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Klaus Schuffels (Autre)Alain Brossat (Autre)Gilles Perrault (Autre)
ISBN : 2253041408
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/-1)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 117 notes)
Résumé :
Récit des deux années qu'a vécues le journaliste allemand déguisé en Turc dans son propre pays. Reportage qui se lit comme un roman.
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Apikrus
  21 octobre 2015
L’auteur, Hans-Günter Wallraff, né en 1942 à Cologne, est un journaliste d’investigation de nationalité allemande. En 1985, pour appréhender et dénoncer la manière dont la population immigrée turque est maltraitée dans son pays, il se fait passer pour un travailleur turc. A cet effet, il emprunte le nom d’Ali Sinirloglu, porte des lentilles foncées, et adopte un jargon lui permettant de se faire comprendre de ses compatriotes sans éveiller leurs soupçons. Ali se voit alors confier diverses tâches pour le compte d’entreprises allemandes, le plus souvent au mépris des règles de santé, de sécurité, et de dignité humaine. Ainsi, Ali se retrouve homme à tout faire dans une ferme, cobaye pour un laboratoire pharmaceutique, ouvrier de la sidérurgie chez Thyssen, puis chauffeur d’un patron magouilleur… Ali teste aussi la réaction de membres du clergé face à sa volonté de conversion à la religion catholique, et la manière dont une entreprise de pompes funèbres lui propose de traiter sa dépouille après un décès qu’il présente comme imminent.
L’image ainsi donnée de l’Allemagne des années 1980 et de certains Allemands est effrayante. Le racisme est présent dans de nombreux milieux sociaux : de l’employeur sans scrupules aux ouvriers craignant une concurrence déloyale de travailleurs turcs (parfois en situation irrégulière), en passant par des représentants du clergé. La manière dont ce racisme s’exprime est toujours choquante : sabotage d’outils de travail, ignorance méprisante, agressions verbales les plus brutales - à chaque fois avec une mauvaise foi flagrante. Ce racisme sert d’ailleurs souvent d’alibi aux hommes d’affaires qui n’auraient pas à s’embarrasser de scrupules pour de "simples Turcs". En effet, la recherche du profit conduit à de nombreux abus à l’encontre de la réglementation et de la dignité humaine.
Le tableau est effrayant quand on songe au traitement fait aux Juifs et aux Tziganes (notamment) à l’époque hitlérienne, d’autant plus effrayant que certains expriment leur nostalgie de cette époque où, selon eux, un pouvoir politique faisait régner l’ordre et offrait une perspective aux travailleurs allemands. Mais gardons nous de tout jugement hâtif, ce n’est heureusement qu’un des aspects de la société allemande que nous présente là Günter Wallraff. Le regard et le comportement de la France et de certains Français à l’égard de populations d’origine nord-africaine n’étaient à la même époque guère plus bienveillants, et cela ne s'est pas arrangé avec la crise économique.
D’ailleurs, voici la conclusion de Günter Wallraff au sujet de l’affairiste Adler, qu'il refuse de qualifier de monstre, nous renvoyant au système économique dans lequel il vit : « Avec toute son énergie et son imagination criminelles, il n’a rien d’un personnage exceptionnel. Rien ne serait plus faux que d’en faire un monstre. Il n’est finalement que l’un des milliers et des milliers de comparses et profiteurs d’un système fondé sur l’exploitation sans limite et le mépris des hommes. »
Autant de recul vis-à-vis d’un personnage qui méprisait et spoliait autant Ali et ses compatriotes turcs est admirable.
Mais l’auteur aurait aussi pu simplement nous renvoyer à la nature humaine...
Un témoignage enrichissant et révoltant, que j'avais déjà lu et apprécié au début des années 90.
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Hardiviller
  14 octobre 2018

La préface du livre signée Gilles Perrault m'apprend l'existence et l'oeuvre de Günter Wallraff dont j'avoue ne jamais avoir entendu parler . Ce que dit ce livre ne me surprend pas trop : pour avoir séjourné professionnellement quelques fois en Allemagne , je m'étais rendu compte du racisme latent concernant les étrangers en général .
Transportant à cette époque principalement des matières dangereuses , je fréquentais régulièrement des complexes chimiques et étais toujours surpris de la vétusté de certaines installations en comparaison de l'efficacité affichée . le nombre important de travailleurs étrangers s'occupant des taches secondaires " me surprenait aussi , mais pour avoir précédemment travaillé dans le nettoyage industriel en France j'avais déjà connu une partie de ce que rapporte Wallraff .
Les témoignages de Wallraff sont un peu plus divers que ceux que j'avais vécu , plus sordides aussi , car je n'étais pas directement , comme lui , les mains dans le cambouis , mais un observateur extérieur .
Tout comme John H Griffin ayant enquêté avec l'apparence d'un noir , Wallraff s'est fait passer pour un travailleur turc pour mener ses investigations au plus prés des exclus . Si ces témoignages peuvent parfois paraître exagérés , tant ils semblent incroyables , si il existait , chez nous , de nos jours , des journalistes aussi courageux nous pourrions être surpris des graves entorses à la loi commises dans divers secteurs industriels qui vont jusqu'à étouffer la responsabilité de puissantes industries en cas de mort d'hommes .
Ce livre dénonce donc , dans le cadre d'expériences vécues " sur le vif " , de surprenantes manières illégales d'agir en RFA mais cela existe aussi dans bien des pays " civilisés " .
IL est donc utile de lire ce livre pour nous apprendre à ouvrir un peu plus les yeux autour de nous
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olivberne
  20 mars 2013
Dans les années 80, Mac Donald envahissait nos vies et devenait le symbole de l'invasion américaine, comme de l'anti-américanisme (primaire?). Ce livre témoignage n'a pu que m'attirer à l'époque, moi jeune ado qui se construisait son opinion et qui voulait à tout prix lutter contre l'oncle Sam (ou Ronald).
Il y est raconté plusieurs mois à travailler comme simple cuisinier dans un restaurant mac do, avec les odeurs, la saleté, les brimades et le salaire de misère.
Ce journaliste raconte surtout comment il s'est transformé en turc dans l'Allemagne des années 80 et ce qu'il a dû subir, notamment les petits boulots. C'est un livre coup de poing et il nous faudrait d'autres journalistes pour dénoncer aujourd'hui le racisme ambiant en France comme ailleurs.
Aujourd'hui, je n'aime toujours pas le mac do, je n'ai rien contre les turcs et l'Allemagne m'attire toujours autant.
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Maphil
  17 mai 2018
Dans les années 80, le journaliste Günter Wallraff s'était métamorphosé pendant deux ans en "Ali Sinirlioglu" et a ainsi mené la vie des immigrés turcs en Allemagne. Tour à tour ouvrier journalier dans une ferme, homme à tout faire chez Mac Donald, manoeuvre dans le bâtiment, ouvrier dans une aciérie, cobaye dans une firme pharmaceutique, Wallraff alias Ali nous a fait connaître une Allemagne implacable où un sous-prolétariat immigré travaillait et vivait dans des conditions inimaginables. Günther Wallraff témoignait pour ceux qui n'avaient pas la parole. Et ce témoignage ne s'oublie pas.
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casadefranciadigital
  25 octobre 2011
Günter Wallraff, journaliste, estime que les situations ne se connaissent et ne se comprennent que vécues de l'intérieur. Sa nouvelle enquête, qu'il a repoussé pendant dix ans tellement il sentait que cela allait être dur, concerne les conditions de travail des émigrés turcs en Allemagne fédérale. Déguisé en turc, il se lance à la recherche de son premier emploi...
Il s'avère que quel que soit le secteur d'activité (entreprises de bâtiments ; centrales nucléaires ; tests de santé...), les turcs sont systématiquement envoyés aux postes les plus dangereux. le tout pendant des fois plus de 24 heures de travail d'affilée et pour des salaires plus que lamentables, quand ils ont la chance de le percevoir en entier.
« Tête de turcs » est un extraordinaire plaidoyer, et un livre rempli d'humanité et d'amour pour son prochain.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
HardivillerHardiviller   14 octobre 2018
Extraits de la préface :

-- Le premier reportage de Wallraff racontait trois années de travail en usine , puis toujours adoptant l'apparence de circonstance , il fut tour à tour indicateur des RG de RFA , fabricant de bombes au napalm , alcoolique dans un asile de fous , conseiller ministériel chargé de la surveillance des grands trusts allemands suspectés d'avoir mis en place des milices armées briseuses de mouvements de contestations , garçon de courses pour une grande compagnie d'assurance etc ..... Chaque fois scandale , campagne de presse , remue-ménage politique , procès en diffamation
: le cirque Wallraff .

--Lors de la conférence de presse pour la sortie de " Tête de turc " un journaliste exprima le sentiment général :
" vous n'auriez pas pu trouver un sujet plus passionnant ? " ... Une enquête sur les conditions de vie des immigrés turcs ne risquait guère d'enflammer l'opinion . Quatre mois après la publication en Allemagne , les ventes en librairie atteignaient 2 millions d'exemplaires . S'en suivirent un flot d'enquêtes ministérielles et judiciaires pour vérifier les assertions du livre , des opérations de polices à travers le pays , un arsenal de projets de lois et l'inévitable sillage de procès en diffamation . Quelques-unes des enquêtes de Wallraff furent publiées dans la presse , surtout dans des organes syndicaux ; quelques unes sont parues sous forme de livres .

-- Gûnter Wallraff pratique le journalisme vertical .
L'aventure , écrit Jacques Perret , n'est pas difficile à rencontrer ; il suffit de faire le petit pas de cptè qui met hors de la ligne . Le scoop est sous nos pieds , démontre Wallraff , et il suffit de se baisser pour le ramasser . Rappelons-nous le " Germinal " de Zola .

-- Wallraff explore notre quotidien ordinaire . Sa méthode est irréductible à toute norme journalistique . Son ami et traducteur Klaus Schuffels a raison de parler d'un " spectacle didactique " en cinq actes dont il est à la fois l'auteur , le metteur en scène et le commentateur .

-- Tel Albert Londres , obtenant l'abolition du bagne par la seule description faite aux bagnards , Gûnter Wallraff aura imposé la réhabilitation des turcs immigrés en racontant , après l'avoir si longtemps partagé , leur enfer quotidien . Il est presque superflu de rappeler qu'il verse les deux tiers de ses droits d'auteur à un " fond de solidarité avec les étrangers " créé par lui : on savait déjà que ce journaliste est aussi un militant .

-- Heinrich Böll ( prix Nobel de littérature 1972 et ami de Wallraff ) , entrevoyait comme solution aux déficit de correction des injustices : la création de plusieurs Wallraff .... vœux pieu ! Il n'y a , il n'y aura qu'un seul Wallraff .
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SZRAMOWOSZRAMOWO   25 novembre 2014
Le tableau est encore plus sombre pour les 36 immigrés que Remmert emploie dans sa "Société Anonyme de Nettoyage Industriel". Chez Mannesmann, par exemple, c'est à coups de fausses promesses que le chef les pousse à augmenter les cadences. Voici le témoignage de l'un d 'entre eux :
"Un jour, on nous dit comme ça : "Si vous brûler plus de 20 tonnes par jour, on vous donne deux marks supplémentaires par tonne supplémentaire !"
On a bossé comme des bêtes et, à la fin du mois, on avait brûlé 1600 tonnes supplémentaires. En tout, ça représentait un bonus de 3 200 Marks. Comme nous étions onze - huit turcs et trois allemands -, cela aurait fait 300 marks de plus par tête de pipe. On n'en a jamais vu la couleur, Remmert ne nous a pas versé un pfennig de plus"
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natfrommarsnatfrommars   13 mars 2016
En fait, je m'en fous, de la vie. Qu'est-ce que ça me rapporte ? Au début, à quatorze, quinze ans, t'es déjà presque un adulte, t'a une copine, t'aimerais bien coucher avec elle, et puis après ? Une fois que tu l'as fait, qu'est-ce que tu as de plus ? Non, ça suffit pas.
Ce que je veux dire, c'est quand on a un but dans la vie, un truc en tête, quoi, là, la vie a un sens. Sinon, franchement, c'est pas la peine. Si on a envie de faire quelque chose, là d'accord, mais sinon, franchement, la vie, ça a pas de sens. A quoi ça sert, hein ?
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Helene1960Helene1960   05 janvier 2015
Nous revoilà dans la vieille carriole, accroupis, entassés, les uns contre les autres, secoués en tous sens. Nous roulons dans l'obscurité parfois traversée par de pâles lueurs surgies des ateliers.
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Video de Günter Wallraff (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Günter Wallraff
Ajoutée le 12 juil. 2012 Le journaliste allemand Günter Wallraff se glisse un an durant dans la peau d'un Somalien émigré en Allemagne, afin de se faire une idée de l'accueil fait aux minorités de couleur dans son propre pays. Sous le nom de Kwami Ogonno, Somalien émigré ayant appris l'Allemand à l'Institut Goethe de Dar Es Salaam en Tanzanie, Günter Wallraff va tenter -sous couvert de caméra cachée- de s'intégrer et de mener une vie normale dans son pays « d'accueil ». Or, louer un appartement, chercher du travail, prendre les transports en commun, voire inviter une femme à danser... vont se révéler une épreuve de force pour le blanc-nouveau-noir-né. Victime de toutes les formes de discrimination, de l'insulte aux menaces physiques, Kawami Ogonno va découvrir que le racisme reste enraciné au sein d'une société qui se dit multiculturelle. Même si quelques heureuses surprises d'humour et d'humanité viennent le colorer, le tableau de l'Allemagne, et plus généralement de l'Europe, du XXIème siècle est bien noir -ou bien blanc. Sorti en 2009 outre-Rhin, Noir sur blanc a créé la polémique et divisé les esprits. L'auteur Noah Sow a déclaré que qu'en tant que noir peint, Günter Wallraff n'a pas pu reproduire l'expérience réelle des minorités de couleur dans leur pays d'accueil. Le journal Süddeutsche Zeitung a surenchéri en qualifiant de racistes les méthodes elles-mêmes du journaliste; Catégorie Actualités et politique Licence Licence YouTube standard
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