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EAN : 9782070426188
128 pages
Gallimard (23/10/2003)
3.94/5   124 notes
Résumé :
Le livre de Chloé Delaume est le récit d'une réminiscence. Il remonte le temps afin de faire voler en éclats un passé oppressant. Sa virulence a la puissance du cri. Véritable leitmotiv du roman, la métaphore du sablier se propage, se ramifie : elle dessine la figure centrale et traumatisante d'un père " sédimentaire " et d'une " enfant du limon ". Ni pathos ni complaisance. Mais la tentative, à l'âge adulte, de répondre au questionnement d'un enfant, tentative rend... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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C'était un magnifique mois de juin.

Qu'eut lieu le drame qui dissémina la famille de l'aume.
Un père monstrueux ne supportant pas le divorce réclamé par son épouse, un meurtre, un suicide, une scène traumatique pour une petite fille de neuf ans.

La folie d'un couple incompatible pour mettre au monde un enfant, une fille d'autant plus, et la faire grandir dans tout ce qu'il y a de plus normal.

C'était un magnifique mois de juin.

Chloé dite l'enfant fait honte, dérange, est toujours de trop ou pas assez. le coeur du père est de pierre, imperméable à l'amour et la bienveillance. Il est même plutôt monstrueux et fou a lier.

Le cri du sablier est tout en symbolique et en continuité avec Éden matin midi et soir. L'auteure expie un univers ténébreux, tristement et inexorablement noir.

Ce livre a été laborieux et pourtant il m'a hypnotisée. le débit de mots savants limés au scalpel d'une douleur insoutenable, une centaine de pages d'une expérience littéraire hors du commun. Les mots balancent dans tous les sens, les phrases amputées de leurs déterminants, ponctuations, majuscules, c'est asphyxiant et pourtant quel exercice impressionnant, quelle prouesse de style !

Tout n'a pas été simple à suivre, à cerner, à digérer ici. Des passages entiers sont restés un mystère pour moi.

« Le temps est élastique la vérité cenelle a la baie étendue qu'importe l'anachronisme qui grimpe en lobélie du moment que les glaires couronnent le mémorial du moment que florale reste l'expectoration. »

D'autres passages sont plus éloquents avec une finesse époustouflante. Comme si Cioran et Jim Morrison se contorsionnaient dans une larve désespérément noire.

« Condensation voltige Papa Tango Charly le triangle avorté les Bermudes à la buée tu ne répondras pas, plus personne ne te cherche. Non, papa. Plus personne. Tu es mort. Entends-tu. »

Chloé barbote dans la boue noire, elle crie, elle scalpe, elle accouche, elle avorte, elle fait saigner, elle balance les verbes sans se soucier du reste, c'est une suite de phrases décousues, extirpées de ses viscères enflammées.

« Ma vie s'engluait dans la déconfiture : quand pourrait-on m'aimer, moi l'Antigéniture. »

Et au lasso de sa rage, elle crache sur ce père.

« Mon père, mon haut-le-coeur, mon sale chaos, mon plomb salin, ma soude caustique, mon savant rance, ma plaie mesquine, ma belle charogne. »

Maintenant il est temps de régner pour Chloé. Bientôt, le mois de juin sera magnifique.
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"En fin d'après midi le père dans la cuisine tira à bout portant. La mère tomba première. le père visa l'enfant ... "

Etrangeté des phrases où chaque mot accroche et martèle le traumatisme.

Langue singulière débordante d'inventions qui fait voler en éclats de verre les mots !

- Traumatisme d'une petite fille claquée par la mère, bleutée par le père !!! (père tordu - mère se tu).

Bourreau d'enfance !

On s'enfonce comme dans des sables mouvants, difficile d'en sortir - glauque .

" Vomir de douleurs aux angles des points virgules"

" L'enfant se dit qu'un jour, c'est sûr, elle oubliera de respirer ".
(mon père, mon sale chaos, ma soude caustique souillant mes 10 ans).

Elle naïvera l'amour ....

" Elle faisait travailler sa mémoire olfactive pour compenser sûrement les souvenirs ecchymoses " (p.44)

" L'enfant vivotait mousse l'adolescente humus que se doit donc la femme si ce n'est vivre lierre".

* le sablier qui beugle le dénouement !

L'auteure a fait une tentative en essayant de répondre avec une douce ironie au questionnement de l'enfant qu'elle fût.

Récit d'une réminiscence . Un grand cri qui fait voler en éclats un passé oppressant.

Terriblement réel !

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Chloé Delaume raconte son histoire: son père a tué sa mère quand elle avait 9 ans avant de se suicider, elle a ensuite été élevée par une tante et un oncle raciste, bêtes et méchants qui sans la maltraiter avait peu de considération pour elle. On ne s'apitoie jamais chez Chloé Delaume : c'est sec, c'est rude, sans fioriture ni lysrisme déplacé quand il s'agit de dire le crime sordide, la bêtise crasse et la tentation du suicide. Si l'auto-fiction a produit un seul écrivain de qualité ces dernières années, c'est bien Chloé Delaume.
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Cela ressemble à de la poésie. Pas de virgules, des nom utilisés comme des adjectifs, des adjectifs comme des noms, des néologismes, des verbes formés sur des noms, des articles qui disparaissent. Des phrases qui se scandent, car composées de 6 syllabes pour la plupart. Cette indication permet parfois de les comprendre, qui resteraient absconses sinon. La recherche d'une parole disparue, d'un discours enfermé en soi par ces phrases étranges qui riment entre elles ou à l'intérieur d'elles-mêmes est originale et surprenante. Mais à mon sens une monotonie s'installe à ce rythme toujours repris que l'on se prête à suivre plus qu'à la lecture d'alexandrins - car, malgré tout, toutes les phrases ne sont pas identiquement rythmées. Dans les alexandrins on sait à quoi s'attendre, les règles poétiques et la typographie donnent à anticiper le rythme. Ici on découvre le rythme de la phrase, mais on ne peut la comprendre que si l'on replace la ponctuation au bon endroit et si l'on déniche les syllabes, les e muets qui sautent - car les hexamètres ne valent que s'ils sont dits, non selon la règle classique. de ce fait, la recherche d'hexamètres s'impose comme une méthode spontanée à chaque début de phrase. Elle ne marche pas si mal, mais pas toujours. le plus simple est encore de lire les phrases tout haut, c'est là que le sens paraît avec le moins de difficultés.
Il m'a été difficile de trouver une liberté dans ce texte, car ce systématisme du rythme force à rester très près des mots. Soit je lisais les phrases à la vitesse normale, et alors le rythme hexamètres s'imposait et m'empêchait de comprendre le sens global, haché malaisément par des hexamètres irréguliers ou, par surprise, des octosyllables, heptasyllabes, etc ; soit je ralentissais la lecture pour saisir chaque sens et alors c'est le sens global du paragraphe, les liens avec les autres phrases, la logique de l'articulation de l'idée qui m'échappait. de plus, le long monologue intérieur que représente le roman m'a semblé répétitif, revenant souvent en arrière, et centré uniquement sur le traumatisme, la difficulté d'expression, sans ouverture aux évènements, à une chronologie. de là aussi sans doute l'impression d'un poème par cet aspect figé, descriptif plus que romanesque.
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Je me suis demandé dès la première page si je voulais vraiment lire ce livre, qui a reçu le prix Décembre au moment de sa sortie en 2001, du fait de la contrainte du langage qu'il impose. Les policiers arrivent sur une scène de crime : une femme a été assassinée par son mari qu'elle voulait quitter; il a retourné l'arme contre lui, épargnant la fille de neuf ans du couple qui a assisté à la scène, une enfant non désirée, non désignée, et qui souffrait de maltraitance de la part de ses deux parents, mais particulièrement du père, une enfant dont on camouflait les ecchymoses... Elle raconte les événements dans une langue déconcertante, peu ponctuée, cathartique, mythologique, faite d'inversions, de mots inventés, de mots savants qu'il devient lourd de chercher, des incantations qui s'apparentent souvent à des alexandrins… Langage du trauma, de l'indicible, qu'il appartient au lecteur de déchiffrer ? On décèle un sens si on va à la recherche des mots, et cela finit par produire de bien jolies phrases. Je suis contente de m'être accrochée car j'ai somme toute été touchée, mais je reste avec l'impression d'être passée souvent à côté de quelque chose, surtout la fin, que j'ai trouvé pénible à lire et absconse.
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Cela ressemble à de la poésie. Pas de virgules, des nom utilisés comme des adjectifs, des adjectifs comme des noms, des néologismes, des verbes formés sur des noms, des articles qui disparaissent. Des phrases qui se scandent, car composées de 6 syllabes pour la plupart. Cette indication permet parfois de les comprendre, qui resteraient absconses sinon. La recherche d'une parole disparue, d'un discours enfermé en soi par ces phrases étranges qui riment entre elles ou à l'intérieur d'elles-mêmes est originales et surprenante. Mais à mon sens une monotonie s'installe à ce rythme toujours repris que l'on se prête à suivre plus qu'à la lecture d'alexandrins - car, malgré tout, toutes les phrases ne sont pas identiquement rythmées. Dans les alexandrins on sait à quoi s'attendre, les règles poétiques et la typographie donnent à anticiper le rythme. Ici on découvre le rythme de la phrase, mais on ne peut la comprendre que si l'on replace la ponctuation au bon endroit et si l'on déniche les syllabes, les e muets qui sautent - car les hexamètres ne valent que s'ils sont dits, non selon la règle classique. De ce fait, la recherche d'hexamètres s'impose comme une méthode spontanée à chaque début de phrase. Elle ne marche pas si mal, mais pas toujours. Le plus simple est encore de lire les phrases tout haut, c'est là que le sens paraît avec le moins de difficultés.
Il m'a été difficile de trouver une liberté dans ce texte, car ce systématisme du rythme m'a forcé à rester très près des mots. Soit je lisais les phrases à la vitesse normale, et alors le rythme hexamètres s'imposait et m'empêchait de comprendre le sens global, haché malaisément par des hexamètres irréguliers ou, par surprise, des octosyllables, heptasylabes, etc ; soit je ralentissais la lecture pour saisir chaque sens et alors c'est le sens global du paragraphe, les liens avec les autres phrases, la logique de l'articulation de l'idée qui m'échappait. De plus, le long monologue intérieur que représente le roman m'a semblé répétitif, revenant souvent en arrière, et centré uniquement sur le traumatisme, la difficulté d'expression, sans ouverture aux évènements, à une chronologie. De là aussi sans doute l'impression d'un poème par cet aspect figé, descriptif plus que romanesque.
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Maman se meurt première personne.
Elle disait malaxer malaxer la farine avec trois œufs dedans et un yaourt nature. Papa l’a tuée deuxième personne.
Infinitif et radical.
Chloé se tait troisième personne.
Elle ne parlera plus qu’au futur antérieur.
Car quand s’exécuta enfin le parricide il fut trop imparfait pour ne pas la marquer.
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L'enfant disait pourquoi le loup montra patte blanche. J'étais alors trop jeune pour fermer bobinette et chevillette, cher rat. J'avais pourtant compris je ne suis pas idiote. Mais entre le savoir et la seule intuition il y a je le crains plus d'une fosse aux oursons. Ce n'est pas mon histoire que je devais tisser Pénélope voyez vous a souvent mieux à faire. C'était leur éboulement leur propre Hiroshima et sans ombre incrustée aux albums de famille il me fallait pour ça avoir plus de neuf ans. Il me fallait pour ça cueillette belle de mai quand me reviendra le temps des cerises les panses parentales bâfrant pissenlits seront toutes en fête. Mûres bleues fraises des bois avanies framboises mamelles du destin j'ai de l'urticaire.
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Comme ça s'appellait l'amour ils firent le nécessaire. Ils n'eurent jamais d'enfants pour contrarier tout le monde et vécurent dans une île retranchée dont le nom fut perdu. Car la confiance luisant le reste importait peu.
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"La fragrance du sapin tournoyait si sûre d'elle ignorant tout des vrilles qu'elle sinuait nasaléenne. J'effilais un ruban au crochet des silènes. Bouchetant dans ma moelle l'oxyde de la couronne les épineuses nervures qu'il faut solliciter pour cambrer la survie cabrioler la garde H2O la noyade la goulée du j'existe. Substantifique serait trouvons le substantif combien même adjectif ou onomatopée salvateurs à quoi bon cette langue m'est étrangère cette langue pâteuse blanchie dans une bouche tétanique. Les mots comme on les lit. Sans résonance interne. Les mots comme on écrit. Non ça ne se crie pas. Comment leur expliquer quand revient bien plus tard le don de l'expulser. De l'expulser, le Verbe. Mon cerveau comme un livre. Les synapses corollaires au cahier paraphaient. Et toujours au chapitre s'étiolait l'incipit exergue violine la lune est claire le ramage empesé : nous avons eu un magnifique mois de juin."
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Vidéo de Chloé Delaume
Rencontre avec Chloé Delaume autour de son dernier roman Pauvre folle publié aux éditions du Seuil.


Chloé Delaume, née en 1973, est écrivain. Adepte de l'autofiction et de littérature expérimentale, elle a notamment publié chez Seuil: Dans ma maison sous terre (2009), Une femme avec personne dedans (2012), Où le sang nous appelle (2013), Les Sorcières de la République (2016), Mes Bien chères soeurs (2019), le coeur synthétique (2020).


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01/02/2024 - Réalisation et mise en ondes Radio Radio, RR+, Radio TER
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