AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
EAN : 9782930607467
140 pages
Dessert de Lune (02/05/2017)

Note moyenne : /5 (sur 0 notes)
Résumé :
Le narrateur dont Roger Lahu rapporte les propos tue le temps qui lui reste en parlant sans trêve, un rien le fait changer de sujet (minute – une mouche qui revient obstinément n’est sûrement pas anecdotique, il se pourrait même qu’elle soit en train de signifier quelque chose, ce ne serait pas la première fois), il multiplie les incursions dans son passé, y retrouve ses grands-parents, les confitures de sa grand-mère, les parties de pêche avec son grand-père (ici, ... >Voir plus
Acheter ce livre sur
Fnac
Amazon
Decitre
Cultura
Rakuten
Que lire après Petit traite du noir sans motocyclette (sauf une in extremis)Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Petit traité du noir sans motocyclette (sauf une in extremis)
Roger Lahu, couverture Mare Bateau-Lahu, préface Daniel Fano
Les Carnets du Dessert de Lune, Collection Pleine lune
ISBN : 9782930607467. 90 pages, 14,00 €

Le cave se rebiffe
La motocyclette n’est dans ce livre présentée in extremis que pour rappeler à l’homme un adage célèbre. Il en va de son cheval de fer comme de sa compagne : « femme et moteur, joie et douleur ». Mais l’auteur opte pour la première. En guise de preuve : sa manière d’œuvrer le noir loin des effeuillages de Marguerite (Yourcenar). Pour autant, le poète ne fait pas dans le gaulois sinon par les vocables afin de lutter contre les caveaubulaires.
Certes, la mort est présente sous le noir. Mais sa couleur est déviée de sa valeur symbolique. Ne serait-ce que par les références : de Dark Vador à Jim Jarmusch. Comme lui le poète affronte la camarde au simple titre qu’elle nous joue de sacrés tours de cochons. Nous saignant, elle nous réduit en « goret pré-boudin purée pommes ». Pas de quoi pour autant en faire une choucroute. Et la vieille adaptation de Johnny Hallyday d’un couplet anglo-saxon peut prouver que « Black is beautiful ». Si toutefois nous nous accordons le droit de se moquer de la fin qui nous est dévolue comme ultime joie de notre genre — en attendant, sereins, les prouesses que nous promettent les gourous de la Silicone Valley.
L’auteur nous rappelle que la terreur de la mort nous colle à la couenne. Depuis l’enfance, chacun craint les ombres et les abîmes. Qui dans sa jeunesse n’a pas eu la pétoche de se rendre dans une cave ? Et ce, jusqu’à se rebiffer. Et ce ne sont pas les assurances des adultes qui ont de quoi rassurer. Pour preuve, il suffit qu’un grand-père meure pour nous affirmer qu’il est monté au ciel et non enseveli dans un tombeau. Ce qui ne trompe personne sauf bien sûr ceux qui croient que le Paradis existe dans un autre monde.
Mais pour lutter contre l’angoisse, Lahu cherche d’autres arguments et surtout une poésie jouissive donc adéquate. Là où tant de poètes font dans la couronne de glaïeuls pour qui sonne le glas il préfère gerber dans les tombeaux ouverts par irrévérence suprême et zénithale. Si bien que de la mort il ne reste même plus que dalles.
© jean-paul gavard-perret in http://www.lelitteraire.com/?p=33645#comment-7785

Ce n’est pas un ouvrage philosophique sur la couleur, non plus un livre écrit en palimpseste du Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes de Robert M. Pirsig, encore que, compte-tenue de la malice littéraire de Roger Lahu, la double précision, « sans motocyclette » et « (sauf une in extremis) », peut être entendue néanmoins comme une piste de lecture.
À sa manière irrévérencieuse, le poète aborde deux sujets graves. La mort, tout d’abord, via une étude poétique du noir. Puisant ses références plutôt dans Stars Wars(« ronchonnonflement (un peu dark wador sous son masque »), sur Wikipedia, chez Jim Jarmusch (le café noir de Coffee and Cigarettes), que dans les traités philosophiques, il fait un petit tour des peurs du noir, avec, au bout, le noir de la mort, l’inconnue. Tout ce qui est noir est presque prétexte à une évocation comico-morbide (« tu t’écroules, tu râles, tu saignes comme un/goret pré-boudin purée pommes, t’es mort ? »). L’hyper-présence du noir dans les poèmes faisant allusion amusée à un certain refrain populaire bien connu de tous, « noir c’est noir », et à sa rime attendue et risible. Ce livre offre une poésie pré mortem de post mourant pré clamsant, pour reprendre les mots du poète, et qui feint de n’en avoir cure ; tord-nez à la mort à la fois testament rigolard. Le déploiement référentiel, porté par un parler de l’écriture goguenard, confère à l’ensemble un ton qui oscille entre l’humour grotesque et salubre et le rire fin, dans la tension amusée ; faut-il rire ou pleurer de la mort, et comment. Cette peur du noir, issue de l’enfance, sur laquelle revient souvent Roger Lahu, est celle qui fait prendre conscience à un moment donné de l’enfance de l’état final auquel se destine l’homme. Cette peur peut être simultanée à une perception affinée de la langue :
« “un” pépé mort sur son lit “de mort” forcément,
puisqu’il l’était, mort.
“Il est au ciel” en guise d’explication. ce genre
d’explications que les adultes donnent et qui compliquent
bigrement les situations enfantines au lieu de les clarifier.
“Mais qu’est-ce qu’il fait là-haut, pépé ? et il va pas
tomber ? et comment il va manger ? »
Le second sujet grave que Roger Lahu aborde moins directement est un sujet aggravé par les poètes eux-mêmes, et est la poésie elle-même1. Avec laquelle et de laquelle les poètes, généralement, ne rient pas. La mort, la poésie, voilà bien deux sujets avec quoi ne pas plaisanter, surtout si la seconde est le support d’une évocation de la première, avec thrènes et tombeaux ; sauf pour Roger Lahu. Ainsi, il ne sera pas étonnant de la part du plus brautiganisé des poètes français (et de façon réussie) de relever des comparaisons aussi absurdes que « le temps d’une vie d’homme aussi volatile qu’un pet de moustique dans une tempête de force 10 » tombant dans le poème comme une phrase de Richard Brautigan « pour jouer à la plus petite tempête du neige jamais recensée dans l’histoire du monde » (« elle a dû faire dans les deux flocons »)2. Certaines créations lexicales appuyant sur l’irrévérence : alors, le verbe « défunter », si on a l’esprit apte au calembour le plus tiré par les cheveux, fait entendre homophoniquement « fienter ». C’est en effet, irrévérencieusement, comme il aime à le faire, que Roger Lahu conjoint mort et poésie, en ce petit traité du noir et de la mort et de la poésie traités non poético-poétiquement.
En effet, comme le signale le préfacier Daniel Fano, Roger Lahu n’a pas pris le roman de Robert M. Pirsig pour hypotexte à parodier ou pasticher, du moins évidemment ; cependant, il ne faut pas lire Roger Lahu aussi légèrement qu’il vous y invite, et il n’est pas tout à fait exact de suggérer l’absence de lien entre les deux « petits traités » ; et le titre, nous le disions, mène sur une piste de lecture. Sans entrer dans des considérations mal maîtrisée du bouddhisme zen, nous noterons qu’il est autant peu question de philosophie zen dans le roman américain que dans le livre de Roger Lahu, même s’il y a soin chez l’un comme chez l’autre de ne pas avouer la recherche d’une certaine sagesse face à la mort, ou du moins, de maîtriser la peur que celle-ci génère. L’un comme l’autre reviennent sur leur passé pour y travailler. Il y a relation transtextuelle entre les deux livres, sans qu’elle soit un fondement du livre de Roger Lahu ni une priorité de lecture. Cela étant, la précision clausulaire entre parenthèses en titre, sorte de dérapage contrôlé, déstabilise cette affirmation. Sous le masque de la drôlerie, et on la retrouve moult fois dans les livres de Roger Lahu, il y a une philosophie zen souriante.
© Jean-Pascal Dubost in Poezibao septembre 0217
1 Lire AZERTUIOPédaire - Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la poésie sans jamais oser le demander, Gros Textes, 2017
2 in Tokyo Montana Express, trad. de Robert Pépin, Bourgois

« Là dans ce noir quand un corbeau passe on le sait pas », Roger Lahu
________________________________________
Il fait si noir dans ses alentours qu’il se demande s’il n’est pas tout simplement mort. Qui plus est d’un coup de lame bien effilée dans sa chair. Il se rappelle vaguement du manche. Mais s’il s’en souvient, c’est qu’il ne s’est pas tout à fait absenté du monde. Et ce d’autant que d’autres souvenirs reviennent. Qui ont trait à l’enfance. À « l’épicerie mercerie bureau de tabac journaux » que tenait le grand-père. Aux doigts jaunis de celui-ci. Aux sucettes « Pierrot Gourmand » qu’il lui offrait. Reste ce noir obsédant. Extinction totale des feux. Qui signifie que s’il n’est pas encore mort, il est tout au moins déjà agonisant.
« sombre.
il fait sombre, très, dans mes alentours
alentours potentiels puisqu’en réalité je n’y vois rien.
Ne fais que deviner. Ce qu’il y a. dans les dits alentours. »
Sa diction s’en trouve saccadée. Mais sa réflexion reste posée. Le pré-mortem que Roger Lahu met ici en scène ne s’affole pas. Le réconfort lui vient de ce passé qui semble vouloir revivre, par séquences brèves, sur cet écran très noir qui ne diffuse ses images qu’en intérieur absolu.
« c’est long mais on s’habitue finalement.
ce noir toutce noir
ça fait écran. »
Partant de cette situation, pour le moins inconfortable, d’un mort qui se demande s’il l’est vraiment, et qui parvient peu à peu à détecter des indices qui se contredisent les uns les autres, Roger Lahu concocte un subtil traité du noir. Il tourne autour de la couleur fondamentale. Coincé dans ce sas qui lui fait penser à une « salle d’art et décès », le narrateur ne peut s’empêcher de tuer le temps en pensant aux bienfaits de cet entre-deux qui a des allures de clap de fin.
« parfois il semble que le noir pourrait s’écailler, se fendiller,
s’ouvrir, bailler,
comme une huître
et dedans il y aurait une énorme perle
une perle d’un noir si profond si parfait si absolu
qu’on aurait l’impression qu’elle avait – au terme de quelle alchimie de mille ans ? –
concentré en elle toute la lumière du monde.
ça éblouirait »
Ce serait donc peut-être cela la fameuse petite lumière dont parlent ceux qui reviennent d’une agonie ratée ? Lui, en tout cas, ne voit rien venir. Ce qui lui permet de poursuivre sa longue aventure dans l’outre-noir en se repassant un titre de Johnny h ou en écoutant Patti Smith chanter Because the night avec en arrière-plan un type en motocyclette qui disparaît à toute allure sur un invisible ruban de bitume.
« on dirait que le héros tout de cuir vêtu
botté de noir aussi (marlon negro ?)
il chevaucherait une moto noire de grosse cylindrée
et il filerait filerait filerait
sur une route toute noire »
© Jacques Josse in Remue.net http://remue.net/spip.php?article9026

Enterré vivant
« Sombre.
il fait sombre, très, dans mes alentours »
Dès les premiers mots de ce recueil, le narrateur donne le ton, il est dans le noir complet, ne voyant, ne ressentant rien, sauf une mouche qui vient déranger sa quiétude angoissée. Pas de doute « ch’us mort » pense-t-il, trucidé par un coup de couteau, « une lame d’acier plantée droit net et sans bavure… » Le décor est dressé, le narrateur laisse libre court à sa créativité et à sa fantaisie. Daniel Fano, le brillant préfacier dont je viens de lire deux recueils, explore les pistes possibles pour décrypter ce texte très libre dans lequel l’auteur s’est affranchi de la ponctuation, de l’usage des majuscules et de la rigueur des césures en fin de paragraphes. Des fausses pistes peut-être mais pas si fausses qu’il pourrait y paraître. C’est au lecteur de trouver son chemin dans ce texte d’une grande richesse émotionnelle et sensitive.
Pour moi, je pense que l’auteur pensant avoir passé le cap de la moitié de sa vie, commence à se préoccuper de ce qu’elle sera après la mort. Pour ce faire, il nous emmène dans l’angoisse que connaît certainement une bonne partie de ceux qui ont choisi la crémation : la terreur d’être enterré vivant. Il paraitrait qu’on aurait trouvé des cercueils avec des traces de griffures d’ongles sous le couvercle… Il imagine alors un mort/vivant qui ne sait pas s’il est mort ou vivant, s’il survit ou s’il est ressuscité des morts dans une autre vie.
Il n’évoque pas la proximité de la mort, ses environs, comme Ooka l’a fait dans « Les Feux », il ne familiarise pas avec elle comme Sarramago dans « Les intermittences de la mort », il ne lui donne pas non plus la parole comme Zusak dans « La voleuse de livre ». Non, il l’évite, la fuit, l’élude, s’éclipse. Il faut chercher entre les lignes l’angoisse que l’auteur semble connaître car il ne parle jamais, ou si peu, de la mort, de la résurrection, du néant, il parle sans cesse d’autres choses pour vaincre cette angoisse, ironisant sur son état, « agoniser de son vivant c’est déjà assez déplaisant mais agoniser mort ça vire corvée », se réfugiant dans un long monologue qui le ramène, le plus souvent, à son enfance à son enfance quand la mort ne le concernait pas encore.
« quand j’étais petit mon pépé préféré à moi il était déjà
proche d’un certain noir
qu’on appelle « la mort » mais je ne le savais pas et c’était
« très bien
comme ça » il était très vivant dans la couleur des
Jours d’alors…. »
L’écriture, les mots comme les images d’un film d’horreur (« La nuit des morts vivants »), les mots transformés en langage des morts/vivants, les mots en forme de questions, sont un véritable refuge pour dissimuler les angoisses, repousser à plus tard ce qui adviendra inéluctablement en évitant de se laisser enterrer vivant.
« dans le noir tu écris en toute impunité
les mots sont sourds muets
une bouche d’ombre les gobe comme des petits
apéricubes aux olives
noires évidemment
et elle ricane, elle ricane elle ricane »
© Denis Billamboz in http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/51000
Commenter  J’apprécie          00


autres livres classés : noirVoir plus
Les plus populaires : Littérature française Voir plus
Acheter ce livre sur
Fnac
Amazon
Decitre
Cultura
Rakuten


Lecteurs (1) Voir plus



Quiz Voir plus

Testez vos connaissances en poésie ! (niveau difficile)

Dans quelle ville Verlaine tira-t-il sur Rimbaud, le blessant légèrement au poignet ?

Paris
Marseille
Bruxelles
Londres

10 questions
1242 lecteurs ont répondu
Thèmes : poésie , poèmes , poètesCréer un quiz sur ce livre

{* *}