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ISBN : 2707142816
Éditeur : La Découverte (01/10/2002)

Note moyenne : 4.18/5 (sur 80 notes)
Résumé :
Publié en 1961, à une époque où la violence coloniale se déchaîne avec la guerre d'Algérie, saisi à de nombreuses reprises lors de sa parution aux Editions François Maspero, le livre Les Damnés de la terre, préfacé par Jean-Paul Sartre, a connu un destin exceptionnel.

Il a servi - et sert encore aujourd'hui - d'inspiration et de référence à des générations de militants anticolonialistes.

Son analyse du traumatisme du colonisé dans le ca... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Judithbou
  06 décembre 2015
Le livre les Damnés de la terre paraît en octobre 1961 aux Editions François Maspero, alors que Frantz Fanon est mourant et que la violence coloniale se déchaîne avec la guerre d'Algérie. le livre est interdit dès sa diffusion sous le chef d'inculpation d' « atteinte à la sécurité intérieure de l'Etat ».
Ce livre fut rédigé en un an par un homme qui se savait condamné par une leucémie dont il n'ignorait pas, en tant que médecin, qu'elle était incurable.
Mort « algérien », Frantz Fanon est né « français » en 1925, à Fort de France en Martinique. Il a été un élève d'Aimé Césaire, poète et père du nationalisme antillais. Psychiatre, militant de l'indépendance algérienne au sein de FLN. Il est aussi l'auteur de Peau noire, masques blancs qui est en fait sa thèse de médecine.
Les Damnés de la terre développe deux thèmes majeurs : celui de la violence nécessaire et spontanée et les conditions de la naissance d'une nouvelle nation. Il note au passage les pièges dans lesquels celle-ci doit éviter de tomber.
Pour Alice Cherki, Fanon écrit à partir de son expérience singulière, et l'écriture même de l'ouvrage suit ce mouvement.
le livre est divisé en cinq chapitres :
I de la violence
II Grandeur et faiblesses de la spontanéité
III Mésaventures de la conscience coloniale
IV Sur la culture nationale
V Guerre coloniale et troubles mentaux
Les cinq chapitres du livre sont disposés comme les strophes d'un poème comprenant des analyses rigoureuses. Son écriture est appuyée sur son propre vécu de médecin psychiatre au contact direct des déshérités. Il cherche à produire une compréhension qui aille au-delà d'une argumentation.
Thématique de l'ouvrage
La Violence
• Dès la première phrase du livre, « libération nationale, renaissance nationale, restitution de la Nation au Peuple, Commonwealth, quelles que soient les rubriques utilisées ou les formules nouvelles introduites, la décolonisation est toujours un phénomène violent. » La violence est la clé du succès de la décolonisation. Celle-ci est un processus de désordre absolu, la seule réalité révolutionnaire. le titre, Les damnés de la terre est d'ailleurs tiré du chant révolutionnaire l'Internationale. « Debout les damnés de la terre, debout les forçats de la faim » le colonisé doit redécouvrir le réel « mitraillette au poing ».
« L'homme colonisé ne se libère que dans et par la violence » (chapitre1)
Frantz Fanon rappelle à la fin du chapitre de la violence, l'une des pages les plus violentes et les plus décisives selon lui, d'Aimé Césaire. Dans les Armes miraculeuses, le rebelle explique :
(…) c'était le maître…J'entrai. C'est toi, me dit-il, très calme…C'était moi, c'était bien moi, lui disais-je, le bon esclave, le fidèle esclave, l'esclave esclave, et soudain ses yeux furent deux ravets apeurés les jours de pluie… je frappai, le sang gicla : c'est le seul baptême dont je me souvienne aujourd'hui.
Le combat que mène Fanon est d'abord dirigé contre l'Europe : « le bien –être et le progrès de l'Europe ont été bâtis avec la sueur et les cadavres de Nègres, des Arabes, des Indiens et des Jaunes ». Il préconise une nouvelle redistribution des richesses et demande aux impérialistes de rendre ce qu'ils ont pris. Mais cette lutte contre le colonisateur souligne également les faiblesses des partis nationalistes.

Les difficultés potentielles de l'indépendance
Frantz Fanon perçoit un décalage entre les cadres de la révolution et les masses. Les élites nationalistes accordent une trop grande importance à l'organisation. Elles s'adressent en priorité au prolétariat des villes, aux artisans, aux petits fonctionnaires et négligent la paysannerie qu'elles laissent entre les mains des cadres féodaux. Or comme le souligne l'auteur, les masses rurales ont déjà joué un rôle moteur, notamment, lors des jacqueries de Madagascar en 1947. Les partis nationalistes ne préparent pas les masses paysannes à une action structurée. Ils font simplement confiance à leur spontanéité. Les dirigeants révolutionnaires se doivent donc de maîtriser la spontanéité du peuple sans la brider car elle est la source finale du succès.
• Les deux premiers chapitres sont empreints d'un certain optimisme. En revanche, les deux chapitres suivants sur la conscience et la culture nationales soulignent les freins les plus importants au développement d'une indépendance harmonieuse.
• La constitution d'une vraie culture nationale est essentielle. Elle est difficile à acquérir car le colonialisme a en partie détruit le passé. Les élites se sont souvent jetées « avec avidité dans la culture occidentale ».
• La lutte de libération est indissociable de la culture nationale. Les conteurs peuvent introduire dans l'actualité des guerres anti-coloniales des héros du passé ( Behanzin en Afrique noire – Abd el Kader en Algérie). Un retour pur et simple aux sources indigènes de la culture serait trop passéiste, il faut valoriser la nouvelle nation composée d'hommes nouveaux.

Critiques de l'ouvrage
Les damnés de la terre sont préfacés par Jean-Paul Sartre dont c'est la grande époque de succès politique ». La préface est plus violente que le livre de Fanon, souvent à la limite de l'insulte. « L'Europe est un continent gras et blême ». « Abattre un européen, c'est faire d'une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre »Elle est à la fois excessive et datée.
• le livre de Frantz Fanon est un cri. Traversé par un extraordinaire lyrisme, il est comme le dit son autre préfacier G. Challiand « un chantier de la damnation » ; celui de la colonisation qui a aliéné l'homme. Les mots sont parfois très crus. Pour Jean-Claude Bibas il est « un révolutionnaire pur, la fois utopique et réaliste ». Il se dégage de ses phrases une grande poésie, une puissance d'évocation:
« Retrouver son peuple, c'est quelquefois dans cette période vouloir être nègre, non pas un nègre comme les autres mais un véritable nègre, un chien de nègre tel que le veut le blanc. Retrouver son peuple, c'est se faire « bicot », c'est se couper les ailes qu'on avait laissé pousser » (chapitre 4)
• le FLN dont il est membre est idéalisé. Il sacralise les campagnes en affirmant que les Harkis « collaborateurs » des Français sont exclusivement originaires des villes, ce qui n'est guère exact. Enfin, il faut convenir que rien de ce que préconise Frantz Fanon n'a été mis en oeuvre par les « Révolutionnaires » du FLN. L'armée de H. Boumédienne a pris le pouvoir en éliminant le pouvoir civil, le Code de la nationalité a été fondé sur l'Islam, les femmes algériennes sont retournées à un statut traditionnel et la polygamie autorisée par le président Chadli. Pour Jean-Claude Bibas, les responsables algériens n'ont d'ailleurs guère reconnu « la grandeur réelle et la noblesse de coeur d'un homme qui leur a beaucoup apporté »
• Sa conception de la culture nationale n'est pas fermée car elle est toujours associée à l'internationalisme. Pour lui, la culture et la nation ne doivent pas se fossiliser en puisant exclusivement dans le passé. Il décrit ce qui se passe encore aujourd'hui dans beaucoup de pays en développement : coups d'Etat militaires multiples, absence de démocratie, baisse du niveau de vie, urbanisation forcenée, pillage des ressources par une minorité de privilégiés.


Portée de l'ouvrage
2. A court terme
Les damnés de la terre ont été un immense succès au moment de leur parution J.Daniel écrivait dans l'Express « Les damnés de la terre, ce sont évidemment tous les hommes du monde sous-développé, du tiers monde, tous ceux qui ont transporté à l'échelle nationale la lutte des classes de la vieille Europe. Ce livre est une oeuvre implacable, parfois irritante, toujours passionnante, exceptionnellement précieuse »
Ses écrits font de Frantz Fanon l'unique théoricien de la révolution algérienne. H Boumédienne, président de la république d'Algérie s'inspirera de Frantz Fanon pour établir le socle tiers-mondiste de l'action internationale de son pays.
3. Frantz Fanon actuel
• Considéré comme un livre phare des années soixante-dix, essentiellement lié au tiers-mondisme, Les Damnés de la terre tomba ensuite dans l'oubli. Il semble que l'auteur ait sur-estimé la force des masses paysannes et sous-estimé la force du religieux. La préface de Sartre que Fanon avait souhaitée fut, semble t-il d'avantage lue au cours des années que le corps du texte.
• Pourtant Alice Cherki dans la préface de la réédition de 2002, présente Frantz Fanon comme d'une grande actualité car « il aide à comprendre ce qui se produit quand des êtres humains sont maintenus dans le registre de la privation : violences, recours aux régressions ethniques ou identitaires.
Frantz Fanon « a tenté de mettre en place une nouvelle construction du savoir introduisant le corps, la langue et l'altérité comme expérience subjective du politique »
La pensée de Frantz Fanon est révolutionnaire, tiers-mondiste mais aussi humaniste. Son combat ne visait pas seulement la libération de l'homme noir ou du colonisé. Il cherchait essentiellement à libérer l'homme. le racisme lui est étranger « Je n'ai pas le droit, moi homme de couleur de rechercher en quoi ma race est supérieur ou inférieure à une autre race » « il n'y a pas de mission nègre, il n'y a pas de fardeau blanc : un seul devoir, celui de ne pas renier ma liberté au travers de mes choix » (Peau noire, masques blancs).
Frantz Fanon est un homme qui s'interroge, il ne cesse jamais de penser à un « vivre ensemble ». Il souhaite que le colonisé « décolonise l'être » et pas seulement les structures administratives ou politiques. Pour Frantz Fanon, l'être humain accède à l'universel à partir de sa différence et non de son particularisme. La mort du colonisé est celle du colonisateur naissent d'une seule logique, celle de la création d'un homme nouveau.

Le livre s'achève sur cette phrase :
« Pour l'Europe, pour nous-même et pour l'humanité, camarades, il faut faire peau neuve, développer une pensée neuve, tenter de mettre sur pied un homme neuf. »
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aouatef79
  04 mai 2015
Ayant ce livre bien longtemps et il m ' a plus par son analyse et comme critique , je vais prenfre un extrait expressif du livre lui-même :"Le colianisme et
l ' impérialisme ne sont pas quittes avec nous quand ils ont retiré de nos territoires leurs drapeaux et leurs forces de police . Pendant des siècles les capitalistes se sont comportés dans le monde sous-développé comme de véritables criminels de guerre . Les déportations
les massacres , le travail forcé , l ' esclavagisme ont été les principaux moyens utilisés par le capitalisme pour augmenter ses réserves d ' or et de diamants ,
ses richesses et pour établir sa puissance . IL a peu de temps , le nazisme a transformé la totalité de l 'Europe en véritable colonie .
Les gouvernements des différentes nations européennes ont éxigé des réparations et demandé la restitution en argent et en nature des richesses qui leur avaient été
volées . Pareillement nous disons que les états impérialistes commettraient une grave erreur et une injustice inqualifiable s ' ils se contentaient de retirer de notre sol les cohortes militaires , les services administratifs et d ' intendance dont c' était la fonction de découvrir des richesses , de les extraire et de les expédier vers les métropoles . La réparation morale de l ' indépendance nationale ne nous aveugle pas , ne nous nourrit pas . La richesse des pays impérialistes est aussi notre richesse . l'' Europe est littéralement la création du tiers monde . "
Le colonialisme n ' est pas une machine à penser , n ' est pas un corps doué de raison . IL est la violence à l ' état de nature et ne peut s' incliner que devant une plus grande violence ." Frantz FANON
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vincentf
  31 juillet 2016
Sommes-nous sortis du colonialisme? A l'époque où ce livre est écrit, on est en pleine décolonisation et Frantz Fanon montre à la fois à quel point l'homme colonisé a été opprimé, nié, déshumanisé par le colonisateur et à quel point le réveil de sa conscience est un réveil - violent, certes - de son humanité, de sa liberté, de sa vie mise entre parenthèses pendant un siècle. Il montre que le colonisé, l'Africain en particulier, ne se libèrera pas en imitant le colonisateur, que quand la petite bourgeoisie locale à l'esprit européanisée prend le pouvoir, elle devient pire que le colons, que c'est au peuple des campagnes de se saisir de sa liberté et de lutter pour son indépendance. Cinquante ans plus tard, le combat semble s'être enlisé: les petits bourgeois corrompus accaparent toujours le pouvoir, les firmes européennes (et, plus discrètement, les Etats) ont pignon sur rue, les pauvres courbent l'échine, ils ont juste changé d'esclavagistes. Frantz Fanon avait compris qu'il fallait plus que remplacer l'élite ancienne par une élite nouvelle pour changer véritablement un système qui, hier comme aujourd'hui, se base sur l'exploitation des faibles par les puissants.
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FreeMalik
  08 novembre 2013
J'ai ressenti le même sentiment d'universalisme que j'avais ressenti en lisant le livre « les veines ouvertes de l'Amérique latine ». Un sentiment que rien n'est fait par hasard, tout à été la conséquence d'une décision qui a été prise par des peuples colonisateurs qui avait tout intérêt à laisser les peuples colonisés dans une tiède dépendance.

Du génie, il a fallu du génie pour penser un système globalisé aussi systématique et performant, pour organiser les économies des colonies en fournisseur de matière première, (cacao, bois, or…), de sorte que même après l'indépendance ils ne soient pas capable de se suffire a eux même.
Frantz fannon systématise les manipulations occidentales sur les colonies en synthétisant de manière pragmatique leur praxis. Tout les aspects sont abordés méticuleusement et de manière tout à fait compréhensible et cohérente. L'idée de suprématie blanche ou plutôt d'infériorité indigène que les colonisateurs ont implanté jusque l'esprit même des colonisés , mais aussi les dynamique qui vont mener jusqu'aux indépendances.

Et après l'indépendance, qu'est ce qui fait que même en ayant perdu leur souveraineté les puissances coloniales restent encore gagnantes dans les rapport de force. Qu'est ce qui a changé vraiment après l'indépendance si un pays qui vendait du bois vend toujours du bois aux même européen? l'intermédiaire n'est plus un colon avec un fouet mais un nègre avec un chapeau de velours. Fannon nous explique pourquoi parmis toute les forces en présence, c'est spécifiquement un indigène qui refuse la violence libératrice sans compromis, plus apte à négocier avec ses anciens propriétaires, qui prédominera sur les autres.

c'est un excellent panorama qui se base sur les expériences des républiques d'Amérique latine, qui étudie scrupuleusement les rapports des différents groupes sociaux, prolétaire, agriculteur bourgeoisie en mettant en évidence leur ressemblance et leur différence avec les modèles occidentaux. Et au delà de ces relations intra-nationale, on comprends comment l'ancienne puissance coloniale se permet de faire preuve d'ingérence, en opposant les différentes autorité traditionnel, ethnique ou religieuses, au nationaliste qui souhaitent distribuer les fruits de l'indépendance au plus grand nombre. Toutes ces effusions ont pour effet de laisser le pays dans un état difficilement rattrapable par les futures présidents inexpérimentés qui se mettent alors en place.
Loin de faire un constat pessimiste, « tout est de leur fautes » Fannon, parle aux colonisés, pour leur expliquer comment procède le colonisateur, et surtout comment le colonisé doit agir pour se libérer de son carcan.
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EFourn
  23 juin 2013
Ouvrage incontournable, indispensable, qui éclaire l'histoire de la décolonisation de l'Algérie d'une lumière qui brille trop rarement, surtout en cette période ou les ex de l'OAS commémorent leurs héros et inaugurent des monuments un peu partout dans le pays dans l'indifférence générale.
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critiques presse (1)
Bibliobs   07 décembre 2011
«Les Damnés de la Terre» confirme la puissance d’écriture de Frantz Fanon et l’acuité de son regard.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (49) Voir plus Ajouter une citation
EFournEFourn   23 juin 2013
Ne payons pas de tribut à l’Europe en créant des états, des institutions et des sociétés qui s'en inspirent.
L'humanité attend autre chose que cette imitation caricaturale et dans l'ensemble obscène.
Si nous voulons transformer l'Afrique en une nouvelle Europe, l'Amérique en une nouvelle Europe, alors confions à des Européens les destinées de nos pays. Ils sauront mieux faire que les mieux doués d'entre nous.
Mais si nous voulons que l'humanité avance d'un cran, si nous voulons la porter à un niveau différent de celui où l'Europe l'a manifestée, alors il faut inventer, il faut découvrir.
Si nous voulons répondre à l'attente de nos peuples, il faut chercher ailleurs qu'en Europe.
Davantage, si nous voulons répondre à l'attente des Européens, il ne faut pas leur renvoyer une image, même idéale, de leur société et de leur pensée pour lesquelles ils éprouvent épisodiquement une immense nausée.
Pour l'Europe, pour nous mêmes et pour l'humanité, camarade, il faut faire peau neuve, développer une pensée neuve, tenter de mettre sur pied un homme neuf.
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AustralAustral   20 novembre 2013
Les ministres, les chefs de cabinets, les ambassadeurs, les préfets sont choisis dans l’ethnie du leader, quelquefois même directement dans sa famille. Ces régimes de type familial semblent reprendre les vieilles lois de l’endogamie et on éprouve non de la colère mais de la honte en face de cette bêtise, de cette imposture, de cette misère intellectuelle et spirituelle. Ces chefs de gouvernement sont les véritables traîtres à l’Afrique car ils la vendent au plus terrible de ses ennemis : la bêtise. Cette tribalisation du pouvoir entraîne, on s’en doute, l’esprit régionaliste, le séparatisme. Les tendances décentralisatrices surgissent et triomphent, la nation se disloque, se démembre.
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AustralAustral   18 novembre 2013
Le racisme, la haine, le ressentiment, « le désir légitime de vengeance » ne peuvent alimenter une guerre de libération. Ces éclairs dans la conscience qui jettent le corps dans des chemins tumultueux, qui le lancent dans un onirisme quasi pathologique où la face de l’autre m’invite au vertige, où mon sang appelle le sang de l’autre, où ma mort par simple inertie appelle la mort de l’autre, cette grande passion des premières heures se disloque si elle entend se nourrir de sa propre substance.
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alzaiaalzaia   03 janvier 2015
Au niveau des individus, on assiste à une véritable négation du bon
sens. Alors que le colon ou le policier peuvent, à longueur de journée,
frapper le colonisé, l'insulter, le faire mettre à genoux, on verra le
colonisé sortir son couteau au moindre regard hostile ou agressif d'un
autre colonisé. Car la dernière ressource du colonisé est de défendre
sa personnalité face à son congénère. Les luttes tribales ne font que
perpétuer de vieilles rancunes enfoncées dans les mémoires. En se lançant à muscles perdus dans ses vengeances, le colonisé tente de se
persuader que le colonialisme n'existe pas, que tout se passe comme
avant, que l'histoire continue. Nous saisissons là en pleine clarté, au
niveau des collectivités, ces fameuses conduites d'évitement, comme
si la plongée dans ce sang fraternel permettait de ne pas voir l'obstacle, de renvoyer à plus tard l'option pourtant inévitable, celle qui débouche sur la lutte armée contre le colonialisme
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GrapheusGrapheus   01 septembre 2011
Européens, ouvrez ce livre, entrez-y. Après quelques pas dans la nuit vous verrez des étrangers réunis autour d'un feu, approchez, écoutez : ils discutent du sort qu'ils réservent à vos comptoirs, aux mercenaires qui les défendent. Ils vous verront peut-être, mais ils continueront de parler entre eux, sans même baisser la voix. Cette indifférence frappe au cœur : les pères, créatures de l'ombre, vos créatures, c'étaient des âmes mortes, vous leur dispensiez la lumière, ils ne s'adressaient qu'à vous, et vous ne preniez pas la peine de répondre à ces zombies. Les fils vous ignorent : un feu les éclaire et les réchauffe, qui n'est pas le vôtre. Vous, à distance respectueuse, vous vous sentirez furtifs, nocturnes, transis : chacun son tour ; dans ces ténèbres d'où va surgir une autre aurore, les zombies, c'est vous.

Jean-Paul SARTRE
Préface , p. 13
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Videos de Frantz Fanon (16) Voir plusAjouter une vidéo
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Entretien avec Patrick Boucheron et Emmanuelle Loyer sur L Histoire mondiale de la France. Une histoire désorientée ? A partir de : « 1961. Les Damnés de la terre pleurent Frantz Fanon ».
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