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EAN : 9791094680360
220 pages
Éditeur : Le Serpent à plumes (06/02/2016)
4.01/5   35 notes
Résumé :
Mai 1980 : une junte militaire a pris le pouvoir en Corée du Sud quelques mois plus tôt. Après une spectaculaire manifestation d'opposants à Séoul, la ville de Gwangju se mobilise à son tour. Face à la répression, elle se soulève, portée par le mouvement étudiant et syndical pour la démocratie. La répression menée par l'armée est féroce : les civils, la foule, la jeunesse deviennent des cibles.

Dans la ville ensanglantée, un jeune garçon erre à la rec... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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sandrine57
  05 juin 2016
Il y a ceux qui lavent les corps ensanglantés, ceux qui notent une descriptions détaillées des cadavres sur de petites fiches pour permettre une identification, ceux qui entreposent les cercueils, font brûler une bougie, chantent l'hymne national, ceux qui cherchent parmi les corps un ami, un, fils, une soeur. Il y a ceux qui continuent la lutte, armés d'un fusil dont ils ne sauront ni ne voudront se servir et ceux qui sont morts, tombés sous les coups des militaires, qui n'auront d'autre tombe qu'un immense charnier incendié à grosses lampées d'essence. Et il y a ceux qui n'ont pas eu la chance de mourir sous les coups ou les balles, ceux-là, dangereux activistes, ''putes rouges'', terroristes, vont découvrir la promiscuité, la faim, la torture qu'on n'oublie jamais, la peur qui s'incruste dans tous les pores, les souvenirs qui restent gravés pour toujours dans la mémoire, qui empêchent de vivre, qui conduisent à la culpabilité d'avoir survécu quand tant d'autres sont morts, à l'abrutissement par l'alcool, au suicide. Implacable, la dictature de Chun Doo-hwan soumet, plie, réprime, assassine. La pitié n'existe pas pour ceux qui osent revendiquer plus de droits. Lycéens, étudiants, ouvriers, syndicalistes sont autant de cibles pour une armée sanguinaire, encouragée à la dureté, récompensée pour sa violence.
L'assassinat du dictateur Park Chung-hee en octobre 1979 fait déferler sur la Corée du Sud un vent de liberté et d'espoir. Mais dès le mois de décembre, le général Chun Doo-hwan s'empare du pouvoir par un coup d'Etat et met un terme aux mouvements de démocratisation du pays. En mai 1980, Séoul se révolte contre la loi martiale, suivie par Gwangju, foyer traditionnel de l'opposition démocratique. Ce mouvement populaire est réprimé dans la violence, les militaires allant même jusqu'à contenir la foule au lance-flammes. Etudiants, syndicalistes et citoyens sont massacrés, les manifestants armés sont emprisonnés dans les pires conditions et torturés quotidiennement.
C'est cet épisode douloureux de l'Histoire coréenne que Han Kang raconte dans Celui qui revient. Inspirée par l'histoire de Tongho, un lycéen, exécuté alors qu'il sortait les mains en l'air de la sous-préfecture avec d'autres jeunes, elle raconte les quelques jours de mai 1980 où Gwangju, isolée du reste du pays, a été mise à feu et à sang par des militaires fortement encouragés par le pouvoir en place à user de tous les moyens pour anéantir les rebelles. Elle évoque ainsi tous les martyrs qui sont tombés pour la cause qu'ils défendaient, ainsi que les survivants marqués à jamais dans leur chair et dans leur coeur par les horreurs de ce printemps.
Et c'était il y a 30 ans à peine...Les plaies ne sont pas encore refermées et pourtant la Corée est devenue une puissance économique, un pays de progrès, une démocratie qui tente d'oublier un long passé de violence et de souffrance.
Ecrit dans une langue dépouillée, parfois elliptique, cet hommage à tous ceux qui ont combattu pour la démocratie s'interroge de manière fort juste sur la bestialité de l'Homme, sa capacité à faire la mal, mais aussi son âme, pure et innocente. Un très beau livre qui ouvre une page de l'Histoire coréenne que l'on connaît peu sous nos cieux.
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de
  06 janvier 2018
Je ne pardonnerai jamais à personne. Ni à moi-même
Le propre de la littérature est de pouvoir donner à lire ce qui est difficilement audible ou pensable. Par exemple, les massacres, les génocides, les exterminations. Faire ressentir, à la lectrice ou au lecteur, la densité des temps suspendus, des peurs ou des angoisses. Les écrivain·e·s jouent des multiples codes possibles pour donner présence et sens à des actes générés par les organisations sociales ; ce que certain·e·s nomment trop facilement « barbarie humaine », oubliant les conditions sociales de la production de celles et ceux qui exécutent et de celles et ceux qui ne reviennent plus.
Il ne s'agit cependant ni d'analyses (nécessaires) ni de simples dénonciations, mais bien de création, du rendu possible par la lecture et les rêveries associées, du sentiment de survie.
« Il n'y a que des gens allongés dans le silence et l'horrible puanteur »
Han Kang, dans une langue sans affect, nous souffle ce vent de terreur traversant la Corée du Sud. Les temps du sang, de la mémoire, du questionnement, de la transmission, « Si cet autre monde avait duré… ».
Un visage, un oisillon, des souffles noirs, « Qui m'a tué ? Qui a tué ma soeur ? Pourquoi ? », des corps pourrissants, le feu ouvert par l'armée, « Avant qu'une balle vienne labourer mon ventre telle une boule brûlante », les pensées de l'impensable, « Si seulement je pouvais ne rien voir », les traits désagrégés, l'essence versée sur les corps…
Sept gifles. « Après la cinquième, elle a pensé : Il ne s'arrêtera jamais, il va continuer. La sixième fois, elle n'a pensé à rien », l'oubli et la mémoire, « Si je pouvais me cacher dans un rêve. / Ou bien dans un souvenir », le fer et le sang, la falsification et la censure, la douleur qui rend fou, la soif, la peur, la faim, des enfants et des fusils, le chant et le silence, la prunelle de la nuit, les « putes rouges » à exterminer (militarisme et masculinisme), le coté fleuri et « les lampes recouvertes de neige ».
Ne pas laisser disparaître celles et ceux qui furent victimes de cette violence en plein jour, garder les yeux ouverts, « Ecrivez comme il faut ».
Lien : https://entreleslignesentrel..
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bina
  08 janvier 2017
Je connais la situation politique de la Corée du Nord, ainsi que la situation actuelle de la Corée du Sud, mais j'ignorais complètement que cette Corée du Sud, en 1980 vivait aussi au rythme de la dictature et des sanglantes répressions de la moindre manifestation estudiantine ou ouvrière.
Après quelques petites recherches, il se trouve que le livre de Han Kang, Celui qui revient (publié en 2016 en France, en 2014 en Corée) retrace le soulèvement de Gwangju de mai 1980. Les étudiants et ouvriers s'élèvent contre la dictature de Chun Doo-Hwan qui a pris le pouvoir après la mort du président en 1979.
Du point de vue du régime militaire en place, ce soulèvement est vu comme un mouvement inspiré par les communistes, les opposants étant appelés les ‘'putes rouges''.
Mais une fois un régime civile à nouveau au pouvoir, le mouvement a été reconnu comme un mouvement de défense de la démocratie et des droits contre la dictature militaire.
De très jeunes gens, comme Sonju, Chinsu, Tongho…voici quelques uns des personnages à travers lesquels nous vivons les quelques jours du soulèvement de Gwangju. Beaucoup sont morts, sans sommation. Beaucoup sont arrêtés et torturés. Quelques uns reviendront, changés à vie parce qu'ils ont vécus dans les geôles.
Un style épuré, parfois même très poétique, nous sommes portés de personnage en personnage, de témoignage en témoignage. Ils se croisent, se recoupent et dressent des portraits hommage aux martyrs de la démocratie coréenne. Un livre à découvrir pour ne plus ignorée une page d'histoire contemporaine.
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Davpunk
  16 juin 2021
Partant d'une histoire vécue, Han Kang s'en sert ici pour développer un roman surprenant, choral, prenant parfois des allures de reccueil de nouvelles…
Nous sommes au printemps 1980. La révolte de Gwangju est un massacre immonde. Plusieurs personnages en seront impactés, de différentes maniéres…
SI on retrouve, tout au long du roman, des personnages qui parfois se connaissent, qui se sont parfois croisés, ou encore qui ont vécus une histoire similaire, il serait difficile de considérer ce livre comme étant linéaire, simple d'accés. Il faut du temps pour comprendre où nous méne une courte histoire narrée à la deuxiéme personne en début de livre. Puis ensuite une autre qui semble ne rien avoir à voir avec la premiére. Et puis au fur et à mesure, on saisit la violence du propos, la pertinence de l'ensemble, la reconstruction travaillés des sentiments.
Parcequ'il a bien fallu que Han Kang s'imagine être elle ou lui pour imaginer comment ils ont pu vivre ces événements et ce qu'ils ont pu en retirer. L'épilogue même, qui fait le lien avec l'histoire de l'auteure, se montre particulièrement touchant, tout en restant suffisamment déconstruit pour que l'on ressente que tout cela vient du coeur, et n'a pas d'autre vocations que celle de toucher, durablement. C'est réussit.
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gromit33
  04 novembre 2016
Ce roman est le deuxième texte que je lis de cette auteure coréenne (dans le cadre de mon challenge année de la Corée). J'avais lu et apprécié « Pars, le vent se lève ». Il y avait beaucoup de poésie dans ce texte. « Celui qui revient » est très différent mais j'ai ressenti du plaisir à le lire, malgré un sujet et thèmes très difficile. L'auteure nous décrit une période sombre de l'histoire de la Corée. En mai 1980, en Corée du Sud, une insurrection s'st déroulée et la répression des manifestations a été très violente. Ce pan de l'histoire de ce pays a alors été occulté et une chape de silence s'est abattue sur les victimes. L'auteure décide alors de nous raconter cette quête sur ces victimes. Un texte polyphonique nous permet de découvrir les journées où se sont passées ces événements. Que ce soit du point de vue d'un jeune lycéen, d'une jeune femme qui est devenue traductrice et décide de raconter son arrestation et emprisonnement. Ce texte parle d'événements tragiques, des images fortes jalonnent le texte, que ce soit les manifestations réprimées dans la violence, des séances de torture subies par les prisonniers. Mais il y a aussi des moments tranquilles et il y a surtout un hommage à la résilience de victimes ou parents des victimes/ Comment et peut-on continuer à vivre après avoir vécu de tels événements. Bien sûr, on est en Corée mais ce roman-récit a une portée universelle car de tel événement ont et peuvent se passer dans n'importe quel coin de la planète. A nouveau un roman qui m'a beaucoup impressionné et cela grâce à cette année de la Corée, manifestation si discrète, malgré la venue d'auteurs lors du salon du livre de Paris. En tout cas, des auteurs à découvrir.
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
gromit33gromit33   04 novembre 2016
Quand je pense aux dix jours de cette ville, je vois l’instant où une personne battue à mort ouvre grands les yeux. L’instant où elle fixe son bourreau, en écartant ses paupières lourdes, en crachant le sang et les morceaux de dents qui remplissant sa bouche
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gromit33gromit33   04 novembre 2016
L’homme est-il cruel ? Par nature ? Ce que nous avons vécu, relève-t il d’une expérience banale ? Vivons nous dans l’illusion de notre dignité alors que nous pouvons à tout moment nous transformer en moins que rien, un insecte, une bête, une masse de pus et de suint ? Etre humilié, blessé, tué, est-ce là le destin de l’homme tel que le démontre l’histoire ? » (p140)
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gromit33gromit33   04 novembre 2016
Si l’été que je venais de connaître était la vie, si le corps souillé de sang, de pus, et de sueur était la vie, si les secondes qui ne s’écoulaient pas malgré les supplications, si les moments où, tenaillé par une faim humiliante, je mâchais du soja avarié, c’était la vie, la mort devait être comme un coup de pinceau qui faisait disparaître tout cela. » (p129)
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RollMeFurtherRollMeFurther   20 mai 2018
En moi, quelque chose de tendre dont j'ignorais l'existence s'est brisé sans faire de bruit.
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phomanonphomanon   25 mars 2019
Alors qu'ils avaient reçu un fusil, la plupart d'entre eux n'avaient pas réussi à tirer. A la question de savoir pourquoi ils étaient restés sachant qu'ils allaient être battus, tous les survivants avaient une réponse similaire. "Je ne sais pas, mais il m'a semblé que je le devais."
Je me trompais en les considérant comme des victimes. Ils étaient restés parce qu'ils ne voulaient précisément pas être des victimes.
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