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ISBN : 2330103662
Éditeur : Actes Sud (02/01/2019)

Note moyenne : 3.74/5 (sur 46 notes)
Résumé :
Les exaspérés sont ainsi, ils jaillissent un beau jour de la tête des peuples comme les fantômes sortent des murs.

É. V.

Ecrivain et cinéaste né en 1968 à Lyon, Eric Vuillard est notamment l'auteur chez Actes Sud de Tristesse de la terre (2014, prix Joseph-Kessel) et de L'ordre du jour (2017), qui lui a valu le prix Goncourt.
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
eprisedeparoles
  13 février 2019
« La guerre des pauvres » est un ouvrage court mais caniculaire eu égard à son substrat et à sa sonorité particulièrement actuelle, ouvrant une brèche définitive pour une insurrection collective. C'est au moyen d'une plume d'ordinaire audacieuse et palpitante qu'Éric Vuillard offre une turbulence littéraire qui s'adosse à une archéologie contestataire précise. Sa puissance évocatrice et sa scénographie des mots unique irriguent alors un conte historique à la forme pamphlétaire qui appelle à la vindicte populaire et participe à un certain acquittement des oubliés, des masses laborieuses. Si la personne de Thomas Müntzer n'inaugure pas historiquement l'émancipation de ces classes, il se fait tout de même le complice d'une convergence des luttes essentielle -encore aujourd'hui indispensable- par le biais d'une authentique passion dont l'apanage exclusif parvient à fédérer la foule quand même l'issue, défaitiste, ne constitue pas un élément primordial. Ce livre, précis et mitraillé, accomplit le fait de capturer l'essence d'une histoire héroïque - et non relevant du martyre, figure désacralisée par l'auteur - qui désigne le langage et la littérature comme de véritables instruments de mutinerie. Ce texte, aux chapitres affûtés, est alors un véritable ressac qui vient scruter une contemporanéité, aux confins d'une haine croissante terrifiante.
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Frederic524
  05 février 2019
« La Guerre des pauvres« , le tout dernier livre d'Eric Vuillard, paru chez Actes Sud, est très bref. 68 pages. Mais quel talent de contempteur des maux de nos sociétés, quelle plume incisive et surtout quelle célébration du pouvoir des mots. Eric Vuillard a l'art de concasser, extirper les théories, les faits historiques les plus complexes pour nous livrer un matériau d'une clarté, d'une limpidité qui m'a toujours paru salutaire. La « Guerre des pauvres » débute avec une pendaison, celle d'un père, son fils Thomas Müntzer n'oubliera jamais cette image gravée dans sa mémoire. Né en 1489 à Stolberg en Allemagne du Sud, dans les montagnes du Hartz, Thomas Müntzer deviendra pasteur en 1520. Il écrit le « Manifeste de Prague » en 1521. Un brûlot où il s'adresse à tous ceux qui, habitué à courber l'échine, ne voit même plus le ciel et son Créateur.. Son discours est profondément révolutionnaire. Il conduira une révolte à l'été 1524, les paysans, les plus humbles se joignent à lui mais il est vaincu à la bataille de Frankenhauser le 15 mai 1525. Les représailles des puissants contre les paysans sont terribles. Capturé, Müntzer est emprisonné, torturé avant d'être décapité à Mülhausen le 27 mai 1525. Une fois encore, Eric Vuillard use de sa si jolie plume pour rendre justice aux oubliés des livres d'histoire. Impossible de ne pas voir dans la « Guerre des pauvres », une résonnance de ce que nous vivons aujourd'hui. Un petit livre par sa taille mais un grand livre par sa puissance d'évocation.
Lien : https://thedude524.com/2019/..
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som
  04 février 2019
68 pages étourdissantes, comme un flux qui emporte par la puissance du verbe et la force du propos. A peine 70 pages pour raconter les conséquences révolutionnaires de la création l'imprimerie à Mayence au milieu du XVème siècle. de cela découlent, selon Vuillard, la diffusion de la Bible, puis sa traduction en langue dite vulgaire pour ne pas dire l'accès direct à Dieu par tous, et par conséquence la remise en question des intercesseurs ecclésiastiques. La remise en cause de l'ordre du monde en quelque sorte.
Venue d'Allemagne, cette découverte technique entraîne l'apparition de prédicateurs comme la figure centrale de Thomas Muntzer, et derrière eux le réveil des populations qui se transforme guerre des pauvres.
De cette matière dense, d'une actualité brulante, Eric Vuillard fait également oeuvre de haute littérature tant le style est à la fois incisif, concis et saisissant.
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ZeroJanvier79
  31 janvier 2019
Eric Vuillard est un habitué des récits historiques. J'avais été emballé par son roman L'ordre du jour, qui avait remporté le prix Goncourt en 2017 et dans lequel il revenait sur la montée du nazisme et en particulier sur l'annexion de l'Autriche par le Troisième Reich. J'avais été un peu moins séduit par 14 Juillet, même si j'avais trouvé des qualités à ce récit de la prise de la Bastille. Dans les deux cas, Eric Vuillard maîtrisait l'art de saisir un événement historique et d'en tirer un récit immersif.
En ce début d'année 2019, il revient avec La guerre des pauvres, un récit qui résonne étonnement avec l'actualité française, ce qui à mon avis est loin d'être un hasard.
" 1524, les pauvres se soulèvent dans le sud de l'Allemagne. L'insurrection s'étend, gagne rapidement la Suisse et l'Alsace. Une silhouette se détache du chaos, celle d'un théologien, un jeune homme, en lutte parmi les insurgés. Il s'appelle Tomas Müntzer. Sa vie terrible est romanesque. Cela veut dire qu'elle méritait d'être vécue ; elle mérite donc d'être racontée. "
Le récit se déroule donc en Allemagne au début du XVI° siècle. La réforme luthérienne provoque des troubles en Allemagne, et un théologien nommé Tomas Müntzer va prendre la tête d'un mouvement de révolte à la fois religieux et social face à l'Eglise et aux princes allemands.
Eric Vuillard livre un récit rythmé et court, puisque le roman fait tout juste 80 pages. C'est un format plutôt atypique dans la littérature actuelle, mais je trouve que cela se prête parfaitement à l'exercice.
Tout n'est pas parfait dans ce court roman, certains chapitres sont plus faibles que d'autres, mais il y a quelques passages remarquables :
Sur l'imprimerie :
" Cinquante ans plus tôt, une pâte brûlante avait coulé, elle avait coulé depuis Mayence sur tout le reste de l'Europe, elle avait coulé entre les collines de chaque ville, entre les lettres de chaque nom, dans les gouttières, par les méandres de chaque pensée ; et chaque lettre, chaque morceau d'idée, chaque signe de ponctuation s'était retrouvé pris dans un bout de métal. On les avait répartis dans un tiroir de bois. Les mains en avaient choisi un et encore un et on avait composé des mots, des lignes, des pages. On les avait mouillées d'encre et une force prodigieuse avait appuyé lentement les lettres sur le papier. On avait refait ça des dizaines et des dizaines de fois, avant de plier les feuilles en quatre, en huit, en seize. Elles avaient été mises les unes à la suite des autres, collées ensemble, cousues, enveloppées dans du cuir. Ça avait fait un livre. La Bible. Ainsi, en trois ans, on en fit cent quatre-vingts, pendant qu'un seul moine, lui, n'en aurait copié qu'une. Et les livres s'étaient multipliés comme les vers dans le corps. "
Sur le rapprochement entre Réforme religieuse et préoccupations sociales :
" Il cite l'Évangile et met un point d'exclamation derrière. Et on l'écoute. Et les passions remuent, car ils sentent bien, les tisserands, que si on tire le fil toute la tapisserie va venir, et ils sentent bien, les mineurs, que si on creuse assez loin toute la galerie s'effondre. Alors, ils commencent à se dire qu'on leur a menti. Depuis longtemps, on éprouvait une impression troublante, pénible, il y avait tout un tas de choses qu'on ne comprenait pas. On avait du mal à comprendre pourquoi Dieu, le dieu des mendiants, crucifié entre deux voleurs, avait besoin de tant d'éclat, pourquoi ses ministres avaient besoin de tellement de luxe, on éprouvait parfois une gêne. Pourquoi le dieu des pauvres était-il si bizarrement du côté des riches, avec les riches, sans cesse ? Pourquoi parlait-il de tout laisser depuis la bouche de ceux qui avaient tout pris ? "
Sur la révolte face aux détenteurs du pouvoir :
" Après avoir invité Son Altesse à déplorer la voie par quoi les princes se font craindre des peuples au lieu de s'en faire aimer, il évoque le glaive, il menace : S'il en est autrement, le glaive leur sera enlevé et sera donné au peuple en colère. Ça y est, pour la première fois peut-être, on entend ça : le glaive leur sera enlevé et sera donné au peuple en colère. "
Sur la fin d'une révolte :
" Le martyre est un piège pour ceux que l'on opprime, seule est souhaitable la victoire. "
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pleasantf
  03 février 2019
Livre après livre, Eric Vuillard renouvelle la figure de l'écrivain engagé. Même s'il a entamé l'écriture de ce livre avant le début du mouvement des gilets jaunes, sa parution début janvier n'est pas fortuite et résonne avec l'actualité sociale. Que ce renouvellement se fasse en se penchant sur des évènements des XIVème et XVIème siècles me semble intéressant.
Vuillard crée un récit à partir de sources historiques. Il incorpore les faits historiques dans un récit raconté de manière très contemporaine (dans un style parfois relâché et décalé comme ceci : "on ne sait pas s'il avait pris une mornifle ou le coin d'une bûche sur la gueule"). Il rajoute ici et là de quoi faire tenir debout son histoire mais il ne prétend pas écrire une fiction. Son histoire tient en un peu plus de 60 pages seulement. Je suppose que la documentation disponible ne permettait pas d'en faire beaucoup plus. Et cela permet de s'en tenir à l'essentiel, en ne s'appesantissant guère sur les échecs des rébellions qu'il décrit et en pouvant conclure sur une note d'espoir, sur une promesse d'une victoire à venir.
Ce que Vuillard décide de faire saillir de son récit, même de manière anodine, n'est justement pas anodin. Dans le récit historique, il met en avant plusieurs fois le sujet du choix de la langue vernaculaire dans les célébrations ou les textes chrétiens par opposition à l'usage habituel du latin. le langage est présenté ici par Vuillard comme instrument de l'exercice du pouvoir ou au contraire comme moyen de libération. Et il me semble que cette problématique du langage propre au pouvoir ou à l'élite est tout à fait actuelle. Autre exemple lorsque Vuillard évoque la naissance de l'imprimerie en Allemagne. Il ne fait aucun développement didactique sur le sujet mais on comprend le rôle essentiel qu'a joué l'imprimé dans les tentatives d'émancipation. Et derrière cette évocation de l'imprimerie, je vois une réflexion de Vuillard sur sa propre figure d'écrivain et sur la capacité de la littérature à dire le monde et à penser un monde alternatif.
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critiques presse (7)
LeDevoir   12 février 2019
Pour Éric Vuillard, l’Histoire est une sorte de vis sans fin, un grand livre ouvert à toutes les pages, une sorte d’éternel bégaiement. L’écrivain français renoue avec sa manière dans La guerre des pauvres, un très court récit au souffle puissant qui nous plonge dans le sud de l’Allemagne en 1524, alors que, sous la conduite du théologien Thomas Müntzer, des armées de « pauvres » se soulèvent.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LaPresse   06 février 2019
Ce petit récit de 68 pages fait le lien avec notre époque, en évoquant d'un trait vif la destinée de Thomas Müntzer, prédicateur farouchement égalitaire, ennemi des princes, qui disait la messe dans la langue du peuple, et qui a mené la révolte des paysans de 1525 en Allemagne, réprimée dans le sang.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LaLibreBelgique   30 janvier 2019
La guerre des pauvres est un tout petit livre, 68 pages seulement, mais à sa manière un bijou d’écriture. Comme à son habitude, Eric Vuillard, prix Goncourt 2017 avec L’ordre du jour, raconte un moment d’histoire, avec une précision chirurgicale et une langue magnifique.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeSoir   28 janvier 2019
Eric Vuillard éclaire le présent par La guerre des pauvres.
Lire la critique sur le site : LeSoir
LeMonde   22 janvier 2019
Dans La Guerre des pauvres, il analyse la « guerre des paysans » allemands au XVIe siècle, un livre « aimanté par le contexte actuel ».
Lire la critique sur le site : LeMonde
Bibliobs   16 janvier 2019
On retrouve dans ce livre tout ce qu’on aime chez Eric Vuillard : la précision de son érudition, son art de la narration, les moments où l’exactitude le cède à l’imagination, les montées en généralité soudaines, le mélange du trivial et du métaphysique, et sa langue dense et joueuse.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaCroix   04 janvier 2019
L’écrivain Éric Vuillard, prix Goncourt 2017, publie un nouveau récit littéraire aux confins de la fiction et de l’Histoire, relatant des luttes sociales du Moyen Âge pas si éloignées des nôtres.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
eprisedeparoleseprisedeparoles   13 février 2019
Ce n'est pas Dieu qui se soulève, c'est la corvée, les censives, les dîmes, la mainmorte, le loyer, la taille, le viatique, la récolte de paille, le droit de première nuit, les nez coupés, les yeux crevés, les corps brûlés, roués, tenaillés.
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eprisedeparoleseprisedeparoles   13 février 2019
Les mots, qui sont une autre convulsion des choses.
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eprisedeparoleseprisedeparoles   12 février 2019
Et il écrit lettre sur lettre, sa première guerre est d'écriture. Et il sait écrire, Thomas Müntzer, il a quelque chose de vif et de funeste, une haine attisée, le tour méchant, de la douceur aussi. [...]Mais Müntzer est un homme d'action, ce qu'il écrit l'emporte. Il ne méprise pas l'homme ordinaire, il ne méprise pas le commun.
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eprisedeparoleseprisedeparoles   12 février 2019
La jeunesse est sans fin, le secret de notre égalité immortel, et la solitude fabuleuse. Le martyre est un piège pour ceux que l'on opprime, seule est souhaitable la victoire.
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eprisedeparoleseprisedeparoles   12 février 2019
Ils voient le petit homme sous le grand fardeau. Ils voient une homme comme eux, corps entravé. Que c'est petit un homme, c'est fragile et violent, inconstant et sévère, énergique et rempli d'angoisse. Un regard. Un visage. Un peau.
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Videos de Éric Vuillard (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Éric Vuillard
Dans "La Guerre des pauvres" (Actes Sud, 2019), Eric Vuillard, Prix Goncourt 2017, relate une révolte populaire du XVIe siècle qui ressemble par bien des aspects au mouvement des "gilets jaunes". L'auteur nous explique pourquoi il a choisi de commencer son livre ainsi.
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