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ISBN : 2020006014
Éditeur : Seuil (01/09/1971)

Note moyenne : 4.16/5 (sur 106 notes)
Résumé :
La décolonisation faite, cet essai de compréhension du rapport Noir-Blanc garde toute sa valeur prophétique : car le racisme, malgré les horreurs dont il a comblé le monde, reste un problème d'avenir. Il est ici abordé et combattu de front, avec toutes les ressources des sciences de l'homme et avec la passion de celui qui allait devenir un maître à penser par beaucoup d'intellectuels du Tiers Monde.
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
Sophonisba
  12 mars 2013
Je lis rarement des essais, étant plutôt adepte des romans et de la fiction en général. Pourtant j'ai dévoré cet ouvrage. L'auteur Frantz Fanon était un grand psychiatre mais également un grand écrivain qui à force d'exemples et de réflexion nous fait entrer dans la problématique raciale sous un angle totalement inusité.
On comprend comment une société peut formater nos esprits sans même qu'on s'en rende compte et que la seule manière de se libérer de cette emprise invisible et d'autant plus forte est de réfléchir à chacune des vérités que l'on croit établies et de les relativiser.
Ce qui s'applique ici à la perception du noir dans une société blanche peut s'appliquer à tous les rapports sociaux, le rôle de la femme, les dominations sociales.
On voit bien le mécanisme d'aliénation qui est en cause et qui est responsable de tant d'exclusion, d'incompréhension et de souffrance.
En plus, malgré le thème et un traitement du sujet très sérieux , l'auteur arrive à être drôle.
A lire absolument pour son universalisme même si le thème ne vous intéresse pas à priori.
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EFourn
  18 février 2013
En 2007, lors de son discours à Dakar, Nicolas Sarkozy nous rappelais que : « l'homme africain n'était pas assez entré dans L Histoire, qu'il vivait trop dans le présent et dans la nostalgie du paradis perdu et de l'enfance, dans un imaginaire où tout recommence toujours, ou il n'y a de place ni pour l'aventure humaine ni pour l'idée de progrès » . . .
A une époque ou nos chefs d'état tiennent encore ce genre de propos, la lecture de cet essai me parait indispensable pour comprendre la profondeur des cicatrices psychologiques que cause le préjugé et la domination raciale sur l'humanité entière. Avant-hier les juifs, hier les nègres ou les bolcheviques, aujourd'hui les islamistes, un bouc émissaire est toujours indispensable pour se libérer de nos frustrations, et pour que certains puissent s'engraisser librement sur le dos de la bête, car diviser pour mieux régner !
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Jazzbari
  01 avril 2014
Peau noire, masques blancs" Frantz Fanon
Peau Noire, masques blancs est une analyse psychologique comme l'auteur le précise dès le début de l'ouvrage. Écrit en 1952, le livre s'inscrit dans le contexte de la négritude, « ce romantisme malheureux », comme ironise Fanon. Alors que des poètes et des romanciers, pour rendre à l'homme noir sa liberté et sa dignité, le chantaient et s'acharnaient à montrer au Blanc qu'il possède bel et bien un passé très riche, le jeune psychiatre martiniquais de 27 ans adopte un chemin tout à fait différent en se donnant pour but de comprendre l'homme noir de l'intérieur afin de le guérir de sa névrose qui est l'aliénation. Si à cette époque la plupart des pays africains luttaient pour obtenir leur indépendance, Fanon était bien conscient que celle-ci ne serait totale et complète qu'accompagnée d'une délivrance du complexe d'infériorité, corollaire de tout processus de colonisation. Cette double libération était nécessaire et indispensable pour créer des rapports sains entre Blancs et Noirs. « Notre but est de rendre possible pour le Noir et le Blanc une saine rencontre », souligne-t-il. Et pour favoriser une telle rencontre, il faudra libérer le « Blanc enfermé dans sa blancheur » et le « Noir dans sa noirceur ».
Il faudra aussi les libérer de l'histoire, du passé. « Seront désaliénés Nègres et Blancs qui auront refusé de se laisser enfermer dans la tour substantialisée du passé ». Ainsi se refuse-t-il, en tant que Noir, le droit « de souhaiter la cristallisation chez le Blanc d'une culpabilité envers le passé de ma race. » Homme, « c'est tout le passé du monde » que le Noir a à reprendre, à s'approprier. Il n'est pas seulement responsable de la guerre de Saint-Domingue qui a provoqué la naissance d'Haïti. Mais aussi de la découverte de la boussole. Alors seulement naîtra l'homme libre et désaliéné. C'est-à-dire celui qui a retrouvé toute son humanité et s'assume sans complexe.
La fougue de Fanon ou un homme en colère
Frantz Fanon est un jeune révolté, plein de fougue, qui fustige jusqu'à l'approche des grands intellectuels blancs qui soutenaient la lutte des Noirs. La préface Orphée noire rédigée par Sartre subit par exemple sa réprobation. Il refuse en effet qu'il incombe à la conscience noire de « rechercher l'universel » comme le voudrait bien le philosophe français qui qualifie la négritude de « racisme antiraciste » qui se doit de « préparer la synthèse ou réalisation de l'humain dans une société sans races ».
L'actualité de l'oeuvre
Peau noire, masques blancs est tout simplement une ode à la liberté de l'homme. Prônant dans le même mouvement l'égalité entre toutes les races, le livre dépasse la cause des Noirs et embrasse l'universel.
Aujourd'hui, les luttes pour les indépendances sont presque achevées dans le monde à part quelques pays qui restent encore sous domination : la Palestine, le Sahara occidental… Mais de nouvelles négations de la liberté de l'homme ne cessent d'affleurer, comme dernièrement le mythe de l'étranger-profiteur ou le mythe du musulman-terroriste. Dans certains pays, les étrangers sont vus en effet comme les profiteurs d'un système généreux avant d'être perçus comme des hommes qui ont droit au bonheur. Dans la même foulée, depuis le 11 septembre 2001, la population musulmane est considérée comme une sous-humanité car assimilée à des terroristes ou terroristes en puissance. Un terreau fertile pour les partis extrémistes, autres fossoyeurs de la liberté.
Et tant qu'il subsistera ne fût-ce qu'une seule poche d'étouffement de la liberté de l'humain par l'humain, l'oeuvre de Frantz Fanon restera d'actualité. Comme il affirme : « L'homme [est] un oui… Oui à la vie. Oui à l'amour. Oui à la générosité. »
Chez Fanon, la liberté dépasse la liberté du corps et se confond à l'amour et à la générosité. Cette liberté est aussi psychologique et ne sera effective et totale que quand il ne restera plus même dans l'inconscient collectif des peuples anciennement dominés un complexe d'infériorité. Il rêve ainsi d'un monde sain avec des rapports sains entre toutes les races. Et là son oeuvre atteint l'universel de plein fouet.
On apprécie au passage la poésie et les phrases lapidaires du livre.
Extraits :
« Un jour, un bon maître blanc qui avait de l'influence a dit à ses copains :
Soyons gentils avec les nègres…
Alors les maîtres blancs, en rouspétant, car c'était quand même dur, ont décidé d'élever des hommes-machines-bêtes au rang suprême d'hommes. »

« L'homme n'est humain que dans la mesure où il veut s'imposer à un autre homme, afin de se faire reconnaître par lui. Tant qu'il n'est pas effectivement reconnu par l'autre, c'est cet autre qui demeure le thème de son action. C'est de cet autre, c'est de la reconnaissance par cet autre, que dépendent sa valeur et sa réalité humaines. C'est dans cet autre que se condense le sens de sa vie. »

Lien : http://jazzbari.wordpress.co..
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mmndiaye
  05 octobre 2015
Frantz Fanon est un psychiatre français qui a passé une bonne partie de sa vie à étudier les conséquences psychologiques de la colonisation sur les peuples colonisés.
Ce livre est le fruit de longues années de recherches menées sur des populations africaines, européennes, et antillaises.
Ce livre amène le lecteur concerné à s'interroger sur son passé, son identité, et sur sa place dans une société qui n'est pas la sienne.
Comment exister lorsqu'on est le fruit d'un long et lent processus de déculturation.
On ne prend conscience de sa différence que lorsque l'on quitte son milieu d'origine.
Le contact avec l'autre (sous entendu l'homme blanc ou la culture occidentale) fait naître
en soi des questions existentielles : dois-je l'imiter à la perfection ou alors rester moi-même ?
La différence ne doit pas être synonyme de division. Elle est plutôt l'intelligence de la ressemblance.
Etre étranger ne signifie pas être étrange mais être seulement différent...
En Afrique noire il reste encore beaucoup à faire...
Le plus malheureux est que peu d'initiatives vraiment sérieuses (et durables) ont été prises depuis les indépendances pour freiner les effets néfastes de ce traumatisme psychologique dû à la colonisation. Les erreurs du passé sont répétées avec une passivité déconcertante et le résultat est là.
Lorsque l'on éduque un peuple (sur des générations) en lui enseignant que sa survie dépend de sa capacité à copier l'autre, il ne faut pas s'étonner de produire des êtres peu fiers de leurs identités et de leurs cultures.
Ils refusent d'en être les ambassadeurs, mais acceptent d'endosser le rôle de ces hannihilateurs.
« Celui qui copit aura toujours un temps de retard sur celui qu'il copit ».
Tout est dit.
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cecilestmartin
  18 mai 2014
Un livre que j'ai lu il y plus de 20 ans, quand j'étais à la fac. L'ouvrage qui m'a permis de penser la complexité de la colonisation et des rapports de domination qui contribuent à la formation de l'identité. Toujours d'actualité.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
PilingPiling   06 décembre 2008
Introduction : L'explosion n'aura pas lieu aujourd'hui. Il est trop tôt... ou trop tard.
Je n'arrive point armé de vérités décisives.
Ma conscience n'est pas traversée de fulgurances essentielles.
Cependant, en toute sérénité, je pense qu'il serait bon que certaines choses soient dites.
Ces choses, je vais les dire, non les crier. Car depuis longtemps, le cri est sorti de ma vie.
Et c'est tellement loin...
Pourquoi écrire cet ouvrage ? Personne ne m'en a prié.
Surtout pas à ceux à qui il s'adresse.
Alors ? Alors, calmement, je réponds qu'il y a trop d'imbéciles sur cette terre. Et puisque je le dis, il s'agit de le prouver.
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EFournEFourn   18 février 2013
L’estropié de la guerre du Pacifique dit à son frère: "accommode toi de ta couleur comme moi de mon moignon; nous sommes tous les deux des accidentés". Pourtant, de tout mon être, je refuse cette amputation. Je me sens une âme aussi vaste que le monde, véritablement une âme profonde comme la plus profonde des rivières, ma poitrine a une puissance d'expansion infinie. Je suis don et l'on me conseille l'humilité de l'infirme... Hier, en ouvrant les yeux sur le monde, je vis le ciel de part en part se révulser. Je voulus me lever, mais le silence éviscéré reflua vers moi, ses ailes paralysées. Irresponsable, à cheval entre le néant et l'Infini, je me mis à pleurer.
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enkidu_enkidu_   26 août 2016
Il n'y a pas de mission nègre ; il n'y a pas de fardeau blanc.

Je me découvre un jour dans un monde où les choses font mal ; un monde où l'on me réclame de me battre ; un monde où il est toujours question d'anéantissement ou de victoire.

Je me découvre, moi homme, dans un monde où les mots se frangent de silence ; dans un monde où l'autre, interminablement, se durcit.

Non, je n'ai pas le droit de venir et de crier ma haine au Blanc. Je n'ai pas le devoir de murmurer ma reconnaissance au Blanc.

Il y a ma vie prise au lasso de l'existence. Il y a ma liberté qui me renvoie à moi-même. Non, je n'ai pas le droit d'être un Noir.

Je n'ai pas le devoir d'être ceci ou cela...

Si le Blanc me conteste mon humanité, je lui montre rai, en faisant peser sur sa vie tout mon poids d'homme, que je ne suis pas ce « Y a bon banania » qu'il persiste à imaginer.

Je me découvre un jour dans le monde et je me reconnais un seul droit : celui d'exiger de l'autre un comportement humain, un seul devoir. Celui de ne pas renier ma liberté au travers de mes choix.

Je ne veux pas être la victime de la Ruse d'un monde noir.

Ma vie ne doit pas être consacrée à faire le bilan des valeurs nègres.

Il n'y a pas de monde blanc, il n'y a pas d'éthique blanche, pas davantage d'intelligence blanche.

Il y a de part et d'autre du monde des hommes qui cherchent.

Je ne suis pas prisonnier de l'Histoire. Je ne dois pas y chercher le sens de ma destinée.

Je dois me rappeler à tout instant que le véritable saut consiste à introduire l'invention dans l'existence.

Dans le monde où je m'achemine, je me crée interminablement.

Je suis solidaire de l'Etre dans la mesure où je le dépasse. (pp. 185-186)
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mmndiayemmndiaye   22 août 2015
Quand les nègres abordent le monde blanc, il y a une certaine action sensibilisante. Si la structure psychologique se révèle fragile, on assiste à un écroulement du Moi. Le Noir cesse de se comporter en individu actionnel. Le but de son action sera Autrui (sous la forme du Blanc), car Autrui seul peut le valoriser. Cela sur le plan éthique : valorisation de soi...
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durrutidurruti   30 août 2010
"Sale nègre" ou simplement : "Tiens, un nègre".
J'arrivais dans le monde, soucieux de faire lever un sens aux choses, mon âme pleine du désir d'être à l'origine du monde, et voici que je me découvrais objet au milieu d'autres objets.
(Pag 88)
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Videos de Frantz Fanon (16) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Frantz Fanon
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