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EAN : 9782732497655
240 pages
Editions de la Martinière (06/01/2023)
4.06/5   73 notes
Résumé :
Lorsque son père part vivre sa retraite au Maroc, épouse une femme aussi jeune qu'elle, se convertit à l'islam et annonce qu'il la déshérite, Carina, la « fille préférée » sombre dans la douleur. Qui est véritablement ce père ? Quelles colères enfouies est-il en train de faire ressurgir ?

Il est des romans écrits par urgence vitale. Tempêtes et brouillards est de ceux-là. Hanté par la figure du Roi Lear, entremêlant souvenirs à vifs, conversations, ré... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (43) Voir plus Ajouter une critique
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Voici un roman ô combien fascinant sur les liens filiaux en perdition en proie à des souvenirs douloureux.

L'héroïne, Carina supporte de moins en moins son père qui l'a élevée, elle et ses deux frères depuis ses six ans, leur mère ayant pris la fuite sans crier gare. Prise en étau dans sa colère, Carina n'adhère à aucun choix de son père, son exil soudain au Maroc, ensuite son mariage tout aussi fortuit un mois plus tard et enfin le déshéritage que ce dernier a son décès a manigancé.

J'ignore la part d'autobiographie de ce roman mais ce qui est certain c'est que l'auteure a pesé et digéré chaque mot du fond de ses entrailles tant l'histoire se montre introspective et à fleur de peau à souhait. Tempêtes et brouillards retrace les tourments intérieurs d'une jeune femme qui ne parvient plus à aimer ce père qui l'appelle constamment: « cette bête qui me forçait, chaque jour, à étancher sa soif de contact ». Elle arrive de moins en moins à fermer les yeux sur son enfance, à oublier la petite fille éplorée qu'elle était à six ans. En silence, elle souffre tel « un fleuve de lave » cherchant son salut dans l'écriture d'un roman ou réponse dans la pièce de Shakespearele roi Lear.
Peut-on en arriver à détester son propre père, à souhaiter sa mort, à lui tourner le dos pour se protéger des réminiscences de l'enfance ?

C'est étrange comme certaine lecture arrive tel un boomerang et résonne étrangement sur le miroir de nos vies d'aujourd'hui.

J'ai compris et compati devant cette héroïne en proie à de multiples questions quand, sans prévenir, la mémoire devient sélective et source de souffrance.

Caroline Dorka-Fenech détient dans son âme et ses doigts ce talent brut et précis d'extirper toute la complexité humaine, elle a ce double talent entre fragilité exacerbée et maitrise de l'écriture tant imagée, que psychologique que référencée qui fait d'elle une écrivaine à suivre de près. Son premier roman, Rosa Dolorosa avait déjà été un coup de coeur de mon côté. Avec Tempêtes et brouillard, elle confirme tout son talent de narratrice hors pair.
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Carina vit seule à Paris, où, entre des boulots alimentaires, elle tente de terminer son premier roman. Elle ne voit plus que très rarement son père, qui l'a élevée seul avec ses frères et dont elle est "la fille préférée".
Un jour, il lui annonce qu'il quitte la France pour le Maroc afin de couler une douce retraite à Marrakech. Peu après son installation, il se convertit à l'Islam et épouse une jeune marocaine, de l'âge de sa fille. "Pour la forme", dit-il, puisque les relations sexuelles hors mariage sont illégales au royaume chérifien. Plus tard, il annoncera qu'il déshérite la fratrie au profit de sa jeune épouse...

"Tempêtes et brouillards". Quand on termine la lecture du roman, on comprend mieux le titre : les tempêtes que soulève la suite d'événements dans le cerveau de Carina ; les brouillards autour de ses sentiments, envers son père et un peu envers Oren, son nouveau compagnon, qu'elle ne parvient pas à dissoudre totalement. Mais le titre aurait tout autant pu être "Amours et colères"...
Les personnages sont très réalistes, à peine caricaturés. Et pour cause ! L'intrigue s'inspire manifestement du vécu de l'autrice... le père violent, et même un peu plus, pour le bien de ses enfants évidemment... La mère qui a fui - on peut deviner pourquoi - mais reste très présente dans l'esprit de sa fille. Carina elle-même, qui sent resurgir un passé qu'elle avait en partie occulté.
L'écriture est directe, crue, parfois violente, à l'image des sentiments de la narratrice. On sent que Caroline Dorka-Fenech s'est efforcée d'adapter le langage, et surtout le rythme, du récit aux émotions qu'elle veut faire passer. C'est ce qui fait la force du roman : l'intrigue réserve peu de surprises, mais le lecteur peut vivre les événements avec Carina, dans la peau de Carina.
Un très bon roman !
Lien : http://michelgiraud.fr/2023/..
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"Mon père, m'aimait-il? Lui qui martelait qu'il m'avait protégée, moi la petite dernière, la chérie, qu'il s'était sacrifié à cause de moi. M'aimait-t'il?
Et moi, aimais-je mon père? " -p 113

Carina ne comprend pas . Son père est rentré au Maroc . Il est à la retraite, est en rémission de son cancer et a décidé de rentrer dans le pays qui l'a vu naitre. Lorsqu'à peine sur place, il lui annonce qu'il va épouser une marocaine du même âge qu'elle , elle s'insurge puis que pour pouvoir se marier avec elle il va sa convertir à l'islam, elle s'offusque. Et puis survient le jour où il leur annonce que tous ses biens ,à présent au Maroc, reviendront à Asma, son épouse, la colère bouillonne et l'étouffe. Elle coupe les ponts ....
Roman? auto-fiction ? seule Caroline Dorka-Fenech détient la réponse.
Un roman pesant, où semble se jouer un ballet morbide au son de je t'aime moi non plus, je te déteste plus que je ne t'aime, je ne peux pas vivre loin de toi mais je ne vis bien qu'en ton absence... Les faits, les non-dits, les bribes de souvenirs, tout resurgit et la douleur est là qui s'étale devant un lecteur impuissant.
L'écriture de ce roman, surement indispensable à la survie de son auteure, fort belle se révèle parfois absconse, sibylline voir même confuse, elle reflète sans nul doute parfaitement l'état d'esprit de Carina.
Tempêtes un jour , brouillards toujours?

Un grand merci aux éditions De La Martinière pour ce partage en attendant de rencontrer l'auteure dans les locaux de Babelio

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A mais quel plaisir de retrouver la plume de Caroline Dorka-Fenech ! Vous le savez, « Rosa Dolorosa » avait été un énorme coup de coeur, aussi j'étais très heureuse quand j'ai appris qu'elle sortait un nouveau roman.
Avec « Tempêtes et brouillards », on reste dans le thème de l'amour filial (ou plutôt du désamour) mais cette fois-ci, cela se fait à travers une relation père/fille qui s'inspire un peu de celle de l'auteure.

Carina est la narratrice de cette histoire. Elle a 2 frères aînés mais a toujours été la petite préférée de son père depuis l'abandon de leur mère alors qu'elle n'avait que 6 ans. Un jour son père lui annonce qu'il part vivre au Maroc. C'est ce qui semble être le point de rupture car à partir de là, Carina va sembler prendre ses distances avec lui et cela ne va pas s'arranger quand il lui annoncera son mariage avec une jeune femme de son âge, Asma, sa conversion à l'Islam puis….leur exhérédation à elle et ses frères.

Le titre du roman est tiré du « Roi Lear » de Shakespeare, et je dois bien avouer que c'est très bien choisi :
« Tempêtes et brouillards sur toi !
Que les incurables blessures de la malédiction d'un père
Déchirent tout ton être en tous les sens. »
Car oui, dans ce roman il va être question des tempêtes et brouillards qui agitent cette fille, abandonnée par sa mère et élevée par un père loin d'être aussi parfait qu'il le prétend. En effet, si au début de la lecture on peut être amené à se dire que cette jeune femme se montre assez ingrate envers son père, on comprend vite que la situation n'est pas aussi simple, qu'un pièce à toujours 2 faces.
Carina se débat avec ses sentiments, on aurait envie de lui dire « passe à autre chose » mais bien évidemment cela serait un peu simple. Comment se construire en tant qu'adulte quand ceux qui auraient du nous aider se sont montrés défaillants ? Au final, elle a quand même la chance d'avoir rencontré l'amour, en la personne d'Oren, un architecte, qui dessine des abris et qui sera le sien… même si bien évidemment cette relation, elle aussi, est prise dans le tumulte des événements.

Ce fut une lecture addictive même si j'étais très loin de comprendre les sentiments de Carina. J'avais envie de connaître l'issue, j'avais besoin de savoir qu'elle allait s'en sortir.
Je suis une fois de plus tombée complètement sous le charme de la plume de l'auteure dont je trouve qu'elle porte déjà sa signature. J'étais impatiente et je n'ai pas été déçue.
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« Tempêtes et brouillards sur toi!
Que les incurables blessures de la malediction d'un père
Déchirent tout ton être en tous tes sens »
Ces vers du Roi Lear résonnent de funeste façon dans le coeur de Carina, alors que son père , en la déshéritant fait voler en éclat le socle de leur amour.
Dernière née d'une fratrie de trois, Carina a toujours eu un lien privilégié avec son père. Un père qui les a élevés ses frères et elle après le départ de leur mère. Quant arrivant à l'âge de la retraite il lui annonce qu'il veut partir au Maroc c'est la surprise qui prévaut, mais quand peu après il lui annonce son futur mariage avec une fille d'à peine son âge, ainsi que sa conversion à l'Islam, c'est la consternation. Au delà de la crainte que fait naître cette annonce c'est aussi une forme de jalousie qu'elle réveille. L'aimera t'il toujours? Sera t'elle toujours sa préférée? Autant de question qui viennent la tourmenter mais aussi réveiller des souvenirs enfouis sur ce père pas si parfait.

Après avoir évoqué une mère courage dans Rosa Dolorosa, c'est un père abandonnant qu'elle épingle ici. Roman ou récit autobiographique, difficile de trancher, mais on sent en tout cas que Caroline Dorka Fenech a mis énormément d'elle dans ce nouveau titre. « Est ce que mon père m'aimait? Est ce que je l'aimais? » ce sont les questions profondes qui traversent ce récit très personnel. C'est à la fois le récit d'un desamour, et celui d'une grande souffrance, un récit presque cathartique pour dépasser un traumatisme profond. En mêlant souvenirs intimes et réflexions presque philosophiques, elle livre un texte puissant, très personnel et pourtant à la portée universelle sur les liens filiaux et le rôle de l'écriture.
Je ne peux pas parler de coup de coeur, mais j'ai été bousculée par ce texte dont j'ai beaucoup apprécié l'écriture et la force. A l'image de la citation du roi Lear dont il tire son titre, il est fait de tempêtes intérieures et de colères sourdes, superbement décrites et analysées avec beaucoup d'honnêteté. Mais il a peiné à me sortir du brouillard épais qui entoure la personnalité de ce père et ses secrets, brouillard que j'aurais aimé voir un peu dissipé à la fin de ma lecture.

Un texte choc cependant et un talent d'écriture confirmé
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
Dans Le Roi Lear comme dans toute existence : l’enfant mal aimé souffre. Quels que soient les biens matériels qu’il reçoit, un château, la moitié d’un royaume, tout un trésor d’argent, l’enfant mal aimé souffre. Et c’est cette souffrance qui, à défaut de ressources protectrices, menace de l’engouffrer dans la carrière du mal. 
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Le départ
Hiver 2005
Un désir de roman m’avait réveillée avant l’aube et j’avais commencé à écrire, pendant des heures obscures, à lutter pour trouver un sens à l’informité de mes idées. L’incipit me résistait. Cent fois effacés, cent fois récrits, les mots enfant, mère et absence se blessaient dans la même phrase, lorsque mon père téléphona.
« Je déménage, Carina, m’annonçait-il. J’ai revendu mon appartement. Mes affaires seront transportées par bateau. Ça va me coûter cher mais j’ai comparé les prix. J’ai calculé. Tout est réglé. Je pars vivre à Marrakech. Je quitte la France. Tu prendras l’avion pour venir me voir. Il y a régulièrement des promotions sur les vols. Ce ne sera pas compliqué. »
Il avait détaillé sa décision comme on évoque une escapade anecdotique, des petites vacances.
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Peu à peu, je commençais un nouveau roman. Par respect pour ma profonde nécessité, écrire – mener cette aventure qui me permettrait, peut-être, d’accéder à ce qui jusqu’ici m’était resté caché. Puisque l’écriture est une exploration. Puisque l’écriture interroge. Puisque l’écriture dévoile. Ce qui n’es pas la même chose que de donner des réponses. L’écriture ne fige aucune croyance. Elle oriente les faisceaux. Eclaire les questionnements. Et j’explorerais, et je questionnerais, ce dont je pensais avoir manqué, en chemin. Je fouillerais. Jusqu’à voir, peut-être, qu’il n’y avait pas eu, dans l’enfance, que des gestes violents. Jusqu’à retrouver les accolades chaleureuses, les regards plein de fierté. Jusqu’à déblayer les noirceurs. Non pas les effacer. Les effacer eût été impossible. Il fallait au contraire continuer à avoir conscience des crimes afin d’éviter, plus que tout, qu’ils ne se reproduisent. Les regarder en face, ces crimes – ne jamais les oublier. Les archiver, enfin, pour qu’ils ne prennent plus toute la place. Libérer de l’espace pour les souvenirs heureux, d’où qu’ils viennent. Ainsi découvrir un ciel de ressources. Les ressources de la tendresse. De la douceur. De la consolation. Un ciel bleu. Bleu comme un tableau d’Yves Klein, peut-être, une représentation sensible de l’âme. Beau comme une œuvre d’art devant laquelle venir prier, les jours de gouffre.
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En m'invitant à sortir de son coupé, devant chez moi, il m'avait agrippée. Et j'aurais pu me laisser aller. Il me plaisait. Physiquement, artistiquement. Mais au moment où ses lèvres avaient touché les miennes, mon père m'était apparu. C'est un brouillard de sensations davantage qu'un souvenir exact. Une houle, sous la chair, davantage qu'une image précise. Mais cela avait surgi : un ressac indéfinissable venu déposer en moi les embruns d'un dégoût.
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Ma violence. Comment remonter à sa source ? Comment rejoindre l’origine de ce fleuve de lave creusé en moi ? Est-il possible de l’étancher ? Peut-on assécher sa propre sauvagerie ? J’en observe l’ébullition et je vois : une maman qui s’éloigne, des enfants que l’on fouette, un canapé kaki, velours en lambeaux, espace de sévices. Et puis il y a ce que je vois, et il y a ce que je ne vois pas. Ce qui fourrage, sous le lit, de l’autre côté du sol, au fond du fond, dont on ignore la nature. Occulte. Ce qui tue.
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Vidéo de Caroline Dorka-Fenech
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