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ISBN : 292455022X
Éditeur : ÉLP éditeur (04/11/2016)

Note moyenne : 3.36/5 (sur 11 notes)
Résumé :
On ne sait pas trop d'où il vient, ni comment il s'appelle, mais il est venu rejoindre Dimitri, l'autre garçon de Gauthier, le maître. Tous deux travaillent pour Gauthier. Tous deux sont devenus des jouets entre ses mains. Tous deux goûteront à sa médecine dissimulée dans un verre de lait que, bientôt, ils ne peuvent plus se passer. L'auteure laisse entendre qu'ils viendraient d'Europe de l'est, probablement de Roumanie, pays de tous les extrêmes, ou de Slovaquie, a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Loana
  13 novembre 2016
Par Paul Laurendeau :
Dans ce court roman en forme de métaphore sociale, les perceptions sont altérées, les motivations occultées, la vérité distordue et la morale mise en charpie. Michel Butor dans La modification (1957) avait utilisé, pour mieux ceinturer l'expérience de lecture dans l'enceinte restrictive de la narration, le vous en lieu et place du je ou du il. Il y allait donc à coups de vous faites ceci, vous faites cela, il vous arrive ceci, vous entrez par ici, vous sortez par là… et ce, tout le long de son roman. À la fois plus directe et plus évasive, Loana Hoarau domine l'esprit de ce procédé, hérité de Butor et du nouveau roman, en optant pour le tutoiement et le futur simple prospectif. L'effet de déroute référentielle et d'emprisonnement dans la lecture est saisissant.
«Bon. T'es pas si con que ça, on dirait.»
Il t'examinera ensuite faire la salle d'eau entière, lui s'occupera des dernières finitions: fournir les serviettes, des échantillons de shampoing et de dentifrice, un verre en plastique dans son emballage, du papier toilette.
Il te conduira ensuite vers le lit, te scrutera t'appliquer à ta tâche maladroitement, le traversin dépassant de la couche, l'oreiller de travers, le pli sur la couette, le drap à l'envers ou mal aligné. Il secouera la tête en te chuchotant des “Recommence” et défera ton ouvrage trois fois de suite avant que tu ne l'exécutes parfaitement. Passer l'aspirateur te demandera beaucoup d'attention. le récurage également. Tu partiras un peu dans tous les sens.
Jonas semblera compréhensif et te montrera comment gagner du temps. Il t'apprendra le détourage et à ne pas cogner ton outil contre les meubles, les pieds de lits, le mur. le nettoyage des vitres à l'américaine, bien plus rapide. le dépoussiérage du bois en deux coups trois mouvements.
C'est que nous sommes indubitablement dans une situation d'altération perceptuelle, de perte de repères, d'abus corporel et psychologique profond et ce, sans oublier la brutalité du rapport de classe. TU, personnage principal, est un homme que l'on suppose assez jeune, possiblement même un adolescent. Il a été enlevé, ou à tout le moins retiré du monde, par un homme plus mûr, élégant, brutal. C'est un patron tertiaire, arrogant, tyrannique. Il tient quelque choses comme une luxueuse chaîne d'hôtels, des hôtels particuliers… particulièrement particuliers, s'il faut tout dire. Et avec des clients… fort exigeants, s'il faut en rajouter.
TU subit erratiquement sa situation. S'il a un statut dans toute cette histoire c'est le statut d'esclave. Esclave professionnel, esclave comportemental, esclave sexuel. Conséquemment, ici, le temps (notamment le temps de travail mais aussi le temps de narration) ne se calcule plus de la même façon. le temps du prolo moderne, c'est comme l'eau d'un robinet qui s'ouvre et se ferme par moments fixes, spécifiés contractuellement. le temps de l'esclave, c'est comme une mare ou un puit d'où l'on pompe à volonté. À cela se trouve directement corrélé le fait que, comme le boeuf ou la mule champêtres (car il y a ici quelque chose de profondément, de viscéralement agricole), l'esclave n'opère pas dans un rapport consenti. Il émet une tension constante de résistance. Il est implicitement rétif, peu coopératif, tant et tant qu'il faut gaspiller une quantité significative d'énergie à le punir, le cerner, le réprimer, le faire s'épuiser pour qu'il se soumette. le principe fondamental de l'esclavage contemporain, du point de vue du poudré tertiaire qui exploite, est que l'intégralité du temps de travail est disponible comme un tout, une fois l'esclave isolé du monde. On le ponctionne donc, comme une masse, une force, un flux, ayant du temps et de la puissance ad infinitum (jusqu'à extinction). On opère donc ici, froidement, dans un dispositif où il est sereinement assumé qu'on gaspillera massivement une portion significative du temps et de la force de l'esclave. Tout son temps et toute sa force nous appartiennent. Donc, eh bien les jours s'égrènent, comme sans fin, et on presse le citron, tranquillement, sans compter, ni tergiverser. Et ça, l'esclave ne le sait pas vraiment encore, attendu que, modernité oblige, on a quand même bien su le cajoler, le charmer, l'endormir, le séduire.
Car le fait est que TU découvre sa condition et son désespoir à mesure que les choses déclinantes et brutales de son esclavage inexorablement avancent. Ne nous y trompons pas nous-mêmes, ce jeune homme sans ville, sans pays, sans soleil, fourvoyé dans un cauchemar social qu'il ne décode qu'à demi, c'est n'importe qui, un epsilon sociologique cueilli presque au hasard. TU, c'est vous et moi en fait (c'est bien là la fonction narrative et référentielle du tu). Et il avance vers son avenir incertain, douloureux et amoral en tâtonnant et en ne pouvant vraiment jurer de rien (c'est bien là la fonction narrative et référentielle du futur simple prospectif).
Implacable, ce roman est court mais dense, nerveux mais ouateux, cuisant mais brumeux, cruel mais onctueux. le dérèglement des sens y est permanent. Ça, c'est la faute au verre de lait. le patron-maitre-tyran en costard et qui sent bon ne paie pas son esclave. Il le nourrit peu, le loge mal, ne le laisse sortir de son immense domaine campagnard que lorsque TU prend l'initiative de s'en évader lui-même, pour une douloureuse et désespérante cavale dans des champs de maïs cruellement et gratuitement hitchcockiens. Mais la totalité de ces privations, de ces sévices lancinants, de ces abus absurdes va complètement se dissoudre dans le verre de lait du soir. Après avoir bu son verre de lait, TU semble ne plus rien sentir de sa terrible et fatale condition carcérale de classe. Il y a indubitablement quelque chose qu'on instille insidieusement dans cet anodin verre de brouillard blanc, dans cette potion engendrant le caractère abrégé, ouateux, brumeux et cruel de NOTRE dérive. Quelque chose… quelque chose… le rêve? L'espoir? L'amour?
Non, non, non, c'est pas fini, l'esclavage…

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MeliMelolivresque
  06 juin 2018
Je n'ai ABSOLUMENT PAS DU TOUT AIMER ! Sa était un vrais supplice pour lire seulement les 102 pages ! L'HORREUR ! Depuis que je lit, je n'ai jamais ressentit cela !
L'auteur nous vise dans son roman, en utilisant le tutoiement, et le futur .... alors que la victime est un Homme sans nom.
L'histoire n'a aucun début ni de fin. On ne sais pas d'où vient ce fameux " Jan " prénom donner par l'autre personnes présent. On ne sais rien d'eux aucune description. Ni comment cela se termine
Des choses dite on ne sais même pas d'où sa vient comme l'amputation de " Jan " ou c moi qui est rater quelque chose.
Le livre fut une total déception !
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nath74gri
  12 août 2018
Après Buczko et Mathématiques du chaos, j'ai lu Soleil à Vazec. On retrouve dans ce thriller psychologique, l'écriture violente et dérangeante de Loana Hoarau, mais il ne s'agit pas d'enfants dans celui-ci.
On ne sais pas bien d'où il vient et qui il est, mais il est recueilli par Gauthier qui après l'avoir soigné, et mis sous l'emprise de la morphine, s'en sert de larbin, esclave moderne et sexuel.
Livre très bien écrit mais la fin reste un peu trop flou à mon goût.
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sesev
  10 janvier 2017
Une histoire très intense, sans temps mort, difficile à certains moments, avec une écriture rythmée et percutante. Les phrases sont courtes, l'auteure utilise le tutoiement et le futur, j'avais l'impression de vivre cette histoire de l'intérieur. Une histoire dure, très bien écrite que je vous recommande mais âmes sensibles, passez votre chemin.
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mamantulisquoi
  10 mars 2017
Merci à Loana Hoarau de m'avoir fait découvrir sa plume et son roman.
Mon avis :
Une atmosphère lourde, une plume hors du commun, un roman inclassable qui ne vous laissera pas indifférent et je pense que ce livre sera soit profondément détesté ou comme moi, énormément adoré.
Un roman dur, à ne pas mettre entre toute les mains, certains passages sont dur à lire, ils ne sont pas explicite mais la chose est suggérer.
Le roman est écrit à la deuxième personne et rien que cette facon d'ecrire met le lecteur dans une position inconfortable, pas par rapport au style d'ecriture mais par rapport à l'histoire. L'auteur nous implique totalement dans la tete de la victime, ce jeune garcon recueilli par Gauthier, qui ne peut pas parler, ne comprend pas la langue que parle les personnes qui vont gravités autour de lui. Cet enfant qui ne vient pas d'ici est paralysé par Gauthier, entre l'envie de ne pas le décevoir, lui qui l'a recueilli et le nourri et le besoin de survivre, d'éviter la punition, de fuir …
Ou comment comprendre la manipulation poussée à l'extrême dans son horreur.
Lien : https://mamantulisquoi.wordp..
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
LoanaLoana   21 février 2017
Mathématiques du Chaos et Soleil à Vazec de Loana Hoarau. Ça va être comme les précédents, j’ai franchement beaucoup accroché, je suis totalement fan des deux intrigues et surtout du style d’écriture, surtout dans Soleil à Vazec, j’ai souvent du mal avec les textes en « tu », mais là, c’était juste génial ! Cela donne un rythme très original et un angle de vue très particulier au livre. Forcément je les recommande également =D.

Marine Ric

Merci Loana pour ton livre assez déroutant il est 04 h du matin je viens de le finir, où vas-tu chercher des truc pareils, ils est très noir mais terriblement bien écrit merci pour ce bon moment. Même mon traitement a pas fonctionné, maintenant je vais essayer de dormir un peu, j'attends le prochain avec impatience, il est aussi noir que celui là ça promet

Hélène Meynial
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LoanaLoana   12 novembre 2016
Regarde, Jan. Regarde, cher homme fragile. Petite chose tombée des cieux. Tu es vivant mais tu n’es plus rien. Rien que du vide dompté. Maîtrisé, soumis. Ordinaire. Survivant aux loups. Trainé dans les bas-fonds. Le cerveau entortillé comme une serpillière. Toi, l’instrument. Toi, le troc. Scindé de ton jugement, tu devines le monde humain disparaître peu à peu de ta mémoire. Plus d’intellect, plus de discernement. C’est ce que tu croiras. C’est ce qu’il veut que tu croies. Lui ta lumière. Lui qui t’éloigne du jour. Lui qui s’approprie toutes tes pensées, tous tes gestes, aussi minimes sont-ils.
Dans le coin de ta chambre tu t’affaisses. Démantelé. Oublié. Deux jours entiers que Gauthier ne sera pas venu. Le verre de lait te manque. Tu t’ouvres à des cauchemars éveillés. Le manque de sommeil apparent. Nuits bâclées. Deux jours durant lesquels tu frapperas à la porte, quelque fois dans un relent de colère, d’autres fois épuisé et au bord des larmes. Tu as soif. Et rien ne se passe. Deux jours durant lesquels tu te soulageras dans un coin, gémissant de douleur. Tu dormiras à même le sommier, tremblant de froid.
Puis un matin, à ton réveil, le verre de lait. Juste sous ton nez. Tu te redresseras rapidement, tant pis pour tes membres ankylosés. Tu t’empareras du verre en tremblant, rapidement, l’avaleras d’une traite. Tu prendras une longue inspiration. Ta torpeur sera plus douce. Juste un instant.
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