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EAN : 9782330002442
180 pages
Éditeur : Actes Sud (14/03/2012)
3.75/5   94 notes
Résumé :
« La Bataille d’Occident est l’un des noms de nos exploits imaginaires. C’est un récit de la Grande Guerre, celle de 14-18, où nos différentes traditions de « maîtres du monde » manifestèrent ouvertement leur grande querelle. Il en résulta un charnier sans précédent, la chute de plusieurs empires, une révolution. Et tout cela fut déclenché par quelques coups de révolvers ! »
Eric Vuillard revisite à sa manière historique, politique et polémique le premier con... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
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Renod
  11 décembre 2017
Neuf mois de gestation, le suplice d'un accouchement... Un nourrisson qui survit aux maladies infantiles et aux diverses carences... Apprendre à lire, à écrire, connaitre la préfecture de la Sarthe, le Mont Gerbier de Jonc, une poésie de Ronsard, Jeanne d'Arc... Puis vient l'apprentissage à l'atelier ou à la ferme, la fatigue, les mains calleuses sales de cambouis ou de terre, l'attente du dimanche... Et, une fois arrivé au printemps de sa vie, à la fleur de l'âge, se faire faucher par une balle ennemie dans un champs de betterave. Tout ça pour ça. En quelques instants, n'être plus qu'un corps putrescent, un squelette englué dans la boue, une croix parmi mille autres, un nom sur un monument aux morts honoré chaque année par quelques conseillers municipaux et anciens combattants frigorifiés. Des millions de conscience écrasées par la roue de l'Histoire que plus personne ne semble contrôler. La peur, les poux, la boue, le froid, les torrents d'acier. Pourtant, dans les premiers jours, la guerre avait des airs de fêtes malgré la boule au ventre : fanfares claironnantes, uniformes bigarrés, on compte s'absenter quelques mois pour exsuder cette fièvre revancharde puis revenir pour les moissons ou les vendanges. Pour finir, un immense carnage, la mort industrielle, un Occident qui s'entredévore. Malgré les Arts, la Science, Le Progrès, c'est la bêtise qui détruit tout.
Eric Vuillard pointe ce qu'il y a de contingent, d'arbitraire et d'absurde dans notre Histoire. Si tout a été planifié et quantifié par de méticuleux stratèges, les événements ont suivi un cours retors qui a échappé au contrôle des décideurs. Il sort de l'ombre des faits divers qui ont eu des conséquences sur le cours de la guerre. Il s'empare de personnages historiques, qu'ils soient empereurs ou terroristes, et les anime comme de vieilles marionnettes pendant quelques chapitres pour tenter d'en extraire du sens.
Eric Vuillard se singularise dans ses récits par son art du "contre-pied" pour parler d'un sujet connu, ou que l'on croit connu. Cette guerre, tout compte fait, nous n'en gardons qu'une vague représentation dans nos esprits, un agrégat de vieilles leçons d'histoires, de quelques lectures ou de documentaires diffusés par une chaîne publique. Poilus, tranchées, obus, Verdun, 11 novembre, point final. Aussi ce regard espiègle et cet angle neuf sont-ils salutaires pour nos mémoires assoupies et paresseuses. J'aime son style travaillé et son érudition corrosive. Mais traiter d'un sujet si vaste en si peu de pages est compliqué quand on se plait à épousseter des détails, à extrapoler et à sortir du lot commun. Et c'est pourquoi j'ai eu l'impression d'une fin tronquée. D'ailleurs, l'auteur fait lui-même l'aveu de "bâcler" son récit. Soit au bout du compte, une lecture originale mais partielle de ces événements. Et surtout, si j'ai apprécié l'ensemble des thématiques traitées dans les différents chapitres, j'ai moins bien saisi le propos général ou les idées dominantes à retenir. Mais le danger avec un livre si bien écrit et siintéressant, est peut-être qu'il se lit trop vite...
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Holon
  04 avril 2020
La bataille d'Occident d'Éric Vuillard nous raconte en quelques pages toute l'horreur et l'état d'esprit de la Grande Guerre 14-18. Une bataille qui de nos jours à un ennemi invisible, ce que j'ai retenu de ce livre une phrase toute simple : Quand le malheur arrive les hommes rient : chose que nous avons fait moi y compris croyant que cet ennemi était facile à vaincre et que notre technologie réduirait cette chose a néant. Éric Vuillard est un grand écrivain qui me fait penser à Hemingway qui en quelques mots nous fait comprendre le sens de la vie.
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MarianneL
  09 septembre 2014
Comment raconter la guerre et ses origines obscures perdues dans le passé, la bêtise et les passions humaines ? Comment dire «les racines de notre aveuglement face à l'apocalypse» ?
Ce récit d'Eric Vuillard, paru en 2012 de même que «Congo», remonte dans les racines de la première guerre moderne, ce carnage monumental de 14-18 né du passé et de l'enfance d'hommes qui ont l'air de croire qu'ils continuent de jouer. le portrait férocement ironique de quelques chefs militaires et va-t-en-guerre, - le comte Alfred von Schlieffen obnubilé par ses plans de bataille, cette «fantastique armure de papier» qui se consumera au combat, Joffre vexé de ses défaites et qui dès novembre 1914 aura limogé quatre-vingt-douze commandants de division ou encore Bertha Krupp qui visite ses usines en robe de mousseline, avec un joli chapeau plein de bégonias -, nous révèle leur indécence et leur aveuglement.
«Le visage de Schlieffen résume toute l'histoire. La bouche est amère, les paupières lourdes. Sur un portrait célèbre, le comte Alfred von Schlieffen, maigre vieillard aigri, tient – de la main rose et lisse de celui qui n'a jamais planté un clou – le pommeau de son épée. Pourtant des clous, il en plantera dans tous les coeurs, dans toutes les poitrines d'Europe.»
Eric Vuillard raconte la guerre de façon contrastée, dans un matériau qui rappelle «L'Encyclopédie des guerres» de Jean-Yves Jouannais ; les grands chapitres insoutenables côtoient les détails de l'Histoire, telle la trajectoire de la balle de Gavrilo Princip qui tua Sophie Chotek, telle cette journée du 22 août 14 alors la plus meurtrière de tous les temps. La barbarie succède à l'éclosion des jonquilles et des magnolias au printemps 1914, et les métaphores douces et passionnelles et l'humour du désastre, nous font saisir combien l'homme est dépassé par ses propres mouvements et aveugle face au monde qu'il vient de commencer à enfanter.
«Les nations crédules envoyèrent leur jeunesse. Ce fut un carnage. La conscription est le nom de ce déchaînement, de cette terrible générosité des corps, où la jeunesse est envoyée mourir au milieu des champs de betteraves sucrières.»
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Rodin_Marcel
  19 juin 2015
Vuillard Eric, - "La bataille d'Occident : récit" – Actes Sud, 2012. (ISBN 978-2330030643)

Il ne s'agit ni tout à fait d'un roman puisque les personnages sont réels, ni tout à fait d'un essai, puisque l'auteur tente d'entrer dans la tête de ces personnages pour les faire parler, pour imaginer ce qu'ils auraient pu dire. Les diverses recensions de ce livre avaient attiré mon attention car elles soulignaient l'une des tendances forts de l'historiographie relativement récente concernant la Première Guerre Mondiale, tendance s'appuyant sur un constat : il n'y eut pas de causes "objectives" réellement sérieuses au déclenchement de ce qui allait être le Suicide de l'Europe, contrairement à ce que proclament les manuels d'histoire classiques, peu avares en grands tableaux et grands discours sur les ambitions coloniales des puissances européennes, les rivalités franco-allemandes, l'économie de ceci ou de cela. Non.

Certains historiens en viennent aujourd'hui à souligner combien cette guerre, la Grande Tuerie, fut délibérément préparée, voulue et déclenchée par une partie de l'élite de chacun des pays belligérants, quel que soit leur camps, en France, Angleterre, Russie, Italie, Allemagne ou Autriche etc. Partant de là, l'auteur tente de rendre compte des sentiments et idées qui pouvaient tarauder certains des responsables directs du déclenchement de la Grande Tuerie. Il commence par von Schlieffen, ce militaire prussien à l'origine du plan d'invasion de la France qui faillit si bien réussir. Il passe ensuite à l'archiduc François-Ferdinand, sa femme Sophie Chotek, et leur meurtrier de Sarajevo, Gavrilo Princip, entouré de ses deux complices. Il met en scène le futur maréchal Joffre, le Kaiser qui collectionne les timbres-poste, le roi George V préoccupé de ses parties de tennis, le tsar Nicolas II se livrant à des régates, le tout dans un style bien sûr exquis.
Après quoi il met en scène des soldats de la base, dans l'affrontement des 21, 22 et 23 août 1914 qui, dès ces premiers jours, vit le massacre de plusieurs dizaines de milliers de jeunes hommes, une hécatombe encore jamais vu jusque-là dans un si court laps de temps.

Le texte devient ensuite plus abstrait, plus général : sa thèse centrale est développée dans les pages 160 à 163. La fin est quelque peu décevante, fort éloignée de l'objet initial même si cela se veut métaphorique.
Je suis un peu déçu, je m'attendais à un essai plus fouillé, et surtout à une présentation beaucoup plus détaillée des membres de cette élite, qui décidèrent de lancer cette guerre pour des raisons purement idéologiques, si ce n'est hélas "idéalistes"...
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Sallyrose
  11 décembre 2017

« Il y eut d'abord un goût commun. Une élite raffinée et fière. Les petits-fils de la reine Victoria occupaient le trône d'Angleterre et d'Allemagne, un même derrière avait posé ses fesses sur deux chaises. »
Voici commence ce roman qui va sur un mode grave et ironique à la fois décrire les horreurs de la guerre de 14-18, la boucherie des innocents organisée par les vieilles familles royales épuisées de consanguinité et des alliances si alambiquées qu'au moment de l'attentat de Sarajevo, personne ne savait à qui déclarer la guerre. La mobilisation a ressemblé alors à un jeu de domino.
Tout un tas d'anecdotes que vous ne trouverez dans aucun manuel d'Histoire donne le ton de la bêtise qui a pris la tête des commandements inaptes et orgueilleux. le dégoût est là, celui de voir combien l'inconséquence d'un seul a entrainé parfois plusieurs centaines de morts en quelques minutes.
Et rien ne s'est arrêté le 11 novembre 1918. Tout a commencé au contraire dans cette Europe exsangue, les portes grandes ouvertes au populisme.
Le texte est très dense et j'avoue m'être un peu perdue parfois, ignorante des noms des gradés (notamment allemands) et n'ayant pas de compétences en stratégie militaire.
Néanmoins, j'ai apprécié que l'auteur aborde ici un thème qu'il développera magistralement plus tard dans L'ordre du jour : la guerre et la finance, la finance au service de la guerre.
Et le terrible sentiment que rien n'a changé, l'actualité nous le rappelle sans cesse.
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critiques presse (3)
Bibliobs   12 juin 2012
Un petit chef-d'oeuvre de style ironique et d'érudition corrosive, bourré de détails qui ne s'inventent pas sur les méticuleux préparatifs de cet «immense fait divers» […].
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Lexpress   02 mai 2012
L'oeil et la plume de l'écrivain éblouissent. Comme sa manière subtile de relire les étapes de la Grande Guerre. De pointer du doigt son vaste gâchis et ce qu'elle a fait naître.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeMonde   23 mars 2012
Ni traité ni roman, La Bataille d'Occident est un récit entièrement consacré au conflit qui a ouvert le siècle en fanfare, jetant au fond du trou des hordes de jeunes gens pleins d'entrain.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   31 juillet 2013
À l'époque, les régiments de dragons forment le gros de la cavalerie française. On y voit tout un attirail de péplum : crinière, pantalons garance, grand équipement de ceinturon. Mais les Autrichiens ont poussé l'art de la guerre et du plumage encore plus loin que les Français ; leurs régiments se reconnaissent à de subtiles nuances de couleur : le cerise, le rose, l'amarante, le carmin, l'écarlate ou le homard. Les Anglais et les Allemands, eux, sont vêtus de kaki ou de vert-de-gris, c'est plus moderne, mais plus triste. Qu'on imagine à présent toutes ces armées couvertes de galons, de panaches, ces tenues de golf mélangées avec le tartan, le kilt, le pompon, ces képis colorés et ces casques à pointe, toutes sortes de hures picardes ou bataves, sifflant, marchant au pas, dans une grande flaque de soleil ! Voilà une guerre qui se prépare, tout un attirail de sottises, un retard inouï, des progrès bien vilains, un héroïsme qui va être broyé par le fer. Car c'est un monde étrange, double : à la fois très ancien, monde de salpêtre et de roses trémières, monde d'éventails et de mauvaises valses, mais aussi le monde des premiers tanks, des obusiers, des premières grandes machines à faire mourir. Les saint-cyriens iront au feu en belle tenue, on verra de jeunes puceaux, casoars et gants blancs, parader quelques jours, avant que les premières rafales de mitrailleuses ne fauchent leurs plumes.
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RenodRenod   10 décembre 2017
En Lorraine, dans les Ardennes, de toutes parts les corps qui avaient mis tellement de temps à grandir, à pousser, à avoir des mèches de poils sous le menton, eurent tôt fait d'être couchés dans l'herbe. On vit une cascade de corps humains. Jamais les guerres du passé (...) n'avaient été si cruelles.
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JaclineJacline   19 mars 2015
- En France, Jaurès dénonce les manoeuvres du gouvernement; il ne veut pas de cette guerre où les peuples n'ont rien à faire.Il s'époumone, se fâche, mais il y a dans sa voix une sorte de douceur.Quand, tout à coup, une main apparaît, tenant un revolver ; le doigt presse la détente, la gâchette libère le chien qui heurte.L'amorce pète et le petit cylindre de plomb quitte sa chambre et commence sa course effrénée à la vitesse de presque trois cent mètres par seconde... il pénètre l'os...Et ça traverse la cervelle, ressort, mettons par le front, là où se trouve la mystérieuse grotte qui pense.
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chartelchartel   19 septembre 2016
Il faut que les sociétés humaines s'affrontent dans le grand paradoxe de leur souffle et de leur déclin. Il faut qu'elles se fracturent et s'ouvrent à la vérité de leur nature contradictoire. Car elles sont vivantes et pour cette raison cherchent à vaincre en elles leur propre ennemi et à atteindre hors d'elles leur propre centre qui sont les points décisifs de leur haine ou de leur amour. Sans cesse, l'Occident aura découvert en lui un abîme nouveau. Toute la science du monde et tous les plaisirs ne le consoleront pas.
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FiloxFilox   28 janvier 2017
Aux commencements, il y a un lit où sont enchaînés l'un à l'autre un homme et une femmme. Et puis des enfants grouillent autour du lit, de tous petits enfants qui ont soif et qui ont faim. Alors, on fait avec des orties de la soupe, avec du feu un théâtre, avec de la neige Dieu. C'est tout ce qu'on sait faire.
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Vidéo de Éric Vuillard
Éric Vuillard : L’Ordre du jour (2018 / France Culture). Diffusion sur France Culture les 10, 11, 12, 13 et 14 septembre 2018. Photographie : Éric Vuillard • Crédits : © Melania Avanzato. Réalisation : Laurence Courtois. Séquençage et montage du texte : Maya Boquet. Conseillère littéraire: Emmanuelle Chevrière. Lecture par Grégoire Oestermann. Avec les voix de Sonia Masson, Dorli Lamar, Aurélie Youlia, Clémentine Verdier, Lison Pinet, Xavier Gallais, Werner Kolk, Joannes Hamm, Vincent Domenach et Pierre Mignard. Bruitage et création sonore : Patrick Martinache et Benoît Faivre. Prise de son et mixage : Claire Levasseur. Assistance technique et montage : Dali Yaha. Assistante à la réalisation : Laure-Hélène Planchet. "L’Ordre du jour", d’Éric Vuillard, est publié aux éditions Actes Sud.
00:00 : Épisode 1 : Une réunion secrète : Le 20 février 1933, vingt-quatre puissants patrons allemands (Krupp, Opel, Siemens…), sont convoqués par Hermann Göring et Adolf Hitler, devenu chancelier un mois plus tôt.
24:55 : Épisode 2 : Comment ne pas décider : Nous sommes en 1938, quelques jours avant l’Anschluss : Hitler demande à voir le chancelier autrichien, Kurt von Schuschnigg.
49:57 : Épisode 3 : Une tentative désespérée : Face au chancelier autrichien Schuschnigg, Hitler est inflexible. Il lui donne trois jours pour capituler.
1:14:29 : Épisode 4 : Blitzkrieg : Le 11 mars 1938, Hitler organise son coup d'état, et les troupes allemandes envahissent l’Autriche.
1:39:27 : Épisode 5 : L’Europe aveugle : En 1938, au moment de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, l’Europe ferme les yeux et sombre dans l’abîme.
« "L’Ordre du jour d'Éric Vuillard, dernier prix Goncourt, est un livre d’une puissance sidérante dans sa simplicité. En 160 (petites) pages, il montre comment “les plus grandes catastrophes s’annoncent souvent à petit pas” et “soulève les haillons hideux de l’histoire” pour raconter la marche vers l’abîme de l’Europe à travers deux moments. Le premier, c’est une réunion du 20 février 1933, où vingt-quatre puissants patrons allemands (Krupp, Opel, Siemens…), reçus par Hermann Göring et Adolf Hitler, devenu chancelier un mois plus tôt, sont exhortés à financer la campagne du parti nazi pour les législatives, et s’exécutent. “Ce moment unique de l’histoire patronale, une compromission inouïe avec les nazis, n’est rien d’autre pour les Krupp, les Opel, les Siemens, qu’un épisode assez ordinaire de la vie des affaires, une banale levée de fonds. Tous survivront au régime et financeront à l’avenir bien des partis à proportion de leur performance”, écrit, grinçant, l’auteur. Le deuxième moment, celui auquel il se consacre le plus longuement, c’est l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, le 12 mars 1938. Il remonte en réalité un mois plus tôt, à la rencontre entre Adolf Hitler et le chancelier autrichien Kurt von Schuschnigg ; le 12 février, à Vienne, note Vuillard, “c’est carnaval : les dates les plus joyeuses chevauchent ainsi les rendez-vous sinistres de l’histoire”. Se faufiler dans les coulisses d’événements historiques, et donner à voir l’envers du décor, révéler la part secrète de grotesque, de bêtise, de contingence, d’ennui et/ou de lâcheté, qui y menèrent… Telle est la méthode Vuillard. Né à Lyon en 1968, l’écrivain, également cinéaste (“L’homme qui marche”, 2006, “Matteo Falcone”, 2008), est convaincu que “l’histoire est un spectacle”, comme il l’écrit dans "L’Ordre du jour", ou, comme l’annonçait l’incipit du superbe "Tristesse de la terre" (Actes Sud, 2014), que “le spectacle est l’origine du monde”. » Raphaëlle Leyris pour "Le Monde".
Source : France Culture
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