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ISBN : 9791020904409
Éditeur : Les liens qui libèrent (11/10/2017)

Note moyenne : 4.26/5 (sur 19 notes)
Résumé :
Dans cette arène impitoyable qu’est la vie, nous sommes tous soumis à la « loi du plus fort », la loi de la jungle. Cette mythologie a fait émerger une société devenue toxique pour notre génération et pour notre planète.

Aujourd’hui, les lignes bougent. Un nombre croissant de nouveaux mouvements, auteurs ou modes d’organisation battent en brèche cette vision biaisée du monde et font revivre des mots jugés désuets comme « altruisme », « coopération », ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Arthemyce
  13 septembre 2018
Quelle fraicheur cet essai !
Au menu après « Comment tout peut s'effondrer », Pablo SERVIGNE remet le couvert pour un point de vue complémentaire avec cette fois un nouvel acolyte, Gauthier CHAPELLE, Ingénieur Agronome et Docteur en Biologie comme son comparse et spécialisé dans le biomimétisme.
Les deux auteurs prennent à revers l'interprétation commune et éculée du Darwinisme en nous proposant une vision globale de l'entraide, prenant soin d'en investiguer les moindres recoins avec une rigueur et une verve qui témoignent d'un profond respect pour la diversité du vivant et de son Histoire.
Après une mise en contexte, présentation de l'hémiplégie du prisme purement compétitif du Darwinisme (concept déjà présent chez certains Philosophes avant qu'il soit democratisé ce bon Charles), ils montrent que l'approche altruiste de la théorie de l'évolution tend à rattraper ses trois siècles de retard suite aux progrès (très récents) de la Science, notamment dans les domaines de la Biologie, Anthropologie, Psychologie ou encore Sociobiologie pour ne citer qu'eux ; leur démarche s'inscrivant dans le paradigme salutaire de l'interdépendance généralisée.
Ante-scriptum : cette revue est assez longue, si vous vous savez déjà intéressé(e) par ce bouquin, gardez-en le plaisir de la découverte, passez le résumé et ne lisez que la dernière partie (séparée par plusieurs lignes) ainsi que le P.S.
On commence donc par faire un tour d'horizon de l'entraide dans l'évolution, histoire de remettre les pendules à l'heure face à la « loi du plus fort » si acquise à notre culture.
A l'échelle des temps géologiques, survolant toute la diversité du vivant (de natures et d'organisations), le modèle phare de la sélection naturelle par la compétition tourne vite au simplisme flagrant tant notre existence même est la preuve d'une mécanique d'entraide présente depuis la nuit des temps. Non pas que ce prisme soit totalement faux : les deux sont complémentaires ; Ainsi l'entraide sans la perspective de la compétition ne fait pas plus sens.
Mais alors pourquoi ne s'y est-on pas intéressé avant ?
Ce n'est pas faute d'avoir essayé. Et déjà Kropotkine, célèbre prince russe, Anarchiste à ses heures mais aussi Géographe et Anthropologue entre autres, avait produit au début du XXème siècle un essai, « L'Entraide, un facteur de l'évolution » qui fit sa renommée internationale mais ne fut pas suffisant pour détrôner les thèses abjectes du Darwinisme Social alors à la mode, interprétation dévoyée du Darwinisme en soutien à un Capitalisme malsain (tel qu'il l'est encore de nos jours). Il suffira de repenser à « l'hégémonie culturelle » théorisée par Gramsci pour comprendre qu'un paradigme contraire au « tous contre tous » du modèle dominant ne survivrait pas bien longtemps.
Côté Sciences, c'est le développement de la Génétique dans les années 1970 qui aura permis, notamment avec les échecs et controverses de la Sociobiologie, de remettre au goût du jour l'étude de cette tendance à l'entraide, qui ne cesse d'ailleurs de fleurir à un rythme croissant depuis le début du XXIème siècle.
Les auteurs s'attaquent ensuite aux préjugés largement entretenus dans nos cultures occidentales et étrillent l'Homo Economicus (thèse simpliste d'un humain purement rationnel et égoïste) ; ou encore la violence en situation de crise, dont l'existence ou la prédominance est remise en cause au quotidien par les faits : on observe toujours dans les sociétés la spontanéité de l'entraide. C'est notamment le cas lors de catastrophes climatiques ou d'accidents, où la plupart des gens, loin d'embrasser la frénésie du pillage et de la violence, se serrent les coudes afin de survivre, ensemble. Ceci permet d'amener la réflexion à propos des automatismes qui appellent cette cohésion « naturelle ».
L'Obligation de rendre (réciprocité directe), la Réputation (réciprocité indirecte) ou encore les Récompenses et Punitions sont autant de méthodes visant à l'entretien de l'entraide générale. Toutes sont explicitées à l'aide d'études scientifiques et de multiples exemples – comme à chaque fois dans ce livre d'ailleurs – toujours plus intéressants les uns que les autres et on ne manquera pas d'en mentionner les limites, rigueur oblige.
On aborde ensuite l'extension de ces mécanismes à des échelles supérieures en terme de regroupement, les sociétés notamment, dont les normes sociales et les institutions servent de cadre au maintien de l'entraide et du commun lorsque le nombre d'individus devient trop grand.
D'ailleurs, à l'échelle des groupes, l'entraide se révèle là-encore être un pilier. Dans un ballet d'interactions incessantes entre individus, le soutien collectif alimente les sentiments de sécurité, d'égalité et de confiance, sources eux-mêmes d'entraide individuelle, dont l'on peut facilement voir émerger un cercle vertueux.
Toujours dans une perspective globale de recul, les auteurs posent la question d'une structure universelle de l'entraide, de ses fondamentaux mais aussi des limites de son apport au bien commun.
Ils montrent que poussée à l'extrême, l'entraide atteint un niveau d'instabilité pouvant rapidement dériver vers le pire (mais pas obligatoirement). Phénomènes qu'on observe par exemple lors de phase « d'extase collective » (abeilles) ou encore de la « fermeture du groupe » (soutien préférentiel aux membres d'une même espèce, culture, origine, etc). Certaines conditions sont donc propices à l'effondrement de l'entraide et le jeu de la vie laisse entrevoir un équilibrage permanent de celles-ci.
L'entraide sera ensuite abordée du point de vue de ces causes extérieures : le principe du « grand méchant loup » autrement dit « l'ennemi commun », qui peut être représenté concrètement par la compétition avec d'autres groupes, l'hostilité de l'environnement ou encore l'objectif d'un but commun à atteindre.
Dans un contexte de compétition – qu'il ne faut pas négliger : on le rappelle, entraide et compétition telles deux faces d'une même médaille – on est en droit de se demander si l'entraide entre groupes est possible ? C'est là qu'encore une fois les exemples probants (à toutes échelles et de toutes natures) permettent de montrer que toutes les espèces s'allient en leur sein et avec d'autres pour traverser les âges ce qui met en évidence des mécanismes communs qui se retrouvent d'une échelle à l'autre.
En regard du thème du précédent ouvrage de ce cher Pablo, un effondrement de la civilisation semble être un bon moteur pour la remise au goût du jour de l'entraide…
Le dernier chapitre focalise essentiellement sur l'entraide humaine et explore l'Histoire de notre espèce dont l'étude montrera notre prédisposition à l'altruisme. Nous sommes effectivement issus d'une longue lignée de primates dont les faiblesses physiques dans l'hostilité extérieure nous ont contraint de tous temps à veiller les uns sur les autres. Malgré des schémas sectaires se développant (naturellement) entre les clans, le constat est clair, l'Humain est un Être ultrasocial dont la survie dépend en grande partie de sa capacité à s'unir.




Comme j'ai déjà résumé beaucoup plus que j'avais envisagé – le bouquin était vraiment passionnant ! – je vais m'attarder enfin sur les qualités « techniques » de l'ouvrage, car là encore, il y a de quoi dire. J'aurai même peut-être dû commencer par là.
Ce livre regorge de références et d'exemples, aussi diversifiés que ce que le vivant propose, et c'est un plaisir de les découvrir aussi bien dans le texte que dans les notes, dont nombreuses sont bien fournies en détails. La plupart d'entre-elles d'ailleurs citent des articles scientifiques dans divers domaines (Biologie, Psychologies, Anthropologie pour la plupart) et, dans un moindre nombre, d'essais, pour les domaines plus transversaux ou qui ne bénéficie pas d'une branche académique dédiée.
Pour avoir fait une analyse rapide de plus de la moitié des sources, on est là sur du lourd ! Ce qui n'est pas une surprise après le travail de titan qu'a nécessité la méta-analyse qui nous a valu le précédent titre sur la Collapsologie.
Beaucoup d'auteurs reviennent régulièrement il a donc été facile d'aller vérifier leur sérieux, leurs travaux et leurs positions ; j'ai même pris le temps de survoler certaines études, beaucoup sont très intéressantes, mais j'y serai encore si je ne m'étais pas restreint.
Je n'ai qu'une remarque non-positive à faire, au sujet de l'invocation du travail de Franck MARTIN (Coach Management/Communication, qui d'après mes recherches est porté sur la PNL, une pseudoscience) dont l'utilisation était fort à propos, certes, mais dont la classification des « 16 règles d'or » des relations humaines m'a semblé très consensuelle et peu fouillée – on a vite fait de suspecter l'usage de ficelles types « pensée positive », « méthodes Coué ».
Mais je suis peut-être trop dur, d'autant que je me suis contenté de recherches superficielles à son sujet, sans avoir lu ses livres. A vous de voir.
C'est de toute façon la seule référence sur plus de 300 pages qui m'aura fait tiquer.
Ah oui ! Il y aussi quelques utilisations de qualificatifs à connotation positive (« grand Psychologue », « éminent Anthropologue » etc.) dont je ne suis jamais fan dans ce type de littérature : on mettra ça sur le compte du respect voué par les auteurs aux scientifiques dont ils utilisent les travaux à n'en pas douter.
En conclusion, ai-je encore quelque chose à dire ? Je pense que ma conviction transparait dans cette critique mais ne souhaitant pas faire de prosélytisme, je vous encourage à vous faire votre propre avis. Même si vous n'êtes pas convaincu au terme de l'ouvrage – ce dont je doute – il n'en restera pas moins que vous aurez appris énormément de choses sur les multiples formes de vie et d'organisations qui fourmillent sur notre jolie Terre, qu'elles soient virus, bactéries, plantes ou animales (ou un des deux autres types – trou de mémoire après tant d'informations) …

Post-scriptum. : On appréciera aussi l'épilogue et les annexes qui ajoutent une cinquantaine de pages d'informations et approfondissements, ainsi que la bibliographie léchée.

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Kirsikka
  05 décembre 2018
Si vous avez l'intuition que le monde n'est pas une jungle, ou que l'explication de tous nos comportements, y compris altruistes, par l'égoïsme de nos motivations a quelque chose de faussé, mais que vous manquez d'arguments pour contredire ces idées largement répandues, ce livre est fait pour vous.
Bien documenté, clair et simplement écrit, es auteurs démontrent que nous sommes interdépendants, et que nous ne pouvons pas ne pas l'être. Que les comportements égoïstes ou violents, s'ils rapportent plus qu'ils ne coûtent à court terme, sont néfastes à long terme, que ce soit au niveau individuel ou dans les groupes.
Les auteurs avouent en fin d'ouvrage avoir eu une vision naïve au début de leurs recherches. Ils se demandent si le discours sur la fatale compétition n'est pas une façon de perpétuer une domination au profit de ceux qui le tiennent et le propagent. Comment dire ? Oui, de toute évidence.
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Medulla
  30 décembre 2018
Un essai essentiel pour toute personne défaitiste face aux théories de l'effondrement, aux menaces climatiques, et aux angoisses du chaos. Une autre théorie existe, celle de l'entraide.
Le texte est intelligent et croise à la fois les sciences dures et les sciences humaines et analyse finement le vivant. Des fourmis aux lichens, de la vie des arbres aux chats domestiqués, les auteurs donnent de nombreux exemples, simples, montrant qu'autour de nous et en nous les systèmes de cohésion, coexistences et entraides existent et qu'une autre lutte est possible dans nos sociétés individualistes.
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saian
  21 novembre 2018
Ce livre bouscule les idées reçues et met en avant la collaboration comme fondement de la vie. Non, le monde vivant n'est pas une arène impitoyable, la compétition y côtoie les symbioses inter-espèces les plus incroyables. L'étude des coraux ou des forêts sont à cet égard exemplaires. Cet état des lieux transdisciplinaire, de l'anthro¬pologie à l'économie en passant par la psychologie et les neurosciences (30 pages de références) est une réponse positive au précédent ouvrage de Pablo Servigne “comment tout peut s'effondrer”. Les collaborations se développent d'autant plus que les conditions de vie sont difficiles, face au chaos climatique qui s'annonce, peut être saurons-nous oublier notre culture de l'égoïsme pour construire un autre récit du Monde fondé sur l'entraide et le bien commun.
Lien : https://www.mediatheque-sure..
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
BRAEMBRAEM   11 septembre 2018
Un examen attentif de l'éventail du vivant - des bactéries aux sociétés humaines en passant par les plantes et les animaux - révèle que l'entraide est non seulement partout, mais présente depuis la nuit des temps. C'est simple : tous les êtres vivants sont impliqués dans des relations d'entraide. Tous. L'entraide n'est pas un simple fait divers, c'est un principe du vivant. C'est même un mécanisme de l'évolution du vivant : les organismes qui survivent le mieux aux conditions difficiles ne sont pas les plus forts, ce sont ceix qui arrivent à coopérer.
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MedullaMedulla   24 novembre 2018
Plus on évolue dans un contexte social coopératif, plus on développé ses automatismes prosociaux. Inversement, plus on évolue dans un contexte égoïste et compétitif, plus on développé les automatismes antisociaux.
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MedullaMedulla   04 décembre 2018
Le système de sécurité sociale, par exemple, n'est rien d'autre qu'un formidable outil d'entraide et de réciprocité généralisée, mais nous le percevons difficilement comme tel, car il ne met plus en jeu les émotions et les sentiments de la réciprocité 'chaude'. Il est puissant mais il est devenu invisible.
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BRAEMBRAEM   19 septembre 2018
Il ne s'agit pas de nier qu'il puisse y avoir des comportements de vol ou d'agression dans certains cas, mais le problème est que ces derniers sont systématiquement mis en avant par les médias, déformants notre perception des choses et laissant dans un angle mort les innombrables actes de générosité et d'entraide qui se produisent dans ces situations.
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BRAEMBRAEM   04 novembre 2018
La beauté du mécanisme cognitif qui rend l'entraide humaine spontanée réside donc à la fois dans sa robustesse et sa souplesse, dans sa force et sa fragilité, dans sa constance et sa diversité, dans son implacable atavisme et son irrésistible ouverture à la nouveauté.
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Vidéo de Pablo Servigne
https://www.librairiedialogues.fr/livre/10017532-l-entraide-l-autre-loi-de-la-jungle-gauthier-chapelle-pablo-servigne-editions-les-liens-qui-liberent Dans le cadre du programme "Les Éclaireurs", rencontre avec Gauthier Chapelle, qui a eu lieu le 10 août 2018 à la librairie dialogues à Brest, à l'occasion de la parution du livre "L'entraide, l'autre loi de la jungle", co-écrit avec Pablo Servigne (éditions Les liens qui libèrent). Entretien mené par Constance Lecat. Réalisation : Ronan Loup.
Retrouvez nous aussi sur : Facebook : https://www.facebook.com/librairie.dialogues Twitter : https://twitter.com/dialogues Instagram : https://www.instagram.com/librairiedialogues
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