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ISBN : 2246806879
Éditeur : Grasset (09/10/2013)

Note moyenne : 4/5 (sur 4 notes)
Résumé :
1937 ou est-ce en 1938 ? Une jeune juive révolutionnaire, partie de Kichinev en Bessarabie disparaît en Ukraine dans les grandes purges staliniennes. Avant de disparaître, elle envoie aux siens un dernier message : "Ne venez pas. Nous nous sommes trompés". L'idée d'une tombe sans nom est l'histoire de son espoir immense, de son aveuglement tragique et de sa lucidité admirable pour finir. C'est l'histoire d'une émancipation précoce dans les années 1910 et 1920 à l'he... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
kielosa
  17 mai 2018
"L'idée d'une tombe sans nom me déplaît" déclare le héros dans le film "L'homme sans passé" d'Aki Kaurismäki.
C'est exactement ce que Sandrine Treiner a réussi à faire avec cet opus : sauver son héroïne, Manya Schwartzman, de l'oubli !
Un récit "À la recherche de..." tout à fait captivant, instructif et de très haut niveau littéraire. Que l'auteure soit directrice de "France Culture" n'a rien de surprenant. Les 160 pages de cette oeuvre se lisent comme un suspense, bien que plein de notions historiques, géographiques et politiques peu évidentes, mais présentées de façon magistrale. Si vous commencez à lire, je peux vous assurer que vous ne feriez rien d'autre que de suivre - même avec impatience - la quête de Sandrine Treiner d'une jeune héroïne révolutionnaire, victime des purges staliniennes. Une de ces nombreuses victimes condamnée à la mort et ...à l'oubli !
J'entends ne pas faire de résumé de cet ouvrage du tout, parce que j'estime que tout résumé est susceptible de causer dommage à la construction spécifique et le rythme même de cette oeuvre ou, en d'autres termes, à la quête de l'auteure. En revanche, je m'arrête un instant sur cette partie du globe mal connu chez nous et dont il est très rare de lire des informations dans la presse.
La Moldavie, dont est originaire Manya Schwartzman, est l'État le plus pauvre d'Europe. du temps de l'URSS, appelée la Bessarabie avec comme capitale Kichinev, aujourd'hui divisé entre l'État Moldave avec capitale Chisinau et la Transnistrie avec comme capitale Tiraspol. La Transnistrie avec une superficie d'un 10ème du territoire helvétique et une population d'un demi-million d'habitants est une aberration, qu'aucun État du monde n'a officiellement reconnue. Même Poutine semble avoir oublié une reconnaissance "de jure", bien que les Russes y jouent un rôle de premier plan, ne fût-ce que pour y organiser le trafic d'armes stratégiques. La distance du grand port ukrainien sur la Mer Noire, Odessa, à Chisinau est de seulement 154 km et à Tiraspol à peine 105. Mon épouse m'apprend que du temps du communisme, les Odessites se rendaient a Kichinev pour y acheter des vêtements, qui étaient de qualité supérieure à la production vestimentaire soviétique et des classiques de la littérature russe, moins chers et mieux imprimés. Maintenant, ce sont les Moldaves et Transnistriens qui viennent vendre à Odessa leurs produits, les taxes d'entrée prélevées à la frontière rendent le déplacement des Ukrainiens dans ces pays sans intérêt.
Kichinev a connu une forte concentration de Juifs, mais aussi plusieurs pogroms, même sous le dernier des tsars, Nicholas Ii, en 1903 et 1905. Les horribles pogroms contre une minorité sans défense se passaient quasiment toujours selon le même scénario : l'accusation fantaisiste que les Juifs avaient tué un innocent petit bambin non juif pour utiliser son sang dans la fabrication de pain azyme. Meurtre rituel qui permettait toutes sortes de déboires au bon peuple scandalisé : tuer des vieillards et bébés, vider shops et maisons avant d'y mettre le feu, et tout cela sous les yeux des flics et soldats très occupés à.... regarder ! Ce n'est que lorsqu'un président comme Theodore Roosevelt protesta auprès de Nicholas Ii que des ordres furent donnés d'arrêter ces festivités populaires !

Quai de plus naturel qu'une jeune fille juive courageuse, comme Manya Schwartzman, aille tenter ses chances sous d'autres horizons !
Je ne donne en principe pas d'étoiles aux livres que je critique, parce que je trouve que ce système a quelque chose de foncièrement artificiel et déplaisant pour leurs auteurs. Cette fois-ci cependant je ferai exception en accordant au court ouvrage de Sandrine Treiner allègrement et avec conviction le max : 5 étoiles !
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de
  28 janvier 2014
Ne venez pas. Nous nous sommes trompés
« Au début du livre, elle n'existe pas. C'est comme si elle n'avait jamais existé du tout. Écrire sur elle est vertigineux pour cette raison ».
Un nom et un anonymat. « Hier l'anonymat était la règle et désormais il étonne. La liste de toutes les identités répertoriés est sans fin. On oublie que dans l'histoire, les femmes si souvent sont muettes, et invisibles ». Bâillonnées, non écoutées et invisibilisées.
Manya Schwartzman, née à Kichinev, Bessarabie.
Roumanie, Ukraine, Syldavie. le Yiddisland, « C'est bien plus tard que du Yiddisland exterminé surgira la nostalgie de ces mondes étroits. le shtetl est pour ces jeunes gens un territoire familier mais aussi un lieu d'enfermement, l'autre nom de la bigoterie, de la pauvreté et du danger ». le pogrom de Kichinev, les journaux antisémites, le Bund…
Sergei Melnikov, Ester, Nukhim ou Nehemia, le yiddish, le russe, l'hiver, l'éloignement des traditions, « Pour Rosh Hashanah et Yom kippour, on se rend en famille à la synagogue. C'est le minimum ». La religion comme une hypothèse et non une obligation.
Sandrine Treiner parle aussi de cette puissance du refus, de cette révolte, de la force des idéaux révolutionnaires et de notre incapacité aujourd'hui à (nous) les représenter. « Je mesure que nous ne savons plus rien de la puissance d'une conviction qui soulevait les montagnes, de la force d'un idéal qui n'était pas un rêve mais une résolution vitale ». Je souligne, non pas seulement les engagements sincères mais cette résolution vitale.
Odessa, la mer Noire, l'histoire de républiques socialistes soviétiques. Moldavie. Des jeunesses juives et socialistes. Les désirs d'émancipation, « Manya Schwartzman refusait la soumission, la méfiance, la peur, la lâcheté, l'ignorance, la bêtise, la violence et c'est pourquoi il faut une tombe à son nom ».
L'enquête, les traces et les vides, les supputations et les probabilités.
Les politiques et les effets du stalinisme. le NKVD, les arrestations, les déportations, les exécutions, les responsabilités devenues familiales, collectives.
Les mort-e-s, les cimetières juifs ou non. « En vérité, où sont les morts ? Comment retrouver la trace d'une personne disparue en Union soviétique dans les années trente ? Et pourquoi s'obstiner quand personne ne sait plus où, ni quand, ni comment ? Qui saura comprendre pourquoi une histoire comme celle de Manya est survenue, dans un pays qui n'existe plus, dans une capitale dont le nom a changé, comme une histoire tombée dans un trou noir, dont la mer dite Noire est l'épicentre et le poumon vital ; que rien n'existe plus de ce qui a fait la vie et la mort de la femme disparue, ni les idées, ni les conflits et que néanmoins, à la vue de la photographie, mes émotions s'emballent ? »
Révolution et contre-révolution. Nous n'en avons toujours pas fini avec les crimes du stalinisme. Un livre sur une inconnue, brisée, comme ses espérances, par la dictature. Une recherche sur une de ces héroïnes dérobées par l'écriture de l'Histoire par les vainqueurs, les dominants. « Les cendres recouvrent les vies, et même la mémoire. Voilà que l'on comprend tout, mais on n'y voit plus rien. On ne voit plus personne ». Pour que : la tombe ne reste plus vide et Manya Schwartzman invisible.
Lien : https://entreleslignesentrel..
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LulamaeA
  26 mars 2014
L'origine de cet essai n'a rien à envier aux romans les plus haletants. Au commencement, une rencontre avec une vieille dame qui instille dans l'esprit de l'auteur l'envie d'en savoir plus. Sur la vieille photo passée qu'elle lui montre, les membres de sa famille presque réunie fixent l'objectif du photographe. Nous sommes en Bessarabie, un pays qui bientôt n'existera plus sous ce nom, dans l'entre-deux guerres.
La jeune femme qui soutient avec détermination le regard, à travers les âges, de Sandrine Treiner est Manya Schwarzman. D'elle il ne reste rien si ce n'est quelques lettres envoyées à sa famille après son départ pour l'Union soviétique où elle disparait sans laisser de trace. Personne ne sait ce qu'elle est devenue, pas même sa famille, exilée pendant la guerre en France.
De cette rencontre Sandrine Treiner garde l'envie obsédante de savoir ce qui est arrivé à Manya, de la comprendre, elle et son rêve révolutionnaire, pour enfin élucider le mystère de cette phrase dont sa soeur se souvient encore dans ses vieux jours : "Ne venez pas. Nous nous sommes trompés."
Entre mes mains je tiens la somme de ce que l'auteur a parvenu à extraire de l'ombre et des mémoires depuis longtemps éteintes, des archives disparues et des fantômes muets : ce qu'il reste de Manya.
L'on a aujourd'hui du mal à imaginer que quelqu'un puisse disparaitre sans laisser de traces. Les tombes, les registres officiels, les traces écrites en tous genres, la mémoire collective et individuelle tissent d'ordinaire un réseau compact autour des disparus qui continuent d'exister en creux dans des familles ou des sociétés qui se souviennent d'eux. L'idée d'une tombe sans nom c'est l'horreur d'une vie oubliée, d'un passage sur terre dont personne ne se souvient, et dont pire, personne ne peut attester.
Difficile également de comprendre ce qu'on vécu les habitants d'un pays, par ailleurs méconnus de nous, qui a tant changé de nom et de géographie que l'identité même de son peuple en est affectée.
A travers ses recherches, ses voyages, ses questionnements, Sandrine Treiner esquisse les contours d'une histoire individuelle happée par L Histoire tourmentée de l'Europe de l'est entre les deux guerres. Les facettes de son livre reflètent tour à tour les enjeux économiques, sociaux, politiques, humains du rêve puis du cauchemar communiste dans lequel la vie de Manya s'est consumée.
Mais comment dire une vie et le mystère de son intériorité lorsqu'il ne reste rien ni personne pour en parler ?
C'est par ses propres émotions, sentiments et pensées que Treiner tente de construire une tombe digne à Manya, sur les chemins des villes où cette dernière est passée, dans la rue où elle a grandi. Pierre après pierre c'est une tombe de mots et de souvenirs que l'auteur construit en un hommage vibrant, d'une justesse et d'une poésie incroyables, à une femme extraite des couloirs sombres de l'oubli.
Faisant revivre son espoir en un communisme qui libérerait le peuple et soustrairait sa famille -juive- au confinement et au mépris ambiant, l'auteur retrace l'engagement politique et le courage de la jeune Manya qui ultimement perdra la vie dans les tourments de la famine, de la guerre et des purges du parti communiste ordonnées par Staline. Elle aura alors eu le temps de déchanter et de voir son rêve anéanti avant de disparaitre totalement, laissant pour toutes traces quelques lettres.
Cet essai est une entreprise émouvante dont la démarche est profondément belle, et parce qu'il est écrit avec la force poignante d'un désir qui s'accomplit au cours d'un parcours long et complexe, se révèle sublime. C'est par ailleurs une porte d'entrée à de nombreuses questions autour de la mémoire, de l'identité et de l'histoire que chacun devrait être invité à ouvrir pour tout ce qu'il reste à découvrir des nombreux autres inconnus morts dans l'indifférence la plus révoltante.
Lien : http://erutarettil.com/?p=1605
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critiques presse (2)
Telerama   18 décembre 2013
Exercice littéraire virtuose ? Brillant essai d'historienne ? Autofiction déguisée ? L'entêtant récit de Sandrine Treiner est tout cela à la fois. Ou comment raconter la vie d'une femme admirable mais anonyme, ayant réellement existé, et dont il ne reste rien.
Lire la critique sur le site : Telerama
Liberation   12 novembre 2013
L’exercice est une gageure, surtout après des chefs-d’œuvre comme Dora Bruder, de Patrick Modiano, ou les Disparus, de Daniel Mendelsohn. L’auteure le reconnaît volontiers mais tient le pari dans un livre aussi émouvant qu’inclassable.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
dede   28 janvier 2014
C’est bien plus tard que du Yiddisland exterminé surgira la nostalgie de ces mondes étroits. Le shtetl est pour ces jeunes gens un territoire familier mais aussi un lieu d’enfermement, l’autre nom de la bigoterie, de la pauvreté et du danger
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dede   28 janvier 2014
En vérité, où sont les morts ? Comment retrouver la trace d’une personne disparue en Union soviétique dans les années trente ? Et pourquoi s’obstiner quand personne ne sait plus où, ni quand, ni comment ? Qui saura comprendre pourquoi une histoire comme celle de Manya est survenue, dans un pays qui n’existe plus, dans une capitale dont le nom a changé, comme une histoire tombée dans un trou noir, dont la mer dite Noire est l’épicentre et le poumon vital ; que rien n’existe plus de ce qui a fait la vie et la mort de la femme disparue, ni les idées, ni les conflits et que néanmoins, à la vue de la photographie, mes émotions s’emballent ?
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dede   28 janvier 2014
Les cendres recouvrent les vies, et même la mémoire. Voilà que l’on comprend tout, mais on n’y voit plus rien. On ne voit plus personne
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dede   28 janvier 2014
Je mesure que nous ne savons plus rien de la puissance d’une conviction qui soulevait les montagnes, de la force d’un idéal qui n’était pas un rêve mais une résolution vitale
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Sandrine Treiner. Le féminisme d'hier et d'aujourd'hui
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