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Joëlle Dufeuilly (Traducteur)
ISBN : 2070752550
Éditeur : Gallimard (15/06/2000)

Note moyenne : 3.94/5 (sur 41 notes)
Résumé :

Ce roman nous transporte dans la grande plaine hongroise balayée par le vent et l'incessante pluie d'automne. Dans une ferme collective démantelée et livrée à l'abandon, quelques habitants végètent, s'épiant et complotant les uns contre les autres, lorsqu'une rumeur annonce le retour de deux autres personnages que l'on croyait morts. Cette nouvelle bouleverse ces êtres en manque de perspective. Certains y voient l'arrivée d'un messie, d'autres redoutent ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Floyd2408
  14 janvier 2018
László Krasznahorkai est un auteur Hongroie, fit des études de droit puis de littérature, en soutenant une thèse sur Sándor Márai, après un début dans l'édition, il poursuivra dans l'écriture en publiant Tango de Satan en 1985 et surtout son succès La Mélancolie de la résistance en 1989.
Ces deux romans seront adaptés au cinéma par son ami le réalisateur de cinéma Béla Tarr, Tango de Satan en 1994, puis La Mélancolie de la résistance sous le titre de Les Harmonies Werckmeister en 2000. László Krasznahorkai de sa Hongrie, aime dans ces deux premiers romans narrer ces habitants, perler ce paysage comme dans Tango de Satan, décrivant la géologie historique de son pays, d'un livre lu par l'un de ces personnages.
Tango de Satan est un roman de souffrance de ces personnages comme le temps mélancolique automnale, cette pluie habille la nature sombre de cette région isolée, la coopérative fermée, les maisons d'usures maladive dans cette isolement rurale.
Une coopérative, dans le souvenir des anciens ouvriers, en ruine, est ce lieu où végètent toutes ses âmes grises, prises dans l'alcool, le sexe, la jalousie, les complots et cette paresse lente et sournoise statufiant leurs rêves. L'arrivée surprise de deux morts attisent la tranquillité de ce trou perdu, les rêveurs les voient comme des messies, les autres comme des suppôts de Satan, la danse comme à la cadence des mots de László Krasznahorkai.
Ce roman semble être une hallucination collective, tel un rêve, les personnages sont comme des pions d'un jeu d'échec, dominés par ce joueur Irimias, ce marionnettiste d'exception tirant les ficelles de ces êtres en détresse perdus dans cette coopérative en ruine, dans cette Hongrie profonde sous ce déluge d'octobre. Mais László Krasznahorkai domine à merveille cette écriture magnétique, ce sorcier des mots envoute avec beaucoup malice notre lecture dévorante, attise notre imagination féconde de cette trame à la saveur fantastique. le décor comme les personnages sont prisonnier de cette Hongrie vieillissante, ces pauvres gens perdus dans cette coopérative en ruine depuis trop longtemps végètent dans une inertie sourde, l'alcool, le sexe, les dévorant et surtout le refus d'une modernité croissante de leur pays, en prise vers la fin du communisme vers une vie nouvelle.
Nous vivons chaque tableau dans le regard d'un autre tableau pour en prendre toute sa quintessence, nourrir au plus profond les scènes aux multiples regards. Chaque chapitre peint avec incertitude l'humeur cristalline de nos personnages, ce croisement incessant entremêlant les scènes, de chapitre en chapitre, sous le regard différent des protagonistes, permet une vision multiple de la situation, le lecteur devient le regard de tous ses âmes
Vertige des premiers mots, les personnages entrent dans la dansent de cette trame au rythme lancinant de notre auteur, laissant notre curiosité s'embraser dans cette lenteur poétique trouble de ce village perdu dans une illusion fantastique, le premier personnage semble avoir des hallucinations sonores, des sons de cloches bousculent le sommeil de cet amant somnolant dans le lit conjugale de sa maitresse, l'écho de ces acouphènes, la femme se réveille d'un cauchemar où elle se fait agresser chez elle par un inconnu.
Je pourrais plonger de ce roman en scannant chaque personnage et embraser le coeur sombre de cette ruralité en décadence, perdue dans un tourbillon inerte, stoïque du monde qui évolue. Mais je vais parler juste du fantastique de ce roman et d'un passage troublant d'émotion et poésie.
Estike dernière des Horgos, semble être la petite souffre-douleur de la famille, ayant quitté l'institut, elle doit être invisible silencieuse et faire ses taches- Sanyi son frère la torture tout le temps, et encore une fois lui tend un piège, avec l'arbre à sous, pour lui voler son argent et l'humilier encore et encore. Cette petite colombe innocente tourbillonne soudain dans la folie de sa crédulité de son âge, de sa chrysalide, cette enfant se transformera en sorcière, pour rejoindre son monde merveilleux celui des rêves, des anges, univers de princesse, elle veut de son regard clos, dans la pénombre d'un aveugle-comme celui rencontré de sa première visite en ville, Korin un homme jouant de l'accordéon pour gagner sa vie, perdant ses yeux à la guerre, lui narre la férie de son monde fantastique…. de cette rencontre Estike cherche ce monde, entraperçut lors d'une forte fièvre, cette fille chavire, elle veut être cette princesse, pas cette souillon que l'on a fait d'elle, son frère la rejette, le docteur un soir l'évite, elle veut être dans les bras des anges, attendre leur visite, avec cette cérémonie stupide, tuant son chat et mangeant de la mort au rat dans l'habit de sa mère, dans cette dentelle, elle attend ce miracle de l'absurdité, cette petite Estike, innocente….
Tous sont là, dans l'auberge, tous attende les deux messies, Mme Schmidt attire tous les regards des hommes, tous veulent lui dessiner son corps, tous sont happés par cette femme électrique, cet aimant hormonale incontrôlable, mais elle attends son amant, celui qui la fait rêver, tous ont cette indécence de la désirer avec sauvagerie et bestialité, László Krasznahorkai narre avec beaucoup réalité, ce tableau de ces êtres ignobles, sales, malsains, pervers, obsédés, frustrés…Chacun développe sa frustration , sa névrose, sa bestialité, sa tare…. Il pénètre en eux, libère leurs barrières, leurs pensées s'étalent comme une confession, tel un miroir, se reflète leurs consciences, ces êtres en perditions coulent lentement dans l'illusion, laissant leur vie devenir le spectacle de leur inertie, la fatalité s'incruste sournoisement dans leur paresse, tous s'enlise dans la boue de leurs léthargie, comme ce temps ou la pluie peint ce paysage de tristesse humaine, cette coopérative passée devenue l'immobilisme des rêves perdues, tous sont racines de cette tragédie-du suicide de cette enfant innocente, tous sont les acteurs de cette mort, tous sont cette absurdité !
L’auberge aux araignées, tissant leur toile dans l’invisibilité des regards ternes de ces personnages gris, où l’alcool empourpre leur chimère, le tango de Satan embrase la soirée, les corps se collent à la fièvre des notes de l’accordéon, Mme Schmidt devient la maitresse de Satan, la chaleur de son corps ondule avec ceux des hommes en érection d’envies, Mme Kraner enflamme l’auberge, le fermier joue le tango, source de diablerie, tous s’embrase, Mme Halics s’endort pieuse de cette scène… Son mari charme Mme Kraner devenant Sa petite Rozika, Lajos l’embrasse. Le joueur d’accordéon, seul, tous dormant, boit encore et encore, vomit, puis joue la mélancolie de son être pour se retrouver dans ses songes de guerre, comme une berceuse.
N'oublions pas la part de fantastique de ce roman, lorsque les rêves sont si présent dans la description des personnages, le fantôme de la jeune fille morte, hantant le château sous le regard de son grand frère et de Irimias, hallucination collective où malédiction…Comme le docteur devenu la narrateur de ces écrits, inventant la vie de ces voisins partis sans qu'il le sache, restant solitaire de sa névrose, découvrant le son de cloche venant vivre sa vie d'espion, parcourant la nature grise, gorgée d'eau automnale, dans cette chapelle en ruine, ce fou , cette cloche, cette hallucination peut-être, cette vie rurale hongroise, ces fous en libertés, ces êtres égarés, laissés à l'agonie de leur sort, la fin d'un communiste dévorant et broyant les rêves et les illusions.
Un roman hongrois libérant la littérature de ces heures passées, un auteur postmoderne important dans sa puissance des mots, à dévorer sans modération.
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Pirouette0001
  11 juillet 2017
Ce ne fut pas une joyeuse lecture.
Je suis très étonnée de la salve de cinq étoiles que ce livre a reçue et qui m'avait poussée à découvrir ce livre et cet auteur hongrois.
Et, sans doute, ne suis-je pas non plus tout à fait surprise. En effet, il y a un réel élan littéraire dans cette oeuvre mais comment dire. Je me suis retrouvée dans une atmosphère aux confins à la fois du Maître et Marguerite de Boulgakov, d'En attendant Godot de Beckett et de Gombrovic, qui auraient été réunis pour nous servir cette histoire.... et cela n'aide en rien en ce qui me concerne.
J'avoue en outre ne rien avoir compris à l'histoire qui nous est ainsi contée. J'ai peu goûté la gratuité d'une ou deux scènes particulièrement répugnantes, notamment celle du chat, mais surtout, arrivée à la dernière page, je n'ai pu m'empêcher de me dire, perplexe : "Tout cela pour cela ?".
Bref, un moment de lecture où je me suis ennuyée, que j'ai poursuivi pour connaître où l'auteur nous mènerait, mais qui m'a en définitive déçue, même si, même si on sent le travail littéraire en-dessous.
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Hammerklavier
  22 novembre 2010
C'est l'adaptation du Tango de Satan au cinéma, que j'ai pu voir en DVD, qui m'a poussé a lire ce livre de Lazslo Krasznahorkai. Si le film de Bela Tarr a une puissance visuelle tres forte et a donc influencé la représentation mentale de ma lecture, le livre a au moins une identité aussi forte , et du coup, j'ai eu plaisir à redécouvrir l"histoire raconté depuis un angle différent de l'image : celui des mots, de la littérature.
Le sysnopsis est assez simple. L'auteur va nous décrire la communauté composé d'une dizaine de personne, vivant dans une ferme collective de hongrie. le livre commence lorsque les pluie diluvienne d'automne vont se précipiter sur la plaine hongroise et couper la ferme et ses personnage du reste du monde. Les personnages sont des êtres en manque de perspective, ayant perdu l'espoir d'une vie meilleurs et croupissant littéralement dans leur vie plutot lamentable, n'ayant pas grand chose a faire, hormis boire la palinka (eau de vie hongroise) et comploter les uns contre les autres. le livre commence aussi par le son d'une cloche, surnaturelles, comme sortie du vent, du ciel, et réveil Futaki, qui cette fois, et bien décider à quitter la ferme collective, et affronter son destin. Mais c'est sans compter l'arrivé d'Irimias, une personne mystérieuse a la fois poètes, roublard, philosophe et mystique, accompagné de son compagnon Petrina, dont le retour a la ferme collective va boulverser le destin de cette communauté.
Au fur et a mesure de la narration, les personnage semblent s'empêtrer de plus en plus dans les fils d'une toile dont Irimias serait l'araignée. il est tout de même difficile de l'affirmer tant Irimias est un personnage énigmatique, et dont les véritiables motivations ne sont qu'a peine effleurées. Ce qui est sur, c'est que le roman de Krasznahorkai est pratiquement vide de tout espoir, que la vision d'un miracle, dont irimias et son acolyte seront les témoins, ne pourra même pas prouvé qu'il existe en ce monde une quelconque forme de redemption. Futaki, qui au premier matin des pluis d'automne, c'est réveiller au son d'une cloche, décidé a quitter cette forme, sera peut etre l'unique issue de secoure a ce monde délavé, sans issue, et d'ou les rêves (même des jeunes filles comme estike) se sont échappés.

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JAsensio
  04 novembre 2013
Quel remarquable romancier, me suis-je encore répété après avoir terminé de lire Tango de Satan, paru en Hongrie en 1985 et publié par Gallimard en 2000. Certes, ayant découvert cet écrivain grâce à sa somptueuse Mélancolie de la résistance, dont le style envoûtant est d'une amplitude et d'une maîtrise confondantes (j'ai évoqué, dans un courriel adressé à l'écrivain, l'exemple d'Absalon, Absalon ! de Faulkner), je dois bien reconnaître que dans ce premier roman, le retournement final (ou plutôt la boucle refermée du tango mené par Satan, l'anti-Reprise kierkegaardienne par excellence), éminemment borgésien, un peu trop prévisible sans doute, l'intrusion grossière du surnaturel dans un monde qui le rejette pour lui préférer la superstition mesquine, ont tout de même pu gâcher quelque peu mon plaisir. Reste l'évidence, assez rare pour que je la souligne en ces temps de disette littéraire, pendant lesquels nous serons bientôt contraints, en France tout du moins comme naguère dans les riantes marches de l'empire soviétique, de perdre de longues heures pour faire la queue à moins de nous fournir, discrètement, de plus consistantes victuailles que celles que nous servent nos lamentables épiciers qui se prétendent romanciers, reste l'évidence d'une quête métaphysique obsédée par l'inéluctable dégénérescence d'un monde et d'une société ayant oublié Dieu, la description, entremêlant une satire hilarante des principaux personnages et quelques magnifiques évocations d'un paysage spectral qui eût pu être peint par Georges Rouault, d'une société post-communiste rongée par l'avidité, le sexe et l'alcool, suffisamment crédule pour se livrer à n'importe quel vagabond pourvu qu'il sache se servir de son verbe enchanteur, Irimias dans ce roman ou le Prince dans La Mélancolie de la résistance.
Lien : http://www.juanasensio.com/a..
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Ingannmic
  07 juin 2019
László Krasznahorkai est de ces écrivains dont on reconnait l'écriture si caractéristique dès les premières pages. Ce qui fait qu'au moment d'écrire un billet après avoir lu un de ses titres, j'ai toujours l'impression de me répéter. Et si le flux de "Tango de Satan"est un peu moins torrentiel, un peu plus linéaire que dans certaines autres de ses oeuvres, on y retrouve bien le magnétisme qu'exerce le rythme lancinant de son texte, et cette atmosphère de grise mélancolie, aux accents cauchemardesques, dont il a coutume de plomber ses intrigues.
Ici, elle prend pied dans la déliquescence stagnante d'une "exploitation" à l'abandon, démantelée, assombrie d'une pluie persistante, générant putréfaction et effritement. Tout y est pourri, tout se lézarde, le sol y est recouvert d'une boue permanente et qui englue.
Ceux qui n'ont pas fui ce lieu de décomposition y croupissent comme dominés par une léthargie générale, lentement destructrice. Ils s'observent par les fenêtres de leurs petites maisons rongées d'humidité, complotent les uns contre les autres, se saoulent à la palinka, s'adonnent à l'occasion au sexe, qui se pare d'une dimension sordide ou perverse.
Parmi ces relégués d'une ruralité solitaire et dépassée, Futaki, homme vieillissant dont l'odeur d'urine rappelle qu'il s'oublie parfois, attend le retour de Schmidt et de l'argent qu'il doit tirer de la vente d'un troupeau, avec lequel il espère quitter le village. Il occupe entre-temps le lit de l'absent, aux côtés de l'épouse Schmidt... Les autres hommes en mal de chaleur féminine pourront toujours se rendre au moulin, où deux des filles Horgos se prostituent, pendant que leur petite soeur attardée erre dans le hameau en se livrant à des jeux naïfs et cruels. le docteur, lui, ne sortira pas : installé dans l'ignoble crasse de son salon dont il ne quitte plus le fauteuil, incapable de faire autre chose que de boire toute la journée, il procrastine...
La nouvelle du retour de deux mystérieux individus que tous croyaient morts, Irimiás et Petrina, secoue cette routine mortifère. Prophètes pour les uns, car représentant l'espoir d'un renouveau, la possibilité de remettre la coopérative en marche, ils ne sont pour d'autres que de méprisables escrocs... Cet événement bouleverse en tous cas la routine du village dont les habitants, jusque-là orphelins de toute imagination et soumis à d'insensés rituels sur lesquels ils n'avaient pas de prise, sortent de leur torpeur...
J'ai une fois de plus été conquise par l'écriture profuse de László Krasznahorkai, et par la force avec laquelle elle pénètre le lecteur. J'aime sa manière de restituer, avec une minutie systématique, les résonances des faits sur les émotions et les pensées de ses héros, avec leurs incongruités, leurs démences et leurs compulsions, leurs désespoirs et leurs résignations et j'admire sa capacité à allier l'étrangeté à la désolation, installant de curieuses atmosphères à la fois denses, lugubres et oniriques, en émaillant par exemple son récit de détails angoissants et néanmoins poétiques, telles ces toiles envahissantes laissées par d'invisibles araignées, ces inexplicables sons de cloches perçus par certains des personnages, ou encore cette pendule qui "mesure l'éternité de la servitude"...
Si vous ne le connaissez pas encore, il est urgent de découvrir László Krasznahorkai...
Lien : https://bookin-ingannmic.blo..
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
Alice_Alice_   07 mai 2017
Il prit sur ses genoux son accordéon et se mit à jouer une douce ballade mélancolique. Son immense corps se balançait d'avant en arrière, au rythme lent de la musique et de ses paupières engourdies s'échappa une larme. Si à cet instant on l'avait interrogé, il eût été incapable de dire ce qui lui arrivait. Seul au milieu des souffles endormis, il était heureux que ce doux chant de soldats les recouvre, les purifie. Il n'avait aucune raison d'arrêter, lorsque le morceau arriva à sa fin, il recommença encore et encore et, comme un enfant au milieu des adultes endormis, il éprouvait un immense bonheur, car personne, en-dehors de lui, ne l'entendait. Et tandis que le son velouté de l'accordéon résonnait, les araignées de l'auberge lancèrent une ultime offensive. Elles déposèrent leurs frêles toiles sur le sommet des bouteilles, des verres, des tasses, des cendriers, enroulèrent les tables, les pieds des chaises puis - avec quelques minuscules fils secrets - les relièrent les uns aux autres comme s'il importait que, tapies dans leurs mystérieuses, indémasquables cachettes, elles pussent surveiller le moindre geste, le moindre frisson, jusqu'à ce que leur étrange toile, parfaite, presque invisible, devienne invulnérable. Elles tissaient sur les visages des dormeurs, sur leurs jambes, sur leurs bras puis à la vitesse d'un éclair retournaient dans leur cachette, où elles restaient à l'affût, prêtes, au premier frémissement d'un de leurs fils, à se remettre au travail. Les mouches - qui cherchaient le salut contre l'enfer dans la lumière et le mouvement - traçaient infatigablement des figures en forme de huit autour de la faible lueur de la lampe ; Kerekes, à moitié endormi, continuait à jouer, dans sa tête défilaient à une vitesse vertigineuse des images de bombardements, d'avions en détresse, de soldats en fuite, de villes en flammes, et ils entrèrent si discrètement, contemplèrent si silencieusement le spectacle qui s'offrait à leurs yeux que Kerekes ne peut que deviner qu'Irimias et Petrina venaient d'arriver.
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nadejdanadejda   11 novembre 2013
La route est recouverte de boue à perte d'horizon, l'horizon que camouflent les sombres taches de la forêt, la nuit tout en tombant dissout le solide, absorbe la couleur, fait frémir l'immobile, fige le mobile, la route ressemble à une chaloupe qui se balance avec mystère, échouée dans le marécage du monde. Aucun vol d'oiseaux ne vient déchirer le ciel alourdi, aucun animal ne vient par son cri, par son murmure égratigner le silence qui comme la brume crépusculaire se déverse au-dessus de la terre, seule une biche aux abois lève la tête puis --- comme aspirée par le marécage --- s'affaisse, prête à s'enfuir dans le vide. p 51-52
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SachenkaSachenka   31 mai 2017
Il avait la conviction que, même lorsqu'il le désirait, l'homme était incapable de dire la vérité, aussi la première version d'une histoire racontée n'avait-elle d'autre portée que celle-ci : "Il s'est peut-être passé quelque chose..." Pour connaître précisément l'histoire, il fallait, pensait-il, faire l'effort d'écouter chaque nouvelle version jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'à attendre que la vérité à un moment - comme ça tout d'un coup - se révèle. À ce moment-là, les détails de l'histoire apparaissaient et ainsi - avec un effet rétroactif - il devenait possible de remettre dans l'ordre les éléments de la première version.
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nadejdanadejda   13 novembre 2013
Elle repensa à la journée passée et, le sourire aux lèvres, comprit comment les choses étaient liées ; elle savait que les événements qui s'étaient déroulés n'étaient pas unis par le hasard mais qu'un sens d'une inexprimable beauté les reliait au-dessus du vide. Elle savait également qu'elle n'était pas seule, tout et tout le monde -- son père là-haut, sa mère, son frère, ses soeurs, le docteur, le chat, ces acacias, ce chemin boueux, ce ciel et cette nuit ici-bas --- dépendait d'elle comme elle était suspendue à eux. p 139
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SachenkaSachenka   01 juin 2017
Depuis que l'exploitation avait été démantelée, depuis que les gens avaient fui cet endroit avec le même empressement que celui qui les avait conduits ici, lui - avec quelques familles, le docteur et le directeur d'école, tous ceux qui comme lui ne savaient où aller - n'avaient pas bougé, et chaque jour il surveillait le goût des aliments car il savait que la mort commence par s'introduire dans la soupe, dans la viande, dans chaque bouchée [...].
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