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EAN : 9782213716497
270 pages
Fayard (04/01/2023)
2.83/5   27 notes
Résumé :
Vous avez survécu au Covid ? La guerre vous fait flipper ? Le réchauffement et les incendies vous inquiètent ? Vous n’avez pas encore bien saisi le concept de « points-retraite » ? Pas de panique.
Mémoires intimes d’un pauvre vieux essayant de survivre dans un monde hostile est fait pour vous.
Imaginez un livre qui aurait à la fois des vertus magiques – il ralentirait la course du temps et effacerait les rides –, et foncerait à deux cents à l’heure en ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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Antique, la racaille passe aux cantiques.
Pendant que certains lisent pour se soustraire au temps qui passe, Vincent Ravalec écrit un faux journal intime pour conjurer son déni de décrépitude. Un anti-rides efficace. Autant s'injecter ses mots plutôt que du botox. Il y a des livres qui permettent de rester jeune sans être obligé de muer en mérou obsédé de la ridule. le meilleur moyen de remonter le visage, c'est de garder le sourire.
L'histoire peut se résumer au titre à rallonge qui rappelle ceux des romans Jonas Jonasson. Avec eux, la quatrième de couv devient superflue. L'éditeur aurait pu y glisser une pub pour un fauteuil monte escalier.
Le romancier, encore vert de plume, relève ici les symptômes de sa croutonisation : le vouvoiement de la stagiaire, une hanche qui impose un passage aux stands, des sites de rencontres pour les secondes mains, la perte d'un ou deux centimètres à la toise qui rapproche dangereusement du sol avant le sous-sol, les discussions passionnées sur les meilleures mutuelles, envisager une dernière virée en Suisse pour se faire piquer...
Pour conjurer le sort, la gravitation et viser l'éternité, le narrateur rêve d'un strapontin à l'Académie et projette d'écrire un roman porno-sentimental, manière de plaire au plus grand nombre. du cul cucul.
Le vieux jeune ou jeune vieux veut rester dans l'air du temps mais s'inquiète pour sa retraite. Pas de pension pour un écrivain. Alors, il fait le tour de France des librairies pour voler ses romans et stimuler le succès de ses oeuvres.
Vincent Ravalec n'a rien perdu de sa fougue même si je regrette un usage volontaire mais abusif du parler « djeuns » qui gâche un peu son style du boloss. A un certain âge, il y a des mots qui font vieux beau. Vieillir, c'est le game.
Ayant rencontré le succès littéraire en même temps que Houellebecq et Despentes, Ravalec ne s'est jamais trop pris au sérieux. Il a laissé le désespoir périphérique au premier, la révolte genrée à la seconde et il a tracé son sillon, curieux de tout et notamment des nouvelles technologies, de la musique et du cinéma. Il n'a jamais perdu son humour et son style. Il a sa bande d'inconditionnels, j'en fais partie et il a trouvé ici le meilleur remède aux cheveux blanc, l'auto-dérision.
Un texte que je ne recommande pas aux empressés du pot de départ et obsédés des annuités.
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À quel âge est-on vieux?

Vincent Ravalec a désormais franchi le cap des 60 ans. Dans ce récit allègre, il analyse ce nouveau cap à l'aune de son expérience et nous livre un bréviaire pour cette nouvelle tranche de vie.

Il serait dommage de clore cette saison littéraire sans parler de ces mémoires intimes que nous offre Vincent Ravalec. D'abord parce qu'il me faut bien reconnaître que, comme lui, j'ai basculé dans la catégorie des seniors, pour reprendre la nomenclature de la SNCF. Ensuite parce que ce témoignage s'accompagne du style inimitable de l'auteur de Cantique de la racaille.
Ayant constaté qu'il faisait désormais partie des "vieux", l'auteur va chercher à comprendre ce que cela peut bien signifier. Et le meilleur moyen pour cela consiste à explorer LE domaine qui permet au mieux de savoir si la vie conserve encore un peu de saveur, la sexualité.
Voici donc notre fringant sexagénaire à la recherche de l'âme-soeur sur les sites de rencontre spécialisés. Très vite, il se rend compte que quasiment toutes les femmes ont adopté une même règle, mentir sur leur âge. C'est ainsi qu'à son premier rendez-vous "en vrai", il croit tomber sur la mère de la femme avec laquelle il faisait des plans sur la comète. Ses copains ont beau lui affirmer qu'à son âge les femmes disponibles sont légion, il doit déchanter. Mais qu'à cela ne tienne, il trouvera bien une compagne, mais lors d'une rencontre traditionnelle. le voilà rassuré sur sa libido.
Les choses vont devenir bien plus sérieuse lorsqu'il constate que la mécanique s'use. Ici le marqueur s'appelle arthrose. Indéniablement un truc de vieux. Et la cause de bien des tourments, aussi physiques que psychiques. Fort heureusement, les progrès de la médecine permettent aujourd'hui d'effacer ces soucis.
Et repartir, plein d'allant vers de nouvelles aventures. Un projet de start-up est vite remisé, quoique...
En revanche notre auteur et cinéaste a l'âge de postuler à l'Académie française. L'âge mais pas les moyens. Aussi décide-t-il plutôt d'explorer les filons qu'il exploite depuis des décennies, ceux du cinéma et de la littérature. Un scénario et/ou un livre mettant en scène son "segment de population", voilà qui pourrait relancer sa carrière. À moins qu'il ne suive la recommandation de sa nouvelle compagne, écrire un roman d'amour porno. Mais encore faut-il que son éditrice suive.
On le voit, Vincent Ravalec a beau être classé parmi les vieux, il n'a rien perdu de sa vivacité d'esprit, de son humour et de son style mordant. Sans oublier sa faculté à construire un livre qui retient son lecteur jusqu'à un épilogue surprenant. C'est en trois saisons (Vieillir, réagir et renaître) qu'on y arrivera, après avoir remis en cause d'un modèle destructeur. On se régale de ces mémoires, même si elles n'occultent rien des difficultés - notamment financières - que peut rencontrer un sexagénaire dans la France qui s'élève contre une réforme des retraites injuste. Et voilà comment ce livre, écrit en grande partie au moment du confinement, est bougrement actuel.


Lien : https://collectiondelivres.w..
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Comment résister à un tel titre ? Déjà un roman à lui tout seul... Vincent Ravalec, je connaissais de nom, je n'y avais jamais goûté et voilà que je découvre que nous sommes dans la même catégorie des "en train de devenir vieux et pas franchement ravis à l'idée". Écrire là-dessus ? Sujet casse-gueule qui nécessite une dose d'autodérision, un brin d'humour si possible pas lourdingue et un peu de fond histoire d'éviter l'empilement de clichés. J'y suis donc entrée sur la pointe des pieds, je me suis détendue au fur et à mesure, j'ai bien ri mais pas que.

Il fallait déjà soigner la posture. L'auteur est écrivain, pas vraiment porté sur l'auto-fiction (moi non plus ça tombe bien) ce qui l'aide certainement à trouver le recul nécessaire pour lui permettre de se regarder comme un personnage. Un écrivain donc, qui ne roule pas sur l'or (pléonasme me direz-vous) et ressent l'approche de la soixantaine comme une réelle menace. Une hanche qui lance, un corps qui se relâche, un milieu professionnel en pleine tourmente, des mouvements sociétaux qui le fatiguent et un gap générationnel de plus en plus difficile à combler. Voilà pour le "pauvre vieux" et le "monde hostile" du titre. Mais notre homme est bien décidé à faire face et trouver enfin les idées qui lui permettront de s'assurer un peu plus de sécurité au moment de la retraite, corollaire du vieillissement. Ce n'est pas une pandémie mondiale qui va l'arrêter, ni la sensitivity reader que son éditrice a embauchée pour veiller à ce que ce livre qui s'écrit sous nos yeux ne heurte aucune sensibilité.

Le fond est bien là sous la forme des défis qui attendent notre héros contraint de s'adapter à l'évolution des moyens de promotion du livre (d'ailleurs, ce titre... pour le référencement web c'est pas top) mais également à sa posture de "mâle blanc dominant" susceptible de lui causer des problèmes inédits. Quant au volet financier, il est l'occasion d'une incursion savoureuse dans le nouveau concept de "silver economy" pour en admirer le délicieux cynisme. Pennac avait rédigé son Journal d'un corps, Ravalec élargit le sujet et lui offre un update 2.0.

Voilà un bouquin qui devrait parler à tous les plus de cinquante ans (ça tombe bien ce sont eux qui achètent les livres) un peu ahuris face aux images que leur renvoient leurs écrans (ce monde est dingue) et leurs miroirs (non, c'est moi ça ?), qui se demandent comment on en est arrivé là mais refusent de désespérer et se disent qu'il vaut mieux en rire, surtout lorsque la conscience de la mort se fait plus prégnante. A ce stade, je pense aussi qu'il vaut mieux commencer l'année en riant, on ne sait pas ce que nous réservent les jours suivants.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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Vrai faux journal intime d'un vrai jeune vieux, seul un auteur iconoclaste comme Vincent Ravalec pouvait écrire ces Mémoires intimes d'un pauvre vieux essayant de survivre dans un monde hostile.
En fin de cinquantaine, Vincent réalise qu'il vieillit, et ça lui est insupportable. En Don Quichotte de la littérature, il part à l'assaut des fâcheux symptômes, persuadé qu'écrire les maux de l'âge sera 1/ une thérapie salvatrice, et 2/ un viatique pour d'autres jeunes vieux flippés où ils pourront puiser autant de philosophie que de "trucs et astuces" pour passer le cap. Une sorte de bible de la sénescence en forme de manuel développement personnel...
Toute la première partie du livre explore ces incursions de"survival écrivain vieillissant". de l'art de se vendre sur les sites de rencontre dans la catégorie 45 et + au film documentaire de l'expérience ultime: planifier son propre trépas chez les helvètes.
A l'aise dans dans le quinzième degré, l'auteur excelle dans le récit de ces aventures absolument désopilantes.
Sauf que....
Une fois la décrépitude apprivoisée, il n'en reste pas moins deux écueils de taille. D'une part, le monde est hostile. Ce n'est un secret pour personne qu'il est gouverné par la "Machine", le grand capital, bref, le flouze. La rentabilité en est le mot d'ordre. D'autre part, l'écriture narrative telle que les boomers la conçoivent, un livre (au pire une liseuse ou une tablette) est une forme appelée à rendre l'âme sous les coups de boutoir du numérique.
Le livre bascule alors dans un questionnement philosophico-économique pertinent. "Vieillir, c'est universel", et le XXIe siècle essuie un raz de marée de boomers. La Machine étant impitoyable, "clairement, qu'on le veuille ou non, on aura des vieux de catégorie A, B, C."
Reste donc à se placer dans cet univers impitoyable.
Bourré d'originalité comme de réflexion intéressante sur le bien vieillir, le bouquin achoppe (pour moi) quand il aborde l'aspect pécunier de sa retraite. Question qui a la primeur de se poser à qui en a les moyens.
"L'appétence / ambivalence " pour le capitalisme qu'il revendique m'a un peu gênée aux entournures. C'est l'unique bémol que je mettrais à ce bréviaire de haute volée pour une vieillesse adoptée.
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Lu récemment, un ouvrage de Vincent Ravalec dont je ne connaissais que le nom, et qui m'intriguait. Les critiques en parlaient comme d'un livre hilarant, tonique, joyeux et tout ça.
Le sujet ne prête pas, pourtant, à la gaudriole: l'auteur, pressé par son éditrice de "pondre" un nouvel opus, décide tout simplement de relater son basculement dans le 3e âge, à une époque où le mot "vieux" est devenu une sanglante injure et où les "boomers" cherchent à rester dans le vent.
On assiste donc à sa prise de conscience, à ses efforts pour séduire des demi-vieilles sur les sites de rencontre, à ses projets avortés pour s'assurer une retraite digne de ce nom, on partage ses réflexions sur le monde en général et son nombril en particulier.
L'ensemble, je l'avoue, est décevant. Stylistiquement, c'est assez entraînant, mais le recours systématique à des questions pour faire avancer l'histoire finit par lasser. Sur le fond, on est proche des conversations que tout un chacun peut entendre sur notre drôle d'époque. Et en définitive, c'est un exercice de style moyennement réussi, dont on peut se passer.
J'espère toutefois que l'auteur a pu cotiser quelques trimestres de plus grâce à ce bouquin.

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critiques presse (1)
LeFigaro
23 février 2023
Les confidences tragicomiques d’un homme de 60 ans, éternel adolescent, qui découvre qu’il vieillit.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (2) Ajouter une citation
(Les premières pages du livre)
Avertissement
Les personnages, comme les situations, qui animent et traversent ce livre ne sont évidemment qu’un produit de l’imagination débordante de l’auteur. Toutes ressemblances avec des éléments de la vraie vie ne sauraient être que le fruit d’une époustouflante coïncidence. Qu’on se le dise !

Préambule
J’ai commencé à écrire ce livre à l’automne 2019. J’y pensais depuis un moment. Le lent déclin de l’été, le doux rougeoiement des feuillages, annonçant l’hiver, me semblait un déclencheur propice à cette salutaire réflexion sur ma propre finitude. Je n’avais pas anticipé que, quelques mois plus tard, nous basculerions dans une nouvelle séquence des hostilités, rendant à la fois mon projet un peu caduc – qui pouvait se soucier du sort d’un pauvre vieux, d’autant plus qu’il s’agissait de moi, alors que le monde était frappé d’une terrible pandémie ? –, mais paradoxalement lui donnant aussi de nouvelles opportunités. En effet, comme j’ai mis plus de temps à l’écrire, je suis devenu encore plus vieux, et le monde s’étant révélé encore plus hostile – une guerre est même survenue – il a été encore plus délicat de survivre. En toute logique, si on se plaçait d’un point de vue purement scénaristique, cela n’a pu qu’en booster les enjeux, et donc, je l’espère, l’implacable intensité littéraire.

SAISON 1
VIEILLIR !
Je me rappelle très bien comment j’avais vendu ce livre à mon éditrice. En lui énonçant le titre. Lorsque vous vendiez un projet – car aujourd’hui il fallait vendre les projets, c’était une condition sine qua non pour qu’ils existent, les intégrer sitôt leur conception dans le flux de l’économie, en les plaçant sur une gondole virtuelle où ils pourraient peut-être avoir une chance de voguer, vaillants et conquérants, sur les flots tumultueux de ce qui était devenu le seul étalon viable : leur valeur marchande potentielle –, lorsque vous en étiez à ce moment décisif, celui d’un coït possible (ou d’un pschit), l’on distinguait dans la seconde si le poisson mordait ou pas. Si une lueur d’intérêt traversait fugacement les prunelles de votre interlocuteur. Pour un livre, un film, un scénario, c’était pareil. Les gens étaient submergés – en tout cas ceux de l’écosystème à qui j’avais la possibilité de m’adresser –, constamment sollicités. Par des auteurs, des scénaristes, des réalisateurs. Alors qu’eux-mêmes couraient après des financements, devaient justifier des bilans, dans un monde où rien n’était tout à fait certain, à commencer par leur propre place dans la sarabande qui animait le bazar – le game selon la terminologie plutôt juste du moment. Ce n’était donc pas chose facile que de « vendre des projets », en tout cas des « projets persos ». Cela demandait souvent astuce et pugnacité. Il était rare que, toc, du premier coup, on vous dise banco, tope là ! Mais c’est ce qu’il s’était passé. Je n’avais même pas fini ma phrase, vieux et monde hostile et survivre, qui avait résonné dans la salle du fond du Select – celle où mon éditrice avait l’habitude de me donner rendez-vous –, que c’était dans la boîte. Les vieux étaient la nouvelle donne, que personne n’avait tout à fait bien prévue. On n’était plus jeune. On était vieux. Rien d’anormal à cela, c’était dans l’ordre des choses. Oui, sauf que là, nous étions face à un mouvement collectif. Car « on », c’était tout le monde. Nous étions passés, nous les Occidentaux, d’un monde de jeunes à un monde de vieux. Une femme de plus de dix-huit ans sur deux en avait plus de cinquante. Et ce n’était que le début. On prévoyait un pic dans les années à venir. Un truc monstrueux. La citadelle occidentale transformée en maison de retraite. Les vieux étaient une déferlante. C’était épouvantable. Mais économiquement pas dénué d’intérêt. En tout cas dans le secteur de l’édition. Pourquoi ? Parce que les vieux venaient de l’Ancien Monde. Celui où cela paraissait normal de payer pour un bien culturel. Ce qui n’était pas le cas des jeunes. De plus, les vieux lisaient. Ce qui n’était pas non plus le cas des jeunes. Et les vieux, laborieux, retraités, économes, avaient les moyens d’acheter des livres. Ce qui, là encore, n’était pas le cas des jeunes. Qui de toute façon ne voyaient pas du tout, même quand on leur expliquait, et qu’on leur donnait de l’argent pour cela, pour quelle raison il aurait fallu payer pour un bien qu’en deux clics on pouvait obtenir gratis via Internet. Donc un journal intime, sur un ton drôle, « Si, vraiment poilant je te jure, ah, ah, hyper fun, enfin avec mon humour, tu vois ! », cochait pas mal de cases.
– Et le côté « monde hostile » et « survie », tu le traites comment ?
– Drôle, si, drôle bien sûr, mais aussi âpre. Je veux dire, journal intime de moi dans jungle urbaine, survival écrivain vieillissant.
– Avec une résonance sociale ?
– Peut-être pas à ce point. Mais si, oui, résonance sociale. Enfin, je veux dire, résonance sociale dans laquelle tout le monde se reconnaît. Vieillir, c’est universel.

Il n’y avait pas tromperie sur la marchandise. Je savais exactement comment le livre allait démarrer. J’avais déjà commencé à l’écrire. C’était un sujet grave. Le genre de sujet qui vous prenait aux tripes et qui nécessitait un livre. Un livre urgent. Un livre important. Un livre qui était comme un torrent de lave. Un livre que je DEVAIS écrire. C’était un cri. Voilà. Le cri d’un pauvre vieux. Ça démarrait de cette façon. Sans fioritures. Sans rien cacher de la sinistre vérité. De la hideuse vérité.
Un jour j’étais devenu vieux… Ce n’était pas arrivé soudainement, comme si j’étais passé d’un temps à un autre temps. D’un état à un autre état. Non. Je ne m’étais pas éveillé un matin, hurlant de saisissement, me disant : « Purée, je suis vieux, quelle horreur ! » Cela s’était passé comme cela se passe. J’avais d’abord réalisé que j’allais vieillir. Puis que j’étais en train de vieillir. Puis, comme cela perdurait, que selon toute probabilité, j’allais devenir vieux pour de bon, j’avais fini par me dire qu’il allait être nécessaire de me faire à cette idée. Ne serait-ce que parce qu’elle paraissait inéluctable. Jeune, tu avais été. Vieux, tu deviendras.
Ce n’était pas enthousiasmant, alors que cela aurait pu l’être. Tranquille et sage vieillard, aux cheveux blancs, plein de bonté, de douceur et de philosophie – mais ça, c’était de la flûte, j’y croyais de moins en moins. Juste un bullshit de plus.
Je n’avais jamais pensé vieillir. Je n’avais pas envisagé cette éventualité. Elle ne me correspondait pas. Je n’étais pas fait pour ça. J’avais une conception de l’être basique, pour lequel il existait deux statuts viables. Vivre. Ou être mort. Les autres états, comme malade, et maintenant vieux, ne me semblaient pas concevables. Enfant m’avait gêné. Le manque d’indépendance, d’autonomie. Devoir supporter la sidérante crétinerie de la majorité des adultes. Tout cela me laissait le souvenir déplaisant d’un carcan sans grand intérêt. Si l’on avait la chance d’être en vie, n’était-ce pas pour expérimenter, réfléchir, trouver ? Et comment le faire en étant constamment surveillé, brimé, stoppé dans ses élans ? La condition enfantine ne me laissait pas de souvenirs sympathiques. Mais au moins pouvait-on ronger son frein, guetter le moment où il serait possible de s’affranchir du joug pesant de la dépendance parentale, et à la première occasion, se confronter à la life de ses propres ailes – d’ailleurs, pour ma première fugue, n’avais-je pas dix ans ?
Vieux, c’était craignos. On n’avait plus « la vie devant soi ». C’était même l’inverse. Je détestais les vieux. Et j’allais en devenir un. C’était déconcertant.
Le premier signe – oh my God, avais-je ce soir-là mesuré réellement ce qui m’attendait ? – avait été l’infarctus dont j’avais été victime.
Cela avait été la charnière. Je m’en rendais compte rétrospectivement (et il était important de pointer dans mes confidences les grandes étapes de la prise de conscience, les réflexions qui en avaient découlé, et les solutions qui m’étaient apparues, de façon à faire de ce journal intime, en plus d’un roman en prise sur la réalité, un guide, comme je l’avais implicitement promis à mon éditrice, plein d’enseignements, de solutions pertinentes).
Un vrai futur vieillard éclairé apportant à d’autres futurs vieillards lumière et réconfort, c’était ça la baseline – et le ticket garanti pour le carton éditorial. Quelque chose de simple à pitcher, que l’attachée de presse pouvait comprendre sans explication de texte.
– Tu vois, c’était vachement important pour moi que tous ceux qui sont dans le même cas – c’est-à-dire des millions d’acheteurs de livres potentiels – puissent trouver dedans un récit cohérent !
– Mais tu as vraiment fait un infarctus ?
En vérité, non, cela n’avait pas été tout à fait un infarctus, mais à ce moment-là, comme j’étais encore hypocondriaque – jusqu’à moins de cinquante-cinq ans on peut se permettre d’être hypocondriaque, c’est même assez tonifiant : « Vrai ? Vous êtes sûr ? Je ne vais pas mourir ? Ce grain de beauté n’est pas un cancer naissant ? Ma migraine n’est pas un début d’AVC ? Je ne suis pas en train de mourir ? Wouah, super nouvelle, ça me file la patate pour la matinée ! » –, j’avais cru que c’était un infarctus. En fait, non, ce n’était pas un « accident cardiaque ». Mais c’était la période où, pour rester en bonne santé, j’avais décidé de me soucier de mes abdos et pectoraux. Je m’étais mis « à la muscu comme un ouf » (ce qui était d’ailleurs, maintenant que j’y pense, un signe patent : quand vous vous mettez à faire du sport, pas pour le fun, mais parce que dans un arrière-coin de votre cerveau klaxonne comme une nécessité d’éviter la lente transformation de vos muscles en un truc graisseux et flasque, c’est que vous êtes sans nul doute en pré-pré-vieillesse, c’est-à-dire pas encore la cata, mais le début de l’alerte orange – muscu pour les garçons, Pilates ou yoga pour les filles).

Quand l’« accident cardiaque » était survenu, j’é
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J'avais une très grande empathie pour moi-même, et mon degré de sensibilité se situait dans la zone rouge du spectre de la super chochotte.
(page 125)
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Videos de Vincent Ravalec (19) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Vincent Ravalec
https://www.laprocure.com/product/1412535/petitfils-jean-christian-jesus
Jésus Jean-Christian Petitfils, Vincent Ravalec (illustrateur) Éditions Fayard
« J'en ai profité pour actualiser le livre [Jésus, 2011] avec les derniers travaux, notamment dans tout ce qui a été fait à Nazareth par l'archéologue Ken Dark – on a retrouvé, on en est à peu près certains, la maison de Marie et Joseph, là où Jésus a vécu, donc à Nazareth – et puis, donc, de l'ouvrir à un public différent, peut-être plus vaste, par ces illustrations. Alors ces illustrations, en effet, elles sont nombreuses. Elles accompagnent le texte et elles ont pour but d'immerger le lecteur dans le texte, et ça a été conçu de cette façon-là par Vincent Ravalec [Illustrateur] et son équipe, qui travaille avec une équipe et qui a utilisé les mécanismes de l'intelligence artificielle. Mais je dirais que c'est une intelligence artificielle contrôlée, très contrôlée… »
©Jean-Christian Petitfils, pour la librairie La Procure Animation, Guillaume Vanier, libraire à La Procure
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