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ISBN : 3836551039
Éditeur : Taschen (19/04/2017)

Note moyenne : 4.1/5 (sur 39 notes)
Résumé :
En dépit des bouleversements psychologiques et sociaux qu'il exige, cet ouvrage ne veut que proposer la solution de bon sens au problème de la place des Noirs dans la société américaine. Malgré le ton parfois menaçant, malgré la satire souvent mordante, La prochaine fois, le feu est avant tout un appel à la modération, une ultime tentative de compromis (en 1963) entre les extrémistes des deux bords aveuglés par la passion. Tant par l'actualité des phénomènes dont il... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (5) Ajouter une critique
de
02 septembre 2012
Nous ne serons libres que le jour où les autres le seront
Relire ce petit ouvrage écrit en 1962/1963 permet de se remémorer une situation et une politique institutionnelle de ségrégation aux États-Unis qui se verront profondément modifiées par la conquête de droits. Une conquête inachevée, qui a emprunté des chemins complexes : celui de l'auto-organisation des Afro-Américain-e-s, à la fois dans des structures non-mixtes et dans des convergences difficiles à construire. Il nous donne aussi l'occasion de compléter, d'actualiser les analyses lucides de James Baldwin sur les effets multiples, profonds et dévastateurs du racisme, de comparer (analogies et différences, persistances et re-formulations, déplacements et recompositions) les rapports sociaux racialisés (« Humainement, personnellement la couleur n'existe pas. Politiquement elle existe ») à travers le temps et l'espace. Et de mettre en évidence ce qui ailleurs est invisibilisé, les privilèges liés à cette couleur blanche jamais nommée.
Ce livre n'est pas simplement important par ses analyses mais par la forme, les mots qu'utilisent l'auteur, y compris, son titre « La prochaine fois, le feu ». Un livre qui dit l'indicible, qui donne parole aux cris assourdis, puis aux musiques du refus.
Le premier texte « Et mon cachot trembla » se présente comme une lettre « à l'occasion du centenaire de l'Émancipation » (l'abolition de l'esclavage au cours de la guerre civile) d'un oncle à son neveu, relégué au fond d'un ghetto, par « cette nation innocente ». Les deux portent le même prénom. Ils sont noirs et confrontés « pour cette seule raison » à l'ennemi. L'oncle souligne « Les détails et symboles de ta vie ont été construits selon un plan délibéré, destiné à t'amener à croire ce que les Blancs disent de toi. Tâche, s'il te plaît, de te souvenir que ce qu'ils croient, de même que ce qu'ils te font et t'obligent à supporter ne porte pas témoignage de ton infériorité mais de leur cruauté et de leur peur ». Les dominants construisent un monde rétréci pour les dominé-e-s et leur tendent un miroir pour que celles-ci et ceux-ci se découvrent en image diminuée, négative de ce qu'elles et ils sont. La dévalorisation insidieusement prend des habits dont le tailleur ne semble plus être ni le coupeur, ni le monteur ni le couturier.
Le second texte, beaucoup plus long, « Lettre d'une région de mon esprit », au titre principal « Au pied De La Croix » commence par la crise religieuse prolongée de l'auteur lors de l'été de ces quatorze ans. Frayeur des changements de corps, des transformations, de l'indéfinissable, de l'école apparue « sous les couleurs d'un jeu auquel personne ne pouvait gagner ».
Si beaucoup de choses semblent incompréhensibles, « Point n'est besoin d'être maladivement sensible pour être exaspéré par les humiliations incessantes, gratuites auxquelles nous étions exposés chaque jour ouvrable, toute la journée ».
D'un coté l'amour chrétien prôné, de l'autre la réalité. Les uns tiennent des discours enchantés, « Mais ce que le Noir connaît du monde blanc ne saurait susciter en lui aucun respect pour les principes selon lesquels ce monde prétend vivre ». le monde est Blanc, le paradis et Dieu aussi…(Lire James Baldwin, La Conversion, 1952, publication Rivages 1999).
La rupture avec la religion viendra plus tard. D'autres, avec Elijah (Muhammad) et la Nation of Islam (les “Black Muslims”), s'inventeront une autre histoire, autour de la fierté, du séparatisme… James Baldwin explique mais n'adhère pas. L'auteur montre que les termes « civilisé » et « chrétien » résonnent de manière très étrange, aux oreilles de celles et ceux jugé-e-s indignes de ces deux caractérisations « lorsqu'une nation chrétienne se livre à une immonde orgie de violence telle que celle à laquelle s'est livrée l'Allemagne du IIIe Reich ».
Ici, nous pourrions en dire autant de la France, de ses conquêtes et massacres coloniaux, ou du monde dit libre et démocratique intervenant en Corée, au Vietnam, en Afghanistan, en Irak, etc., la liste est longue et s'allonge sous le drapeau extensible et à géométrie variable de la « liberté exportée » sauf pour les Palestinien-ne-s ou les Rroms, par exemple.
Et James Baldwin d'ajouter : « Toute prétention à une supériorité quelconque, sauf dans le domaine technologique, qu'ont pu entretenir les nations chrétiennes, a, en ce qui me concerne, été réduite à néant par l'existence même du IIIe Reich. Les Blancs furent et sont encore stupéfaits par l'holocauste dont l'Allemagne fut le théâtre. Ils ne savaient pas qu'ils étaient capables de choses pareilles. Mais je doute fort que les Noirs en aient été surpris ; au moins au même degré. Quant à moi, le sort des juifs et l'indifférence du monde à leur égard m'avaient rempli de frayeur. Je ne pouvais m'empêcher, pendant ces pénibles années, de penser que cette indifférence des hommes, au sujet de laquelle j'avais déjà tant appris, était ce à quoi je pouvais m'attendre le jour où les États-Unis décideraient d'assassiner leurs nègres systématiquement au lieu de petit à petit et à l'aveuglette. »
Dans cet Univers « comme un tambour creux », l'angoisse, au-delà de toute description. « Elle se déplaçait en moi comme ces inondations qui dévastent des comtés, rasant tout, arrachant les enfants à leurs parents, les amants les uns aux autres, transformant tout en un néant anonyme ». La solitude, l'isolement aussi, face au « nigger » asséné dans un bar et « pas un seul client du bar n'avait fait quoi que ce soit pour nous aider ».
Sans oublier les Noirs combattants en Europe recevant moins d'égard que les prisonniers de guerre allemands mais « qui en même temps, en tant qu'être humain, se sent beaucoup plus libre qu'il ne lui avait jamais été donné de pouvoir le faire CHEZ LUI. »
L'auteur souligne que « Ce n'est pas à coups d'arguments qu'on peut transformer l'expérience d'une vie » et « il n'existe tout simplement aucune possibilité d'une transformation véritable de la situation des Noirs sans que soient transformées radicalement les structures politiques et sociales des États-Unis avec tout ce que cela implique ».
Comme le dit très justement Albert Memmi dans sa préface « On dit toujours que quelqu'un exagère quand il décrit une injustice à des gens qui ne veulent pas en entendre parler ». Exagération ou « légèreté » de celles et ceux qui concluent « sur le malheur de quelqu'un avant de l'entendre lui ».
Et il faut entendre/comprendre que d'hier à aujourd'hui, « puisque les principes ont été trop longtemps servi à mystifier et à écraser l'opprimé »…
« L'eau ne tombera plus
Il me reste le feu… » (citation finale de James Baldwin, tirée d'une chanson écrite par un esclave).
Pas plus que les États-Unis n'était une « nation » blanche, nos sociétés ne le sont.
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PiertyM
24 mars 2014
L'amour arrache les masques sans lesquels nous craignons de ne pouvoir vivre et derrière lesquels nous savons que nous sommes incapables de le faire.
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rotko
28 avril 2017
J'ai dû parcourir en temps limité la prochaine fois, le feu, mais suffisamment pour voir l'intérêt de cet essai.
Baldwin se fonde sur ses propres expériences et livre de belles analyses sur le comportement délinquant et l'aliénation de l'opprimé.
Le vol ? il dirait volontiers avec le neveu de Rameau de Diderot qu'il s'agit de « restitution ». Devant un ordre fondamentalement injuste, un comportement de resquilleur est une réaction saine. Baldwin le dit mieux que moi.
Le sentiment d'infériorité et les tabous à ne pas transgresser sont transmis par les paroles et les inflexions de la voix du père.
Citation : « Les domestiques noirs depuis des générations, emportent frauduleusement différentes bricoles des maisons des Blancs, et les Blancs s'en sont toujours hautement félicités, car ceci calme en eux un vague sentiment de culpabilité et témoigne de la supériorité intrinsèque de la race blanche.
[…] de toute façon, les Blancs qui avaient volé aux Noirs leur liberté, et à qui ce vol profitait à chaque instant de leur vie ne se trouvaient pas dans une position morale très forte. Ils avaient pour eux les juges, les jurys, les fusils de chasse, la loi, en un mot le pouvoir. Mais il s'agissait d'un pouvoir criminel, qu'il convenait non pas de respecter. »
James Baldwin examine aussi l'aliénation religieuse, (il fut pasteur quelques années), l'esprit de secte des black muslims, le message du jazz et la prétendue innocence de ceux qui profitent d'un ordre injuste tout en s'en lavant les mains.
Autant dire que ce livre vaut la peine d'être lu pour les réflexions qu'il suscite.
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Tagrawla
06 mai 2017
Je ne connaissais pas James Baldwin, mais la récente sortie d'un film à son sujet et quelques explications de son réalisateur m'ont donné envie de le découvrir. Et c'était une bonne idée.
La prochaine fois, le feu est un très court essai terriblement bien écrit. Ça n'est pas toujours le cas des essais, mais le fait est que Baldwin avait une très jolie plume et si j'aime trouver du fond, j'ai au moins autant besoin de la forme.
Pour le fond, malgré ce que le titre pourrait laisser penser et malgré son maniement habile du cynisme, le discours de Baldwin n'est pas du tout un discours violent. On trouvera dans ses mots une colère légitime quant à la situation des Noirs Américains - et depuis 1963, date de parution du livre, les questions qu'il aborde n'ont pas beaucoup évoluées - mais de cette colère il ne tire aucune haine. La question de la couleur de peau n'est pour lui qu'à peine une question biologique, pas vraiment une question humaine, mais un vrai sujet politique, et voilà tout l'éclairage qu'il apporte sur le thème. Et parce que la question n'est toujours pas traitée sous cet angle, La prochaine fois, le feu reste d'actualité pour qui veut comprendre les questions "raciales" américaines.
Cela dit, ceux que la question "raciale" ne passionne pas pourront y trouver leur compte sur d'autres sujets, de la religion à la place des femmes dans la société, de l'instruction à l'éducation : peu d'essais réussissent à aborder autant de sujets en si peu d'espace sans les traiter futilement pour autant.
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ErnestLONDON
18 novembre 2016
James Baldwin adresse à son neveu cette lettre qui demeure, aujourd'hui encore, un manifeste vigoureux destiné à tous les Noirs américains. (...)
C'est son examen de conscience qu'il nous confie, par un retour sur ses engagements, convictions et prises de positions successives. C'est aussi un inventaire des différentes opinions et stratégies existant aux États-Unis dans la lutte pour la cause des noirs.
Ce texte conserve aujourd'hui encore, même si les États-Unis ont connu un président noir, son importance politique capitale.

Article complet en suivant ce lien :
Lien : http://bibliothequefahrenhei..
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Citations & extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
dede02 septembre 2012
Toute prétention à une supériorité quelconque, sauf dans le domaine technologique, qu’ont pu entretenir les nations chrétiennes, a, en ce qui me concerne, été réduite à néant par l’existence même du IIIe Reich. Les Blancs furent et sont encore stupéfaits par l’holocauste dont l’Allemagne fut le théâtre. Ils ne savaient pas qu’ils étaient capables de choses pareilles. Mais je doute fort que les Noirs en aient été surpris ; au moins au même degré. Quant à moi, le sort des juifs et l’indifférence du monde à leur égard m’avaient rempli de frayeur. Je ne pouvais m’empêcher, pendant ces pénibles années, de penser que cette indifférence des hommes, au sujet de laquelle j’avais déjà tant appris, était ce à quoi je pouvais m’attendre le jour où les États-Unis décideraient d’assassiner leurs nègres systématiquement au lieu de petit à petit et à l’aveuglette.
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Sodapop_CurtisSodapop_Curtis18 juin 2014
All I really remember is the pain, the unspeakable pain ; it was as though I were yelling up to Heaven and Heaven would not hear me. And if Heaven would not hear me, if love would not descend from Heaven ― to wash me, to make me clean ― then utter disaster was my portion. Yes, it does indeed mean something ― something unspeakable ― to be born, in a white country, an Anglo-Teutonic, antisexual country, black. You very soon, without knowing it, give up all hope of communion. Black people, mainly, look down or look up but do not look at each other, not at you, and white people, mainly, look away. And the universe is simply a sounding drum ; there is no way whatever, so it seemed then and has sometimes seemed since, to get through a life, to love your wife and children, or your friends, or your mother and father, or to be loved.
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rotkorotko28 avril 2017
"Évidemment vous n'avez jamais amené vos esclaves sur votre sol. Mais cela se produit maintenant pour la première fois: vous êtes en train de faire exactement la même chose que les Américains. Vous avez un Harlem à Paris, et un Harlem à Marseille, aussi stupides et aussi racistes que ceux que nous avons. La même chose va arriver parce que vous croyez que vous êtes blancs. Vous obtiendrez peut-être de la musique à la fin de tout ça, mais cela reviendra cher."
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dede02 septembre 2012
Les détails et symboles de ta vie ont été construits selon un plan délibéré, destiné à t’amener à croire ce que les Blancs disent de toi. Tâche, s’il te plaît, de te souvenir que ce qu’ils croient, de même que ce qu’ils te font et t’obligent à supporter ne porte pas témoignage de ton infériorité mais de leur cruauté et de leur peur
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Sodapop_CurtisSodapop_Curtis18 juin 2014
It is too much to say that whoever wishes to become a truly moral human being (and let us not ask whether or not this is possible ; I think we must believe that it is possible) must first divorce himself from all the prohibitions, crimes, and hypocrisies of the Christian church. If the concept of God has any validity or any use, it can only be to make us larger, freer, and more loving. If God cannot do this, then it is time we got rid of Him.
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Video de James Baldwin (8) Voir plusAjouter une vidéo

James Baldwin à propos de son enfance à Harlem
L'écivain noir américainJames BALDWIN évoque son enfance dans le ghetto de Harlem, en butte au racisme. Il parle de son père, ouvrier et prédicateur le dimanche, de la religion, de l'église noire américaine. Lecture en voix d'un extrait du livre "L'Homme qui meurt" dans lequel il raconte comment , à 10 ans, battu par des policiers blancs,il découvre qu'il est noir.Il a quitté les Etats...
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