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Mathieu Capel (Traducteur)
EAN : 9782354801618
226 pages
Editions Amsterdam (13/10/2017)
4.07/5   15 notes
Résumé :
À mi-chemin du reportage et du roman, Le Propriétaire absent peint la vie des paysans à Hokkaido dans les années 1920. Partis défricher et coloniser l’île par milliers après son annexion définitive à la fin du XIXe siècle, ces migrants découvrent les duretés de l’exploitation et de la lutte. Dans cet ouvrage, l’auteur livre, par des voies détournées, quelque chose de sa propre expérience et dénonce les abus de la Hokkaidô Takushoku Bank, qui l’emploie alors et qui s... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique

La vie n'est pas facile dans le petit village d'Hokkaido, où les paysans ont bien du mal à s'en sortir lors de la vente des récoltes du riz, au gré du climat ou des baisses de prix organisées par Yoshimoto l'administrateur local représentant le propriétaire des terre Kishino. Yoshimoto est intraitable quant au paiement des loyers de fermage et du paiement des intérêts des dettes contractées auprès de la Banque du Défrichement dont les actionnaires ne sont autres que les propriétaires. Quand, après une année particulièrement difficile, les paysans à bout, demandent la diminution des loyers et qu'il s se voient opposés un fin de non-recevoir de la part du propriétaire qui brille par son absentéisme, ne daignant même pas quitter sa villa d'Otaru, les paysans s'organisent pour aller manifester en ville où ils vont s'allier aux syndicats ouvriers, beaucoup mieux organisés et aguerris dans les luttes syndicales...Le bras de fer entre propriétaires et classes ouvrière et paysanne peut commencer.

Inspiré d'un fait réel, ce récit a été écrit alors que Takiji Kobayashi était lui-même employé par la Banque de Défrichement (finançant les paysans ayant accepté de s'installer à Hokkaido). Il y décrit les conditions de vie difficiles et l'émergence de certains personnages qui vont éveiller la conscience politique des paysans peu habitués à la revendication. Mais il faut reconnaître qu'il y a urgence et c'est une question de vie ou de mort pour la survie du village, certaines femmes n'hésitant pas, pour nourrir leurs enfants, à se prostituer, des jeunes quittant le village pour aller grossir les rangs des ouvriers en ville ou les enfants volant dans le champ de propriétaires menaçants. le roman est une succession de saynètes où les personnages, en grand nombre, se rencontrent au fil des discussions ou des lieux de réunion et j'ai trouvé cette construction un peu confuse et touffue; les quelques personnages emblématiques sont un peu noyés au milieu des autres protagonistes, si bien que j'ai trouvé difficile de s'attacher au destin de ces paysans.

Dans le deuxième texte "La méthodologie du roman" Takiji Kobayashi explique qu'il a rédigé le propriétaire absent après le bateau-usine et qu'il voulait faire du premier, un roman prolétarien abouti, qui servirait de référence en matière de littérature prolétarienne, mais, je rejoins la postface: A la manière d'un tissu rapiécé rédigée par Mathieu Capel, le traducteur du roman, qui pose le bateau-usine comme "la" référence de ce type de littérature car il a permis de décrire les conditions de vie réalistes et terribles avec une immersion du lecteur au milieu des marins, dénonçant de façon claire les enjeux des capitalistes, alors qu'avec le propriétaire absent, le lecteur reste en quelque sorte, extérieur et un peu perdu dans ce puzzle de situations.

Suite à la parution du roman, Takiji Kobayashi a été licencié de la Banque du Défrichement et à la suite de manifestations auxquelles il participe, il est arrêté et battu à mort par la police, il avait trente trois ans.

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Il n'y a plus de prolétaires, ni de prolétariat. Portés absents. Quoi que… En faisant une petite recherche, je suis tombé sur un blog, « Prolétariat mon amour ! » Quoi que, c'était peut-être dans un rêve…

à lire aussi sur le site : http://bullesdejapon.fr/

De littérature prolétarienne on ne parle plus, non plus. On utilise, peut-être, le vocable de roman de critique sociale. Cette littérature prolétarienne a fleuri dans les années qui suivirent la révolution de 1917. Bien qu'au Japon, puisque c'est de ce pays dont il va être question, un mouvement existait déjà au début du XX° siècle.

Takiji Kobayashi n'est pas de cette première génération puisqu'il est né en 1903, et c'est dans les années 20 qu'il rejoint ce mouvement. En 1929 paraissent, suivant un premier récit (Le 15 mars 1928 - non traduit), ses deux premiers romans, le bateau-usine (éd. Allia, 2015), puis le propriétaire absent (dont c'est la première traduction française). La publication de ce dernier, dans lequel il dénonce la responsabilité de la banque qui l'emploie dans la pauvreté des paysans, lui vaut d'être renvoyé à peine le livre paru.

Exploitation : toujours. Prolétariat : toujours… car qui trouverait que la situation a aujourd'hui changé, est bien en plein rêve !

Le roman a pour cadre l'île d'Hokkaidô où l'auteur a emménagé avec sa famille en 1907, où il étudiera, travaillera, avant, suite à son licenciement, de vivre à Tokyo, et d'y mourir dans un commissariat sous les coups de la police, en 1933. Hokkaidô faisait alors l'objet depuis la fin du XIX° d'un peuplement massif en vue de son exploitation (forêts, mines, ressource halieutique) et de son développement agricole, par l'introduction de la culture du riz.

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La famille de Ken, jeune homme d'à peine vingt ans, vit pauvrement sur l'île d'Hokkaidô, dans un petit village, situé sur un plateau venteux, non loin d'Otaru, la ville où habitent en majorité les propriétaires des terres agricoles du village. Mais eux sont absents : ne trouvant aucun des bienfaits de la civilisation dans ces villages de paysans, « quelle nécessité y aurait-il eu à vivre dans un endroit pareil ? »

Mais, il n'est pas seulement question de commodité : ceux qui détiennent le capital n'ont qu'indifférence pour les fermiers qu'ils exploitent. Takiji Kobayashi décrit ni plus ni moins le capitalisme qui oppresse ce village et la lutte des classes. Pour lui « tout auteur qui se prétend prolétarien doit d'abord faire sien le point de vue marxiste ». Dans le roman, il utilise l'artifice d'une lettre, qu'un camarade de Ken, Shichinosuke, envoie à celui-ci, pour expliquer la situation. Shichinosuke est parti tenter sa chance à Otaru et travailler à l'usine ; de ce poste d'observation, il décrit un système bien organisé, « bien huilé » : les propriétaires font des affaires, spéculent, entretiennent les meilleurs rapports avec les banques, les chambres de commerce, la police, et, se font élire au conseil municipal. Qu'importe si la famine menace suite aux mauvaises récoltes, qu'importe si les filles du village partent se prostituer en ville, « soutirer tout ce qu'ils peuvent soutirer des fermiers, ils n'ont que ça en tête ».

Ces paysans, ils y ont cru pourtant en cet eldorado : défricher, cultiver les terres d'Hokkaidô pour nourrir -l'argument patriotique ! - la Nation et devenir après quelques années, enfin, propriétaire d'un lopin de terre. le père de Ken, honteux de ne pas subvenir aux besoins de sa famille, les avait emmené en Hokkaidô, avec cet espoir. Mais il a fallu vite déchanter : les meilleures terres ne sont pas pour eux. Il est devenu ouvrier agricole, et sa femme, comme beaucoup d'immigré-es, de regretter son pays natal, où avec un petit pécule, elle espérait retourner… La plupart des paysans sont dépassés. Kobayashi insiste sur ce point à plusieurs reprises : sauf quelques-uns (les personnages d‘Abe et de Ban) qui fréquentent les syndicats, lisent, réfléchissent, ils ne comprennent pas ce qui leur arrive. Les proprios sont rusés pour les canaliser : société d'entraide, association pour les jeunes, tout pour qu'ils n'aillent pas voir les syndicats. Pourtant seuls, ils se rendent bien compte, « on pèse pas lourd ».

Le roman est découpé en 16 chapitres, plus ou moins courts, alternant scène intimiste, dans la famille de Ken, personnage qui constitue le fil rouge du roman, et scène collective. le village est décrit avec ses exploités, ses « jaunes », et ceux qui vont organiser la mobilisation et porter la lutte, là où sont les propriétaires, dans la ville d'Otaru, avec l'aide de syndicats ouvriers. C'est une des caractéristiques de ce roman – et aussi son objectif politique – l'union des ouvriers et des paysans, leur solidarité et leur lutte commune. Et pour cela la figue de Ken est très intéressante. C'est même dans les scènes avec sa « fiancée », Sada, que se révèle peut-être le plus sa mue, sa prise de conscience. Lui, le garçon modèle aux yeux du propriétaires s'est affranchi de leur paternalisme, de cette harmonie de façade où chacun était convenablement à sa place et dans sa fonction ! Cette coupure s'incarne dans le dialogue de sourd qui s'instaure entre Ken et Sada, qui lui reproche d'avoir changé. Bien sûr qu'il a changé, pas simplement en s'impliquant de plus en plus dans la lutte, mais aussi comme individu.

Si le roman, le bateau-usine s'ouvrait par ces mots : « C'est parti ! En route pour l'enfer ! », il est aussi question de trajet pour terminer le propriétaire absent, puisque Ken part pour la ville commencer « son travail au sein du syndicat paysan ».

La lecture du livre est agréable, avec ses scènes courtes, sa galerie de personnages bien dessinées, sa progression dramatique ; équilibré entre son projet (décrire un village sous domination capitaliste) et sa forme romanesque.

Le propriétaire absent, suivi de Méthodologie du roman (1931) et d'une postface du traducteur Mathieu Capel. Éditions Amsterdam, collection « L'ordinaire du capital », 226 p.

ps : toutes les phrases en italiques sont extraites du roman ou de la postface.

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Le saisissant roman d'un « mouvement social » de fermiers misérables à Hokkaidô dans les années 1920.

Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2017/10/26/note-de-lecture-le-proprietaire-absent-takiji-kobayashi/


Lien : https://charybde2.wordpress...
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
Anticipant à la fois une "opération gouvernementale d'achat de riz" et une mauvaise récolte, les prix s'étaient "envolés". Mais des bienfaits qui en découlaient, rien justement ne découlait jusqu'aux paysans eux-mêmes. A l'heure actuelle, qui donc avait la main sur les stocks de riz ? Sûrement pas les paysans. Ils avaient vendu les tout derniers grains en novembre ou décembre, quand le riz est le moins cher. Chaque fermier était conscient que de cette "opération d'achat", il ne verrait même pas la queue.
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Pour être attribuées, les « aides au défrichement » d’environ trois cents yens étaient bien attribuées. Mais une fois déduits les frais d’installation pour toute une famille, il n’en restait plus que pour une année. En fin de compte, il fallait contracter un « prêt à taux réduit », et se débrouiller tant bien que mal. Quand, après cinq, voire six années de travail, ils avaient réussi à en faire un champ ou une rizière, les paysans se trouvaient pieds et poings liés, des dettes jusqu’au cou.
Quant aux propriétaires qui avaient concédé ces milliers d’hectares, alors qu’ils attiraient les fermiers par la promesse de leur donner gratuitement la moitié de ces terres le jour même où le défrichement en serait achevé, ils rompaient d’un coup cette promesse, ou ne la tenaient simplement pas.
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"Il faut les récompenser - flatter leur sensibilité, les faire travailler par plaisir, sinon, ça risque de devenir n'importe quoi, avait suggéré Yoshida.
- On va dépenser un peu, leur sortir de beaux diplômes dorés, leur préparer des cérémonies ennuyeuses, très solennelles, tu verras que tous ces culs-terreux de paysans feront très vite profil bas".
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La terre dont, selon le secrétaire d'état, "une fois défrichés 60%, toute la superficie vous est attribuée", se situait à quatre vingt ou cent vingt kilomètre de la gare. Quelque céréale qu'on y fasse pousser, une fois acquittés les frais de transport, elle ne rapportait plus assez au prix du marché. De plus quand venait l'hiver dans ce coin retiré de Hokkaidô, vous vous retrouviez plus démuni que Robinson. Sans pouvoir trouver de quoi se nourrir, ni mettre en réserve la part d'un hiver, des familles entières étaient retrouvées au printemps, mortes de faim, ensevelies sous la neige. Les meilleurs terres d'Ishikari, Kamikawa et Sorachi, le secrétariat d'Etat les vendait par hectares à des familles nobles ou fortunées, pour presque rien, au titre du "financement du défrichement". Aux nouveaux arrivants et paysans immigrés, on réservait les terres du côté de Kushino ou Nemuro, aux tourbières nombreuses et dont, les eût-on données, personne n'aurait voulu.
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« Si, dans les départements de Naichi, il est très difficile de recevoir de nouvelles terres, non seulement en propriété, mais également en fermage, vous installer à Hokkaidô vous permet d’obtenir une parcelle déterminée. Quand, dans un délai de cinq ans, vous en avez défriché au moins 60 %, ce terrain vous est attribué gratuitement, de sorte que vous devenez immédiatement propriétaire de cinq à dix hectares de terre. Pour ceux qui sont en fonds, il est également possible d’acquérir en concession des terres non défrichées à raison de vingt hectares pour à peine huit cents yens. C’est pourquoi qui sait être travailleur n(a en général aucune difficulté pour vivre après son arrivée… » (Guide de l’immigrant à Hokkaidô, secrétariat d’État à Hokkaidô, bureau du défrichement et de la colonisation)
« …après quelques années et l’achèvement des travaux de défrichement, céréales et légumes poussent en abondance, la vie se fait moins dure, votre cabane de paille est remplacée par une maison digne de ce nom, les arbres fruitiers du jardin commencent à porter leurs fruits, votre joie ne saurait être plus grande. Cette terre est transmise à vos enfants, puis à vos petits-enfants, qui peuvent se dire fièrement : ce sont mes aïeux qui les premiers ont cultivé ce champ, ce sont mes aïeux qui ont planté cet arbre, et nous avons le devoir de perpétuer leur effort. » (Directions pour le défrichement et la culture des terres, secrétariat d’État à Hokkaidô, bureau du défrichement et de la colonisation)
(…)
Cela faisait près de trente ans que le village de S. avait été défriché. Et alors, les paysans de S. étaient-ils donc tous « propriétaires » de cinq à dix hectares de terre ? Et leurs cabanes de paille avaient-elles été remplacées par des maisons dignes de ce nom ?
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