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EAN : 9782357795549
210 pages
Éditeur : Camion Blanc (15/05/2014)
3.83/5   3 notes
Résumé :
Quand j’étais retranchée derrière mon mur de flammes, avec Alice morte à mes côtés, quand j’étais là et que j’attendais que les flics surgissent, j’ai songé à tout ce qu’on a détruit, à tout ce qu’on a brûlé, et j’ai souri. J’ai songé aux chefs-d’œuvre, à l’Histoire, à la culture, à la beauté, j’ai songé à toutes ces merdes qui ont traversé les siècles et que nous avons transformées en cendres, j’ai songé au néant, et j’ai souri. « Christophe Siébert est un très bon... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Antyryia
  20 décembre 2016

A l'instar du perturbant Nuit noire en 2012, cet autre roman de Christophe Siébert avait été sélectionné pour le prix Sade 2014.
Sans doute par propre masochisme, j'ai souhaité vérifier si mon expérience malsaine précédente allait ou non être réitérée. La réponse est non, du moins pas autant.
La place du mort est un roman d'une noirceur extrême, mais je ne le cataloguerais pas "horreur", contrairement à son prédecesseur. En outre, la recette pour choquer le lecteur est un peu similaire et même si l'histoire parle de tout autre chose, son aspect destabilisant ne fonctionne plus aussi bien que la première fois.
Cela dit, on n'est pas vraiment dans de l'eau de rose. La lecture est demeurée éprouvante et je ne vais pas prétendre être resté de marbre face aux atrocités qui nous sont relatées. Christophe Siébert écrit pour déranger et bousculer les normes, et il y parvient très bien.
En quatrième de couverture, où on trouve en règle générale une appréciation dithyrambique et souvent mensongère ("Le livre de vos nuits blanches !"), l'écrivain et scénariste Vincent Ravalec nous dit plus honnêtement "Christophe Siébert est un très bon écrivain. Il a un super style, bien meilleur que beaucoup, mais j'ai du mal avec ce qu'il écrit." J'aurais tendance à rejoindre son avis.
Dès les premières lignes, le lecteur sait que l'histoire finira mal pour sa narratrice, Blandine.
"je meurs avant d'avoir pigé quoi que ce soit, je meurs plus vite que le son et quand j'entends les tirs je suis déjà crevée."
Puis premier flash back, nous présentant Blandine et Sammy, deux personnages anarchistes, désespérés, qui se consument. Qui se sentent vides, qui aspirent à mourir mais qui pour l'instant brûlent encore intensément. De passion charnelle, ( d'amour même peut être pour la première fois ) et du besoin de tout détruire.
C'est eux deux contre le reste du monde.
"On a beau croire que le monde est incassable, il est aussi fragile que le reste, tout est facile à casser, on peut tout détruire, on peut tout foutre en l'air, il suffit de le vouloir assez fort."
A leurs yeux nous, le commun des mortels, ne sommes que des morts en sursis.
"Tout le monde se traînait, il n'y avait ici comme ailleurs que des corps déjà morts, des carcasses vidées de toute vie, des cadavres sans âme."
La place du mort fait donc non seulement allusion au siège qu'occupe Blandine dans une voiture roulant à folle allure ( "J'avais l'impression de rouler à deux cent kilomètres/heures, à trois cent kilomètres/heure, le monde autour de nous s'était transformé en traînées floues" ) mais aussi à la place qu'elle occupe dans une société qu'elle méprise ou à celle qu'elle
aspire à rejoindre.
"J'ai fait le deuil du monde, je n'en fais plus partie, je ne lui appartiens plus."
La douleur physique est le seul moyen pour Blandine de se sentir en vie.
Elle prendra différentes formes comme la scarification mais surtout l'incandescence d'une cigarette brûlant sa poitrine. Le plus souvent sous une température avoisinant la fournaise. Le champ lexical du feu est d'ailleurs omniprésent : Les pieds nus sur le brûlant goudron / laisser le soleil me brûler le crâne encore / la folle qui se laisse cramer les nénés pour un coup à boire / nos frottements et nos frictions vont foutre le feu à ce monde de merde / ce qui compte c'est que nous soyons d'une seule flamme / Que tout s'effondre en cendres ... et ainsi de suite, sans compter les armes à feu.
Dans la seconde partie, nouveau flash back, nous en apprendrons davantage sur le passé de nos deux antihéros. La descente aux enfers de Sammy ( dépression, alcoolisme, chômage, perte de tout domicile, de toute dignité ) et des morceaux choisis de la biographie de Blandine. D'abord sur sa famille : son frère à qui elle a offert sa virginité, sa mère embourgeoisée incapable de la comprendre, son fils pour lequel le degré d'attachement est inconnu. Puis sur ses premières dérives vers la prostitution. Elle a très vite compris qu'elle pouvait se servir de son corps comme d'un simple moyen de transaction. "La puterie", comme elle l'appelle avec indifférence.
Alors certes, c'est un livre qui nous bouscule, qui nous percute, dont le rythme devient même infernal aux deux tiers du roman. Mais personnellement, j'ai eu du mal avec cette overdose d'action et de sexe.
Impossible bien sûr de s'attacher à des protagonistes sans âme qui s'improvisent hippies ( "Nous buvions de la bière et fumions des pétards, nous nous roulions des pelles, c'était la belle vie." ) mais surtout terroristes. Le néant qui les caractérise a beau être magistralement décrit, ils n'ont par conséquent aucune finesse psychologique. Ils se sentent incompris et effectivement ... il est impossible de les comprendre et de suivre leur raisonnement chaotique.
Quant à la pornographie, elle a ici une place légitime. Mais toutes les formes de débauche sont exacerbées. Alors ça baise à tout va pour tenter de gagner un peu d'argent ou surtout pour essayer d'eprouver enfin quelque chose. Mais cette fois j'ai ressenti une forme de surenchère. Le roman est trop axé sur le sexe sous une forme souvent déviante. Inceste, scatophilie, fist fucking, sadomasochisme ... et bien pire encore. Et même si Siébert a le mérite de décrire sans tabou tant les relations hétérosexuelles qu'homosexuelles, il n'en ressort que vices, commerces et humiliations.
La place du mort est donc une histoire dérangeante, hyper violente et nihiliste, à laquelle je n'ai personnellement pas adhéré. Mais je ne crois pas que l'objectif de Siébert soit de conquérir un large public ou de plaire au plus grand nombre. Il a le mérite de proposer une littérature dite alternative et ce qu'il propose dans son style unique a le mérite d'être intègre et inédit.
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Bouvy
  04 juillet 2014
J'ai découvert ce roman grâce à Fabrice Colin (Bal de Givre à New-York, Blue Jay Way, ...), un auteur que j'apprécie énormément. Quand il met en avant un auteur ou un roman sur son blog, je fais confiance en son jugement et acquière le livre. Je n'ai jamais été déçu par ses conseils. Une fois de plus, je viens de me régaler avec "La Place du Mort, série Z existentielle" de Christophe Siébert.
Ames sensibles, s'abstenir! Ici, on ne fait pas dans la dentelle. Une fille paumée rencontre un gars paumé. Ils veulent refaire le monde, pour eux, nous sommes tous des morts vivants. La meilleure façon de refaire le monde, c'est de le détruire, de se détruire mais pas sans gloire, sans plaisir. La mort est le grâle, l'orgasme ultime, originel! Cette histoire est un grand coup d'accélérateur, ne freine jamais, monte et monte encore en puissance, jusqu'à la fin, un bouquet final digne des meilleurs feux de Bengale. Tant par le rythme de l'histoire que par l'écriture.
C'est le monde à l'envers. On fini par aimer les personnages, décalés, amoraux, sans scrupule, hédonistes, qui trouvent leur plaisir dans tout ce que notre société nous a appris à haïr. La répulsion devient séduction. Tout est bon pour arriver à leurs fins. Sexe, drogues, tortures, vols, meurtres, vandalismes. le bonheur est là, dans le déni de la structure codifiée de notre société.
Peut-on comparer? Je pourrais croire que l'auteur a plongé dans un chaudron "J'Irais Cracher Sur Vos Tombe" de Vian, "Baise Moi" de Despentes, "37,2" de Djian et une pellicule de "A Bout de Souffle" de Godard, a tout fusionné en y ajoutant les piments les plus forts, créant une histoire à vous "cramer" de la première à la dernière ligne, du premier au dernier mot! Ici, on vit dans la tête de l'héroïne, dans son corps, dans sa vie.
C'est ma première rencontre avec cet auteur. Sa plume m'a séduit, son style, le rythme, l'histoire. On est dans le roman noir de chez noir. Cela semble impossible de plonger plus profond dans les abîmes. Ce livre vous aspire, vous entraîne dans sa folle équipée. Vraiment, plus qu'un bon moment de lecture. J'en suis devenu impatient de lire les autres titres de Christophe Siébert.
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Amaranth
  06 août 2017
Christophe Siébert ne facilite pas les choses à ses lecteurs. Peut-on dire qu'on aime « la place du mort » ? Peut-on en conseiller la lecture ? Tout comme Blandine, cet auteur ne s'embarrasse pas du regard des autres, il ne craint pas ce qu'on pourrait penser ou ressentir avec cette lecture. Au contraire, il confronte et il provoque les réactions. Et nous, lecteurs, sommes-nous capables de dépasser la moralité pour apprécier une lecture tout sauf morale ?
La place du mort, c'est un road trip (trip-es- pouvant être pris dans tous les sens du terme) halluciné, où le voyage ne se déroule pas à travers des beaux paysages, mais dans les champs de ruine de l'existence, toujours à fond, sans jamais freiner et sans retour en arrière. Sans GPS et sans direction. La place du mort, c'est un mélange entre duVirginie Despentes et tueurs nés, mais en bien plus trash. Et pourtant, Artikel Unbekannt touche un point essentiel dans la préface du livre, qui permet d'aborder le récit d'une autre manière : la notion de beauté fragile. Blandine et Sammy refusent l'existence telle qu'on la leur présente, mais cela ne les empêche pas de vivre. Cela ne les empêche pas de trouver le bonheur, même si celui-ci ne correspond pas à l'idée que nous, connards de morts-vivants, peuvent s'en faire. Est-ce que cela le rend moins valable ? Moins beau ? Alors, la pornographie omniprésente se transforme en un acte d'amour et c'est difficile de savoir qu'en penser. C'est en tout cas difficile de juger ou de condamner.
Comme je le disais, Christophe Siébert ne nous facilite pas la tâche. Il ne cache rien, il expose tout, et à travers son écriture presque poétique, imprimée d'un rythme particulier, on suit les pensées de Blandine, sa vie, son histoire, ainsi que celle de Sammy. Un passage m'a marquée : celui où Blandine vend son corps pour acheter à manger, au début de sa rencontre avec Sammy et commente la scène en précisant qu'elle ne la rendra pas moins sordide que ce qu'elle est, malgré l'envie évidente du type de ne pas se confronter de manière aussi brutale à ses propres actions. Je trouve que ce passage résume bien le livre : Christophe Siébert ne rend pas moins sordide ce qui s'y passe, il nous oblige à nous y confronter de la manière la plus brutale possible. Il brise nos fantasmes de road trip sous les étoiles, de liberté et d'amour passionnel. On a tous (ou presque) rêvé de tout quitter, de partir sur les routes et de vivre sans contrainte. Mais sans contrainte, ça n'existe pas, et l'épopée sanglante de Blandine et Sammy est beaucoup moins romantique que celle de Bonnie and Clyde. C'est sordide, donc. Et pourtant, c'est quand même beau, et c'est ça qui est fort.
L'objectif de Blandine n'a jamais été de vivre éternellement, ce qui serait parfaitement illusoire. Elle, elle voulait vivre fort, intensément, et c'est réussi. Elle trouve un équilibre fragile, qui ne peut qu'être brisé, qui n'a d'ailleurs de sens que s'il l'est.
Est-ce que j'ai aimé « la place du mort » ? Eh bien oui.
Lien : http://amaranth-chroniques.b..
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
AmaranthAmaranth   04 août 2017
Quand j’ai eu dix-huit ans j’ai arrêté l’école et suis revenue vivre chez elle, tout ce qui m’intéressait c’était sucer son pognon et me payer bonne tranche sur bonne tranche. Elle ne pouvait plus rien me dire, plus rien me faire, elle n’avait pas assez de volonté pour me virer de chez elle alors j’en profitais un maximum, je la saignais à blanc. Depuis la séparation on vivait dans une ville plus petite et tout le monde me connaissait bien, c’était tout juste si les vieilles ne faisaient pas un signe de croix en me voyant. Les autres filles me haïssaient et je me suis battue plusieurs fois, j’aimais bien les faire chier, et quand je me suis fait mettre enceinte par un touriste Hollandais dont j’ai oublié jusqu’au prénom, j’ai décidé de garder mon bébé rien que pour les faire chier, tous, encore plus. Je l’ai appelé Thomas. Pendant ma grossesse ma mère est devenue dingue, elle me foutait des beignes, me traînait de force chez le gynéco, elle a essayé de monter un dossier pour me faire enfermer chez les maboules et avorter de force, rien n’y a fait, et quand elle a vu Thomas à la maternité elle a pris un coup de vieux définitif, c’était sa pire défaite ce bébé, elle avait perdu toutes les batailles et en prime la guerre, à aucun moment elle n’avait réussi à me mater et ce bébé était la preuve que sa volonté
ne valait plus rien, que son autorité était morte, et cette preuve elle l’aurait chaque jour sous les yeux, chaque nuit, je n’étais pas mécontente de moi.
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AntyryiaAntyryia   18 décembre 2016
J'écoute les voitures, les mouettes, les gens, les enfants, j'écoute un petit avion passer loin au-dessus de nous, j'écoute une mère gueuler après son gosse, j'écoute des adolescents rire, j'écoute le mélange de tout ça, ce mélange que les cons appellent la vie et qui moi me fait plutôt penser à un stérile tas de fumier, à un tas de merde.
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BouvyBouvy   04 juillet 2014
...,nous avions trouvé notre Paradis, un monde sans borne et sans morale.
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