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Critiques sur Des Anges Mineurs (9)
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Charybde7
  06 août 2013
Le monde est en lambeaux. Grande révolution, catastrophe nucléaire, univers concentrationnaire, charniers, dévastation, l'espèce humaine s'approche de l'extinction. Les humains ne sont plus que des particules raréfiées et «Des anges mineurs» est un livre créé à l'image de ce monde.

Quarante neuf histoires – des narrats -, les chapitres de ce livre, sortent de la bouche d'un homme, qui lui aussi se délite. Dans l'hospice de vieillards d'une contrée reculée, cet homme, Will Scheidmann, fut enfanté à partir de chiffons et de pratiques chamaniques par des vieilles femmes immortelles. Poursuivant une lutte révolutionnaire contre le capitalisme destructeur, ces idéalistes éternelles lui ont assigné la tâche de sauver la société égalitariste et de rassembler ce qui reste des hommes.

Hélas, cet envoyé magique, leur petit-fils à toutes, a trahi la lutte et rétabli une société marchande et mafieuse. Jugé et condamné par ces vieillardes redevenues primitives, et attendant la fin, il leur raconte des histoires, une seule histoire par jour, un assemblage étrange où les personnages se croisent et se recroisent, des histoires incroyablement dures et incroyablement belles.

«Après un moment elle reprit, montrant l'intérieur de son crâne, Ici reposent les livres qu'Artiom Vessioly n'a pas pu terminer et ceux qu'il n'a pas pu écrire, ici reposent les manuscrits qui lui ont été confisqués, ici reposent la chemise déchirée d'Artiom Vessioly et son pantalon taché de sang, ici repose la violence qui ne faisait pas peur à Vessioly, ici reposent les passions de Vessioly, ici reposent la première nuit en face des interrogateurs, la première nuit au milieu des hommes entassés, la première nuit dans un cachot où avaient coulé, sans exception, tous les liquides que contient le corps des humains, la première nuit en présence d'un communiste dont on avait cassé toutes les dents sans exception, ici reposent la première nuit de transfert en train et ensuite toutes les nuits dans un wagon glacial, les nuits de somnolence à côté des cadavres, et la première nuit en contact avec la folie, et la première nuit de véritable solitude, la première nuit où les promesses étaient enfin tenues, la première nuit dans la terre.»

Les vieillardes tricentenaires tiennent Will Scheidmann en joue pendant plusieurs années, discutant, méditant pour savoir si elles doivent l'exécuter ou pas ; après des décennies d'entrainement, un homme est envoyé en mission pendant trente secondes dans le monde pour juger de son état. le temps s'alourdit, s'allonge avec Volodine, et une lecture lente s'impose pour s'imprégner de ces histoires oniriques qui disent l'échec de l'humanité et l'horreur du réel.

Et tandis que Will Scheidmann raconte, les vieillardes de plus en plus séniles détachent des lambeaux de ce héros épuisé pour tenter de retenir un morceau de leur mémoire et de leur humanité elle aussi en bout de course.

«Certains spectacles m'affligent encore. D'autres, non. Certaines morts. D'autres non. J'ai l'air d'être au bord du sanglot, mais rien ne vient.
Il faut que j'aille chez le régleur de larmes.»
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cicou45
  21 août 2011
En fait, ce livre mériterait bien plus d'étiquettes que la seule de roman puisqu'il est beaucoup de choses à la fois. Composé de 49 "narrats", selon l'expression employée par l'auteur ou disons plutôt de fragments issues de points de vue différents, je me suis sentie un peu déroutée en entamant la lecture de ce livre, mais plus j'avançais dans l'histoire, plus j'ai compris que ces différents "narrats" avaient un point commun du nom de Will Scheidmann, un homme qui se retrouve attaché à un poteau d'exécution au beau milieu d'un champ près à se faire lapider pas des dizaines de vieille femmes, ces mêmes vielles femmes qui l'ont mis au monde des années plus tôt, l'ont élevé pour être "le vengeur", celui qui rétablirait un monde juste qui vaille la peine qu'on se batte pou lui.
On retrouve dans ce livre des personnages tout aussi étranges les uns que les autres mais qui se ressemblent bien plus qu'on ne le croient puisqu'ils luttent tous pour une même cause.

Ces courts fragments ainsi que la superbe écriture de l'auteur rendent le livre très agréable à lire. Vision post-apocalyptique pourrait-on dire et futuriste mais néanmoins bien plus réaliste que l'on ne voudrait bien le croire. A découvrir !
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crochette
  07 mai 2016
Enorme et unique, la capacité de Volodine à créer un univers qui ne ressemble à rien d'autre, où se mêle monde post apocalypse, épopée poétique de la nature sauvage et humour noir idéologique. Rien que les noms des personnages et chapitres sont un délice d'imagination: Rita Arsenal ou Robby Milioutine. que dire des grands mères qui ont des "visages édentés jusqu'aux clavicules"... le foisonnement de l'imaginaire, la maîtrise de la construction et l'affleurement d'une nostalgie de l'expérience égalitaire même ratée, c'est grandiose.
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Celine_72
  01 mars 2012
Le terme les narrats inventé par Antoine Volondine désigne des textes de quelques pages et mis bout à bout, ils forment un tableau de la fin du XXème siècle : barbarie, guerre, génocides, individualisme...Il y est question aussi de capitalisme dont l'auteur en fait l'ennemi direct de la population, alors que ce système n'est plus en place.
Au niveau du décor, on est dans l'univers post-exotique avec ses campements et ses geôles, à savoir aussi que la consonance des noms des protagonistes sonnent russe et parfois asiatiques. de plus, quand ce ne sont pas aussi des personnages qui prennent la parole, ce sont des animaux.
Maintenant, je vais vous donner mon ressenti car ce serait dommage de vous en dévoiler davantage sur les narrats, à vous de le découvrir par vous-même si vous le souhaitez.
Donc, au début du livre j'étais un peu déroutée vu que je n'arrivai pas trop à me situer, mais au fil des récits cela a été nettement mieux et alors les pages se sont enchaînées. Il faut dire aussi que l'auteur possède une écriture assez remarquable : il manie très bien abomination et poésie.

Pour conclure, j'ai passé un bon moment de lecture mais malgré tout, je ne sais pas s'il va me marquer longtemps.
Lien : http://univers-des-livres.ov..
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PhareFelue
  22 septembre 2013
Ce qui est génial, dans ce livre, c'est ce côté onirique, dépaysant, exotique. Il ne ressemble pas à la production littéraire contemporaine actuelle. La langue, magistrale aussi, nous déroute.
On est tantôt déboussolé, tantôt fasciné, tantôt contemplatif, et parfois tout ça à la fois... face à cet alliage d'horreur et de poésie, cette vision désenchantée mais humoristique de l'humanité.
Peu à peu, ce livre absorbe son lecteur, qui a l'impression d'être saisi par une puissance évocatoire qui n'est pas loin de ressembler aux opérations d'envoûtement dont semblent capables les vieilles femmes, les « grands-mères » de Will Scheidmann.
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nathalie_MarketMarcel
  29 septembre 2015
Ce qui compte, ce sont ces portraits et le souvenir, même faux, même fragmentaire, des personnes et des noms. Certains portraits se répondent entre eux. On trouve un homme venu d'un autre monde qui essaie de récolter des informations sans respirer. Un groupe de voyageurs à la découverte de quelques rues et d'un garage. Un autre homme fabriqué par les vieilles à partir de chiffons à qui elles ont insufflé la vie par leurs chants. Un échassier un peu trop individualiste.
Je préfère les romans suivis, même si ces récits ont une progression. À mon sens, la perception de l'univers de Volodine est meilleure dans les romans. le charme (ou l'agacement) de ces portraits d'anges mineurs vient de la répétition de certains thèmes ou de certaines formules. L'humanité semble se condenser dans quelques mots, quelques rêves, quelques discours, comme si c'était tout ce qu'il en restait.
Lien : http://chezmarketmarcel.blog..
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brigetoun
  11 novembre 2009
J'ai commencé par goûter l'humour désespérant dans les premiers récits ou narrats (récits ne va pas du tout)
Une distorsion qui rend plus vrai ou plus sensible le constat même si nous venons au monde de tout autre façon, dans un but moins utilitaire, ou sans but, que Will Scheidmann.
Dans nos tentatives d'enchanter le monde, pour les autres si nous en avons le talent, ou le pouvoir, ou pour nous mêmes
Et le monde persiste à être fou.
Mais les enfants.. les arbres, la mer, les oiseaux...
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charlottelit
  11 décembre 2014
l'univers de Volodine ne semble pas m'enchanter ; horreur de fin du monde, guerres, génocides ; trois nouvelles et j'ai abandonné
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Nouchkalash
  10 janvier 2011
Pour moi ce livre est le "jumeau" de "La Route" de McCARTHY.
Post-apocalyptique lui aussi, au lieu de suivre un père et son fils, nous ne ferons que croiser des dizaines de survivants.

Un livre incroyable, dans une langue magistrale.
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