AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Josette Mane (Traducteur)
ISBN : 2842610458
Éditeur : Le Serpent à plumes (31/03/1999)

Note moyenne : 3.18/5 (sur 22 notes)
Résumé :
Onuma, fils d'Udemezue Okudo, premier ozo (chef de tribu) du pays, gravit avec aisance les marches de la société nigériane des années 70. Après de brillantes études à l'université flambant neuve de Lagos, où sont chouchoutés les étudiants, "élites de la nation", Onuma décroche un poste de chargé de relations publiques dans une société européenne avec pour mission de faciliter les rapports entre politiciens et hommes d'affaires.Quinze ans plus tard, il revient à Anio... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
MarianneL
  02 juillet 2013
Publié en 1975 et traduit en français en 1996, "Ma Mercedes est plus grosse que la tienne" est le deuxième roman de l'écrivain nigérian Nkem Nwankwo (1936-2001), une belle découverte grâce à l'équipe de chroniqueuses de choc de Palabres autour des arts (en juin dernier à la librairie Charybde).
Onuma, après des études universitaires qui ont tourné court à Lagos, du fait de sa paresse et de son mépris des études, est employé dans une société de Relations Publiques, c'est-à-dire qu'il utilise son entregent et sa connaissance des boîtes de nuit et des bordels pour faciliter les relations entre politiciens et fonctionnaires nigérians corrompus et les hommes d'affaires européens qui les corrompent.
Onuma mange à tous les râteliers pour satisfaire son ambition suprême, avoir une voiture. La voiture est pour lui comme une maîtresse parfaite, le moyen d'être adulé par les femmes en recherche de sauveur ou simplement de sexe, le moyen de se soustraire, derrière son pare-brise, à la misère qui fleurit partout. Il s'endette donc jusqu'au cou pour s'offrir une Jaguar – dorée -, et, après quinze ans d'absence, retourne dans son village natal au coeur de la brousse, étaler devant ses proches cette preuve de son arrogante opulence.
Jeune homme égoïste, il méprise autant les intellectuels qui gagnent mal leur vie que les villageois qui lui semblent crasseux et léthargiques. Mais la Jaguar n'a pas été conçue pour les chemins de brousse et la réussite matérielle d'Onuma va s'avérer fragile, construite sur du vent. le portrait d'Onuma est cruel, jeune homme sans traditions, sans aucun sens moral ni aucune authenticité, mais le village n'est pas idéalisé pour autant, avec les luttes tribales, ses rixes dérisoires et le père qui exploite sans vergogne les travailleurs agricoles. Finalement, l'amour pour sa mère est la seule relation authentique de ce livre, personnage remarquable, paisible et généreuse, borne de stabilité dans une société qui dérive.
Avec des titres de chapitres en hommage à "La terre vaine", "Ma Mercedes est plus grosse que la tienne" est une fable tragi-comique, peinture vivace de la période postcoloniale, de l'urbanisation galopante et de la misère de Lagos, mais aussi du dénuement de la brousse et des luttes tribales, et au passage portrait au vitriol des hommes d'affaires européens qui pillent les richesses et des politiciens locaux corrompant et corrompus.
« "Fils – c'était une de ses expressions favorites – fils, qu'est-ce que tu fais exactement à Lagos ?"
Onuma sourit. Sa profession, celle de chargé des relations publiques, n'avait pas le moindre rapport avec ce qui avait pu appartenir à l'expérience de Nweze. Aussi ne savait-il pas en quels termes la décrire. Alors il adopta sa méthode favorite pour tourner les questions embarrassantes. Il affabula. Il se présenta comme un voyageur, un expérimentateur en moeurs exotiques. Par exemple, il avait escorté un convoi de voitures sur des milliers de kilomètres. Il avait été aussi le premier non-croyant à visiter le harem d'un sultan. Il brossa un tableau pittoresque des montagnes d'arachide "qui touchent le ciel" et il couronna son récit avec des histoires de courses de chevaux sauvages à travers les plaines du Soudan.
Il parlait en gesticulant et ses yeux noirs et brillants avaient un air de défi. Les paysans buvaient ses paroles.»
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
lutinielle
  26 octobre 2012
Une sorte de Chat noir, chat blanc avec la plume d'un Camus. Une famille qui nous parait un peu barrée mais qui semble ne pas sortir de la norme africaine, où le bonjour est souvent suivi d'une insulte au sein de laquelle rentre de Lagos (la capitale) le héros fort de sa suffisance et de sa jaguar (qu'il foutra en l'air).... Une bonne photographie d'une famille africaine, même si l'on peut supposer des différences (ce livre ayant été écrit en 1975). Vu mon ignorance dans la culture africaine je peine à savoir ce qui tient de l'ironie ou de la satyre, peut être tout le texte ? Mais mon ignorance n'enlève rien au plaisir de la lecture; l'écriture est belle, le récit fluide, les personnages suffisamment hauts en couleurs pour que l'on s'attache à leurs déboires.
Commenter  J’apprécie          90
PiertyM
  19 octobre 2013
Ce beau livre de Nkem Nwankw, publié en 1975 nous présente le climat de l'Afrique des 1970 où la question sur la route à prendre pour la plupart des pays africains est très fondamentale. Après avoir fêté la fin du colonialisme, le départ des blancs et l'octroi des indépendances dans la décennie des années 1960. Eh bien la décennie des années 70 est celle de la réflexion, celle de former des assises qui permettent de fonder les nouvelles sociétés africaines. C'est en même temps le déclenchement d'un conflit culturel, j'oserai dire un peu à l'image de la guerre froide, où beaucoup optent faire un retour aux sources c'est-à-dire à la tradition et d'autres préfèrent adopter la culture occidentale afin d'accéder au modernisme.
Nkem Nwankw, dans ce livre Ma Mercedes est plus grosse que la tienne, étale alors ce conflit à travers le personnage de Onuma et sa voiture. Aussi cela me fait penser à l'aventure ambiguë de Cheik Amidou Kane où l'on retrouve le même conflit du genre.
A cela, il faut voir aussi comment l'auteur nous révèle ce retour aussi malicieux des occidentaux qui continuent à gérer les affaires africaines africaines tout en utilisant les africains eux-mêmes à travers Onuma comme relationniste dans une société européenne où son rôle est de servir de ont entre les affairistes et les politiciens...
Un merveilleux livre, d'une écriture très limpide
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
Hanta
  05 décembre 2018
Souvent, l'inconscient guide la main du lecteur dans le choix d'un roman. Je sens qu'un fil ténu lie quelquefois mes lectures. Si le précédent livre (cf. Automobile club d'Egypte) parlait de tout sauf de voiture, ce roman est quasiment son contraire.
Cette histoire ressemble, étrangement au roman, le bûcher des vanités, de Tom Wolfe sauf qu'il se déroule en Afrique. Il s'agit ici d'une longue descente aux enfers suite à un accident de voiture. Alors que Sherman McCoy, le héros de Tom Wolfe a malencontreusement écrasé quelqu'un, Onuma envoie sa Jaguar dans le ravin après une soirée alcoolisée.
Onuma, comme Sherman McCoy, qui nageait dans l'opulence, se retrouve soudain au fin fond du gouffre. Issu d'un petit village de Nigeria, ce jeune homme réussit brillamment à Lagos, la capitale du pays. Doué d'un bon charisme, il arrive à se faufiler et à gravir aisément les échelons pour occuper un poste intéressant dans une société étrangère. La possession d'une voiture de luxe est en effet un symbole de réussite sociale. Mais tout s'envole en fumée avec l'accident.
Nous avons ici le portrait d'un jeune homme arrogant et plein de mépris pour ses semblables. Sans aucune éthique ni morale, il est prêt à tout pour assouvir ses besoins matériels, quitte à voler son employeur, à fréquenter des truands et à s'affilier en même temps à des partis politiques concurrents. Bref, c'est un petit malfrat qui ne suscite aucune compassion.
Ce livre dénonce également la corruption qui gangrène la politique, les traditions ancestrales coûteuses, les pratiques religieuses chrétiennes assez brutales, le culte de l'apparence au niveau de la société nigériane, le choc culturel entre les moeurs occidentales et les valeurs africaines.
Pour conclure, c'est un court roman qui mérite le détour pour ceux qui seraient intéressés par la littérature du continent africain.
Lien : https://leslecturesdehanta.c..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
sylvie2
  26 mars 2013
Onuma retourne dans son village natal au volant d'une Jaguar. Là, il lui arrive toute sorte de mésaventures.
Ce livre raconte le drame des jeunes élevés en ville loin de leurs traditions et en dehors de toute morale. Thème très classique dans la littérature africaine et pourtant tellement vrai. Notre type de vie occidental qui s'insère dans les villes fait disparaitre les valeurs traditionnelles mais ne les remplace par aucune nouvelle valeur. C'est à l'Afrique de se créer cette nouvelle identité, mais c'est bien souvent au prix d'une génération perdue.
Commenter  J’apprécie          40
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
marionfmarionf   16 mars 2017
- [...] Et l'argent pour la police et les magistrats ?
- Police, lut le garçon. Un inspecteur reçoit cinq livres, un sergent une livre, un agent ordinaire dix shillings.
- C'est trop, décréta le secrétaire. Après tout, aux dernières élections, qu'est-ce qu'ils ont fait d'autre que laisser rentrer ceux qui votaient contre nous ? Et nos électeurs n'ont pas pu venir voter plus de deux ou trois fois. C'est de l'argent gaspillé. Réduis à cinq shillings.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
sylvie2sylvie2   07 juillet 2013
Car en définitive, l'action humaine est le produit de la passion. La volonté consiste en une passion accumulée. Quand la passion s'éteint, la volonté chancelle et l'action s'affaiblit ou devient impossible.
Commenter  J’apprécie          30
marionfmarionf   13 mars 2017
C'était un garçon doué, sorti d'Oxford et venu pour un an au Nigéria. Il était passionné par le Nigéria, car il y voyait toutes les possibilités de progression morale dont l'Angleterre et les vieilles nations industrielles n'avaient su faire preuve dans leur marche vers le matérialisme. Les vieilles nations avaient échoué. Son expression favorite était : " L'Europe est fichue " ; par là il voulait parler, non de déclin physique ou même économique, mais de faillite spirituelle. L'Afrique était une terre vierge, une tabula rasa sur laquelle on ne pouvait écrire que des mots purs. Les Africains tireraient une leçon des erreurs des vieilles nations et auraient la faculté d'édifier une société plus juste.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
autres livres classés : nigeriaVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr