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EAN : 9782378561802
128 pages
Verdier (24/08/2023)
3.86/5   51 notes
Résumé :
Ce livre parle d’aujourd’hui, de nos asphyxies et de nos grands besoins d’air. Parce qu’une atmosphère assez irrespirable est en train de devenir notre milieu ordinaire. Et l’on rêve plus que jamais de respirer : détoxiquer les sols, les ciels, les relations, le quotidien, souffler, respirer tout court. Peut-être d’ailleurs qu’on ne parle que pour respirer, pour que ce soit respirable ou que ça le devienne. Il suffit de prononcer ce mot, « respirer ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Ce livre m'a été conseillé par ma libraire. Je ne connaissais pas du tout cette auteure. Ce petit livre est une belle expérience où nous assistons à un parallèle entre le fait de respirer et le monde oppressant actuel dans lequel nous vivons. Et le coup de génie de l'écriture de Marielle Macé est d'arriver à mettre en perspective l'ensemble de ces éléments. Une lecture utile pour le temps présent.




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Dans l'asphyxie d'un soir de canicule, souffrant fatigue d'avaler les fumées des feux de tant de forêts, même lointaines, et de ne plus pouvoir ingurgiter, sans nausée, "l'air du temps", la parole inespérée, les mots comme un souffle d'air pur, revivifiant, de Marielle Macé... Un petit opuscule nécessaire, aussi lucide et pertinent que pouvaient l'être "Sidérer, considérer" (Verdier, 2017) ou "Nos cabanes" (Verdier, 2019) - et, si vous ne les avez pas lus, il n'est pas trop tard ! -, une analyse du "respirer" et de tout ce qui l'entrave, d'un point de vue socio-psychologique, historique, politique, merveilleusement servie par une langue qui sait, elle-même, inspirer, reprendre et donner souffle! Où l'on apprend que la respiration est aussi affaire de lutte des classes et qu'elle ne saurait se restaurer correctement sans un retour à la considération d'autrui, sans une réparation des liens, du discours et des projets communs. Que pour respirer mieux, il faut peut-être ... "conspirer" (en débarrassant évidemment le mot de toutes les mauvaises connotations liées aux récents "conspirationnismes"), au sens de respirer ensemble, de retrouver le sens de la solidarité. Et puis rendre de l'air à la parole, pour lui (et nous) redonner liberté et douceur... Un livre essentiel et magnifique, à mettre entre toutes les mains en cette irrespirable fin d'été!
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critiques presse (4)
LesInrocks
12 décembre 2023
Une réflexion politique et poétique pleine de souffle.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
LaCroix
17 novembre 2023
Un texte profond et très personnel tisse une littérature autour de la respiration. On en sort grandit et apaisé.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Liberation
04 septembre 2023
Véritable ode à la solidarité, l’autrice appelle à renouer avec le souffle de l’autre pour, enfin, pouvoir prendre une grande bouffée d’air frais.
Lire la critique sur le site : Liberation
LeMonde
01 septembre 2023
Il ravira certains par son style, son engagement, sa dénonciation du mauvais air ambiant.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
L’histoire de la modernité est en fait celle de « l’altération continue et à grande échelle des conditions atmosphériques de la vie » (*)
Des villes entières sont nées du déni de leurs milieux naturels et se maintiennent sous perfusion de technologie, de dispositifs de refroidissement, d’artificialisation de l’atmosphère-et de pompage d’eaux lointaines ou de nappes déjà exsangues. Dans beaucoup de régions du globe (ou plutôt avec l’extension d’une forme de vie, l’« American way of life », dont George Bush avait posé qu’il n’était « pas négociable »), il est difficile d’échapper à la climatisation, qui rend malade et fait monter encore plus le thermomètre dans les rues.
(Ici, à Rome, le vent s’est évaporé : le léger vent d’ouest qui venait de la mer et savait rafraîchir la ville, a faibli dans les années 1970 puis tout à fait disparu avec l’urbanisation des périphéries ; la massification urbaine a brisé la brise, étouffé le « ponentino » qu’on attendait auparavant, le soir, sur les terrasses et dans les rues, et qui n’arrive plus en ville, perdu dans les hauteurs ; désormais il s’élève trop vite, sous la pression des masses de chaleur, et tournoie au-dessus de la capitale sans parvenir à briser le dôme cuisant qui la coiffe. « Il s’évertue jusqu’au soir à ébrécher la coupole d’ozone, sans pouvoir atteindre la ville en contrebas. Efforts vains, infinis, inlassables : invisible combat. » (**) Rome a perdu ce fil qui la reliait à la mer et à ses fraîcheurs savantes, délicates. Et comme elle a aussi rompu ses liens au fleuve, et que le Tibre s’est noyé dans le flux urbain, la voilà coupée de toutes rives, tournant le dos au large.)

P. 20
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Des volontés d'agir sur les conditions climatiques, et face à elles des luttes contre l’irrespirable, il y en a en fait depuis longtemps. La prise de conscience n’a cessé d’accompagner la marche à la modernisation… et d’être par elle mise de côté, dans une production volontaire d’ignorance. En sorte que la pollution de l’air, à grande échelle, a presque constitué un choix de civilisation : le choix d’une atmosphère contre une autre – contre une qu’on aurait pu avoir et qu’on voudrait désormais retrouver, rappeler à soi.
Certains soulignent que le capitalisme ne « subit » pas de crise climatique mais l’organise, la monnaye et en jouit. Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences et du climat, parle de la montée d’un « carbo-fascisme » pour décrire l’éloge cynique des énergies fossiles auquel se livrent régulièrement les mouvements populistes, avec les valeurs, virilistes, qu’ils drainent (on dit, par exemple, que Vladimir Poutine misait sur le réchauffement planétaire pour ouvrir la voie du passage du Nord-Est à ses bateaux gaziers).

P. 18
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Tout le monde le sait, le sent : on manque d'oxygène, de santé, de paix, on manque de liens vrais, de justice et de joies.
C'est presque devenu notre condition naturelle, la caractéristique d'environnements à peu près partout intoxiqués ; notre condition politique aussi, traversée de violences et de mépris ; notre condition sociale (nos conditions sociales si différentes plutôt) dans un temps de sauvagerie du capital et de brutalités publiques ; notre condition psychique même : l'essoufflement qui découle de nos « si violentes fatigues», la tête dans le guidon, et de ce que cela coûte de s'ajuster à un monde en surchauffe. Un monde où les crises se succèdent, roulent en avalanche sans laisser le temps de reprendre haleine et d'ouvrir franchement la fenêtre aux poumons.
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Qui étouffe de respirer comme on mourrait de vivre. Comme on vivrait d'une vie chronique. - Chronic living : cette formule est récemment apparue dans les humanités médicales pour désigner les maladies de longue durée, lorsque l'enjeu du soin n'est pas la guérison mais l'aménagement de la vie malade, sa vivabilité, sa vitalité même, c'est-à-dire sa transformation en forme de vie. Mais j'y entends autre chose, quelque chose qui nous est comme soufflé par la langue : que la vie elle-même peut être éprouvée comme « chronique ». Chronic living, c'est le foyer verbal d'un monde où l'on étouffe de respirer, où l'on périt de vie limpide, emprisonné comme dans une apnée. Ce n'est pas un sous-vivre, ce n'est pas une survie, c'est une sorte d'irritation du vivre qui écorche continûment le sujet, l'expose, l'enflamme, mais l'intensifie aussi, à fleur de peau.
L'expérience allergique se comprend comme une révélation, profonde et cruelle, de la sensibilité et de l'être touchable, vivant :
[...] on se laisse aujourd'hui trop facilement histaminiser. Ce ferment de l'allergie, cette force opiniâtre qui, malgré les vaccins sous-cutanés répétés depuis des années, me porte préjudice du printemps à l'automne par son refus du vert (et qui après tout m'en laisse mieux jouir quand il pourrit dans la pluie, puisque les poussières en les pollens ne « lèvent pas), me permet parfois, à défaut d'autres structures, de dire « moi » sans moyen terme, sans aucun doute, avec une épaisseur sans égale. Un moi chien, comme en acier, et à la fois d'une substance proche de la poix; le plus effiloché qui soit, mais le plus résistant et feutré pour amortir tous les frottements. (Andrea Zanzotto, « Prémisses à l'habitation »)
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Et la porte est étroite. Parce que, vous avez remarqué, le seul fait de dire notre grand besoin d'air, ou de se l'entendre dire, des fois ça nous suffoque; on s'époumone à vouloir respirer, à avoir à le demander, et le rendez-vous de la parole, comme de la pensée, avec l'état intoxiqué du monde suffit parfois à consumer les parlants.
Ici comme ailleurs, se défendre c'est prendre le risque de s'épuiser encore un peu plus?. Or trouver à rendre les coups viendra forcément d'un corps vivant, c'est-à-dire d'un corps enfin respirant, qui cesse de s'abîmer. (C'est peut-être comme ça aussi qu'on pourrait regarder le mouvement des Gilets jaunes : les gens avaient, ont à faire entendre l'évidence de quotidiens asphyxiés, et souvent ils ont perdu beaucoup juste en se défendant contre la situation économique et morale qui leur est faite; ce que beaucoup ont gagné pourtant, c'est un certain goût de l'action solidaire, de l'importance de politiser leurs épuisements, et de la parole vraie, fraternellement échangée - la parole qu'on ne prend pas forcément pour apparaître, mais pour « être vivant et le savoir ».
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Videos de Marielle Macé (24) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marielle Macé
Marielle Macé est venue présenter son nouvel ouvrage Respire aux éditions verdier. Ce livre parle d'aujourd'hui, de nos asphyxies et de nos grands besoins d'air. Parce qu'une atmosphère assez irrespirable est en train de devenir notre milieu ordinaire. Et l'on rêve plus que jamais de respirer: détoxiquer les sols, les ciels, les relations, le quotidien, souffler, respirer tout court. Peut-être d'ailleurs qu'on ne parle que pour respirer, pour que ce soit respirable ou que ça le devienne. Il suffit de prononcer ce mot, «respirer», et déjà le dehors accourt, attiré, aspiré, espéré à l'appel de la langue.
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