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EAN : 9781092011303
Anacharsis (13/01/2016)
3.46/5   14 notes
Résumé :
À l’aube des temps, au milieu d’une nature épanouie, dans un Japon archaïque écartelé entre chefferies rivales, la princesse Himiko devient la proie des rois. Outragée par des brutes esclaves de leurs pulsions, elle médite sa vengeance sur les mâles dominants.

Inspiré par la lecture d’antiques récits et du Salammbô de Flaubert, Yokomitsu Riichi bâtit avec Soleil un joyau littéraire éclairé par la beauté fauve des grands mythes. Comme un Miyazaki par a... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique

Soleil (Nichirin), titre simple, à la fois si paradoxal et si juste pour qualifier cette oeuvre baroque et barrée !

Ce récit est en effet tout empreint de noirceur. Les personnages évoluent souvent de nuit, et dans la forêt, littéralement immergés dans une nature omniprésente, j'y reviendrai. L'ambiance quant à elle n'est pas des plus pacifiques : rares sont les pages où ne survient pas une perte d'intégrité physique d'un des protagonistes. On tue, on coupe des bras, des têtes, on transperce d'un coup d'épée avec violence, sans réflexion et sans préavis.

Pourtant, soleil, c'est aussi cet astre au couchant dont la clarté rougeoyante reflète le vermillon du sang humain et animal versé sur les terres de ces contrées décidément trop peu tranquilles.

C'est aussi le symbole d'une oeuvre que l'historien traducteur qualifie de véritable fauvisme littéraire, tant la couleur, l'action saisie dans son immédiateté vous explosent au visage. C'est un spectacle total et permanent…quelle claque !

L'auteur ne s'aventure jamais à l'analyse, il dit ce qui se passe, c'est comme s'il privilégiait la force des images à toute longue description ou tentative d'explication de la psychologie de ses personnages.

Au début, cela surprend et peut parfois paraître assez lourd stylistiquement. Les héros commencent toujours leurs phrases par Toi, ceci, Moi, cela…en gros « Moi Tarzan, Toi Jane »…Un roi est « souverain-des-hommes », et il faut s'habituer au terme de « Sukuné », omniprésent. Heureusement, le traducteur a eu la double bonne idée de laisser un certain nombre de termes japonais, ce qui permet de conserver à l'oeuvre un côté exotique et mystérieux, tout en prévoyant un glossaire fort utile (au fait, le Sukuné est en quelque sorte le n°2 sur l'échelle du pouvoir, mais en général il y en a deux, un Sukuné des prêtres et un des soldats).

L'histoire : dans des temps anciens et au milieu d'une nature luxuriante, la belle princesse Himiko règne sur le pays d'Umi. Elle file le parfait amour avec Hiko no Oé avec qui elle va se marier. Mais un jour, le couple y croise « un voyageur égaré », Nagara, qui est en fait le prince du pays voisin de Na. Tombant aussitôt fou amoureux de la belle, il demande à son roi de père de lui fournir une armée pour aller la chercher en Umi. Cela se fait, non sans que Nagara ait tué le sukuné qui objectait, et qui n'est autre que le père de Kawaro dont la soeur Katori est amoureuse de Nagara. Une fois rendu en pays Umi, Nagara tue Oé sous les yeux d'Himiko, qu'il ramène en Na. Mais décidément la belle fait tourner toutes les têtes des hommes, à commencer par le père de Nagara qui veut y mettre ses pattes et Kawaro qui veut aussi venger son père mort et sa soeur amoureuse malheureuse.

Kawaro profite d'une certaine confusion pour kidnapper Himiko, avec qui il se marie à son tour.

Mais là encore, l'idylle tourne court. Dans leur fuite-chevauchée qui leur fait traverser le pays Yamato, et à la suite d'une scène d'anthologie où interfèrent combat d'hommes et combat de cerfs, Kawaro est tué. Himiko tombe aux mains du souverain Hanya et de son frère à l'oeil borgne Han'é…qui ne vont pas manquer de se disputer la beauté princière…femme-objet qui pour le coup commence à vouer une haine aux hommes et devient elle aussi de plus en plus guerrière et cruelle.

Son but absolu devient alors d'assouvir sa vengeance sur Nagara, assassin d'Oé, seul homme qu'elle ait jamais vraiment aimé...

Ce court roman, ce conte au rythme échevelé est une pure fiction. Il est inspiré d'une chronique chinoise du IIIè siècle de quelques lignes sur laquelle l'auteur a fait prospérer son imagination fertile, inspiré aussi en cela par la lecture du Salammbo de Flaubert.

Pour ma part, il m'a complètement dépaysé, par ce côté saga à la scandinave et une domination totale de la nature, plantes et bêtes, qui ne cèdent en rien aux hommes, et qui confèrent à l'oeuvre un caractère étonnament poétique malgré la violence et la sauvagerie ambiantes. Le lecteur est exposé en permanence à toutes les sensations et vibrations des mondes végétal et animal, dans une érudition phénoménale. Munissez-vous d'un dico ou d'un guide des plantes pour vous y repérer, cela vaut la peine !

Un grand livre, qui a pu inspirer Hayao Miyazaki pour son somptueux Princesse Mononoké.

Compagnon de route de Kawabata, Yokomitsu Riichi n'est malheureusement pas plus traduit que cela en France. L'initiative d'Anacharsis est précieuse, à saluer, et espérons-le à renouveler au sujet de cet écrivain rare.

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Au temps lointain, dans une terre lointaine insulaire, régnaient différentes chefferies. Aussi, dans ce lieu mystérieux et oublié de tous, les hommes respectaient la nature et vivaient en harmonie avec les animaux. le soleil en est témoin. Sur cette terre habitait une princesse à la beauté indescriptible. Cette dernière, heureuse, attendait avec impatience le jour de son mariage. L'harmonie et le bonheur régnaient dans le pays de la jeune princesse. Quand un beau jour Himiko croisa le chemin du prince du pays d'en face… Et, le malheur et la désolation s'installèrent. La future reine Himiko était si belle que les hommes, fous de passion, en perdaient la tête. L'amour, comme une drogue, pollue le pauvre coeur des hommes, alors cet amour se transforme en obsession. Rien ne va plus ! le soleil en est témoin. Dès lors, les hommes esclaves de leurs pulsions entreprennent ce qu'ils savent faire le mieux à savoir la guerre, tandis que la princesse à la beauté fatale décide de se venger en usant de ses charmes et de son intellect.

Quand j'ai vu qu'enfin un livre de Yokomitsu Riichi venait d'être traduit en français (aux éditions Anacharsis) je n'ai pas pu résister à l'achat. D'ailleurs, dès les premières lignes du texte on se rend compte que l'on tient entre les mains un ouvrage pas comme les autres. Et en refermant le livre, on en est définitivement convaincu… « Soleil », c'est le « salammbô » japonais. Effectivement, c'est en découvrant en 1919 le roman de Flaubert que le jeune Yokomitsu Riichi eut l'idée d'écrire son roman. Ainsi, entre l'idée de départ et la traduction française, il n'aura fallu patienter qu'environ cent ans.

« Le groupe des vierges s'en revenait des abords d'une source lovée au creux de la colline, leurs jarres d'eau calées sur la tête ; elles disparurent en chantant au milieu d'un bois d'Albizias. Sur les rocs entourant la source, en arrière, une fleur de scirpe encore fraîche gisait écrasée parmi les fragments de jarre. Puis le soleil s'inclina vers l'ouest au-dessus de la baie d'Ariaké qui s'élargissait au loin, au pied de la colline. »

Yokomitsu Riichi est un écrivain japonais moderniste expérimental, né en 1898 et mort à 49 ans en 1947. Ce dernier fait partie des nombreux auteurs nippons (au talent immense) appartenant à la branche littéraire des « écrivains maudits », mais quasi inconnus en occident. Effectivement, de cette génération seuls Akutagawa Ryûnosuké et Kawabata Yasunari sont suffisamment bien traduits. L'excellente postface revient sur l'histoire de ces écrivains japonais de l'entre-deux-guerres et « écrasés par leurs illustres aînés » ainsi que sur la genèse du roman « Soleil ».

Le livre de Yokomitsu Riichi débute en douceur… La description du lieu dans lequel évoluent les protagonistes est enchanteresse. On pense aux dessins et à l'univers d'Hayao Miyazaki. Un couple s'aime et s'amuse à feindre l'indifférence. Il règne une atmosphère d'insouciance. Cependant, très rapidement la tension monte et le cadre semble tout d'un coup moins idyllique. Les hommes sont violents, alcooliques, goinfres, stupides… Les femmes, elles, ne servent qu'à satisfaire les besoins naturels du mâle dominant… Seule la princesse Himiko sort du lot. Finalement, l'histoire bascule dans un univers de folle violence. Les sabres virevoltent, le sang gicle, les bras, les jambes, les têtes volent. On pense aux deux fameuses scènes du film « Sanjuro » d'Akira Kurosawa avec l'inoubliable Toshiro Mifune. Dans ce dédale de violences la beauté de la princesse Himiko, tel un soleil, continuera-t-elle à briller ? Comme par une tornade, nous sommes bousculés par la singulière écriture de l'écrivain. Yokomitsu Riichi va droit au but, son style est un ravissement. On sort du livre troublé. Lire « Soleil » de Yokomitsu Riichi est une sacrée expérience !

Qui aime les romans de chevalerie ? Quels sont ceux que vous pouvez me conseiller ?


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Je ne saurais pas le dire autrement, mais l'histoire (l'Histoire ?) de cette Princesse baladée entre les 3 Royaumes serait celle de Gustave Flaubert s'il avait prit ses notes lors d'un voyage au Japon pour écrire son salammbô. Quelle meilleure entrée en matière ?

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Traduire du japonais est toujours difficile : la structure de la langue est différente, la manière de présenter et d'expliquer est plus circulaire, le charme du choix de caractère difficiles à rendre et les références culturelles pas toujours faciles à rendre non plus (surtout pour les allégories) …

Mais pour ce livre le problème n'est même pas là : encore faut-il savoir écrire en français. Ici c'est abominable on dirait un traduction Google et c'est presque écrit en petit-negre. C'est vraiment affreux et une torture à lire et on se demande meme si le français est la langue première du traducteur.

Maintenant le texte Japonais est peut-être très bien, mais derrière ce massacre c'est difficile à voir.

Il faudra attendre une traduction plus décente pour avoir accès à ce texte je le crains.

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Extrait de chronique :

"Shinkankaku-ha : nouvelles sensations. La pluie, la vapeur et la vitesse, depuis longtemps assimilées, sont projetées dans les temps immémoriaux – audace de l'écriture. Succession rapide d'images, oeil qui balaie la scène en grands mouvements de caméra, flou généré par le mouvement accéléré : le traducteur Benoît Grévin parle dans la postface d'un roman fauve, et l'on sent en effet la menace, l'explosion des sensations qui priment sur la narration. [...]"

Suite de la chronique sur http://undernierlivre.net


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critiques presse (1)
Chro
01 mars 2016
Soleil en un récit toujours actuel. Ce n’est pas anodin : cette atemporalité est un élément central de l’attrait du texte.
Lire la critique sur le site : Chro
Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation

Un jour, alors qu'il revenait des confins, le fils du sukuné des soldats, Kawaro, qui se tenait debout, près d'une source, s'approcha de lui. Il indiqua les naseaux dilatés du cheval de Nagara en lui disant :

"Prince, fais donc boire un peu d'eau à ton cheval. Ton cheval a le souffle coupé."

Nagara l'écouta et descendit de cheval. A cet instant, une jeune fille surgit des filaments pendants d'un saule, portant une jarre d'eau dans ses bras tremblants. C'était la petite soeur de Kawaro, Katori, qui obéissait à l'ordre du sukuné des soldats. Traînant derrière soi la queue d'une parure recherchée couleur de chanterelle, elle s'approcha de la source pour y puiser l'eau. Un bouquet de cheveux noirs tomba en glissant de ses épaules ; il s'entortilla sur le bras blanc tendu, puis rejaillit vers la surface de la source éclairée par les rayons du soleil. Nagara, retenant son cheval par la bride, contemplait sa figure. Elle plaça posément la jarre remplie d'eau devant son cheval, et, inclinant son visage empourpré, se mit à nouer sur sa poitrine les filaments du saule.

Enfin, le cheval redressa la tête hors de la jarre.

"Dans le palais du pays Na, c'est toi la plus belle."

Sur ces mots, Nagara sauta à cheval.

Le visage altier de Katori, s'empourprant d'un degré, disparut derrière le rideau du saule.

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Himiko fut entraînée vers la salle de banquet dont on avait recouvert le sol de nattes de bambou tressé. Sur les feuilles de chêne denté dont le vert éclatait à la lumière des torches, s'alignaient des grenouilles de montagne arrosées de suc de poivrier du Japon, et des crabes de montagne, du gingembre, des carpes, des baies d'alkékenge et des fruits de kiwaï encore verts. Puis c'était au milieu de récipients débarrassés de leur couvercle un amoncellement de salaisons de cerf et de sanglier enveloppées dans des prêles des champs fraîches. A côté, dans de grandes jarres de terre cuite, le parfum entêtant de l'alcool noble de riz décortiqué flottait parmi la lueur des torches.

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« Le groupe des vierges s'en revenait des abords d'une source lovée au creux de la colline, leurs jarres d'eau calées sur la tête ; elles disparurent en chantant au milieu d'un bois d’Albizias. Sur les rocs entourant la source, en arrière, une fleur de scirpe encore fraîche gisait écrasée parmi les fragments de jarre. Puis le soleil s’inclina vers l'ouest au-dessus de la baie d’Ariaké qui s'élargissait au loin, au pied de la colline. »

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En entendant le chuchotement d'Oe, en sentant la force de sa poitrine haletante, elle se jeta sur elle comme un bouquet de fleurs effondrées.

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Au milieu d'un buisson d'abutilon, un lièvre rêvait d'un faucon qui l'avait visé en plein jour.

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