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EAN : 9782290165430
Éditeur : J'ai Lu (06/03/2019)
3.85/5   179 notes
Résumé :
Le livre est centré sur le personnage de Nazperi Nalbantoğlu, appelée affectueusement Peri par ses proches, que l’on suit tout au long du roman à différentes périodes de sa vie entre 1980 et 2016. Lorsque l’histoire débute, à Istanbul en 2016, Peri a une quarantaine d’années et est une femme mariée et mère de trois enfants, dont une adolescente. Dans la scène d’ouverture, à la suite d’un embouteillage, Peri se fait voler son sac par un malfrat. Dans ce sac, il ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (46) Voir plus Ajouter une critique
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fanfanouche24
  24 janvier 2018
Le défaut des boulimiques dont je fais grandement partie... est cette curiosité insatiable qui fait se disperser. La présentation du dernier ouvrage de cette auteure turque, dans le Magazine "LIRE" de janvier 2018 m'a décidé à l'acquérir, alors que j'aurais pu ronger mon frein en lisant déjà un de ses romans, paru en poche, offert par un ami, il y a juste quelques mois : "Crime d'honneur"... mais non !!! Ce fut plus fort que tout, ce besoin de tout lire, tout embrasser, même si on sait bien que c'est impossible !
Alors me voilà happée par " trois filles d'Eve", captivée, touchée par ce personnage féminin, central, Peri, petite dernière et unique fille d'une fratrie de trois enfants...

Peri vénère son père, se désole de sa tristesse permanente, ainsi que du manque d'amour terrible entre ce père, homme laïc, lucide et militant et sa mère, tombée dans tous les excès religieux . Une famille éprouvée, habitant Istanbul... Cette ville y est décrite par notre écrivaine, avec énormément d'esprit critique et acéré...
Une colère intense contre les dérives de cette ville et du pays: la corruption, le fanatisme religieux, les traitements inacceptables contre les prisonniers, les mauvais traitements faits aux femmes dans la sphère privée autant que dans la sphère publique, le manque de liberté, l'hostilité vis à vis des livres profanes, etc.!
Une auteure courageuse, fière... portant haut les couleurs de la révolte et de la Liberté dû à chaque individu, mais aussi le droit à l'éducation, l'instruction, la bataille contre l'ignorance qui induit tous les sectarismes, les abus sur les plus vulnérables, dont les femmes !
Ce roman est captivant à plus d'un titre, et nous raconte mille détails liésaux usages, traditions et coutumes...de la Turquie !
Le récit de la vie de Peri se raconte , alternativement, sur deux périodes, entre les années 1980 [ où elle est acceptée à Oxford, à l'immense fierté de ses parents, mais surtout de son père... qui voulait le meilleur pour sa fille unique !] et plus de 30 ans après, en 2016...Ce qui est advenu des rêves, exigences de la jeune étudiante sérieuse, tourmentée et solitaire....
Un beau portrait de femme se cherchant entre les parents aimants, mais désaccordés... entre la jeune étudiante brillante, assoiffée de lectures, de savoir, de questionnements , l'abandon de ses études, à la suite d'une histoire bouleversante (dont je ne dévoilerai surtout pas la substance !!...) et la femme adulte, heureusement mariée, mère de famille, installée dans une existence bourgeoise et protégée...qu'elle n'aurait jamais imaginée.
Il n'empêche que le feu couve toujours sous la cendre de cette femme attachante, tentant de réunir toutes ses contradictions et ses ombres...!

Ce roman brasse une multiplicité de sujets, politiques, personnels, avec des questionnements récurrents sur toutes les dérives sectaires !
Un roman haletant qui dit à quel point la littérature est porteuse d'espoir, de liberté et d'indépendance de pensée... dans des pays aussi complexes que la Turquie, où apprendre, faire des études, avoir du sens critique, être une femme ... sont des handicaps... trop souvent frappés d'anathèmes, de synonymes de "mal" de "péché" dans une société développant moult sectarismes et intégrismes...
Un moment passionnant et foisonnant de lecture, qui, "cerise sur le gâteau" fait partie de ces ouvrages dynamiques, contenant beaucoup de références
littéraires... qui nous mènent ensuite à d'autres curiosités et d'autres élans de lectures....[avec en prime, une jaquette très réussie, colorée et orientalisante à souhait ] !
Un immense coup de coeur , qui m'a littéralement transportée ! Je ne peux résister à terminer sur un extrait... qui sous-tend un hommage constant aux
mots, à la littérature et aux horizons merveilleusement agrandis par la lecture ...Un hommage , également, double du savoir et de la tolérance, de plus en plus urgents, à nourrir et protéger dans des contextes sociaux violents et fanatiques !
"En outre, même si sa vie en dépendait, elle ne pouvait pas se faire aux réactions hostiles à la lecture. Dans divers coins du monde, on est ce qu'on dit et ce qu'on fait, mais aussi ce qu'on lit; en Turquie, comme dans tous les pays hantés par les problèmes d'identité, on se définit, d'abord, par ce qu'on rejette. Apparemment, plus les gens s'en prenaient à un auteur, moins ils avaient lu ses livres. "(p. 150)


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Aela
  16 juillet 2018
Deux récits qui s'entrecroisent dans ce beau roman: Peri, l'héroïne qui vit une vie bourgeoise plutôt traditionnelle à Istanbul de nos jours et l'évocation de sa jeunesse étudiante à Oxford, dans les années 2000 à 2002. Elle y a vécu des moments intenses en compagnie de deux amies proches, Shirin, l'anglo-iranienne et Mona, l'égyptienne. Trois femmes, trois musulmanes, et trois manières de vivre la religion: une rigoriste (Mona), une transgressive (Shirin), et la dernière, l'héroïne, Peri, plutôt dubitative.
Ce roman à la trame classique nous permet de découvrir la société turque d'aujourd'hui, fortement imprégnée de religion: il y a d'un côté les militants laïcs, et de l'autre les religieux militants. Peu de points communs entre ces deux groupes, condamnés à s'affronter. L'émancipation de la Femme dans ce contexte paraît difficile, même pour des jeunes femmes qui ont fait de brillantes études à l'étranger, comme notre héroïne. Une société très marquée encore par la séparation des sexes même dans les milieux bourgeois aisés.
Le texte est très bien écrit. Ce roman montre la problématique de ce grand pays qui voudrait s'ouvrir à l'extérieur tout en respectant des traditions qui semblent a priori incompatibles avec un mode de vie occidental.
La fin du roman m'a un peu déçue; on s'attendait à quelque chose de plus dramatique dans le vécu de Peri, notre héroïne.
En tout cas c'est une lecture à conseiller à ceux qui s'intéressent à la Turquie.
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akhesa
  26 mai 2018
Un peu déçue par le dénouement de l'histoire.J'aurais aimé une autre fin,une rencontre entre les protagonistes.
Sinon,j'ai beaucoup apprécié les différentes visions féminines de l'Islam et de la religion.Elif Shafak est pour moi une grande dame de l'écriture en Turquie.
C'est un pays que j'adore et que je visite tous les ans.
C'est donc toujours avec beaucoup de plaisir que je lis ses ouvrages car je m'y retrouve assez bien.
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Floraxxivi
  05 mai 2018
Avant d'être attiré par le résumé, je dois dire que c'est la couverture qui m'a donné envie de prendre Trois filles d'Ève en main. Ce bleu foncé avec les motifs floraux colorés et la ville, évoquant l'Islam et l'Orient, m'ont vraiment tapé dans l'oeil !
Maintenant, l'histoire : le roman relate la vie de Peri, sur deux époques. L'une contemporaine, où elle est une femme frayant dans la bourgeoisie stambouliote, mariée à un riche entrepreneur immobilier et mère de trois enfants dont une adolescente ; et l'autre, dans les année 1980-1990, où elle revient sur sa jeunesse, son enfance et ses années d'étudiante à Oxford.
La partie contemporaine du roman ne se déroule que sur une seule soirée. Son mari et elle sont invités à un dîner avec d'autres fortunes de la ville. En s'y rendant, Peri s'est fait agresser et voler son téléphone. Et elle craint d'avoir perdu une photo datant de ses années à Oxford qui lui tenait particulièrement à coeur... Tout ça la chamboule et l'amène à se remémorer sa jeunesse pendant que les plats et les conversations insipides défilent.
Ce dîner est l'occasion de servir une véritable critique de la haute bourgeoisie d'Istanbul et de son hypocrisie : coincée entre des considérations superficielles et les traditions, entre modernité et croyance... L'auteur ne mâche pas ses mots pour faire de ce petit monde un vrai cirque un peu pathétique : épouses superficielles et arrogantes, obsédées par les sacs à main de luxe ; hommes encore profondément machos, ayant un avis sur tout, prompts à hausser le ton lorsqu'il s'agit de politique, ne buvant pas une goutte d'alcool par respect de leur croyance mais détournant des millions sans scrupules,... Et évidemment hommes et femmes ne se mélangent pas, ne parlent pas ensemble. Ce qui semble déplaire fortement à Peri qui s'ennuie au milieu des conversations féminines et n'hésite pas à transgresser les règles pour se mélanger aux hommes, exprimer son avis, notamment sur des sujets politique.
L'héroïne, Peri, est complexe. Toujours coincée entre deux tendances : entre ses parents, sa mère étant très religieuse et son père un athée révolutionnaire ; ses frères, dont chacun a pris le parti d'un des parents ; plus tard, ses deux amies, Mona et Shirin, l'une étant voilée et féministe engagée dans plusieurs cause, l'autre adepte de plaisirs et de liberté, exécrant tout ce qui a trait à la religion. Elle cherche des réponses dans le séminaire du professeur Azur, un spécialiste des religions et de Dieu, controversé et adulé à la fois. Mais sa relation avec le professeur va prendre une tournure particulière qui va donner tout son sens au récit,...
J'ai bien aimé ce roman, compliqué, long parfois,... mais très intéressant ! Je ne m'étais jamais penché sur la culture turque (à part la gastronomie que j'adore :p) et je suis ravie d'avoir entraperçue un peu des moeurs et des coutumes de ce pays via Trois filles d'Eve et son héroïne. Ce livre est une vraie critique, qui ne dépeint pas une Turquie idéale, qui est même très dur avec ses habitants, mais j'ai aussi aimé ça : l'objectivité de l'auteure, capable de prendre le recul nécessaire pour critiquer son pays mais nous ravir d'en apprendre plus sur sa culture.
Cependant, je ne cache pas que j'ai été un peu déçue que l'amitié entre Peri, Mona et Shirin ne soit pas plus développé. J'avais cru comprendre que ce serait l'un des grands sujets du livre, mais non,... on dirait que le récit de cette amitié est entamé mais inachevé. Dommage. de plus, la liseuse de thrillers que je suis s'attendait à un secret beaucoup plus grave, un acte horrible, sanglant, sexuel, que sais-je ! mais j'admet que pour cet aspect là, je suis l'unique responsable de ma déception ! :P
La fin, très ouverte, m'a aussi un peu laissé sur ma faim... J'y réfléchi encore (ce qui doit vouloir dire qu'elle n'est pas si mauvaise du coup...!)
Pour résumer : c'est un beau roman, superbement écrit par une auteure qui domine visiblement parfaitement bien son sujet, qu'il s'agisse de religion ou de féminisme et qui a campé un personnage principal complexe, un peu torturé mais dans lequel on peut se reconnaître ! :)
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euphrasie_aya
  11 septembre 2021
Encore une fois , un bouquin d'Elif shafak ,un prodige , j'ai pris mon envol dès que j'avais entamé les premières pages vers la cité de milles couleurs , la prodigieuse Istanbul , un voyage inédit ,j'ai pu voir la cité par une autre perspective ,un essor allant des coins les plus sombre que le soleil du présent n'a pas pu défier, vers des coins ou le passé a été enterré sous les pavés des ruelles attendant la moindre averse pour ressortir éclaboussant le premier passant et le ramenant a son sort inlassablement refoulé . l'histoire a pris sa naissance dans une petite demeure dans le quartier du "poète muet "(qui a perdu l'usage de la langue sous le règne d'un despote sans clémence) , ou l'atmosphère transporte des vibrations presque mystiques du clapotage des vagues d'une mer peuplée par des poissons qui ont pris une couleur sombre à force de bouffer des manuscrit noirci par des poètes opprimés ,et ou l'air respiré est lourd de conflits passés et de l'impact des civilisation antérieures sur des esprit harassés .
ça raconte l'aventure d'une fille ,Peri qui a grandit dans une maison ou elle a fait les premiers pas sur le rythmes des idées catapultés entre sa mère et son père , d'un coté un père gauchiste , et de l'autre une mère religieuse se traitant sans s'en lasser de profane et de fanatique , les murs de la maisons ne pouvaient que se mélanger aux esprits qui l'habitaient, en arborant d'un coté le portrait de Kamel Ataturk et de l'autre coté une pendule qui indique les horaires des prières , au milieu une table ou une bouteille de vin est presque ancré à tout jamais. à coté un tapis de première qui accumule une myriade d'empreintes des prière passées . tout ça créait un décor qui faisait l'allégorie de la dualité , même la bibliothèque ne pouvait pas s'échapper a ce capharnaüm, des bouquin des grands théologiens reposaient d'un coté et d'un autre ceux des grands libertins , entre les deux des chevaux en marbres prêt a sauter du haut pour se perdre dans le vide rajoutant ainsi du tonnerre a cet orage idéologique.
Peri a construit son identité en vacillant entre foi et science , ce conflit en elle , elle le voyait comme un grand handicap , les convictions de ses parent ne pourraient elles pas convergeait vers le même Dieu ?!elle se posait constamment cette question .
les années passent et péri a eu la chance de sa vie ,étudier à Oxford , elle pourrait en fin déguerpir , aller la ou les étincelles émanant des collisions identitaires ne pourraient l'atteindre , aller ou il n y a plus de d'échauffourées , ou la certitude plane . toutefois ce n'était pas aussi simple que ça !
elle s'est heurté a des conflits idéologiques encore plus forcenées , elle se retrouve en train de tisser des liens d'amitié avec deux filles Shirin et Mona .chose encore plus étrange , l'antagonisme de ses parents a Istanbul a repris forme dans celui qui est entre Shirin et Mona , Péri n'en revient pas , elle s'est retrouvée encore plus déboussolée que jamais . est elle donc condamné eéternellement à trimbaler avec elle ces démons de la dualité qui sont réanimés par tout les gens qu'elle rencontre ? ce qui la déconcertait encore plus profondément, c'est de se retrouver la seule entre les trois qui n'a pas de convictions absolue , aucun parti à prendre ..
Shirin , Mona et Péri (les trois filles d'Eve ) la pécheresse ou musulmane déchue , la pieuse ou la musulmane motivée et … la déboussolée , on suivi les cours d'un certain prof brillant , anticonformiste , qui traite le sujet de Dieu . Peri s'est entichée de lui ,peut être pace qu'elle a trouvé chez lui l'incarnation de la réconciliation avec l'incertitude ,chose qu'elle n'a jamais pu faire. Là, les événements subissent un revirement on ne peut plus renversant , le monde de Peri bascule encore à une vitesse démesurée . détruite , démembrée , portant un chaos en elle , elle rentre à Istanbul laissant ses ambition inachevées …. Mais âpres quelques années elle a pu accoucher d'une étoile qui danse ( comme l'a dit Nietzsche ) elle s'est reconstruite , elle s'est retrouvée , non pas qu'elle a pris un chemin longtemps dissimulé par les arbre érigés par son père , et par les buissons que sa mère a fait pousser , mais elle a trouvé le salut en se réconciliant avec ce qu'elle est ! condamnant toute dualité ou réponses binaire , elle n'est pas déboussolée , elle ne l'a peut être jamais été , c'est juste que sa boussole indique un endroit entre le Oui et le NON , ou il n ya que des questions , et aucune réponse absolues , et ou l'incertitude prend de la forme , elle a compris que «avec la certitude venait l'arrogance , avec l'arrogance , l'aveuglement ; avec l'aveuglement , l'obscurité ; avec l'obscurité , encore plus de certitude » et que « nos cerveaux sont équipés pour les torsions et les tournants»
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critiques presse (3)
LaPresse   21 février 2018
À Istanbul en 2016, Peri se fait voler son sac à main en se rendant à une chic soirée. Une photo prise pendant ses études 14 ans plus tôt et conservée dans son portefeuille la plonge dans ses souvenirs.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Lexpress   29 janvier 2018
Elif Shafak met en perspective dans son nouveau roman le durcissement idéologique de la société à travers l'histoire d'une jeune femme élevée dans la bourgeoisie stambouliote par un père athée et une mère ultracroyante.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeFigaro   19 janvier 2018
Une bourgeoise d'Istanbul repense à ses années à Oxford.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (89) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   22 janvier 2018
En outre, même si sa vie en dépendait, elle ne pouvait pas se faire aux réactions hostiles à la lecture. Dans divers coins du monde, on est ce qu'on dit et ce qu'on fait, mais aussi ce qu'on lit; en Turquie, comme dans tous les pays hantés par les problèmes d'identité, on se définit, d'abord, par ce qu'on rejette. Apparemment, plus les gens s'en prenaient à un auteur, moins ils avaient lu ses livres. (p. 150)
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fanfanouche24fanfanouche24   24 janvier 2018
Le problème aujourd'hui, c'est que le monde attache plus de valeur aux réponses qu'aux questions. Mais les questions devraient compter bien davantage ! Je crois au fond que je veux faire entrer le diable à l'intérieur de Dieu et Dieu à l'intérieur du diable . (p. 348)
Commenter  J’apprécie          321
AelaAela   16 juillet 2018
Peri avait quitté la table avec les autres mais s'attarda au milieu du salon. Comme toujours elle se sentait partagée dans ce genre de situation. Elle détestait la ségrégation par sexe courante dans les réunions mondaines d'Istanbul. Dans les familles conservatrices, la séparation était si marquée qu'hommes et femmes pouvaient passer la soirée entière sans échanger un mot, isolés dans des parties éloignées de la maison. Les couples se divisaient en arrivant et se retrouvaient à la fin de la réception avant de franchir le seuil.
Même les cercles libéraux n'excluaient pas cette pratique.
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krzysvancokrzysvanco   10 août 2018
Elle essaya un moment de ne pas gaspiller son argent pour des ouvrages occidentaux, mais sa résolution faiblit vite. Un bon livre était un bon livre, c’est tout ce qui comptait. En outre, même si sa vie en dépendait, elle ne pouvait pas se faire aux réactions hostiles à la lecture. Dans divers coins du monde, on est ce qu’on dit et ce qu’on fait, mais aussi ce qu'on lit ; en Turquie, comme dans tous les pays hantés par les problèmes d’identite, on se définit, d’abord, par ce qu’on rejette. Apparemment, plus les gens s’en prenaient à un auteur, moins ils avaient lu ses livres.
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fanfanouche24fanfanouche24   21 janvier 2018
Comme tous les exclus, elle s'apercevrait bientôt qu'elle n'était pas seule. Dans une classe il y en a toujours quelques-uns qui, pour diverses raisons, sont en décalage avec la majorité. Ils se reconnaissent entre eux immédiatement. Il faut un intouchable pour en déceler un autre (...)
Mais ses véritables compagnons restaient les livres; l'imagination était sa demeure, son pays, son refuge, son exil. (p. 98)
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Videos de Elif Shafak (12) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Elif Shafak
Elif Shafak - 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange
Et si notre esprit fonctionnait encore quelques instants après notre mort biologique ?
10 minutes et 38 secondes exactement. C'est ce qui arrive à Leila, jeune prostituée brutalement assassinée dans une rue d'Istanbul. En attendant que l'on retrouve son corps, jeté par ses meurtriers dans une poubelle, ces quelques précieuses minutes sont pour elle l'occasion de se remémorer tous les événements qui l'ont conduite d'Anatolie jusqu'aux quartiers les plus mal famés de la ville. C'est ainsi qu'Elif Shafak – auteure saluée par la critique et traduite en cinquante langues – retrace le parcours de cette jeune fille de bonne famille dont le destin a basculé et qu'elle nous raconte, à travers elle, l'histoire de tant d'autres femmes dans la Turquie d'aujourd'hui.

À lire – Elif Shafak, 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange, trad. de l'anglais par Dominique Goy-Blanquet, Flammarion, 2020.
Le mercredi 15 janvier 2020 - 19H00
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