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Jean-Luc Moreau (Traducteur)
EAN : 9782221110546
686 pages
Robert Laffont (30/11/-1)
3.76/5   29 notes
Résumé :

Avec ce portrait d un homme prisonnier d un système totalitaire et fou de liberté, Jaan Kross renouvelant le roman historique avec brio.

C'est de la véritable histoire de Timotheus von Bock que Jaan Kross s'est inspiré pour composer ce grand roman sur l'esprit de résistance et de liberté. Le jeune baron, surnommé Timo, est l'ami du tzar Alexandre Ier.

Loyal, il est aussi d'une franchise inconsidérée quand il se permet de cr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Timothéus von Block était un baron d'Estonie, un jeune officier à l'avenir prometteur au temps des guerres napoléoniennes. L'empereur Alexandre 1er de Russie le tenait en haute estime, tellement qu'il lui a permis d'être franc et direct avec lui. Mais le jeune homme prit au mot son suzerain et lui envoya un long mémoire, décrivant tout ce qui allait mal dans l'empire, allant du comportement du tsar au besoin des réformes en passant par un projet de constitution. Résultat : au secret !

Une dizaine dannées plus tard, en 1827, le tsar meurt et est succédé par son frère Nicolas 1er qui cède aux instances de la jeune épouse et libère le baron von Block. Après tout, ces projets de réformes, ces lettres incohérentes… ce ne peut être l'oeuvre d'un réactionnaire dangereux mais plutôt celle d'un fou. le fou du tzar.

On libère le baron mais il doit rester néanmoins sous surveillance constante. Sa famille veut organiser sa fuite vers l'étranger mais, à la dernière minute, von Block refuse. Il veut rester en Russie (les pays baltes en faisaient partie à l'époque) pour « rester un clou » dans l'empire. Il persiste à croire que l'empire court droit à la catastrophe et que seuls ses projets de réformes peuvent le sauver. Mais ses incohérences sèment le doute, même pour le lecteur : est-il visionnaire ou réellement fêlé ?

L'auteur estonien Jaan Kross a publié ce roman en 1978. Était-ce une façon détournée de critiquer le régime soviétique ? Après tout, à 150 ans d'écart, c'est encore l'impérialisme russe qui est remis en question…

Habituellement, j'aime beaucoup les romans historiques, et les pavés ne me font pas peur. Mais je n'ai pas accroché à celui-ci. D'abord, je n'ai pas beaucoup « senti » l'élément estonien, à part dans la multitude de noms à consonnance étrangère. Ensuite, je ne savais plus qui était le personnage principal. L'intrigue tourne autour du baron mais elle est racontée à la 1re personne par son beau-frère Jakob Mattik qui en profite pour coucher sur papier ses propres préoccupations autant que celles des von Block. Problème de perspective ? Dans le dernier quart du roman, l'intrigue se concentre presque exclusivement sur Jakob et son propre mariage et la famille qu'il espère fonder. Bien sur, ses préoccupations rejoignent celles des von Block mais… ouf !

Enfin et surtout, le roman est présenté sous la forme du journal intime de Jakob Mattik. Comme je l'ai écrit plus haut, il relate sa brève histoire, celle de sa pauvre famille paysane, de ses dons pour les études et du mariage de sa soeur, qui élève sa condition. Puis on passe aux démêlés de Timothéus von Block mais les entrées vont et viennent, racntent les péripéties de 1827 quand le baron est libéré mais font référence autant aux événements entourant son emprisonnement en 1818. D'un paragraphe à l'autre, tout change, on assiste à Katheirne qui cherche à savoir où se trouve son mari puis, tout de suite après, la famille au complet est réunie au salon et on prépare la fuite vers l'est. de temps à autre, ça peut aller mais là… Et je me considère comme un bon lecteur !

Bref, le fou du tzar est une petite déception. Seulement toute petite. C'était ma première incursion en Estonie, j'espère que les prochaines me laisseront un meilleur souvenir. À part les noms étrange(r)s, je n'ai pas l'impression d'avoir beaucoup appris sur ce pays que je veux croire fascinant.
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Il y a tant de nouveaux romans qui paraissent chaque année que je ne lirai pas tout ! Surtout si je relis les vieux livres… Ce roman m'a frappé quand je l'ai lu à parution ; j'y ai tout de suite pensé quand j'ai lu Purge et j'ai voulu m'y replonger.
Purge parle de l'horreur du XXe siècle en Estonie, ce livre se passe au début du XIXe et montre que ce n'est pas nouveau.

Timotheus von Bock est un baron balte de Livonie (sud de l'Estonie). Soldat glorieux de l'armée qui a battu « Punapart », il est ouvert aux idées des Lumières et épouse un paysanne. Très proche d'Alexandre Ier, l'empereur lui a demandé d'être franc avec lui et de tout lui dire. Mais lorsque Timo lui adresse un mémoire, il le paye de 9 ans de cachot et n'est libéré par le tsar suivant, Nicolas Ier qu'au prétexte qu'il est fou.

Il est alors assigné à résidence dans son domaine où il est espionné, surveillé par ses gens et sa famille. Son histoire est racontée par son beau-frère, Jakob Mattik, sous forme de journal à partir de son retour : nous découvrons lentement que sa folie est d'être trop lucide et que son emprisonnement est dû à la pusillanimité d'Alexandre (cet empereur est déjà décrit de façon peu flatteuse par Tolstoï dans Guerre et Paix). von Bock veut rester « un clou de fer dans le corps de l'Empire », refuse de fuir mais finit tué dans son cabinet de travail.

Ce roman est passionnant, il raconte tout à la fois la vie dans l'Estonie au XIXe, province luthérienne dirigée par une noblesse d'origine allemande, l'histoire de Timo et celle de Jakob. Ce roman a été écrit avant la perestroïka et la vision politique de l'Empire de ce début XIXe fait penser à celle de l'URSS de la fin du XXe, sans liberté, soumis à l'arbitraire et à un régime policier qui n'hésitait pas à mettre en hôpital psychiatrique ses opposants.
Lien : http://jimpee.free.fr/index...
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Début du XIXe siècle.
L'Estonie s'étend alors sur la moitié nord de son territoire actuel ; la Livonie, au sud, dépendant de la Russie, est placée sous l'autorité du tsar Alexandre 1er, dont le baron Thimoteus von Bock est un proche. Un drôle de baron en vérité, qui prône des idées inspirées de la philosophie des Lumières. Qui affranchit, à la mort de son père, les deux-cents âmes dont il est devenu "propriétaire". Qui épouse une fille de serf -la belle Eeva- après les avoir, elle et son frère Jakob, confié aux bons soins d'un pasteur qui leur inculque une solide culture générale et la connaissance de plusieurs langues étrangères.

C'est d'ailleurs par l'intermédiaire de Jakob et de son journal que nous découvrons la tragique histoire de Thimoteus von Bock.

Au moment où débute ce journal, ce dernier sort de prison, après y avoir passé presque dix ans. le tsar Alexandre, pourtant son ami, l'y avait fait interner en invoquant sa folie. Son fils et successeur Nicolas 1er l'en libère, paradoxalement sous le même prétexte, mais assigne le baron à résidence dans son domaine de Võisiku, où ont vécu Eeva et Jakob durant son absence.

Le récit alterne entre les événements qui succèdent au retour de Timo et ceux qui l'ont précédé, le narrateur revenant sur les prémisses de son incarcération et sur les longues années pendant lesquels ils ont dû, sa soeur et lui, poursuivre leur existence en ignorant où était interné leur mari et beau-frère. Il évoque notamment la découverte d'un manuscrit dans lequel Timo expose ses théories transgressives sur la société de son époque, et sa critique virulente de la politique du tsar, considéré comme injuste et rétrograde, et dans lequel il détaille un projet de constitution qu'il a proposé, ainsi que le devine Jakob, à Alexandre 1er.

Cet homme effacé, qui paraît même fade au regard du couple que forme sa soeur et son époux, porte d'abord sur les velléités égalitaires de Timo le regard un peu condescendant de celui qui, étant d'extraction populaire, se montre sceptique quant à la capacité des nobles à se mettre au niveau des pauvres, et considère par ailleurs ces beaux discours comme romanesques et peu réalistes. Il est également pris d'une sorte d'effroi : son beau-frère doit en effet être fou pour avoir, dans son souci de totale honnêteté et de totale franchise, avoir osé exposer ces idées au tsar !

Sa relation à sa soeur est elle aussi empreinte d'une sorte de distance. Il avoue ne pas l'aimer mais la respecte, et sans doute est-il un peu jaloux, ainsi qu'il l'admet, de sa fierté, de cette liberté de parole et de cette intégrité qu'elle revendique, refusant, à l'image de son mari, tout compromis. Elle est allée jusqu'à repousser, lors de l'arrestation de Timo, la sollicitude impériale... Une attitude qui à la fois force son admiration et son inquiétude. Car Jakob est un pragmatique et un prudent, presque un conformiste. Mais il est loin d'être idiot, et peu à peu, on sent s'infléchir son jugement vis-à-vis de Timo, qui, on le sent bien, malgré ses "bizarreries", le fascine et le touche. Car il reconnaît les accents de justice et de vérité dans ce qu'il considère comme le "délire" de son beau-frère, partagé entre admiration et incompréhension face à l'intégrité sans faille de cet homme. D'ailleurs, en dépit du recul qu'il prend vis-à-vis des opinions du couple von Bock, il lui restera toujours fidèle.

"(...) celles de ses idées qui confirment le plus manifestement sa folie sont les preuves les plus évidentes de sa lucidité et de son impitoyable honnêteté."

"Le fou du tzar" est un récit fascinant de plusieurs points de vue. Son évocation du combat entre tyrannie et liberté en est un, tout comme le contexte historique sur lequel il nous éclaire. Mais je crois que ce que je retiendrai surtout de ce texte, c'est l'habileté avec laquelle Jaan Kross parvient à faire émerger, d'un narrateur a priori inconsistant dont le rôle semble se limiter à mettre en valeur un tiers, le portrait d'un individu que l'on finit par trouver admirable.

Lien : https://bookin-ingannmic.blo..
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Il y fort longtemps Bo Diddley chantait you can't juge a book by the cover (vous ne pouvez pas juger un livre par la couverture) eh bien le Fou du tzar est le parfait contre-exemple.
Que voit-on sur cette couverture ? Trois cavaliers dans un paysage terne fait de brume et de neige. le premier se détache des deux autres qui semblent le suivre avec peine, comme les trois personnages clés dans le roman : Timo von Bock, son épouse Eeva et son beau-frère Jakob Mettich (ou Mettik ou Mältik sans que l'on sache pourquoi).

Timo colonel de l'armée russe a été très proche du Tzar Alexandre 1er, tellement proche que celui-ci comptait sur Timo pour lui dire la vérité sur l'état de l'empire. Hélas il ne faut pas croire les monarques et le fantasque Timo prenant sa promesse au pied de la lettre lui écrivit un véritable brûlot. Sa franchise lui valut neuf ans de prison puis le bannissement sur ses terres estoniennes considérant que Timo était devenu fou.
L'intrigue à démêler est bien mince, Timo est il réellement devenu fou, simule t'il ou bien est il fou aux yeux des autres ? Quand on prend des positions extrêmes qui vont à l'encontre de l'ordre établit et séculaire, le risque d'être classé fou est grand.

Le récit mené par Jakob est terne et surtout très redondant et les allers et retours chronologiques le rendent fastidieux. Certes on apprend beaucoup sur la vie dans les campagnes en Estonie au XIXème siècle, la réflexion politique est présente mais ne va pas bien loin (la monarchie absolue c'est pas bien, une démocratisation serait mieux). Les personnages sont plutôt simplistes : Timo archétype de l'idéaliste, sûr de son fait et sans sens politique, sa femme Eeva simple paysanne que le provocateur Timo a choisi pour choquer sa classe sociale et qui pour cela le suivrait en enfer sans penser par elle-même, Jakob qui observe et cherche à savoir plutôt qu'à comprendre et enfin les représentants du pouvoir plus obtus les uns que les autres. Au final c'est la vie de Jakob qui s'avère être l'intérêt du roman sans que cela le rende passionnant.

Ce très long roman, qui à mon sens aurait gagné à être deux fois moins long, a obtenu le prix du meilleur livre étranger en 1990, c'est donc qu'il a des qualités majeures. Malheureusement je n'ai pas su les détecter et ce voyage enneigé en Estonie m'a paru bien ennuyeux.
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Le fou du tzar est le colonel Timotheus von Bock, appelé Timo par ses proches, un noble estonien. Idéaliste impénitent, il veut vivre en accord avec ses principes. C'est pour cela qu'il affranchit ses serfs. Et c'est pour cela qu'il décide épouser Eeva, une femme de chambre, fille de serfs. Il doit pour cela la racheter avec toute sa famille. Puis il lui fait suivre une éducation très poussée, avec comme compagnon son frère Jacob. Puis il il doit l'épouser suivant le rite orthodoxe, un pasteur ne pouvant célébrer ces noces interdites. Enfin au nom du serment de dire toute la vérité qu'il a faite à Alexandre Ier, dont il fut très proche, il lui envoie un mémoire incendiaire, comprenant un projet de constitution, et fustigeant le comportement des tzars. Il est évidement immédiatement arrêté. Libéré par Nicolas, le successeur d'Alexandre, car estimé fou, il est réduit à résidence et surveillé en permanence par le frère de sa soeur Elsy.

Son histoire nous est racontée par Jacob, le frère de la femme de Timo, Eeva, devenue Kitty après son mariage. Dans son journal, Jacob entremêle les événemnts, nous dévoile progressivement toute cette histoire, comme il l'a connaît lui-même, c'est à dire imparfaitement, en laissant la place à ses interrogations et doutes.

Jaan Kross a créé un univers très denses, avec des personnages très forts, et très finement analysés, tout en donnant un tableau très convaincant et très vivant d'une période historique, le début du XIXem siècle en Russie. Ce roman est passionnant, voire palpitant par moments, l'intrigue est fort bien construite, l'intérêt ne se relâche pas pendant pourtant presque 700 pages. Et puis le contexte politique et philosophique est extrêmement dense, l'auteur nous livre une réflexion sur la liberté, le libre arbitre, la place de l'individu dans un régime totalitaire, qui sans être pesante à aucun moment, fait qu'une fois le roman terminé, fait qu'on ne peut s'arrêter d'y réfléchir, et d'être marqué par cette lecture.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
En fait, dans la vie, tout est terriblement simple. La manière dont une forme de vie, nouvelle et particulière, devient quotidienne - rien de plus simple ! Et la destruction de cette quotidienneté nouvelle et finalement malgré tout scandaleusement fragile - plus simple encore ! Le destin de l'homme - et peut-être le destin du monde en général (si celui-ci existe séparément du destin de l'homme) - ne dépend tout entier que d'infimes mouvements : un trait de plume, une parole qu'on prononce, une clé qui tourne, une hache s'abat, une balle qui vole...
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Nous vivons dans un siècle des plus remarquables. Le monde entier, des pôles à l'équateur, est en fermentation; il fermente, fermente depuis les rivages du Pérou jusque par-delà la muraille de l'éternelle et immuable Chine. A croire que Dieu procède à la révision de sa création et qu'il donne à toutes choses une face nouvelle en commençant par les pensées les plus secrètes de l'individu pour finir par les institutions les plus fondamentales des peuples...
Combien de brusques changements n'avons-nous pas vus dans les domaines du pouvoir, de l'opinion et de la science ! Nous ne pouvons pas rester toujours spectateurs.La crise nous a également atteints. Le vice des anciennes formes de vie est évident. Il en viendra de nouvelles, de meilleures - mais après combien de sacrifices et d'erreurs ? Voilà la question dont la génération actuelle aura à rendre compte devant la postérité...
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[...] grand amour ne doit pas signifier total aveuglement.
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"Ma petite Iette, ce n'est pas la première fois qu'une innocente est abusée et trompée. Mais crois-moi, ce n'est pas la victime qui reste souillée par le mensonge, c'est le trompeur."
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Et nonobstant la terrible douleur et la mort lente, être crucifié est tout de même aussi un honneur...
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