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Johan-Frédérik Hel-Guedj (Traducteur)
EAN : 9782264032188
497 pages
Éditeur : 10-18 (23/05/2002)
3.73/5   20 notes
Résumé :
"Avec La Légende d'Henry Smart, Roddy Doyle nous offre le portrait d'un sauvageon pure gouaille - entre Oliver Twist et Gavroche -, né dans les bas-fond de Dublin au début du siècle. Comme il n'a rien à perdre et qu'il a l'âme d'un desperados, il rejoindra les révolutionnaires qui firent trembler Dublin lors des émeutes de 1916. C'est ainsi qu'Henry Smart se fera défenseur des humiliés, passera quelques semaines en prison, entrera dans la clandestinité aux côtés des... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
vincent34380
  11 juillet 2017
Premier et seul de cette trilogie traduit en Français, ce roman de Roddy Doyle, plus connu pour sa précédente trilogie où il mettait en scène les petites gens du Dublin d'aujourd'hui, La légende d'Henry Smart nous donne à voir de l'intérieur le soulèvement Irlandais, de 1916 à 1921. Henry Smart, le héros, avatar d'Oliver Twist et de Gavroche, est un gamin des bidonvilles de Dublin, né en 1902 d'une mère adolescente perdue dans les grossesses à répétition et les fantômes de ses enfants morts, d'un père unijambiste videur de bordel et à l'occasion tueur à gages. Seul personnage positif de cette famille, la jeune grand-mère, personnage fantasque et grande consommatrice de littérature féminine. Pour s'évader du taudis où vit la famille, il devient naturel pour Henry de passer son temps dans les rues, où il survit plus qu'il ne vit. Mais il est doté d'une confiance en soi et d'un culot à toute épreuve, qui lui donnent toutes les audaces.
« Là-haut, c'est mon petit Henry. Regarde. »
Alors, moi, son autre petit Henry, assis à côté d'elle sur la marche d'escalier, j'ai regardé. J'ai regardé en l'air, et l'autre, je l'ai détesté. C'était moi qu'elle tenait, mais celui qu'elle regardait, c'était son petit garçon, un scintillement. Pauvre de moi, à côté d'elle, pâle et les yeux rougis, que seuls retenaient les coups de tête et les chagrins. Un ventre qui pleure d'être vide, des pieds nus et douloureux comme ceux d'un vieil homme, d'un très vieil homme. Moi, misérable substitut du petit Henry, le Henry que Dieu avait voulu garder pour lui tout seul, qui était trop bon pour ce monde. Pauvre de moi. »
Pauvre Henry, à qui ses parents ont donné le même prénom que son frère ainé décédé. On imagine sans peine la difficulté de construire une identité, pour lui qui dès son jeune âge se trouve rejeté par sa mère.
Dans les bidonvilles de Dublin, il s'élève tout seul, assumant la responsabilité de son jeune frère Victor, jusqu'à la mort de celui-ci, atteint de tuberculose.
« Mais moi, dès la seconde où j'y avais atterri, j'avais aimé la rue. L'action, le bruit et les odeurs – j'engloutissais le tout, j'étais affamé, il m'en fallait plus. Je recherchais une misère qui s'accorde à la mienne. J'étais chez moi dans les loques et la pénurie, dans la saleté et la faiblesse. Je faisais aussi connaissance avec d'autres nouveautés : la couleur, le rire, la pagaille et l'évasion. C'était fantastique. »
A l'âge de neuf ans, Henry fait une rencontre qui changera le cours de sa vie : désireux d'apprendre, Victor et lui se présentent dans une école et font la connaissance de Mademoiselle O'Shea. Cette institutrice, séduite par la vive intelligence du jeune garçon, l'accepte dans sa classe pour quelques jours, le temps que la Mère supérieure s'aperçoive de leur présence et les jette dehors.
Quelques années plus tard, Henry retrouvera Mademoiselle O'Shea, qui joindra sa cause comme combattante de la liberté.
Quand débute la guerre d'indépendance, Henry est déjà bâti comme un homme, immense, précoce, il déborde d'une vitalité brute et d'une sexualité qui ne demande qu'à s'exprimer. Il devient docker, s'engage dans l'Armée Socialiste des Citoyens, et ensuite le mouvement Fénian (nationalistes irlandais). A peine âgé de 14 ans, il prend part à la prise de la Grande Poste Centrale, pendant les Pâques sanglantes, point de départ du soulèvement de 1916. Lors de la guerre d'indépendance qui s'ensuit, il devient un redoutable instructeur des combattants de la liberté, tueur de flics, et une légende républicaine.
Adulé des femmes et élevé au statut de héros populaire, on compose même des chansons à sa gloire.
Après des années de combats, exécutions sommaires, tueries et morceaux de bravoure, Henry finira par se rendre compte qu'il a été utilisé, lui qui croyait à la liberté, il se sera battu, aura assassiné au nom de son idéal. Ses supérieurs et ses compagnons de lutte, ceux-là même qu'il a formés, seront devenus de respectables MP (Membres du Parlement).
« Toutes ces années, j'ai cru que j'étais un soldat, un guerrier même. Un nom de Dieu de bâtisseur de nation. Combattant pour l'Irlande. Et je l'ai été. Mais voilà la vérité maintenant. Les meilleurs soldats sont tous des hommes d'affaires. Il fallait fournir un motif à cette tuerie et à ces soirées prolongées, et ce motif, ce n'était pas l'Irlande. L'Irlande est une île, capitaine, une bonne dose de gadoue. »
Henry Smart n'a rien d'un garçon sympathique, même si l'on peut avoir à son égard un peu de sympathie, vu l'enfance misérable qu'il a vécue. Comme son père, il tue pour vivre, mais pas pour les mêmes motifs. Au cours du conflit et de son ascension dans le mouvement Fénian, il se rendra compte que le courage des hommes et la fumée des canons gomment les différences de classe, mais pour un temps seulement.
L'histoire est contée sur un rythme soutenu, scindée en chapitres aux allures de plans-séquences. Elle est en elle-même assez prenante, bien qu'il y ait quelques longueurs au milieu du roman, entre les descriptions des raids et les nombreuses allées et venues à vélo sur le « Sans croupe », pour ce commis voyageur de la révolution.
Du point de vue historique, l'auteur évite le piège du « politiquement correct », en ne prenant parti, ni pour, ni contre les nationalistes irlandais. On y croise des personnages réels, comme Michael Collins, mentor d'Henry, James Connolly, James Larkin, Patrick Pearse et sûrement bien d'autres, sous des noms d'emprunt.
Ce roman pose toutes les questions qu'Henry, et peut être même le lecteur se sont posées au long du roman : nous voyons Henry et les rebelles comme des combattants de la liberté, tuant pour une cause, plutôt que comme des tueurs de sang froid. Jusqu'à un certain point on pourrait affirmer que ce livre glorifie les actions des rebelles, justifie le meurtre de policiers, soldats et civils innocents, mais dans les dernières pages on assiste à un total revirement et nous voyons le roman pour ce qu'il est réellement.
C'est un livre qui aborde la moralité du meurtre politique, qui conteste et remet en question les actes ayant conduit à la création de l'état Irlandais. Nous réalisons, comme Henry, que les bâtisseurs du nouvel état ne se souciaient ni des pauvres et des affamés, ni des enfants des bidonvilles, ni d'Henry, mais simplement de se faire une place dans le monde.
Dans un style simple et direct, cet auteur résolument populaire qu'est Roddy Doyle, nous émeut, nous amuse aussi et parfois nous bouleverse, à travers ses descriptions de l'extrême pauvreté du peuple irlandais, de ces gamins tuberculeux qui meurent de trop de misère et de dénuement.
En même temps fresque historique et roman d'aventures moderne, il abat les mythes de la résistance irlandaise et renvoie dos à dos les saints et les martyrs.
Un très bon roman pour qui veut comprendre le processus d'un peuple qui se bat pour son indépendance.
Éditions Denoël, 2000.

Lien : https://thebigblowdown.wordp..
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maevedefrance
  19 avril 2010
Encore une plongée dans l'histoire irlandaise de la fin du XIXe-début du 20e siècle puisque le roman s'achève sur la période de l'Etat libre irlandais de 1920.
Un accrocheur, de l'humour et un personnage très attachant. Henry est effectivement un gamin pauvre des bas fonds de dublin, livré à lui-même à cause d'une mère complètement perdue, noyée dans ses grossesses à répétition et ses enfants morts et un père très gentil mais qui l'adore, mais handicapé (unijambiste) et trop pauvre également pour s'occuper de lui. Donc Henry s'aventure seul dans les rues de Dublin dès l'âge de 5 ans, avec son petit frère Victor, avec qui il forme un duo de choc.
Ses premiers mots de révolté de la vie, il les adresse au roi d'Angleterre et d'Irlande : "te faire foutre", sans comprendre le sens de ce qu'il dit. de fil en aiguille, Henry se retrouve engagé dans la lutte pour la cause irlandaise à l'âge de 14 ans (le fameux épisode de la prise de la Poste de Dublin de Pâques 1916) par le plus pur des hasards, un moyen comme un autre pour lui de survivre. Il y rencontre l'amour de sa vie, Miss O'Shea militante de la cause irlandaise avec qui il parcourera l'Irlande dans tous les sens et à vélo, sur le "Sans croupe". Une vie à changer d'identiter aussi, pour échapper aux vilains Blacks and Tans et leurs "auxies" (auxiliaires) envoyés par les Anglais pour mater les Irlandais. On croise au fil des pages Michael Collins et bien d'autres.
J'ai pris un grand plaisir à lire ce roman dont le sujet reste au demeurant fort triste puisqu'il évoque la pauvreté irlandaise, l'état de délabrement dans lequel se trouve le peuple, les tentatives de tout un chacun pour s'en sortir.
Outre le personnage de Henry, j'ai beaucoup aimé celui de sa grand-mère (jeune grand-mère d'une quarantaine d'années !), dévoreuse de livres malgré sa pauvreté extrême, donnant des informations à son petit-fils en échange de livres, et pas n'importe lesquels, des livres exclusivement écrits par des femmes ! Assez rigolo.
Ce que j'aime avec Roddy Doyle, c'est que tous ses livres ont un très différents. Rien à voir ici avec Paddy Clark ou La Femme qui se cognait dans les portes, c'est encore différents de tous les autres.
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brochardclip
  08 août 2021
J'avais lu ce roman il y quelques années et j'ai eu plaisir à me replonger dans le tumulte de cette Irlande qui revendiquait le droit de vivre selon ses principes religieux mais pas que, des hommes ont combattu, sont morts, ont tué pour des idéaux. le jeune Henry se rend compte que les nouveaux "maitres" qui ont combattu à ses côtés, ne se soucient pas plus de la pauvreté, de la malnutrition, de l'hygiène que les envahisseurs anglais ou les irlandais pro anglais. J'ai trouvé que ce roman reste tout à fait d'actualité à l'heure du Brexit et qu'une Irlande du Nord oubliée de tous soit en proie à nouveau à dilemmes.
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val-m-les-livres
  05 juin 2012
Henry Smart est un personnage fictif qui va prendre part à Easter Rising en 1916, ce soulèvement qui mènera, cinq plus tard, à l'indépendance de l'Eire. C'est son parcours que nous suivons donc et le dèbut est assez émouvant car, très vite, Henry Smart doit s'occuper de son jeune frère seul, essayant de trouver des endroits dans la rue où passer la nuit. La scène où le petit frère tousse et où ils sont entourés de bruits de toux d'enfants car ils sont malheureusement nombreux dans ce cas est très belle. Henry devient vite membre de l'Irish Citizen Army et il côtoie très Michael Collins qui sera son chef. J'avoue que là, j'ai commencé à m'ennuyer, surtout lorsque Roddy Doyle décrit le quotidien des barricades. Quand j'avais choisi ce roman, je pensais qu'il parlait d'un vrai membre de l'IRA, ce qui n'est pas le cas. Et le mélange de la fiction et de la réalité, comme celui du tragique et du presque burlesque, m'a gênée. Moi qui connais un peu le sujet, j'ai tout de même appris que les femmes étaient hostiles aux insurrections au début. Et j'ai souri de voir que la grand-mère d'Henry lit A Vindication of the Rights of Woman écrit pas la mère de Mary Shelley.
Lien : http://vallit.canalblog.com/..
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Nikoz
  20 mai 2013
Quelle force, issue de cet esprit si malicieux qui là est si profond...
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