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EAN : 9782330186340
Actes Sud (03/01/2024)
4.03/5   289 notes
Résumé :
Les destins d’une jeune archéologue, dévoyée en trafiquante d’antiquités, et d’un pompier syrien, devenu fossoyeur, se heurtent à l’ expérience de la guerre. Entre ce qu’elle déterre et ce qu’il ensevelit, il y a l’histoire d’un peuple qui se lève et qui a cru dans sa révolution.

Variation contemporaine des "Oresties", un premier roman au verbe poétique et puissant, qui aborde avec intelligence les désenchantements de l’histoire et "le courage des ren... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (94) Voir plus Ajouter une critique
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Je ressors bouleversé de la lecture de Furies, le roman de Julie Ruocco, une jeune autrice que je lis pour la première fois grâce au Prix des Lecteurs des 2 Rives 2022 pour lequel elle est en lice.
Furies, nom donné par les Romains aux Érinyes grecques, filiation d'Ouranos (Uranus à Rome) dont l'une d'elles est gravée sur une pierre découverte par Bérénice dans un chantier de fouilles, en Thessalonique. Cette Furie l'accompagne pendant tout le récit. Jeune archéologue, Bérénice a subtilisé cette oeuvre d'art et la porte en pendentif. D'ailleurs, complètement traumatisée par la destruction des monuments de Palmyre par les djihadistes, elle a choisi de collaborer à un trafic d'oeuvres d'art, ce qui la ramène au Moyen-Orient d'où son père l'avait fait venir en France.
Voilà Kilis, petite ville turque à la frontière de la Syrie où Bérénice doit récupérer un lot d'objets précieux, du trafic issu des fouilles archéologiques. Une terrible explosion bouleverse tout mais Bérénice en réchappe sans oublier de récupérer le sac et son précieux contenu.
C'est tout près de là, à Öncüpınar qu'elle prend avec elle une fillette qu'une femme lui confie pour la sauver du camp de réfugiés où elle se trouve.
Bérénice, la fillette. Il ne manque plus que le troisième personnage important de ce roman terriblement réaliste : Asim. Lui, il était pompier dans sa ville syrienne où l'on vivait heureux après la révolution, la libération voulue par le peuple. Ce peuple est maintenant massacré par les djihadistes utilisés par le régime de Bachar al-Assad pour mater toute tentative de transformation du pays, quel qu'en soit le prix.
Tout au long du livre, Julie Ruocco me captive aussi bien par ses descriptions, ses moments de vie au plus près des gens comme par ses réflexions sur ce qui se passe là-bas sans que les pays occidentaux n'interviennent.
Quand tout bascule, l'État syrien ayant relâché les djihadistes emprisonnés pour interner les manifestants et les révolutionnaires, Asim devient infirmier puis fossoyeur. Sa soeur aînée, Taym, s'est révélée parmi les leaders du mouvement. Elle ne cesse de réunir toutes les preuves des massacres, tortures, exécutions sommaires perpétrés par ces hommes entièrement vêtus de noir. Tout cela est enregistré sur une clé USB afin que rien ne soit oublié.
C'est finalement à Kilis que Bérénice et Asim se rencontrent, ce dernier a fui sa ville dévastée, a appris à établir de faux papiers. Avec la fillette recueillie par Bérénice, ils doivent fuir encore pour vivre un temps au Rojava, le Pays des Deux Rivières au Kurdistan. Là, les Peshmergas tentent d'établir une vie démocratique où les femmes sont les égales des hommes.
C'est là que Bérénice est choquée profondément lorsqu'une femme, entièrement vêtue de noir, derrière les barbelés d'un camp de prisonniers, l'apostrophe avec l'accent parisien : « Couvre-toi la tête, tu es indécente. »
Comme beaucoup d'autres, elle fait partie de ces Européens venus semer la mort dans ces pays qui aspiraient tellement à la liberté.
Entre les cauchemars de Bérénice et le dur contact avec son quotidien, Julie Ruocco réussit à me faire comprendre, toucher du doigt la réalité de cette ronde de Furies antiques, se répétant sans cesse au cours de l'histoire.
Furies est un terrible roman allant bien au-delà des faits racontés avec précision. Julie Ruocco, de son écriture parfaite, a su me prendre et captiver mon attention tout en poussant ma réflexion sur des drames se jouant à notre porte et que nous avons laissé faire, le payant aussi, chez nous, par la mort violente de beaucoup trop d'innocents. Nous avons laissé faire et nous l'avons payé cher.
Réfléchissons alors pour tenter de comprendre et, pourquoi pas, empêcher que cela recommence comme l'actualité se charge de nous le rappeler régulièrement.

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Dès les premières pages, le roman est placé sous le signe de la tragédie grecque, avec ses coïncidences qui font se rencontrer des personnages qui n'auraient jamais dû se croiser et les emportent dans des mouvements les dépassant, en l'occurence ceux impulsés dans le théâtre de la guerre en Syrie.

Bérénice est française, archéologue dévoyée en trafiquante d'antiquités, envoyée à Palmyre pour récupérer quelques oeuvres. Asim est syrien, pompier devenu fossoyeur puis faussaire en passeports en Turquie. Leurs parcours parallèles se déploient jusqu'à leur rencontre accélérée par les péripéties guerrières et de l'avancée de Daesh en Syrie.

Initialement, chacun incarne un stéréotype, occidental ou oriental, que Julie Ruocco va magnifiquement exploser jusqu'à les faire embrasser une même thématique universelle, très puissante, liée au deuil et à la résilience, à la mémoire et à la transmission.

« Un genou à terre, Bérénice gardait la petite dans ses bras. Elle savait à présent, elle savait qu'à l'autre bout de sa vie, son père avait pris cette même décision. Fini de tamiser les sables du temps, elle acceptait tout qui était perdu et ne serait jamais retrouvé, elle acceptait l'oubli et le deuil, le silence et la perte. Elle acceptait de laisser les objets et les corps reposer dans la terre pourvu que l'enfant qu'elle tenait ne s'évapore pas. »

Elle, au départ totalement désabusée, va s'ancrer dans sa propre humanité.

« Une espèce de folie fermentait dans ses veines, se nourrissait de son malaise. Elle commençait la curée par les parties aveugles de son esprit. Ses angoisses, sa peur de l'effacement. Assis dos au mur, Asim essayait de passer en revue tous ceux qu'ils avaient connus et qui n'étaient plus là. Les visages et les souvenirs défilaient . Aussi lumineux et fugaces que les ombres derrière les fenêtres d'un train de nuit ou des vignettes blanches sur les pellicules de cinéma. »

Lui, la candeur même bousculée par le chaos de l'histoire, va s'extraire de la folie née de la perte des siens et de la découverte d'une charnier de Daesh.
Les morts sont intensément présents autour de Bérénice et Asim. Ce dernier a perdu sa soeur, Taym, une ardente activiste qui avait recensé sur une clé USB les atrocités commises par les djihadistes et les suppliciés du régime de Bachar al-Assad. Quel peut être la suite donnée à cette cartographie de l'horreur ?

Ces héros contemporains dépassent les canons antiques. Julie Ruocco utilise très habilement la mythologie comme fil conducteur de son roman, proposant une réécriture très maitrisée de l'Orestie d'Eschyle, avec comme figure titulaire les Furies ou Érinyes, filles de Gaïa et Ouranos, celles qui n'oublient jamais les fautes et qui pourchassent ceux qui enfreignent les lois. Des figures de vengeance.

Sans justice et sans mémoire, nous nous condamnons éternellement. Tout le cheminement romanesque de ces personnages claudiquants, décillés par la guerre, les guide dans un récit initiatique qui les voit évoluer au regard l'un de l'autre. Ou quand les Érinyes abandonnent la vengeance pour devenir les Bienveillantes, gardiennes de la cité d'Athènes. C'est très beau et très fort. Si l'écriture très travaillée de l'auteure peut parfois mettre à distance l'émotion ressentie par le lecteur, elle a la puissance de l'évidence dans des scènes superbes comme celle de la découverte du charnier par Asim ou d'un voile brûlée comme acte libérateur.

Un premier roman vraiment impressionnant de maitrise et de force.

Lu dans le cadre du collectif 68 Premières fois 2022 #1
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Découvert dans le cadre du Prix des lecteurs des 2 rives organisé par ma médiathèque favorite, Furies de Julie Ruocco, a été pour moi une révélation !
Au départ, j'ai cru avoir à faire à une histoire de trafiquants avec cette jeune femme française nommée Bérénice, archéologue dévoyée, vivant maintenant de trafics d'oeuvres d'art historiques. Mais, tout bascule, quand, en mission à la frontière turque, chargée de récupérer et rapporter des parures exhumées des ruines antiques de Palmyre, en Syrie, a lieu sous ses yeux le meurtre de l'intermédiaire chargé de lui remettre les bijoux, avec l'explosion d'une voiture.
Ayant pu contacter sa galeriste polonaise, celle-ci lui dit de rentrer au plus vite, en allant trouver un de ses contacts, une humanitaire suisse qui travaille dans le camp de réfugiés d'Öncüpinar et qui l'aidera pour le retour.
Bérénice reviendra de son voyage aux frontières du camp avec son sac de bijoux sous un bras et une petite réfugiée sans nom dans l'autre, prête à tout donner aux douaniers pour pouvoir rentrer avec l'enfant.
Ensuite, nous faisons connaissance avec Asim, jeune syrien, qui ne sait plus très bien comment, de pompier, il est devenu fossoyeur. « Sa seule certitude était que le sol déborderait bientôt et que si ça continuait, ils marcheraient sur un fumier de corps où plus personne ne pourrait distinguer le bourreau de la victime, le lâche du courageux ».
Poussé par l'avènement de l'État islamique, profondément meurtri - le sang s‘était retiré de ses veines lorsqu'il avait découvert dans un charnier, le corps de sa soeur Taym décapité, cette soeur qui s'était tant investie pour que la vérité éclate - il s'exile en Turquie. Il trouve un petit espoir en fabricant des faux passeports et en donnant aux survivants, les noms des morts enterrés dans son pays, tentant ainsi de leur donner une nouvelle vie. La grandeur de sa tâche est à la mesure de sa folie, celle de maintenir une mémoire vive, au moment même de son effondrement.
Avant de poursuivre, il m'est impossible de ne pas évoquer ce passage ô combien terrible et bouleversant, où la tante d'Asim prépare les corps de son fils et de la soeur d'Asim avant qu'ils ne soient enterrés. Ne voulant pas que sa nièce soit inhumée sans tête, elle va, avec délicatesse et maintes précautions, se servir d'une pierre ronde pour reconstruire son visage, puis le remodeler dans les plis du tissu…
Quant à Bérénice, elle doit se dépêcher de trouver un bon faussaire pour les papiers de la petite, bien résolue à ne pas partir sans elle. Elle est alors mise sur la piste du « pompier syrien ». Sa recherche la mène « en périphérie de la ville frontalière, dans les quartiers de la « petite Syrie ». C'est là que les familles qui fuyaient la guerre civile puis l'État islamique avaient trouvé refuge. En quelques années, Kilis avait ainsi vu sa population doubler.
À travers ces deux trajectoires qui vont se croiser et s'unir, c'est l'histoire tout entière de ce conflit syrien que couvre ce roman, un témoignage absolument ahurissant d'une période qui couvre dix ans, s'ouvrant en 2011, par le tellement prometteur printemps arabe.
L'élan de ce peuple qui se lève, qui a cru dans sa révolution, puis, les événements s'emballent… La répression par le régime de Bachar el-Assad, la guerre civile, l'émergence de l'Islamisme radical, des exactions innommables, l'indifférence puis l'ingérence internationale, l'afflux des djihadistes venus d'Europe, dont de nombreux français. C'est l'horreur absolue avec ces violences, ces exécutions, ces tortures, ces disparitions entraînant l'exil, les camps de réfugiés, les brigades féminines de la résistance kurde assoiffées de liberté et de démocratie.
Furies est comme un combat que Julie Ruocco, au travers de ses héros, mène contre l'oubli.
Comment se fait-il que l'homme n'ait pas appris et n'ait pas tiré de leçons des horreurs du passé ?
En oubliant les crimes, on oublie les victimes et cette question centrale du roman sera l'obsession de nos protagonistes et la direction de leurs engagements.
En intitulant son roman Furies, du nom de ces divinités romaines correspondant aux Érinyes grecques, déesses de la vengeance, parcourant la surface de la terre en pourchassant sans relâche les criminels, considérées également comme protectrices des droits des membres de la famille, Julie Ruocco rend un superbe et puissant hommage à ces femmes qui ont fait les révolutions arabes et à leur quête de justice. L'auteure exprime également l'aspiration à une justice qui se servirait de la mémoire comme d'une sorte de remède pour éviter justement ces vengeances stériles uniquement pourvoyeuses de barbaries.
Furies de Julie Ruocco est un premier roman poignant, fort et sensible, sur le devoir de mémoire, dont je suis sortie abasourdie et impressionnée.

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Archéologue devenue trafiquante d'antiquités, la Française Bérénice ne connaît du désastre syrien que les trésors volés qu'elle récupère à la frontière. le Syrien Assim, lui, voit avec désespoir la guerre réduire ses fonctions de pompier à celles de fossoyeur. La folie furieuse qui s'est emparé de son pays va pourtant finir par faire se croiser leurs chemins, dans une tourmente infernale dont nul se sortira indemne.


Barbarie, horreur. Après cette lecture, les mots semblent dérisoires pour évoquer le calvaire de la population syrienne cette dernière décennie. Ceux de Julie Ruocco ont la puissance et la fulgurance de traits d'arbalète, lorsqu'elle égrène ses implacables observations et réflexions, au fil de scènes d'une acuité impressionnante. D'images marquantes en commentaires percutants, l'intelligence mordante de ses pages bouscule, bouleverse, et tout autant d'effroi pour les réalités racontées que d'admiration pour la somptuosité de l'écriture, vous laisse coi longtemps après le point final.


Pourtant, dans ce chaos à faire désespérer de l'humanité, brillent sans discontinuer quelques modestes mais obstinées lueurs d'espoir. Ce sont les femmes qui, dans cette histoire, comme les Furies de la mythologie pourchassant sans relâche les criminels, les portent du bout de leur courage et de leur détermination, dans leur ultime refus de céder leur liberté contre l'obscurité du fanatisme et de l'oppression. Et même si leur vaillance obscure et anonyme les mène au sacrifice, c'est elle qui permet de croire, pour de futures générations, en la possibilité d'un jour meilleur.


Nul doute que ce premier roman étourdissant de puissance et de maestria nous révèle un auteur et une écriture promis à la plus brillante des trajectoires. Coup de coeur.

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Ce qui m'a frappée à la lecture , c'est surtout la maîtrise avec laquelle J.Ruocco mène son roman.Pour un premier c'est un coup de maître; je suis persuadée qu'il a un bel avenir. En filigrane, l'Orestie transformée par des héros modernes.
Le sujet est brûlant :la guerre ,et la planète n'en manque pas.
C'est en Syrie en particulier que se situe l'action, et les Furies (déesses de la vengeance dans la mythologie grecque) deviennent ici, d'une part la furie des hommes dans la guerre, d'autre part, des femmes combattantes de la révolution kurde.
Bérénice, archéologue est devenue trafiquante d'antiquités, elle est attirée par l'ancienne Palmyre, elle rencontre beaucoup de réfugiés et Asim qui, de pompier devient fossoyeur et qui veut redonner un nom à chacun de ces morts. Elle déterre, lui enterre.
Un fantôme plane sur cette histoire, c'est Taym, soeur d'Asim ; cette "Electre" moderne a confié à son frère une arme qui pourra éclairer le monde sur les massacres du peuple soigneusement tus: une clé USB.
J.Ruocco a travaillé à partir d'archives dit-elle sans connaître le terrain, et pourtant quel texte! le combat pour la liberté de toutes ces femmes en particulier dans la province de Rojava est remarquable et poignant, sans occulter une trame romanesque.
Un roman précieux, et une autrice promise à un bel avenir, il faut le lui souhaiter.
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critiques presse (2)
Actualitte
30 janvier 2023
C’est au cours de l’une de ces expériences qu’elle avait, sans hésitation, ramassé un morceau de pierre sculptée : un visage entouré de cheveux en forme de serpents ! Une Furie ? Elle l’avait accrochée autour de son cou où, depuis, elle pendait, lui procurant plus de douceur et de sérénité que de culpabilité ou de remords. Et l’accompagnait partout où elle allait.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LeMonde
26 août 2021
Un premier roman qui impressionne par l’évidence de son écriture.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (163) Voir plus Ajouter une citation
Elle avait toujours fui les foules, craint les groupes et leur besoin de chef, leur fureur aussi, contre ceux qui n’en voulaient pas. Elle sentait qu’il y avait dans leur obéissance aveugle quelque chose qui entrouvre les cercueils. Toutes les haines, même les plus anodines, peuvent être transfigurées par le nombre. Le sens de la mesure se dissout dans la masse. C’était peut-être ce qu’ils recherchaient au fond, celles et ceux qui avaient quitté leur pays pour un territoire en guerre ? Il n’y avait pas de dieu là-bas, seulement la soumission avide et la fascination pour l’ordre donné. Quoi de plus pratique qu’un commandement divin pour abdiquer sa volonté ? Il y en avait toujours pour qui le joug de la liberté était trop lourd. Alors ils venaient grossir les foules qui rêvent d’exécutions et jouissent derrière leurs dogmes trop serrés. Ils étaient heureux d’obéir à nouveau, les discours des prédicateurs devaient avoir pour eux le parfum des fleurs volées dans les cimetières. Bérénice se disait que la barbarie n’exigeait rien de plus. C’était pour cela que le vivier des tueurs, passifs ou volontaires, était sans fond. Il ne fallait que la participation de quelques-uns et la peur de tous les autres.
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Aujourd’hui l’ubérisation du djihad a donné naissance à une autre forme de guerre intégrale : une croisade privée dans un contexte global. Je doute que cette militarisation des consciences s’arrête à la perte ou au gain d’un territoire. Et c’est ce qui m’effraie dans cette nouvelle réalité : on peut vaincre un groupe armé sur le champ de bataille, pas un fantasme. J’ai peur que notre résignation ait créé en nous les conditions pour que la violence se déchaine, qu’elle devienne un pari total et permanent.
(page 248)
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Il s’étonnait de voir des commerces ouverts, des femmes dehors. À chaque rue qu’ils traversaient, il s’imaginait voir arriver une voiture armée d’un fusil-mitrailleur ou que l’empressement affairé de la foule allait être soufflé par une explosion. Pas de pendus aux fenêtres, pas d’exécutions aux carrefours. Pourtant, ça devait encore se passer, à quelques kilomètres seulement, à l’instant même où il formulait cette pensée.
(page 145)
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À la télévision, les masses continuaient de s’abattre sur les statues, les pierres étaient défigurées à coups de pic. Bérénice avait la sensation que c’était le corps de son père qui était supplicié. Dans chacune des colonnes, dans chaque arc réduit en poussière, c’était son corps à lui qu’on dépeçait, là, devant ses yeux, et elle était impuissante. Toutes les histoires qu’il lui avait racontées, tout ce qu’il n’avait pas eu le temps de lui dire et tout ce en quoi elle espérait était dynamité, renversé, piétiné. Son père était mort, Palmyre tombée. Elle était seule au monde, prisonnière de ruines qui n’existaient plus.
Commenter  J’apprécie          360
Les prisons secrètes avaient été temporairement ouvertes. Il fallait bien faire de la place pour les manifestants et les révolutionnaires. Alors, sans un bruit ni un remords, l’État avait relâché les vieux spectres du djihad. Des fanatiques abrutis par l’enfermement et la violence, recrachés au jour après des décennies de torture parce qu’on ne savait plus où entasser leurs corps.
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Videos de Julie Ruocco (6) Voir plusAjouter une vidéo
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