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ISBN : 2362791602
Éditeur : Alma Editeur (01/10/2015)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Une étude sur la représentation du personnage du bon larron dans la peinture italienne et allemande pendant la Renaissance.
Solidement ancré dans la culture populaire depuis la fin de l'Antiquité, Dismas connaît du XIVe aux XVIe siècles une étonnante carrière dans l'art et dans la société de l'Europe occidentale. En effet, le Bon Larron est, pour le pécheur - voire le pire des pécheurs - la promesse d'un pardon, d'une rédemption et de l'accès à la vie éterne... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
CDemassieux
  07 octobre 2015
Sur le mont Golgotha, lieu de la Crucifixion de Jésus à l’extérieur de Jérusalem, il y avait de part et d’autre de sa Croix, deux voleurs, passés à la postérité sous le nom des : deux larrons. A sa gauche, le mauvais larron, celui qui le railla ; à sa droite, celui qui attesta de son innocence, contrairement à lui et son compagnon d’infortune, coupables de crimes réels, dont l’un se repend et pas l’autre. Le souvenir du Bon larron – appelé Dismas – sera ultérieurement convoqué pour exhorter les condamnés à avoir « une bonne mort », c’est-à-dire se repentir avant d’atteindre l’au-delà. C’est sur lui que Christiane Klapisch-Zuber concentre son étude remarquablement documentée.
On plonge dans une époque médiévale du bas Moyen Âge – essentiellement en Italie – où règnent deux Eglises : celles d’Occident et d’Orient. Le contact entre ces deux mondes chrétiens aura d’ailleurs une influence ?quant à l’appréhension du personnage de Dismas.
L’auteur embrasse ainsi des domaines dont nous autres néophytes ne nous soucions pas d’emblée en contemplant un tableau figurant le Calvaire : les dimensions symbolique, sociologique, historique et, bien entendu, théologique.
Par exemple, on apprend que dans certaines représentations, les supplices infligés aux larrons sonnent comme un avertissement adressé aux populations, leur expliquant en substance que s’ils s’écartent du droit chemin, ils subiront un sort identique. C’est en ça que ce livre est passionnant : il aiguise notre vision et nous éclaire mieux sur des images qui peuplent notre imaginaire collectif.
Dans le même temps, le Bon larron devient un modèle pour les condamnés, qui peuvent s’assurer le Paradis à condition d’un repentir sincère.
Pareillement, on passe progressivement d’un Christ en Croix plutôt victorieux à un Christ tourmenté par la douleur physique. Autrement dit, la représentation de son supplice s’humanise. Elle se modifie avec le temps et les mœurs. Progressivement, « la dimension humaine du sacrifice est mise en exergue. »
(Plus tard, Edouard Manet, pour ne citer que lui, intégrera même la transgression avec son « Christ mort et les anges », car un détail de son tableau remettait en cause la version officielle de l’Eglise : la blessure du Christ causée par la lance ne se trouvait plus à droite mais à gauche, à l’endroit même de son cœur.)
Dismas, repentant sincère du dernier instant, c’est un peu nous. D’où son importance grandissante au fil des siècles. Ce pécheur par excellence et devenu saint, qui n’a rien fait de son vivant pour le devenir et ne s’est « imprégné » du Christ qu’au moment de mourir, est la preuve du rachat possible de tous les péchés. Le succès de ce Bon larron repose, pour beaucoup, sur un phénomène d’identification. En effet, quelque part, il nous ressemble.
Pour conclure, ce travail de recherche est aussi dense que fluide, accompagné d’une iconographie illustrant très justement le propos de l’auteur. On ressort forcément enrichi de cette lecture qui explore pêle-mêle le voyage en Terre sainte, la question de la justice, la foi, la souffrance humaine. Car Dismas est un « intercesseur » entre les Hommes et leur Sauveur. Pour en parler, il faut donc parler du monde des Hommes et de l’au-delà.
Enfin, cette étude montre, si besoin était, « le rôle des images dans le façonnement de la sensibilité occidentale ». Sensibilité qui nous a conduits à nous représenter toute la Création et en comprendre les mécanismes cachés, aiguisant notre curiosité de toute chose. Mais cela n’est qu’une remarque personnelle qui n’engage que moi !
Un regret, toutefois, qui concerne un réflexe pavlovien hors-sujet : le lien aussi maladroit que démagogique fait, en introduction, entre les souffrances des crucifiés du Golgotha et les « torture que nos compatriotes exercèrent sur les colonisés révoltés ». Cette mode d’insérer des remarques moralisantes et anachroniques à tout bout de champ confine à du harcèlement intellectuel infligé au lecteur. CQFD !
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michelangelo
  14 octobre 2015
Le voleur de Paradis n'est autre que l'un des deux larrons crucifiés avec le Christ sur le mont Golgotha. Il s'appelle Dismas et reçoit la bénédiction du Christ et la promesse de rejoindre le Paradis ce même jour avec le fils de Dieu en échange de sa sincère repentance. Gestas, le mauvais larron, dans une bravade ultime, refusera de reconnaître ses péchés et sera promis aux flammes de l'Enfer.
Ce fait relevé uniquement dans l'Evangile selon Saint Luc va mener l'auteure sur les traces de Dismas. Pour cela, elle va parcourir les diverses représentations qui en sont faites, principalement entre les IVème siècle et la Renaissance, tant en Orient qu'en Occident. Ces représentations sont faites de tradition orale, d'écrits, de comptes rendus de voyageurs visitant les lieux saints et bien évidemment de représentations artistiques. Je salue au passage la justesse des oeuvres proposées au lecteur, oeuvres qui illustrent parfaitement le propos.
Ce travail de recherche, très érudit et parfaitement documenté, se lit malgré tout avec plaisir tant le style est fluide et le propos pédagogique, même pour des non initiés.
La lecture des tableaux représentant cette fameuse crucifixion est passionnante et permet de distinguer les codes admis au travers des âges et des sociétés, de même qu'elle nous instruit sur l'interférence très forte entre ce qui est donné à montrer et ce qu'attend le Clergé ou le regard du spectateur. Car il ne fait aucun doute que les contes et légendes évoluent avec le temps et les civilisations, et que le spectateur autant que le Clergé, loin d'être les sujets passifs qu'on peut imaginer, interfèrent entre le créateur et son oeuvre, même si parfois la volonté de l'artiste transgresse ces mêmes codes (quelques exemples sont proposés par l'auteure).
La souffrance publique évoquée dans la crucifixion devient le nécessaire passage vers la rédemption et le pardon divin. Dimas devient le représentant de cette vérité rassurante et se retrouve, à ce titre, célèbre et célébré. Il est la preuve vivante que le Pardon est toujours possible, même à l'article de la mort. En cela, les derniers sacrements, ultime acte religieux, s'en trouvent confortés.
Le cheminement historique de l'auteure au travers des récits des pèlerins permet de voir combien le témoignage humain est fragile et peu fiable.
Les avis divergent et évoluent selon l'époque, l'origine des pèlerins et leurs convictions. Car c'est leur conviction intime qui leur fait voir ce qu'ils sont venus voir, hors de toute objectivité. Imprégnés de leur culture religieuse, des représentations qu'ils connaissent dans leurs églises ou lieux de cultes, ils sont comme des aveugles qui voient uniquement ce qu'ils croient… Et se fourvoient parfois.
Mais est-ce l'important ? Pour reprendre l'essai de Nancy Huston, L'espèce fabulatrice, l'homme est enclin à vivre sa propre fabulation, créant un monde qui lui appartient à lui seul. C'est bien de cela qu'il s'agit ici.
Loin de polémiquer sur la véracité des faits religieux, constatons que ceux-ci, victimes du temps, des déformations et des interférences, apportent une vision très fantasmatique d'un fait divers âgé de plus de deux-mille ans, livrant ainsi une multiplicité d'interprétations sans fin.
En définitive, la lecture de cet essai nous apprend beaucoup sur l'évolution de la religion et de l'art religieux au cours de cette longue période qui va de l'Empereur Constantin jusqu'à l'apogée De La Renaissance italienne. C'est un magnifique voyage qui nous ouvre les yeux et nous donne une perspective différente parfaitement étayée.
Cela nous amène à nous interroger sur nos propres représentations forgées par notre vécu personnel. C'est une incitation à une plus grande ouverture d'esprit et une invitation à solliciter notre esprit critique. En cela le rôle pédagogique de l'ouvrage est une parfaite réussite !
Michelangelo 2015

Lien : http://jaimelireetecrire.ove..
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ChryseiaVonSourde
  21 octobre 2015
Je ne ferai pas une critique en bonne et due forme de cet imposant ouvrage, mais sachez qu'il s'agit d'une étude magistrale - et je pèse mes mots. L'auteure, historienne et anthropologue historique dont j'ai toujours apprécié les travaux, a produit là une somme absolument extraordinaire sur la légende et les représentations de celui que la tradition connaît comme le bon larron, ou Dismas. Mêlant les disciplines et les champs de recherche (arts, théologie, sociologie, anthropologie, etc.), parcourant 1500 ans - avec une insistance plus spécifique sur la fin du Moyen Âge - et plusieurs pays, Christiane Klapisch-Zuber nous entraîne dans sa quête avec autant de génie que le ferait un auteur de polar. C'est superbement écrit, richement illustré, et vraiment, je ne vois aucun défaut à ce travail qui constitue, à mes yeux, un modèle en la matière.
Si vous vous intéressez à l'art sacré, au Moyen Âge, aux rapports entre religion et société, achetez cette merveille, vous ne le regretterez pas.
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nylor38
  11 novembre 2015
Je l'ai recu grâce a la derniere masse critique de babelio. le sujet m'était totalement inconnu (merci wikipedia avant la reception du livre! !!). L'auteur y fait une etude très approfondie sur la vision du bon larron d'un point de vue aussi bien artistique qu'anthropologique.
Livre très intéressant mais c'etait un peu juste pour moi de le lire en un mois d'où ma critique en retard! (Mea culpa!!!)
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
michelangelomichelangelo   14 octobre 2015
Anges et diables avaient été éliminés au XVIème, mais leur leçon restait : point de salut sans la foi. Nul mieux que le Bon larron ne l'avait enseigné aux malheureux conduits à la potence. Nul mieux que lui, dans ses derniers avatars, n'a témoigné des questionnements et des compromis de l'époque des Réformes. (P342)
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michelangelomichelangelo   14 octobre 2015
Le rôle des images dans le façonnement de la sensibilité occidentale ne peut être sous-estimée. (P340)
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michelangelomichelangelo   14 octobre 2015
L'art a donc parfois entériné les suggestions de ce qui se disait avoir été vu sur place. (P340)
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Video de Christiane Klapisch-Zuber (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Christiane Klapisch-Zuber
Christiane Klapisch-Zuber - le voleur de paradis .A l'occasion du Salon du livre des Rendez-vous de l'Histoire à Blois, rencontre avec Christiane Klapisch-Zuber autour de son ouvrage "Le voleur de paradis" aux éditions Alma. Retrouvez le livre : http://www.mollat.com/livres/klapisch-zuber-christiane-voleur-paradis-9782362791604.html Note de Musique : Our Ego (feat. Different Visitor) by Broke For Free - Free Music Archive www.mollat.com Retrouvez la librairie Mollat sur les réseaux sociaux : Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mollat?ref=ts Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat You Tube : https://www.youtube.com/user/LibrairieMollat Dailymotion : http://www.dailymotion.com/user/Librairie_Mollat/1 Vimeo : https://vimeo.com/mollat Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemollat/ Tumblr : http://mollat-bordeaux.tumblr.com/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Blogs : http://blogs.mollat.com/
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