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EAN : 9782290257173
128 pages
J'ai Lu (12/01/2022)
3.69/5   105 notes
Résumé :
Cette autofiction raconte une famille dans laquelle un père sadique et tout-puissant fait régner la terreur. Le projet est simple : décrire avec précision l’effroyable barbarie d’un homme qui roue sa fille de coups, qui la tient en laisse, qui la force à marcher à quatre pattes, à manger sous la table, sans que la mère s’interpose jamais. Personne ne s’étonnera si l’enfant, devenue grande, finit par mordre.
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Critiques, Analyses et Avis (40) Voir plus Ajouter une critique
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sur 105 notes
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Kirzy
  06 février 2022
Marie-Pier Lafontaine est une petite soeur de Chloé Delaume et Christine Angot à l'énergie très Virginie Despentes. Comme les deux premières, elle a écrit une autofiction sismique sur les souffrances vécues durant l'enfance. En l'occurence, les sévices perpétrés par un père monstrueux qui multiplient des jeux sadiques à connotation sexuelle comme promettre à la narratrice et sa soeur de les violer lorsqu'elles auront douze ans. Ou « comment agresser ses enfants sans les pénétrer », la mère a interdit le viol, mais pas le reste.
Le texte est très souvent insoutenable et profondément perturbant. Sans concession. Je l'ai cependant lu deux fois. Pour dépasser l'horreur immédiate décrite qui sidère et brouille le jugement. Pour rendre justice au remarquable travail d'écriture de l'auteure. Ce texte n'est pas un témoignage. Il s'approche du réel tout en conservant une liberté farouche. C'est une oeuvre littéraire avec des choix formels forts et une esthétique juste.
Les phrases sont travaillées, sculptées à l'extrême, incisives, regroupées en des chapitres tout aussi brefs, un par page, avec beaucoup d'espaces blancs au-dessous et au-dessus comme pour laisser le temps au lecteur à prendre une goulée d'air. Chaque phrase est une décharge, un électrochoc. Les points hachurent pour apporter un maximum de puissance sans laisser la moindre échappatoire.
« Je voudrais que ce texte décime ma famille entière. »
« La mère participe à l'inceste » répétée en anaphore.
On est dans un match de boxe. L'écriture comme réponse à la violence. Elle renverser le rapport de force en brisant la loi du père de ne pas raconter. Elle le dépossède de sa violence en le tuant symboliquement, sans chercher à s'excuser des séquelles psychologiques. Elle autorise à écrire, tant pis si les mots dérangent notre confort de lecteur et le "politiquement correct".
« Ce désir inavouable, paradoxal, que jamais je n'aille mieux. Que les douleurs ne s'éteignent pas. Que la peur persiste dans ma chair, mes os. Les crises et les colères. Les viols et les morsures. Comme autant de preuves que je n'ai rien inventé. Tout pour que je puisse continuer à lire dans les ecchymoses et les rejets les marques concrètes d'une enfance qui n'en était pas une. Je voudrais encore plus de cicatrices. Encore plus de traces de peau décolorée que jamais plus aucun rayon de soleil ne pourrait foncer. Je voudrais que l'on me croie. »
Le texte est d'une puissance rare. Irrespirable, il crie et tabasse. J'ai rarement lu un texte aussi estomaquant pour faire ressentir physiquement la terreur d'enfants martyrisés
« Je sens l'énergie se brûler, consumer ses réserves. Même un battement de cils exige une quantité démesurée d'effort. Les mouvements spontanés de déglutition s'arrêtent. Les gémissements ne sortent pas de la gorge. Ils se coincent. Ils vibrent et cognent, mais ne sortent pas du corps. Refuser de laisser la terreur assiéger ses os est épuisant."
" Ma chair a été vidée de son sacré. Mon corps a été purgé de lui-même. Ses terminaisons nerveuses ne mènent plus nulle part. »
Mais le texte ne fait pas que tabasser. Il bouleverse aussi quand on sent la petite fille derrière l'adulte résiliente, comme lorsque elle s'imagine au conditionnel une mère aimante et protectrice.
« J'aurais tellement voulu une mère stridente. Une mère à nous, pour nous, pour bercer nos cauchemars. Je l'aurais choisie iris, tympan et tambours. Elle aurait été toute en colère. Sans lignes de fuite ni fatigue. Une femme au ventre plein ? A border les nuits sans étoiles. Elle nous aurait décroché des petits matins aux croissants, des couleurs et la lune. »
Une proposition littéraire exceptionnelle qui me laissera une empreinte forte.
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bilodoh
  09 mars 2020
Un court texte, une centaine de pages d'horreur, la vie d'une enfant maltraitée.
Des pages à moitié remplies, parfois un seul paragraphe, mais en aurait-on supporté davantage ?

Aucun contexte, on ne sait pas où et quand, aucune description de décor ou de personnes.

Une écriture trop vraie, qui distille la terreur de l'enfant.

Des phrases choc, comme dans un reportage d'un journal à sensation.

Presque qu'un haut le coeur plutôt qu'un coup de coeur.
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Ogrimoire
  10 septembre 2020
Une terrible auto-fiction qui fait très très très froid dans le dos ! Forcément les faits relatés dans le roman nous glacent le sang, ça frôle la barbarie, c'est ultra-violent et surtout le père a la recette parfaite pour déshumaniser sa femme et ses deux filles.
Mais je pense que plus que les faits, c'est la construction très atypique du roman qui m'a glacé le sang ! En effet, ici le lecteur n'a pas accès à un livre structuré de façon classique avec des chapitres ou des pages de plein texte mais simplement des bribes de souvenirs, un peu dans le désordre… L'auteur déroule son auto-fiction sous forme de flashs, parfois cinq lignes sur une page, parfois une page complète… C'est très très déroutant ! Et puis, inutile de tenter de s'accrocher à un personnage ou bien de vouloir le décrypter, ici les filles n'ont pas de prénom, le père et la mère non plus ! Tout est réuni pour perturber le lecteur et le scotcher au siège, cerise sur le gâteau, on ne sait pas quand ni où nous sommes.. Bref, on a le minium d'informations mais un maximum de cruauté.
On sent que le but de Marie-Pier Lafontaine est de raconter, de dire sans se censurer. Elle n'est pas là pour ménager son lecteur, elle le tient à distance ! le style n'est pas gore, ni même pornographique, en revanche il est très brutal ! Et il soulève l'estomac…
Troublant, déroutant et dérangeant, ce livre je ne le conseille pas à tout le monde car il n'est pas facile d'accès. En revanche, je pense que la libération de la parole est nécessaire, se libérer pour se comprendre et tenter d'avancer, c'est la démarche de l'auteur. Brut, trash, cash, sans filtre, une lecture qui vous laisse des bleus sur le corps et dans l'esprit.
Lien : https://ogrimoire.com/2020/0..
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EvlyneLeraut
  08 septembre 2020
Implacable, fondamental, « Chienne » est serré comme un café fort. C'est une urgence de lecture. Ici, tout est vrai, dévorant, cruel. Marie-Pier Lafontaine délivre des mots sur ses maux, sans fausse route ni compromission. Ne pas fuir sous le filigrane, retenir ce grave qui se dévoile, ne pas retourner le sablier des paroles qui s'écoulent, plaies vives à jamais. Hors de tout entendement, parce que de trop. Et pourtant, ses dires sont des coups de hache sur les murailles génitrices. Garder la tête haute, suivre les lignes de cette enfance et adolescence ravagées. Ecouter et comprendre. « Ma soeur et moi n'avons qu'à nous prendre par la main pour savoir avec certitude que nous survivrons au père. » « Il vaut mieux exister en tant que chienne que de ne pas exister du tout. » Il y a des livres joyeux, légers, poétiques dont on retient pour le plaisir le miroir entre nos mains. Certains, plus rares osent s'affranchir. Dépasser la donne, dévoiler ce qui est, fût et deviendra dans longtemps lorsque la résilience, le lâcher-prise oeuvreront et râcleront les aspérités jusqu'à plus soif. Il y a un livre « Chienne » lourd, un cadenas sur les entrailles, les sens agonisants, les rêves d'enfance meurtris. Engagé, un acte politique, sociétal qui telle une charge gonfle les pages de faits. Ce criant, les douleurs, un sadisme au paroxysme de tout entendement. Ecrire et éditer sont des flambeaux. Courage et loyauté. Bousculer l'échappée conventionnelle. Ce récit ne se passe pas seulement dans un antre familial. Ce témoignage est langage de survie. Il est bien au-dessus des cimes d'une lecture seule. Il s'agit du summum de ce qu'un père est absent, invisible. Il est une bête sauvage, imprévisible, dévoreuse. le relationnel brisé à coups de supplications, soumissions, enfant que l'on retourne mentalement toupie et exutoire. Ce récit est littérature. Marie-Pier Lafontaine s'abreuve au ruisseau qui murmure l'écoute, les sons de l'attention aux verbes qui deviendront rédempteurs, un jour peut-être. Ce livre est sa chance, sa carte, son passeport pour revenir sur la terre ferme. Nous sommes lecteurs la responsabilité. « Chienne » est enivré de vérité sourde. Ecrire pour sauver sa peau, celle d'après. le père est un fou, un pervers, le néant. Démoniaque, loup hurlant se jetant sur les brebis, ses filles. Siamoises de souffrances, écartelées, jetées en pâture dans la gueule du loup. La mère voit, reste stoïque. Pire qu'un hurlement, ce déni déchire ces fillettes de papier, de larmes, de résistances. La littérature est une arme. Une alliance vitale entre l'auteure et l'éditeur ici présent. Relier les brisures, aspirer au crucial d'une mise au monde. C'est un acte citoyen sublime. C'est aussi pour cela que l'on pleure. Que « Chienne » soit lu par tous et toutes. Offert, qu'il bouscule l'ordre établi d'un conventionnel que l'on ne veut plus. Qu'il soit lu à voix haute dans les lycées, sur tous les frontons. « Que personne ne puisse croire qu'il s'agit de la fin. » Indispensable.
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labiblidelili
  09 février 2022
Je ne suis pas certaine d'avoir les mots pour vous parler de cet ouvrage.
Tel un exutoire l'autrice nous fait part des sévices corporels et psychologiques qu'elle a subi (ainsi que sa soeur), de l'enfance à l'adolescence, infligés non par un père mais un monstre, un prédateur, un être abject.
Ce texte est d'une violence inouïe.
Il est brut, insoutenable, cru, sans concession.
Il décrit l'horreur, l'inimaginable.
Cet ouvrage n'est pas de ceux que l'on prend plaisir à lire mais il est de ceux qu'il est nécessaire de lire !
Une claque dévastatrice qui vous prend aux tripes et vous donne la nausée de bout en bout.
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critiques presse (1)
LeDevoir   23 septembre 2019
Dans son premier livre, Marie-Pier Lafontaine mène une charge contre la violence qui persiste envers les femmes. «Chienne» arpente avec une colère froide et personnelle le territoire de la violence familiale.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
Pixie_dustPixie_dust   11 mai 2022
J'ai toujours trouvé idiots tous ces enfants qui s'égosillent de peur à l'idée des ombres tapies sous les lits ou dans les placards. Moi je sais où les monstres dorment la nuit. Je sais exactement où.
Commenter  J’apprécie          20
bilodohbilodoh   09 mars 2020
Il y a tout un pan de violence que je ne me résous pas à écrire. Ça en ferait trop. Trop de violence dans le même livre. On dira que j’ai exagéré ou menti. Et toutes les personnes qui me diront que j’ai exagéré ou menti seront mon père.

(Héliotrope, p.65)
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rkhettaouirkhettaoui   25 septembre 2019
On dit qu’il est normal d’avoir peur du viol. Que son idée seule terroriserait n’importe quelle femme. Moi, le viol ne me fait plus peur du tout. J’ai reçu suffisamment de coups, de haine et de crachats pour ne plus trembler devant la possibilité d’un contact non désiré. Mon corps a été maltraité tant de fois, mes os battus, que ma chair a été vidée de son sacré. Mon corps a été purgé de lui-même. Ses terminaisons nerveuses ne mènent plus nulle part. Il est devenu un objet comme un autre. Un sac de boyaux et de tripes dans lequel les hommes peuvent piger sans que je m’en formalise. Suffisamment d’hommes sont passés sur moi, m’ont éventrée, pour que le viol ne me fasse plus peur. Je peux désormais marcher librement dans la rue.
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DelphineFollietDelphineFolliet   06 février 2020
Si papa dit jappe. Je jappe. Si papa dit rapporte. Je rapporte. Si papa dit lèche ta patte. Je lèche ma patte. Si papa dit sens les fesses de ta sœur. Je sens les fesses de ma sœur. Si papa dit roule sur le dos, sale chienne. Je roule sur le dos et sale chienne, je deviens. Si papa dit gruge le soulier. Je gruge le soulier. Si papa dit mange tes excréments. Je mange mes excréments. Si papa dit tourne en rond, sale conne. Je tourne en rond et sale conne, je deviens. Si papa dit grogne. Je grogne et reçois un coup de pied ça t’apprendra à grogner après moé, sale chienne. Papa dit aussi les animaux, faut les attacher avec une chaîne. Si je refuse les rouli-roulades, les biscuits en forme d’os, les donne la papatte, il sort la laisse.
+ Lire la suite
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rkhettaouirkhettaoui   25 septembre 2019
Les hommes m’aiment, m’ont toujours aimée, comme on aime une chienne. À quatre pattes. La langue sortie. Surtout ne pas grogner, surtout ne pas mordre. Ils me l’ont dit. Leurs phalanges verrouillées autour de mon cou. Une ceinture une fois. Ils me l’ont dit des centaines de fois t’aimes ça, hein, maudite chienne. Les hommes m’aiment comme ils aiment leurs chiennes. Pour leur fidélité. Pour le besoin d’eux qu’elles expriment un peu plus chaque jour. Les chiennes restent. Elles restent malgré les coups de pied dans les côtes, les claques, les tapes. Ils savent que je reviendrai. Que je feindrai avec conviction le plaisir à chaque coup sur mes fesses tendues.
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Videos de Marie-Pier Lafontaine (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marie-Pier Lafontaine
Marie-Pier Lafontaine lit un extrait de son premier roman "Chienne", en sortie le 04 septembre 2020.
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