l'humour. Ils sont restés ensemble jusqu'à sa mort, un demi-siècle de bonheur. Des enfants, des petits enfants. Des amies, aussi, plus des soeurs que des amies - et quelques amis .Un réseau, de filles surtout, qui s'épaulent, qui ne se laissent pas tomber quand la maladie, la dèche ou " l'accident" surviennent. Presque toutes de familles juives immigrées la génération précédente. Elles ont connu la même chose, plus ou moins.

Alors c'est quoi, ce livre ? C'est un grand bol d'air frais, salé, venu de la mer. C'est une leçon de vie, de courage. Pas d'une psy qui vous écrit que tout ca se tient. Mais d'une femme qui s'est frayée un chemin, un chemin de vie. Sans devenir insensible, sans prendre des airs, et, surtout , sans perdre espoir. Bravo ! Et Merci !
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Boston girl, c'est le titre original, et celui qui figure sur l'édition française que j'ai empruntée à la médiathèque.

C'est une chronique familiale et historique contée de façon dynamique avec les confidences d'Addie Baum à sa petite fille qui veut en apprendre plus sur elle. C'est un roman, mais le procédé utilisé rapprochent les personnages de nous, comme si nous étions aussi dans la pièce à écouter Addie.

Anita Diamant, nous livre ainsi un aperçu de la difficile intégration de la première génération de juifs américains qui ont fui les pogroms de l'Europe de l'Est. S'installer loin de chez soi n'est pas chose aisée que l'on fuit la guerre, des persécutions ou la misère. Addie est celle des trois filles de la fratrie qui est née à Boston et n'a jamais connu l'Europe. Ses copines sont italiennes et irlandaises. Elles portent aussi en elles d'autres histoires terribles.

Elle nous raconte également par l'intermédiaire de son héroïne, ses soeurs et ses amies une histoire d'émancipation des femmes par le travail et l'éducation. Les choses ne sont pas simples dans la première moitié du 20 eme siècle . C'est un vrai combat, comme celui de limiter le travail des enfants et de lutter contre le lynchage des noirs . C'est un peu une histoire féminine de l'Amérique, un autre regard sur le siècle .

Addie nous raconte toutes ces histoires, avec ses joies, ses douleurs, ses rencontres, ses amours, pour que jamais nous ne puissions dire que les choses étaient mieux avant...vous savez, quand les filles n'allaient pas à l'école, quand les gamins mouraient à l'usine . S'il y a bien un progrès qui vaille, c'est bien dans la condition humaine qu'il est à rechercher.

Un bien joli message à méditer !






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Dans ce livre, Addie raconte à sa petite-fille son parcours de femme et débute son histoire en 1915. Et c'est toute une rétrospective de ce qu'était alors la condition de la femme à l'époque. Déjà l'éducation stricte : les enfants obéissent à la volonté parentale que ce soit pour les petites choses du quotidien ou pour décider si vous alliez travailler ou aller à l'école. Votre maigre salaire sert à combler les revenus de vos parents qui s'échinent à rapporter sur la table de quoi nourrir la famille : souvent du chou et des patates. Vous êtes aussi la future épouse de l'homme qu'ils désignent pour vous. Il n'est pas question de choix ou d'amour (il vient avec la vie commune parait-il !). Les grossesses non désirées se règlent en catimini seule dans son coin, avec leur lot de complications passablement graves.
C'était donc enrichissant de se rappeler le passé récent de la Femme moderne que nous sommes à présent. Et de mesurer la précieuse évolution de notre place dans la société (pour ne jamais subir une quelconque influence qui mettrait à mal cette place qui doit encore gravir des étapes) !
J'ai apprécié aussi que l'héroïne et son entourage soient de culture juive (et ceci hors du contexte traditionnel de l'holocauste) car cela m'a permis d'en savoir un peu plus sur celle-ci. Néanmoins, même en 1915, un certain antisémitisme existait déjà, pas seulement en Europe, mais aux Etats-Unis aussi.
Petit bémol, la fin est malheureusement un peu bâclée à mon goût et aurait mérité plus de développement.
Cependant, ce « journal » (plutôt le récit d'une transmission d'une grand-mère à sa petite-fille) m'a paru plaisant à lire, frais et léger tout en abordant des thématiques importantes comme je l'ai évoqué plus haut.
En bref, un bon petit moment de lecture.
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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
A la maison, ce n'était pas terrible. Mais j'aimais aller à l'école. J'aimais cette sensation d'être dans des pièces avec des plafonds hauts et de grandes fenêtres. J'aimais lire et avoir de bonnes notes et entendre que j'étais une bonne élève. J'allais à la bibliothèque chaque après-midi.

Ayant fini l'école primaire, un des enseignants vint à la maison pour dire à Maman et à Papa que je devais aller à la grande école. Je me souviens de son nom, mr. Wallace, et il leur dit que ce serait dommage de ne pas y aller et que j'aurais un meilleur emploi si j'y allais. Ils l'ont écouté, très poliment, mais quand il eut terminé, Papa dit " Elle sait lire et compter. C'est assez."

J'ai pleuré toute la nuit, et le jour d'après, je suis resté très tard à la bibliothèque, même si je savais que je me ferai gronder. Je ne voulais même pas regarder mes parents, tellement je les détestais.

Mais la nuit suivante, ma soeur Celia me dit que je pourrai aller à la grande école au moins pendant une année. Elle a du parler à Papa.

J'étais si contente d'aller au secondaire. Les plafonds étaient encore plus hauts, je me sentais comme si j'étais une géante, comme si j'avais de l'importance. J'adorais l'école. Ma prof. d'anglais, une vieille dame qui portait toujours des cols en dentelle, me donnait toujours des "A" pour mes devoirs, mais disait qu'elle s'attendait à mieux . J'étais presque aussi bonne en arithmétique, mais mon prof. d'histoire se moquait de moi, me demandant si j'avais des fourmis dans ma culotte parce que je n'arretais pas de lever la main.

Comme beaucoup de filles de mon année, après l'école, j'allais au centre social de la rue de Salem. J'y prenais des cours de cuisine, mais je passais le plus clair de mon temps à la bibliothèque...C'est sans doute là que commence la réponse à ta question : comment suis je devenu qui je suis ?

(pp.13-14)
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Je n'ai rien dit de mes plans jusqu'au jour où mes parents ont déménagé. Quand le camion est arrivé devant chez nous, j'ai dit à mes parents que j'avais pris une chambre à la pension de la rue de Trémont. Un endroit très respectable, et Betty m'avait dit de signaler que c'était surtout des dames juives qui y vivaient, comme si ca pouvait faire une différence.

Mon père a fait une sale tête, mais il n'a pas eu l'air surpris, ce qui me fait croire que Betty lui avait dit d'avance. Ma mère, c'était une autre histoire. Elle me regardait comme si j'étais un ver. " Je devrais être heureuse que tu ailles vivre dans un bordel juif ?".

Et ce n'était que le début. J'étais désobéissante et têtue. Méprisante. Je ne lui disais jamais ce que je faisais ou où j'allais. J'étais une déception, une idiote. J'étais prétentieuse.

Plus elle continuait, plus elle s'enervait.

Puis elle finit : " Tu vas le regretter. Et ne reviens pas quand tu seras dans le ruisseau."

Ma mâchoire faisait mal à force de la serrer. Je m'étais promis de ne pas me battre, mais dans ma tête j'hurlais. Ne m'appelle pas une pute. Pourquoi est-ce que lire un livre me rend prétentieuse ? Pourquoi tu ne me demandes jamais ce que je lis ? Le ruisseau ? Qui paye le loyer ici ?

...

J'aimais à m'imaginer comme il serait merveilleux, le jour où j'irai vivre seule, mais ce dont je me souviens, c'est que j'ai courru jusqu'au coin de la rue et que j'ai vomi au caniveau.

(pp.230-231)
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Aaron courait avec un imper dans une main et une valise dans l'autre. Et un sourire idiot sur le visage. "C'est Addie, hein ? Rita ne m'a pas donné votre nom de famille. Moi c'est Aaron Metsky, le frère de Rita."
Je dis " C'est Baum."
"Quoi?"
"Mon nom."
"Baum?"
Il rit, je ris. Puis il m'a demandé s'il pouvait m'inviter à dîner, si j'avais faim, et si je n'avais pas déjà mangé. Est-ce qu'on m'attendait ? Un fiancé, peut-être? Ou est-ce qu'il était trop tôt pour dîner? Quelle heure était-il ?
Il était adorable, et il continuait à parler et à parler. Alors je lui ai donné la main : " Ravie de vous rencontrer."
Il avait la main chaude et ne lachaît plus la mienne. Nous restions là, à nous regarder en souriant comme si nous avions gagné à la loterie.
Finalement il me dit " Ou est-ce que vous voulez aller dîner?"

(pp.268-269)
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(1919-1920)

Ernie était solennel, voire un peu guindé, mais je ne lui en voulais pas. J'étais presque sûre que c'était lié à sa blessure, mais quand je lui ai demandé où il avait combattu, il a secoué la tête.
- Selon les médecins, je devrais oublier tout ça.
Je n'ai pas reposé la question. En repensant à ce qu'ils ont fait à ces pauvres hommes, je suis en colère. Ernie souffrait d'un trouble de stress post-traumatique - autrefois appelé "obusite" - et les médecins lui ont conseillé de tout refouler. Ils ne se rendaient pas compte, mais c'est comme traiter la syphilis avec des barres chocolatées.
(...)
Il ne faisait pas plus frais là-bas et nous nous sommes retrouvés près d'une bande de garçons qui jouaient avec des pétards, restes de la fête nationale. Le bruit rendait Ernie nerveux alors nous avons rebroussé chemin. C'est à ce moment-là que la première fusée a explosé au-dessus de nos têtes. Ernie a sursauté puis essayé d'accélérer.
(...)
Ernie s'est jeté la tête la première dans le sable, les mains sur la nuque. Je me suis accroupie pour le rassurer - ce n'étaient que des gamins qui faisaient du bruit - mais s'est ensuivie toute une série de violentes explosions, résonnant le long de la plage.
Ernie s'est relevé puis a couru en trainant sa jambe malade derrière lui. Il avançait à l'aveuglette, la tête baissée et les mains sur les oreilles, il ne s'est donc pas rendu compte qu'il avait renversé un petit garçon, et encore moins que le père de ce dernier le poursuivait. Petit et les jambes musclées, il n'a pas mis longtemps à rattraper le pauvre Ernie boiteux dans ses chaussures pleines de sable. Il l'a plaqué au sol mais Ernie s'est roulé en boule en émettant ces terribles bruits de suffocation que font les hommes quand ils pleurent. Le père se tenait au-dessus de lui.
- Oh, non !
Il s'est agenouillé et s'est mis à lui donner des tapes dans le dos.
- C'est fini soldat . Je sais. J'y étais, moi aussi, mais tout va bien maintenant. Vous êtes rentré à la maison.
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Personne ne parlait de l'épidémie quand elle était finie mais chacun portait sa propre douleur, faisant comme si personne n'était mort. Je me sentais comme si j'étais en train de faire du patin sur une mince couche de glace et que, si quelqu'un me demandait " comment va la famille?", la glace se fendrait.

Les gens disaient " la vie continue" . Parfois ca sonnait comme un souhait, parfois comme un ordre. Je voulais crier " la vie continue ? Non, pas pour tout le monde ! "

Mais quand ma soeur Betty annonca qu'elle était à nouveau enceinte, là, oui, la vie continua.

(p. 177) (Anita a perdu deux neveux, fils de Betty, dans l'épidémie de grippe de 1918).
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