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EAN : 9782228911207
288 pages
Payot et Rivages (07/05/2014)
3.59/5   173 notes
Résumé :
Dans l'Angleterre du début des années 1920, la jeune Margaret rêve d'être institutrice, mais elle est issue d'un milieu modeste et doit "entrer en condition". De fille de cuisine, elle devient rapidement cuisinière, un titre envié parmi les gens de maison. Confinée au sous-sol de l'aube à la nuit, elle n'en est pas moins au service de ceux qu'on appelle "Eux", des patrons qui ne supporteraient pas de se voir remettre une lettre par un domestique autrement que sur u... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (64) Voir plus Ajouter une critique
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sur 173 notes
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Meps
  31 mars 2021
On s'offusque volontiers avec notre regard occidental du système des castes indiennes avec les séparations bien codifiées qu'il instaure dans la société. Mais on a tendance à oublier que pendant très longtemps, jusqu'au milieu du vingtième siècle, il existait dans beaucoup de maisons une séparation en deux castes bien distinctes: maîtres et serviteurs.
C'est à ce rappel que nous convie le roman autobiographique de Margaret Powell. Elle n'hésite pas à marquer cette frontière en parlant d'Eux et de Nous. le ton est caustique et pointe les incohérence des maîtres, leur sentiment de supériorité, leur ignorance de ce qui se dis sur eux "en bas". L'avantage de ce récit c'est que Margaret n'épargne pas non plus certain(e)s de ses collègues dans leurs réflexes, leur volonté de singer les maîtres, la hiérarchie qu'ils reproduisent à leur niveau en rapport avec les fonctions de chacun. Elle ne s'oublie pas dans le tableau ironique, reconnaissant ses propres limites, par exemple qu'elle ne partagerait pas non plus son argent si elle était riche elle-même.
Au delà de la photographie sociale qu'elle nous offre, sa longue carrière est également un témoignage historique des habitudes domestiques de tout le vingtième-siècle, entre conseils de nettoyage, manière de préparer ou d'organiser les repas, inventions d'ustensiles divers pour faciliter ou non le métier.
Si certains passages sur le nettoyage des poignées, des casseroles ou des différents sols paraissent parfois redondants, Margaret nous parle aussi des relations amoureuses, sait différencier certains patrons plus respectueux de leurs employés et donne ainsi quelques conseils RH que pourraient appliquer certains PDG encore de nos jours. Aucunement dupe sur une relation amicale possible entre supérieurs et employés, elle sait néanmoins qu'on ne travaille que mieux quand on se sent un minimum respecté.
La peinture est si saisissante qu'elle aurait abouti à la création de plusieurs séries à succès en Angleterre dont Downton Abbey. Après cuisinière et femme au foyer, une nouvelle carrière médiatique s'ouvre pour celle qui n'a jamais su se résigner à n'être "qu'"une domestique.
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madameduberry
  27 juillet 2015
Ecrit sous forme familière et sans aucune recherche de style, ce livre-témoignage décrit les aspects les plus quotidiens et les plus pénibles de la condition domestique en Angleterre, après la première Guerre Mondiale.
A travers le regard de Margaret Lingley, fille de cuisine, puis cuisinière dans les (de moins en moins) grandes maisons, nous découvrons l'environnement quasiment carcéral des cuisines, toujours enterrées au sous-sol et à peine ventilées par un soupirail, obscures et donc éclairées à la lumière artificielle de façon constante.Contrairement aux femmes de chambre et aux valets de pied, les domestiques des cuisines ne voient que rarement les patrons, ce qui convient à Margaret car elle ne supporte pas cette confrontation des deux mondes, celui qui parle de façon "distinguée", et le sien.Elle vit auprès du fourneau, de la vaisselle, du garde manger.
Les ustensiles soit pléthoriques, soit réduits et incommodes sont eux aussi les maîtres dont la fille de cuisine est l'esclave, car elle doit les entretenir de façon parfaite. Tel est l'environnement ingrat qui lui est dévolu en tant que dernière roue du carosse , située au plus bas de l'échelle de toute la domesticité. Sorte de souillon ou de Cendrillon, elle se fait houspiller sans cesse par la cuisinière en titre dont elle peut au mieux espérer une petite formation à la cuisine raffinée, destinée aux maîtres, sinon une indifférence agacée face à son incompétence, ou au pire, des vexations et des critiques sans nombre.
Servante des serviteurs, Margaret n'a ni ses yeux ni sa langue dans sa poche, et une certaine culture, édifiée sur son goût pour la lecture, lui permet d'analyser ce qu'elle voit, entend, ressent elle-même, en matière de rapports sociaux exclusivement. C'est ainsi qu'elle va conserver une certaine liberté, n'hésitant pas à quitter une place pour une autreplus favorable, ou à citer Chesterton à une de ses patronnes suffoquée qu'elle en connaisse seulement le nom.
C'est donc un sacré numéro, cette Margaret Lingley, dont même le nom n'est pas un nom de servante, comme ses patrons ne manqueront pas de lui en faire la remarque.
Une certaine joie de vivre, le goût pour les soirées animées des pubs entre deux guerres, un refus de se laisser traiter comme un objet ou comme un meuble, la sauveront, sans qu'elle ait, ultime paradoxe, cherché à se réchauffer auprès des mouvement sufragettistes ou syndicaux. Fleur bleue aussi, Margaret juge sûrement à juste titre que la seule échappatoire à une vie de nonne au service des autres est de trouver un mari passable, qui se chargera de ramener la paie tandis qu'elle tiendra la maison et élèvera les enfants.
Ce qu'on ne trouvera pas, c'est le côté "Downton Abbey.", qui labellise faussement ce livre En effet Margaret n'a pas réellement servi dans ces manoirs immenses de la High Society. Cependant son témoignage, dans son aspect moins feuilletonesque, est précieux.Elle s'étonne à un moment des souvenirs qu'elle a gardés, et qu'elle consigne dans son livre, car elle les trouve parfois insignifiants, ou triviaux. Cependant il est patent que beaucoup d'entre eux se rapportent à ce qu'elle nomme son "complexe d'infériorité".
S'agit-il de la honte, évoquée par Annie Ernaux, Didier Eribon?.
Parlant d'Eux (ceux des étages supérieurs), elle s'identifie à un Nous (ceux d'en bas), qui cependant ne lui correspond pas non plus. Ses trois garçons ont fait des études, jusqu'à l'université.
"Mon fils cadet allait au collège et mon aîné se préparait à entrer à l'université quand je me suis aperçue que 'en dehors de la météo il n'y avait aucun sujet dont on pouvait parler ensemble (...) Quand je repense à ce que je vous ai dit, j'ai l'impression que vous devez me trouver drôlement amère par rapport à ma vie de domestique. L'amertume est présente, c'est vrai, parce que c'était ce sentiment-là qui dominait chez moi à l'époque. Et les anecdotes que je vous ai racontées, c'est ce qui me reste en mémoire aujourd'hui." Alors de même qu'elle a potassé seule des livres de cuisine pour devenir crédible aux yeux de ses patrons, de même elle va s'inscrire à une série de conférences, puis aux cours du soir pour tenir le challenge de l'instruction que ses fils ont reçue, grâce à elle.
A cinquante huit ans, Margaret après avoir obtenu son brevet, obtient son bac."comme le champ de mes lectures et de mes connaissances s'élargit, l'avenir s'annonce radieux!" conclut-elle. En soulevant tout de même l'hypothèse qu'elle a pu passer à côté de sa vie,ce dès le jour où elle a dû quitter l'école.
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Cacha
  04 novembre 2017
Dès les débuts de ma lecture, j'ai pensé à la série Downton Abbey et, en effet, celle-ci (ainsi que d'autres du même genre) a été grandement inspirée par ce roman.
Une ancienne cuisinière de familles anglaises aisées (plus ou moins, d'ailleurs) raconte ses mémoires avec beaucoup d'humour et une grosse pointe d'amertume.
Margaret Langley (son nom de jeune fille) est devenu aide-cuisinière puis cuisinière par défaut, car elle n'aimait pas la couture et devait subvenir aux besoins de sa famille (six frères et soeurs).
Elle gravit peu à peu les échelons de son métier pour devenir sur le tard, après avoir élevé ses enfants, cultivée et célèbre dans son pays.
Nous découvrons dans ce récit deux mondes que tout sépare, et pourtant complémentaires, celui des maîtres et des valets.
Je ne saurais citer les multiples anecdotes qui émaillent cette autobiographie, mais j'ai ri, j'ai été révoltée aussi, comme par exemple lorsqu'une de ses employeuses ordonne à Margaret de ne lui tendre des objets que sur un plateau d'argent et avec des gants - tiens ! je fais le rapprochement avec le roman "La couleur des sentiments" et la construction de toilettes séparées pour les blancs et les noirs, l'esclavage n'est pas loin !
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Bellisa55
  03 avril 2015
Des mémoires sympathiques mais qui m'ont quelque peu laissée sur ma faim même si certaines des anecdotes contées s'avèrent plutôt savoureuses. Une cuisinière qui me laisse sur ma faim... C'est un comble, vous ne pensez pas ? Annoncé, en quatrième de couverture, comme l'ouvrage ayant inspiré le scénariste de la succulente série télévisée Downton Abbey, je m'attendais à un écrit un tant soit peu plus épicé et croustillant.
Margaret Powell rêvait de devenir institutrice mais, bien qu'elle ait réussi l'examen lui donnant accès au collège, de condition extrêmement modeste, à quatorze ans, elle fut contrainte d'interrompre ses études et de commencer à travailler en tant que fille de cuisine, seul poste de la domesticité où elle n'aurait pas à accomplir des travaux de couture, activité qu'elle exécrait et pour laquelle elle était véritablement peu douée.
Au plus bas de l'échelle des gens de maison, levée la première et couchée la dernière, elle dut non seulement s'acquitter de tâches fortement ingrates, rébarbatives et saugrenues - imaginez vous en train de repasser des lacets ! - mais également servir ses pairs.
Cependant, ambitieuse et audacieuse, notre Anglaise partit, par la suite, tenter sa chance à Londres où elle parvint à devenir cuisinière. Elle occupa différentes places et réussit, bien que cela ne soit pas une mince affaire - croyez-moi ! -, à se dégoter un mari qui, n'appartenant pas au monde des domestiques, lui permit de quitter ce dernier pour un temps.
L'écriture de Margaret nous donne la sensation de recueillir ses confidences assis en face d'elle, confortablement installés dans des fauteuils de son salon en dégustant une tasse de thé et des scones, évidemment accompagnés de confiture de framboise et de clotted cream, confectionnés par ses soins.
Si l'intimité créée de ce fait s'avère agréable, le style de la Britannique souffre toutefois de lourdeurs, longueurs et redondances qui rendent par moments son récit quelque peu soporifique. Les exposés précis des tâches qui lui incombaient se révèlent, en effet, fréquemment peu intéressants ; contrairement à la description qu'elle réalise avec humour des conditions de vie de la domesticité anglaise dans les années 20, conditions soit dit en passant généralement peu enviables, et aux portraits souvent grinçants qu'elle dresse de ses employeurs successifs.
Une lecture somme toute relativement plaisante malgré quelques passages fastidieux.
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sarahdu91
  23 février 2019
Pas facile dans les années 20 de se faire une vie professionnelle quand on est une femme, en Angleterre, à moins de se trouver un travail de domestique dans les belles demeures, mais à quel prix ?
Margaret Powell, nous a écrit là un fameux récit de sa vie et nous montre bien la condition difficile dans laquelle on pouvait se trouver à cette époque et quel genre de patrons dégoter pour être cuisinière à leur merci.
Tout est écrit dans un genre tout à fait simple et réaliste, et l'on se demande bien comment Downton Abbey aurait pu être réalisé sans l'autobiographie de cette dame . Merci à elle de nous avoir fait partager un long moment de sa vie de jeune fille en tant que domestique et d'en avoir fait malgré tout son expérience avant de se trouver chaussure à son pied.
Un très bon moment de lecture...
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critiques presse (1)
LaPresse   30 juillet 2013
Cette dame attachante et fière, qui n'avait pu devenir institutrice faute d'argent, obtiendra son bac à l'aube de la soixantaine. Son témoignage rempli d'anecdotes déboulonne joyeusement toute idée romantique sur la domesticité. Une très agréable lecture d'été à laquelle on pardonne aisément quelques redondances et une fin un peu courte.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations et extraits (55) Voir plus Ajouter une citation
AelinelAelinel   27 août 2016
"Je lui (Lady Downhall) ai demandé un jour si je pouvais emprunter un livre de sa bibliothèque, et je vois encore son air étonné. Elle m'a répondu :
"Oui, bien sûr, Margaret."
Mais elle a ajouté :
"A vrai dire, je ne savais pas que vous lisiez."
Ils savaient qu'on respirait, qu'on dormait et qu'on travaillait, mais qu'on lisait, ça, ils ne savaient pas (...). Je les imaginais assez bien en train de me dénoncer à leurs amis :
"Margaret est une bonne cuisinière, mais malheureusement, elle lit. Des livres, figurez-vous." (P. 224-225)
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AelinelAelinel   26 août 2016
"On les appelait toujours "Eux", "Eux", c'était l'ennemi. C'étaient "Eux" qui nous donnaient trop de travail, "Eux" qui ne nous payaient pas assez et pour "Eux", les domestiques étaient un mal nécessaire. On était d'ailleurs leur principal sujet de conversation. D'après les femmes de service, qui descendaient nous le raconter, ils disaient des trucs du genre : "Vous savez, si j'habitais une petite maison à la campagne je ne m'embêterait pas à avoir des domestiques ; pour moi c'est un fléau, ni plus ni moins. Ils se disputent, ils réclament toujours plus d'argent, ils n'ont pas envie de travailler et ils ne font pas les choses comme on voudrait. Mais que voulez-vous, j'ai un rang à tenir, alors je suis bien obligée d'avoir des gens de maison." (P. 135)
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AelinelAelinel   26 août 2016
"Les cadeaux, c'était toujours quelque chose d'utile : des coupons de tissu imprimé, des tabliers, des bas noirs en laine (...). Moi, j'aurais tellement voulu certains des trucs qu'ils avaient : des dessous en soie, du parfum, des bijoux... Pourquoi ils ne pouvaient pas nous offrir quelque chose comme ça? Pourquoi il fallait toujours qu'on ait des cadeaux raisonnables? À mon avis, s'ils nous donnaient des uniformes c'est parce qu'ils savaient très bien qu'on n'avais pas de quoi en acheter avec nos salaires de misère. Et puis, si on avait eu du parfum ou de la soie, on ne serait forcément mal conduites, n'est-ce pas? C'est pour ça que je détestais cet étalage de bienveillance, tout cette comédie pour faire croire que nous aussi on s'amusait bien à Noël." (P.167)
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LePamplemousseLePamplemousse   20 avril 2013
Ce qu'il y avait aussi avec Mrs Bowchard, c'est qu'elle souffrait d'un mal inconnu de la médecine qui s'appelait "mes pauv' jambes". A cause de "mes pauv' jambes", il y avait tout un tas de choses qu'elle ne pouvait pas faire; "mes pauv' jambes" l'empêchaient de monter l'escalier pour aller dormir au grenier comme tout le monde, "mes pauv' jambes" lui interdisaient de faire quelque chose que quelqu'un d'autre pouvait faire à sa place, et c'était toujours à moi de m'y coller.
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AelinelAelinel   24 août 2016
"Mrs Clydesdale est descendue ; alors, je suis allée vers elle et je lui ai tendu les journaux. Elle m'a regardée comme si j'étais quelque chose de pas tout à fait humain. Elle n'a pas prononcé un mot, elle est juste restée là à me regarder. Elle avait visiblement du mal à croire que quelqu'un comme moi pouvait marcher et respirer. (...). Finalement, elle a articulé : "Langley, vous ne devez jamais, jamais, vous m'entendez, sous aucun prétexte, me tendre quoi que ce soit avec vos mains ; toujours sur un plateau d'argent." (P. 109)
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